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Pierre Lhoste-Lachaume

De Wikiberal

Pierre Lhoste-Lachaume est un intellectuel libéral français, né en 1900 et mort en 1973.

Biographie

Fils unique, élevé dans la gêne par sa mère (née Lachaume) veuve d'un fabricant de corsets, Pierre Lhoste fit un brillant brevet supérieur. Il était remarquable par sa maîtrise du calcul mental et son don de discerner les ordres de grandeur : l'aumônier du patronage où fréquentait l'orphelin lui prédit d'ailleurs sur cette base: "tu seras un homme d'affaires au service du Bon Dieu". Il était sincèrement pieux et le resta toute sa vie.

Mobilisé en 1917, Pierre Lhoste-Lachaume servit de secrétaire au colonel commandant le Bataillon du Génie, qui le recommanda aux dirigeants du Groupe Lainier Prouvost. Il y entra (après avoir passé son baccalauréat), et fut très apprécié pour ses talents de débatteur tenace, dans les discussions avec les Allemands sur les Dommages de Guerre.


En 1950, P.L.L. fait paraître le premier tome de Réhabilitation du libéralisme aux éditions Sedif. Sous titré exposé de l'évolution économico-politique depuis un siècle, le livre analyse l'évolution qui a mis à mal toutes les certitudes libérales. L'auteur montre bien que, à l'issue de la guerre des solutions libérales étaient parfaitement possibles pour retrouver les voies de la prospérité, mais elles ne furent pas même envisagées. La guerre avait fait basculer le paradigme du monde. Il l'évoquera en 1962 dans Le corporatisme, pseudo remède contre l'étatisme (Sedif, Paris) qu'il a écrit en collaboration avec Raoul Audouin :

"Personnellement, écrira-t-il, j'ai vécu l'histoire économico-politique française depuis 1922, quand aux côtés de M. Eugène Mathon, président-fondateur du Comité Central de la Laine, nous avons pendant trois ans mis sur pied et adapté aux problèmes suscités par la Première Guerre Mondiale ce "Groupement Général de l'Industrie et du Commerce Lainiers Français", qui reste un prototype de l'organisation professionnelle librement consentie - aussi éloignée du dirigisme professionnel que de l'indiscipline anarchique, selon le mot de son Directeur".

D'où son entrée dans l'action comme animateur d'une société de pensée. En 1935, avec l'appui des milieux lainiers, P.L.L. fonde sa propre structure productrice d'idées généralistes. Trois ans plus tard, il s'adjoint les services de Raoul Audouin. L'alliance durera 35 ans :

"À partir de la fondation en 1935 du Groupement de Défense des Libertés Economiques - qui fit échec au projet de loi Flandin-Marchandeau d'instaurer des Ententes Professionnelles Obligatoires -, je n'ai jamais cessé de combattre les tentatives répétées tant des corporatismes que des monopoleurs pour amputer la liberté économique, condition de toutes les autres [...] Les vrais libéraux sont convaincus que c'est à chacun de décider comment il lui convient d'équilibrer sa production et sa consommation propres, sous le seul arbitrage du Marché, mais avec la sauvegarde d'une monnaie réelle et d'un Etat limité à son rôle normal de défenseur de l'ordre public et de l'intérêt national".

En 1936, Pierre Lhoste-Lachaume a publié chez Félix Alcan Réalisme et sérénité, sous titré synthèse pratique de pensée et d'action. Il y écrit notamment que

"Dieu ne se contente pas de donner au monde la portion d'existence qui lui est nécessaire à chaque instant. Il en organise le jeu intérieur par l'intermédiaire des lois naturelles [...] Tout Lui appartient, et ce que nous imaginons comme notre propriété n'est en réalité qu'un usufruit, dont nous aurons à rendre compte"

Deux traits marquants de l'ouvrage restent à souligner. Parmi les ingrédients de la défaite de la pensée libérale, il intégre pleinement les erreurs répandues par les chrétiens qui confondent

"l'ordre naturel et l'ordre surnaturel, l'ordre moral et l'ordre social, enfin les préceptes et les conseils évangéliques [...] Si rien [notamment] dans la doctrine chrétienne ne s'oppose à la mise en commun des biens, c'est précisément parce qu'elle ne dénie à personne le droit de posséder librement, et par conséquent de faire à son gré l'usage de son avoir, hors le mal. Ainsi le religieux ne dit pas, comme le communiste :'ce qui est à toi est à moi', mais 'ce qui est à moi est à toi' ; c'est tout le fossé entre les deux doctrines".

La volonté de réconcilier le libéralisme et le christianisme, au sein de la réhabilitation du libéralisme, sera la marque distinctive que s'assigneront Pierre Lhoste-Lachaume et Raoul Audouin.

Le second trait se lit en creux. Pierre Lhoste-Lachaume ne fait référence à aucun auteur anglo-saxon. Pourtant les années 1936 constituent l'époque où Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek commencent à obtenir certaines formes de reconnaissance pour leurs publications. Il y a à ces manquements deux raisons : P.L.L ne parle pas un traître mot d'anglais et les auteurs en question ne sont pas encore traduits.

Orateur clair et convaincu, doté d'une autorité naturelle que confortait sa rapide carrière, P.L.L. se lia d'amitié avec des intellectuels soucieux de provoquer un renouveau du libéralisme, tels que Joseph Denais, Joseph Barthélémy, Daniel Villey, Marie-Thérèse Génin (éditions Médicis) et surtout Louis Rougier, organisateur à Paris d'un colloque Walter Lippmann qui les mit en contact actif avec le courant analogue dans les pays anglo-saxons.

Il convient de souligner en passant que Walter Lippmann était journaliste du New York Herald Tribune, que le colloque débouchera sur le livre des actes et la création du "Centre international d'études pour la rénovation du libéralisme", à la vie éphémère, mais à la postérité prometteuse puisqu'elle aura été l'embryon de la Société du Mont-Pèlerin, fondée en 1947 et aux rencontres de laquelle Pierre Lhoste-Lachaume participera dès 1948.

En 1939, P.L.L. et Raoul Audouin fondent une maison d'édition, la Société d'étude et de diffusion de l'idée française (Sedif). La guerre met rapidement un terme à son fonctionnement et c'est à l'aide d'un duplicateur personnel qu'en 1943, P.L.L. propose sa synthèse Du libéralisme à l'étatisme. Le mot "samizdat" n'a pas été importé en France, mais la chose existe.

À partir de 1940, ils collaborent à l'"Association de l'entreprise à capital personnel" fondée cette année là "dans des circonstances où il fallait du courage pour résister à l'emprise monopoleuse des comités d'organisation". Ils suggèrent à Lucien Daffos, alors Président de l'association, de la dénommer "Association des chefs d'entreprises libres" qui accède à la proposition. Dans la foulée, le journal de l'association, animé par René Berger-Perrin, le secrétaire général de l'association est dénommé L'informateur des Chefs d'entreprises libres.

En 1947, PLL, toujours avec le soutien de Raoul Audouin, fonde "Le point de rencontre libéral et spiritualiste", avec un sous-titre qu'on n'oserait plus aujourd'hui afficher : Groupement d'étude et de propagande économiques et sociales. Il adopte l'expression "libéral-spiritualiste" pour distinguer les positions de son noyau d'amis, d'avec le "matérialisme" anticlérical du libéralisme d'avant 1914. La grande vocation civique qu'il lui prête est de ramener à l'économie de marché et au libre-échange l'importante fraction de la bourgeoisie catholique française séduite par le corporatisme. Mais il n'était pas possible alors, en France, de parler d'un libéral-christianisme, tandis que les "chrétiens sociaux" tenaient le haut du pavé en Allemagne et en Belgique, et la "démocratie chrétienne" en Italie.

En 1962, PLL et Raoul Audouin synthétisent leur argumentation dans le livre déjà évoqué, intitulé Le Corporatisme, pseudo remède contre l'étatisme (Sedif).

Publications

  • 1936, Réalisme et sérénité, synthèse pratique de pensée et d’action, Paris, Félix Alcan
  • 1950, Réhabilitation du libéralisme, Tome I (les tomes II et III, ne sont jamais parus sous la forme annoncée) SEDIF
  • 1954, "La clef de voûte de la liberté", Paris, SEDIF
  • 1962, avec Raoul Audouin, Le Corporatisme, pseudo remède contre l’étatisme, SEDIF

Lien externe

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