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Piratage du Léviathan

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L'idée montante dans les communautés libertariennes est de démanteler l'État corporatif autrement que par les moyens politiques démocratiques à l'ancienne. Par analogie avec le piratage informatique, il s'agit de pirater le Léviathan, cet État omniprésent imperturbablement pénétrant dans nos vies privées. Il est vrai que le "piratage" a une connotation négative. Mais, comme le souligne Max Borders dans son éditorial du Freeman en 2013, il ne s'agit pas de suggérer aux gens de faire quoi que ce soit d'illégal ou d'agressif. Mais, le "piratage" doit être vu dans un sens positif avec son énorme potentiel de libération des énergies créatrices.

Les chemins vers la liberté qui se sont embroussaillés

Pendant longtemps, les libertariens ont pensé qu'il fallait développer des think tanks afin de permettre aux auteurs libéraux et aux futurs chercheurs libertariens de diffuser leurs idées. Il s'est alors créé une activité de développement de ces associations financées généralement par des entrepreneurs fortunés. La stratégie était plutôt simple. Un constat implacable fut donné par l'école des choix publics et par l'école autrichienne (l'école de l'austro-public choice)[1] : les idées libérales ne viendront jamais des hommes politiques providentiels ; ces derniers agissant sous l'impact électoral suivent le mouvement populaire plutôt qu'ils ne le suscitent. Et, pour peu qu'ils soient tentés de l'entreprendre au début de leur mandat ils finissent tous dans la médiocratie de la social-démocratie. Par conséquent, il convenait d'influencer d'abord le plus possible les gens qui, par répercussion, indiqueraient aux hommes politiques ce qu'ils attendent d'eux dans ce grand supermarché de la campagne pré-électorale.

Les libertariens ont aussi exploré l'art comme véhicule des idées libérales. Ce fut l'action, par exemple, d'Ayn Rand et d'autres auteurs dont beaucoup furent spécialisés dans la science fiction tel l'agoriste J. Neil Schulman dans son roman "Alongside Night". Celui-ci avec l'apport également de Samuel Edward Konkin III a lancé la tendance actuelle de la contre-économie agrémentée de la high-tech.

L'émergence des futurs pirates du Léviathan

Puis, vint le tour des entrepreneurs qui, grâce à l'apport de la technologie transportent avec eux les espoirs d'une vie future plus libertarienne. Parmi ces technopreneurs, il y a tous les acteurs de l'industrie du jeu[2], qui ont donné un souffle différent et apparemment moins idéologique à la prise de conscience libertarienne.

Mais, il y a surtout les entrepreneurs du cyber-espace qui s'inspirent de la philosophie peer to peer afin de lutter contre les technocrates et leurs alliés du capitalisme de connivence. Parmi eux figurent les entrepreneurs de la monnaie électronique (paiement privé peer-to-peer, ex Bitcoin), de l'intimité (messagerie privée p2p, ex : Bitmessage), de l'offre de services (location d'appartements temporaires p2p, ex : Airbnb ou du déplacement (services de taxi p2p, ex : Uber, Lift)[3] ou de la finance (levée de fonds P2P, ex : kisckstarter). Les nouvelles technologies permettent d'éliminer les intermédiaires. Bientôt, elles s'intéresseront aux résolutions de conflits P2P et rendront obsolètes les services lents et coûteux de l'État.

Les nouveaux entrepreneurs d'internet adoptent un mode de vie de pirates[4]. Ils apportent de nouvelles astuces de productivité, de raccourci, de compétence ou de méthode novatrice dans tous les domaines de la vie. Ils savent résoudre les problèmes quotidiens des gens de manière intelligente ou non évidente. Alors que l'État est incapable d'apporter des solutions qui préservent la liberté des citoyens. Aussi les entrepreneurs évasifs sont les pirates du Leviathan car leurs méthodes inédites et leurs innovations en général contournent ou bousculent le statu quo de l'État providence. L'État est lent quand il s'agit de faire des choix sans urgence. Il est ankylosé par une inflation de décrets, de lois et d'exceptions complexes de sorte qu'il ne fait plus preuve d'innovations et ses règles deviennent de plus en plus obsolètes, obscures; contraignantes et envahissantes.

Les entrepreneurs font évoluer la technologie ce qui transforme aussi en particulier les modes d'organisation de la vie quotidienne des individus. Le paradoxe avec l'interconnexion peer-to-peer est de placer le citoyen simultanément en être hyper-localisé territorialement et hyper-mondialisé hors-territoire. Car, il est désormais de plus en plus simple de se rassembler dans de nouvelles communautés qui sont délibérément choisies et qui apportent du sens à l'individu. Le confinement administratif voulu par le Léviathan est contré par le fait que la proximité n'est plus un concept purement géographique car on peut se sentir proche avec d'autres personnes en partageant la même philosophie et les mêmes intérêts même si elles sont éloignées de plusieurs milliers de kilomètres.

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Une grande partie des recherches contemporaines de l'école autrichienne d'économie émerge de sa rencontre avec l'école d'économie politique de Virginie. Ce mariage des traditions de l'école autrichienne avec l'école des choix publics traite en partie de l'analyse économique de l'action politique. En tant que tel, le processus entrepreneurial non marchand rentre également dans ce cadre d'analyse notamment par son aspect quotidien pratiqué dans le contexte économique et politique reconnaissable dans l'entrepreneuriat politique. Pourtant, tous les économistes n'acceptent pas cette alliance forcée (Bernardo Ferrero: 2020). Thomas DiLorenzo et Walter Block (2016) démontrent, en effet, que les chercheurs de la tradition du Public choice s'appuient sur un formalisme néoclassique qui les conduit à se séparer de l'école autrichienne au niveau de l'analyse positive et normative.
    • 1987, Peter Boettke, "Virginia Political Economy: A View from Vienna", Market Process, Vol 5, n°2, Fall, pp7-15
    • 2014, Peter Boettke, N. Snow, "Political economy and the science of association: a suggested reconstruction of public choice through the alliance of the Vienna, Virginia, and Bloomington schools of political economy", Review of Austrian Economics, Vol 27, n°1, pp97–110
  2. L'industrie du jeu peut être divisée en trois sections : le jeu vidéo, le e-sport et les paris. En 2014, dans son numéro de juin, sous l'impulsion de son rédacteur en chef, Matt Welch, Reason Magazine affirmait que les jeux vidéo et le libertarianisme allaient de pair. Beaucoup de joueurs de jeu vidéo composent le personnel des nouvelles starts-up technologiques où règnent un sentiment de liberté. l'univers du jeu, en particulier tous les jeux multi-joueurs rend compte de la meilleure expérience qu'il soit de la réalité d'une économie de réseau ludique, paisible et sans frontière. Le magazine indiquait même la liste des jeux vidéo auxquels tous les libertariens doivent jouer. L'industrie du jeu vidéo a dépassé Hollywood en terme de source de revenus aux États-Unis. Ce qui signifie que le cadre du jeu vidéo dépasse le thème du divertissement. Sa valeur culturelle ne fait plus aucun doute. L'avis est donné dans le magazine que les personnes qui jouent au jeu vidéo ont tendance à être beaucoup plus tolérantes et assez sceptiques quant au pouvoir de l'État d'affecter positivement leur vie. Les joueurs ont plutôt une vision du monde fondamentalement bottom-up ; c'est-à-dire qu'ils voient l'émergence des règles de la société depuis la base en remontant jusqu'au sommet. En fait, ces personnes ne sont pas des activistes libertariens mais ils partagent certains attributs de la pensée libertarienne. Parmi ces propriétés, il y a celle de la liberté qui s'associe à l'amusement et à l'esprit de la rivalité dans une saine compétition d'apprentissage qui propulsent certains joueurs jusqu'à l'excellence.
  3. Ces nouveaux services et applications sur smartphones proposent de la valeur ajoutée à la clientèle que la déréglementation tardive voire inexistante du secteur des taxis n'apportaient pas.
  4. "Lifestyle Hackers", article de Jim Routh et Gary McGraw, publié le 2 novembre 1999 sur le site du Computerworld

Bibliographie