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Théorie du complot

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La théorie du complot ou complotisme, est un type de discours, plus ou moins élaboré, formant une explication ou interprétation d'événements à partir d'indices, des faits ou des rumeurs dans l'objectif de dénoncer un prétendu mensonge ou mise en scène scandaleuse. Par théorie du complot peut aussi être comprise toute explication ou étude visant à analyser le mode de fonctionnement de la pensée conspirationniste.

Généralement, ceux qui organisent ou diffusent un discours conspirationniste, visent à crédibiliser un certain point de vue ou une autre façon de comprendre les événements en éveillant le soupçon et le doute. Les théories du complot ciblent souvent des groupes d'intérêt, qu'ils soient économiques, politiques ou sociaux.

Par exemple, certaines thèses d'explication des attentats du 11 septembre 2001, remettant en cause la description de la « version officielle », mettent en scène le soupçon sur le rôle et responsabilité de l'administration américaine, même en absence de preuves tangibles. Beaucoup de scénarios élaborés dans le but de contester les événements officiels sont considérés comme des théories de complot. En revanche, l'explication sur l'action concertée des 19 terroristes, établie sur des preuves nombreuses et tangibles, n'est pas une théorie du complot.

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Le vrai et le faux à l'épreuve

En général les théories du complot commencent par une remise en question de la réalité telle comme elle est présentée ou décrite selon les moyens qui nous sont accessibles : journaux, télévision, radio, reportages, livres. Un peu comme si les images « en direct » étaient filtrées, ou bien, comme si le canal de diffusion en lui-même serait suspect. Ainsi le scepticisme et le soupçon à l'égard des principaux canaux médiatiques son éveillés et alimentés. Les médias sont alors accusés de ne pas faire correctement leur travail d'information.

Tous les informations ou images qui puissent être diffusées ou partagées sont alors soumises aux « experts potentiels » qui détiennent un jugement, souvent critique, sur la réalité à construire ou reconstruire. Plus le sujet est complexe et susceptible de controverse plus la vérité deviens fragile et ouverte aux différentes versions des faits. L'information devient un canular et une « nouvelle vérité » doit se substituer au canular. Un travail de réécriture du récit s'actualise par une abondance d'hypothèses venant se coller au récit.

Les faits les plus manifestes, le sens le plus évident de l’événement, sont soit déformés soit exclus comme trompeurs car faisant écran à la manifestation d’une vérité sous-jacente qui met en jeu des mécanismes secrets que le conspirationniste entend mettre à jour.

Si c'est bien le rôle attendu de l’enquêteur ou de l’historien que de dévoiler par leurs travaux des faits méconnus et des relations cachées, il y procède en mobilisant des éléments tangibles et vérifiés.

Le caractère spécifique des théories du complot consiste à faire intervenir de façon gratuite, c’est-à-dire sans preuve, des hypothèses non nécessaires à l’explication des faits, à l'encontre du célèbre principe de parcimonie énoncé par Guillaume d’Occam.

Cette gratuité apparente se paye pourtant d’un paradoxe : plus la théorie semble bien élaborée et crédible, plus elle demande d'énergie pour être maintenue. Ainsi, concernant les attentats du 11 septembre, la théorie du complot implique qu'un très grand nombre de personnes soit plus ou moins complices : les auteurs du complot, puis les témoins, puis les enquêteurs concernés, engagés par des centaines de compagnies d'assurances notamment. En plus d'être nombreuses, elles auraient conservé un silence absolu jamais compromis par la moindre fuite, ce qui demanderait une énergie considérable. Le maintien du mensonge exigerait une activité permanente et soutenue, contrairement à la manifestation naturelle de la vérité.

Irréfutabilité et analyse hypercritique

Faisant souvent appel à l'imaginaire, à l'incertitude ou relativisme, les théories du complot sont difficilement réfutables même si logiquement peu rigoureuses. Une équivalence peut être faite avec le phénomène du négationnisme dans la mesure où dans celui-ci tous les faits contextuels sont vidés de leur sens réel afin de minimiser ou nier un génocide. Il est très rare qu'un complotiste s'assume en tant que « complotiste », catégorie ne bénéficiant d'aucune bonne presse. La théorie conspirationniste s'inspire fortement de l'idée d'une production de l'ignorance : nous ignorons tous la vérité qui est ailleurs, vérité et ignorance qu'un bon conspirationniste ne doit ignorer. Pour qu'une bonne conspiration soit efficace mieux vaut qu'elle soit cultivée dans les bons terreaux, il y a ceux qui dominent et ceux qui sont dominés.

Le complotisme est un discours ou une réécriture, une vision ajoutée sur le monde qui doit avoir la même valeur épistémologique que la fable ou le roman, puisque chaque élément opposable à la théorie fait naître son jeu d’hypothèses ad hoc qui permettront de le réinsérer dans la matrice explicative initiale, matrice d'ailleurs en général assez élastique. Au comble de l’absurde, et suivant un raisonnement circulaire assez classique, les éléments dirimants seront interprétés comme preuve de la toute-puissance des comploteurs et donc comme preuve de l’existence du complot.

On identifie ainsi une théorie du complot au fait qu’elle est irréfutable par nature : chaque critique renforce la vision obsidionale et la cohésion des tenants du complot au lieu d'affaiblir la théorie du complot.

Sans pitié pour la moindre faiblesse qui se trouverait dans l'explication institutionnelle d'un événement, les conspirationnistes se montrent en revanche intransigeants dans leur examen des documents publics fournis par les autorités, les médias ou les experts. Suivant généralement en cela le principe de l’analyse hypercritique : si certains détails, même marginaux, se révèlent inexacts, peu clairs ou contradictoires, alors toute l'explication institutionnelle est considérée comme fausse. Les conspirationnistes sont aussi hypercritiques à l'égard des explications institutionnelles qu'ils sont complaisants à l'égard de leurs propres théories : ils attaquent l'explication institutionnelle en soulevant des faiblesses éparses, mais n'hésitent pas à fonder des systèmes entiers sur quelques bizarreries difficilement explicables aux non-spécialistes.

Planification parfaite et logique finaliste

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Les événements passés sont analysés rétrospectivement à la lumière de leurs conséquences suivant une logique finaliste. Il n’y a pas de coïncidences, d’aléas historiques, de comportements opportunistes. L’Histoire, dans son acception complotiste, ne peut être pensée comme le fruit des interactions non-concertées de millions d'individus mettant en œuvre leurs stratégies propres mais uniquement comme le résultat d'une planification sans faille des puissances de l'ombre. Il est dans ce cadre logique que le résultat renseigne donc ex post sur le projet initial de la conjuration. Le conspirationniste essaie péniblement de voir à qui profiterait un événement et décide que ce bénéficiaire est à l'origine du complot.

Ainsi, suivant ce raisonnement, les attentats du 11 septembre ont servi la logique belliqueuse de l’administration Bush : ils ont justifié en partie aux yeux de l’opinion publique américaine l’intervention militaire en Irak. Ces attentats avaient donc pour but de permettre l’invasion de l’Irak.

On notera cependant que le caractère parfaitement exécuté du complot contraste avec la légèreté des indices parfois semés par les comploteurs. Les théories les plus naïves supposent l'existence et la dissémination de signes ésotériques qui renseignent l'initié sur la nature véritable des événements et lui permettent d'entrevoir un instant le mouvement du marionnettiste qui en tire les ficelles.

Exemples de théories conspirationnistes

Citations

  • Quant à l’influence du marxisme, elle provient elle-même pour une bonne part de ce qu’il a donné une apparence savante et par suite une légitimité à un schéma explicatif éternel : la théorie du complot (conspiracy theory). Selon cette théorie, tous les maux qu’on peut observer dans les sociétés seraient dus à un complot des puissants, lesquels dissimuleraient leurs desseins égoïstes sous de nobles intentions. (Raymond Boudon, Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme, 2004)
  • Seuls les petits secrets doivent être protégés. Les grands sont gardés secrets par l'incrédulité du public. (Marshall McLuhan)
  • Quelqu'un m'a demandé un jour si je croyais aux théories du complot. Bien sûr que j'y crois ! En voici une : ça s'appelle le système politique. Ce n'est pas autre chose qu'un complot géant pour voler, tromper et assujettir la population. (Jeffrey Tucker)
  • La pratique du « conspirationnisme  » comme théorie du mode de fonctionnement du monde répond en fait à un objectif et à un besoin : il faut rendre concret, visible ce qui est caché et inconscient. Il y a un besoin de personnification. Il faut désigner. Mais c’est compliqué et difficile. D’où le recours à la facilité de tout faire remonter au conspirationnisme. C’est une tentation que d’utiliser cette théorie/ vision du monde pour convaincre, car elle donne à voir en désignant des coupables, des conspirateurs en chair et en os. Mais en donnant à voir, on commet une approximation, un à peu près qui se retournent contre la thèse, elle devient elle-même incohérente et invraisemblable, difficile à croire pour de gens de bon niveau, des gens non-primaires. (Bruno Bertez, 28/11/2015)
  • La logique conspirationniste est précisément celle qui ne parvient pas à se confronter à la complexité d’un monde beaucoup plus désordonné qu’elle ne l’imagine. Par une lecture rétrospective des événements, elle offre de dévoiler la cohérence souvent imaginaire d’éléments épars. Comme la psychologie expérimentale l’a montré, rapporter les désagréments du monde à une volonté malfaisante permet de mieux les supporter et de désigner un ennemi qu’on peut combattre. On ajoute ainsi à l’anxiolytique du conspirationnisme l’exaltation d’un héroïsme abordable. (Gérald Bronner, L'OBS, 1er juin 2017)
  • Le libertarianisme, héritier du libéralisme des Lumières, est la doctrine économique et politique la plus contraire au complotisme que l’on puisse trouver. Il suffirait pour s’en convaincre de lire La richesse des nations, d’Adam Smith (1776) : la compréhension des phénomènes sociaux repose sur une méthodologie de la « main invisible », c’est-à-dire de l’exact opposé des explications complotistes. Les courants principaux de l’analyse économique depuis plus de deux siècles de même que plusieurs philosophes ont poursuivi dans la même voie. (Pierre Lemieux, La Presse+, 24/07/2020)
  • C’est la doxa qui qualifie de complotisme tout ce qui n’adhère pas à ses prémisses, et le complotisme prolifère à mesure que la doxa se durcit et empêche de questionner ses prémisses. (Laurent Mucchielli)

Voir aussi

Liens externes