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Loi des débouchés
De Wikiberal.
La « loi des débouchés » de l’économiste français Jean-Baptiste Say (encore appelée Loi de Say), développée dans le livre I, au chapitre XV: « Des débouchés », de son Traité d'économie politique (1803), peut se résumer en trois phrases : « c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits »; « l’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre » ; « un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. »
Derrière l'extrême simplicité de son énonciation, celle-ci touche à de nombreux domaines et s'avère d'une telle richesse conceptuelle, qu'elle peut recevoir constamment de nouvelles interprétations. De nos jours encore - signe de fécondité - la « théorie de l'offre » ou de « politique de l'offre » sont ses avatars contemporains.
Sommaire |
La loi en résumé
Primauté de la production sur la consommation, rôle de l'entrepreneur
Puisque l'argent ne sert que d'« interface » entre deux biens (on vend pour pouvoir acheter autre chose), c'est le produit qui est à la source de tout échange et la production - et non la consommation - qui est le moteur de l'économie. Plutôt que de stimuler l'offre, la demande des produits en général est d'autant plus vive que la production est plus active.
Le marché voir apparaître tous les jours de nouveaux intervenants : de nouvelles entreprises, de nouvelles activités, de nouveaux produits, de nouveaux métiers, de nouveaux services, de nouvelles façons de produire ou de vendre. Ces apparitions ont pour objectifs de convaincre de nouveaux consommateurs d'utiliser et d'acheter. Aussi, les prévisions de l'offre se réalisent parce que la demande est présente au rendez-vous. En d'autres termes, cela signifie que la production distribue du pouvoir d'achat (salaires des ouvriers et des employés, rémunérations des cadres et des dirigeants, profits du capitaliste, etc.) et c'est avec ce pouvoir d'achat, qui est la rémunération de la fabrication d'un produit, que l'on achète d'autres produits.
Ainsi, plus les producteurs sont nombreux et les produits abondants, c'est-à-dire plus il y a eu de pouvoir d'achat distribué sous forme de salaires, et plus les débouchés sont faciles et variés. Cela lie les producteurs les uns aux autres. Une bonne récolte, par exemple, qui se vend bien, n'est pas favorable seulement aux agriculteurs mais aussi aux marchands de tous les autres produits que vont consommer les agriculteurs ; tous les secteurs de l'activité humaine sont interconnectés.
Neutralité de la monnaie, laissez-faire, équilibre
L'argent n'est là que pour faciliter l'échange. Ce n'est rien d'autre qu'un intermédiaire pratique, le « véhicule » de la valeur. C'est même une sorte de voile qui risque de masquer la réalité, à savoir que les échanges terminés, il se trouve toujours qu'on a finalement payé des produits avec des produits.
Cependant, il ne faut pas qu'il existe des entraves sur le marché. Par exemple, le gouvernement ne doit pas modifier le jeu du calcul des entrepreneurs (taux d'intérêt ou règlementations). Sinon, l'offre ne rencontre plus la demande. Et, ceci a des effets négatifs sur l'emploi. Le non-inteventionnisme est le meilleur moyen de trouver un équilibre que toute politique ne peut que fragiliser ou mettre en péril.
Le marché n'est pas un jeu à somme nulle : intérêt bien compris, libre-échange et concorde
Tout étant lié, dans une économie bien comprise, chacun, du haut en bas de l'échelle, est intéressé à la prospérité de tous.
Ce qui est vrai à l'intérieur d'un pays d'individu à individu est vrai aussi dans le domaine international de nation à nation : une nation a toujours intérêt à ce que les nations voisines soient prospères. Cela renverse totalement l'affirmation des grands moralistes qui, comme La Fontaine et Voltaire, entre autres, estimaient qu'« un pays ne peut gagner sans qu'un autre perde ». (Dictionnaire philosophique). Say prendra le contre-pied de cette maxime et proclamera : « La théorie des débouchés, en montrant que les intérêts des hommes et des nations ne sont point en opposition les uns avec les autres, répandra nécessairement des semences de concorde et de paix ».
Enrichir un individu aux dépens d'un autre, c'est du transfert de richesse, non de la création ; le marché est le seul vrai créateur de valeur.
Dans le texte
«L'homme, dont l'industrie s'applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque, ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée, que là où d'autres hommes auront les moyens d'en faire l'acquisition. Ces moyens, en quoi consistent-ils? En d'autres valeurs, d'autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d'où il résulte, quoiqu'au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c'est la production qui ouvre des débouchés aux produits. »
«Que si un marchand d'étoffes s'avisait de dire : "Ce ne sont pas d'autres produits que je demande en échange des miens, c'est de l'argent", on lui prouverait aisément que son acheteur n'est mis en état de le payer en argent que par des marchandises qu'il vend de son côté. « Tel fermier, peut-on lui répondre, achètera vos étoffes si ses récoltes sont bonnes; il achètera d'autant plus qu'il aura produit davantage. Il ne pourra rien acheter, s'il ne produit rien. »
«Vous-même, vous n'êtes mis à même de lui acheter son froment et ses laines, qu'autant que vous produisez des étoffes. Vous prétendez que c'est de l'argent qu'il vous faut : je vous dis, moi, que ce sont d'autres produits. En effet, pourquoi désirez-vous cet argent, n'est-ce pas dans le but d'acheter des matières premières pour votre industrie, ou des comestibles pour votre bouche ? Vous voyez bien que ce sont des produits qu'il vous faut, et non de l'argent. La monnaie d'argent qui aura servi dans la vente de vos produits, et dans l'achat que vous aurez fait des produits d'un autre, ira, un moment après, servir au même usage entre deux autres contractants; elle servira ensuite à d'autres; et à d'autres encore, sans fin : de même qu'une voiture qui, après avoir transporté le produit que vous aurez vendu, en transportera un autre, puis un autre. [..] L'argent n'est que la voiture des produits. Tout son usage a été de voiturer chez vous la valeur des produits que l'acheteur avait vendus pour acheter les vôtres... C'est donc avec la valeur de vos produits, transformée momentanément en une somme d'argent, que vous achetez, que tout le monde achète les choses dont chacun a besoin.[..] »
«Dans les lieux qui produisent beaucoup, se crée la substance avec laquelle seule on achète : je veux dire la valeur. L'argent ne remplit qu'un office passager dans ce double échange; et, les échanges terminés, il se trouve toujours qu'on a payé des produits avec des produits. Il est bon de remarquer qu'un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d'autres produits pour tout le montant de sa valeur. »
— Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique[1]
Réception
Quand paraît le Traité d'économie politique qui formule pour la première fois cette loi des débouchés qui va susciter tant de controverses, l'Europe intellectuelle est dominée par trois géants de la pensée économique : David Ricardo, Jean de Sismondi et Thomas Malthus. Ricardo acceptera la loi des débouchés, Malthus et Sismondi, non. James Mill reprit cette idée à son compte en 1808, en écrivant que : « la demande d’une nation est toujours égale au produit de la nation. »[2]
Héritage et actualité
Critiques
- Marx : pas de pouvoir d'achat car ouvriers payés au minimum vital, d'où surproduction et impérialisme pour écouler ailleurs la marchandise qui ne peut se vendre (à vérifier et trouver termes exactes)
- Contrairement à l'idée de Say, Keynes affirme que des agents peuvent avoir intérêt à conserver de la monnaie, notamment pour des motifs de précaution, de spéculation et de transaction, affirmation qui prend toute son ampleur dans un contexte que Keynes qualifie de « radicalement incertain » (c'est-à-dire que l'avenir est incertain et non-probabilisable); cela créant des distorsions
- Murray Rothbard tend à la minimiser
Notes et références
- ↑ Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique, Livre premier, chap. XV, [lire en ligne]
- ↑
[pdf]Cours de l'université de Cergy
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