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Patriotisme économique

De Wikiberal

Le patriotisme économique désigne un comportement des pouvoirs publics favorisant certains producteurs nationaux ou certaines industries nationales. C'est un concept français, qui a rencontré peu d'écho hors du pays. Forme maquillée de protectionnisme, le patriotisme économique est à ce titre combattu par les libéraux.

Sommaire

Concept

Le patriotisme économique est une démarche protectionniste visant à protéger certaines industries au nom d'un supposé « intérêt général ». Pour les tenants d'une politique de patriotisme économique, il s'agit de promouvoir l'excellence du pays.

Il suppose donc que l'État soit en mesure d'identifier les secteurs « stratégiques », que la « protection » qu'il prodigue alors ait des conséquences positives et que ces dernières soient suffisamment bénéfiques pour compenser les coûts en terme de subvention et d'investissement étrangers non faits dans le pays.

L'expression a connu un certain succès, ponctuel, dans le langage politicien. En effet, désignant avec un mot nouveau une réalité ancienne, il permet aux tenants du protectionnisme de continuer à y avoir recours malgré le bilan catastrophique des politiques protectionniste. En outre, comme le notait un article du journal Le Monde, parler de patriotisme économique permet de taxer ceux qui s'opposent de mauvais patriotes. Geoffroy Roux de Bézieux, alors président de Croissance Plus, déclarait en 2006 : « On sous-entend que les entrepreneurs ne sont pas des patriotes, qu'ils sont vendus à la mondialisation »[1].

Le patriotisme économique vise essentiellement à la conservation des monopoles étatiques ou des entreprises privées proches du pouvoir. Avec le patriotisme économique, les principes de la réciprocité des échanges et de la mise en concurrence sont bafoués : en effet, une des caractéristiques du patriotisme économique réside aussi dans le fait que, lorsque ces entreprises publiques françaises peuvent racheter les entreprises étrangères, la réciproque est souvent fausse.

Dans le contexte international et européen, les États se doivent, en principe, de respecter et d'assumer leur signature. Or, au nom du patriotisme économique, ceux-ci refusent d'honorer leur engagement international et / ou européen (par exemple, en refusant ou en retardant l'application des directives européennes, abrogeant lesdits monopoles).

De la théorie à la pratique

Les défaillances de l'État

Cette vision théorique de l'action étatique se heurte cependant à de nombreuses limites pratiques, en raison des défaillances de l'État.

Ainsi, l'État est-il le stratège parfait que les tenants de l'interventionnisme et du patriotisme économique décrivent ? Par exemple, sur quels critères sont choisis les secteurs qui devraient être touchés par le patriotisme économique ? La liste des opérations dans lesquelles l'État est intervenu par patriotisme économique en 2006 ne montre pas de ligne directrice cohérente : « des yaourts à l’énergie en passant par l’acier, la banque ou le médicament » selon Mathieu Laine[2]. Les résultats concrets de la politique industrielle passée (Crédit Lyonnais, industrie informatique inexistante malgré des milliards de subvention (Bull, Plan calcul, etc.) ne laissent pas plus transparaître les vertus de l'« État-stratège » tant vanté par les zélateurs du patriotisme économique…

En effet, le rôle des hommes politiques ou des fonctionnaires n'est assurément pas de faire le travail des départements de recherche et développement des entreprises ; prenons un exemple de 2007, développé par Vincent Bénard : Quand un député UMP, Bernard Carayon, « champion autoproclamé du patriotisme économique, s'élève contre le choix de la SNCF de retenir le groupe canadien Bombardier plutôt qu'Alstom pour renouveler ses rames de transport en Ile-de-France », qui croit sérieusement qu'il est « mieux placé que Mme Idrac et ses collaborateurs pour juger de la pertinence du choix technologique de la SNCF : depuis quand les politiques seraient-ils mieux à même d'opérer des choix technologiques pour les entreprises que les entreprises elles-mêmes ? »[3].

En outre, l'échec programmé du patriotisme économique tient en partie au fait que de telles politiques ne visent généralement que de grandes entreprises ; seules les grandes entreprises bénéficient généralement de telles politiques protectionnistes, les petites entreprises rachetées par des entreprises étrangères ne suscitant pas l'intérêt des médias et des électeurs. En outre, au vu de l'internationalisation croissante des entreprises, la question de la nationalité d'une entreprise perd sa raison d'être. De quelle nationalité est une entreprise comme Essilor, implantée en France mais qui réalise 90 % de son chiffre d'affaires hors de France ?

L'analyse de l'école du Choix Public permet d'éclairer les raisons qui font que de telles politiques grandioses sont condamnées : l'État, ce sont des hommes, avec des intérêts personnels, des relations, etc. Ainsi, plus que des critères objectifs, c'est la collusion entre haute fonction publique et grand patronat qui explique certains choix, par la consanguinité de ces deux mondes à travers des établissements comme l'ENA en France. Mathieu Laine parle ainsi de ces « patrons du CAC 40 [qui] appellent au secours leurs amis ministres pour tenter d’enrayer le jeu naturel du marché et protéger leurs propres intérêts »[2].

Une catastrophe économique

Comme toute mesure de protectionnisme, qui vise à bloquer la concurrence, le patriotisme économique peut favoriser certaines industries bénéficiant dans les faits de privilèges, privilèges financés par le reste de la société. Ce nouveau colbertisme sacrifie les individus aux bénéfices de quelques industries proches du pouvoir.

En outre, le patriotisme économique français handicape l'internationalisation des groupes nationaux : Nicolas Véron, de Bruegel, un think tank indépendant, parle de « partenaires échaudés » par le patriotisme économique et considère que la politique protectionniste française est responsable des mesures protectionnistes « préoccupantes » prises par l'Espagne ou l'Allemagne[4]. Autrement, le protectionnisme qui transparait dans le patriotisme économique nourrit des tentations identiques à l'étranger, au détriment de tous.

En effet, cette tentation de l'interventionnisme est un jeu à somme négative, en cela qu'elle dissuade l'innovation et la recherche du progrès. N'ayant pas à affronter de concurrents étrangers, les entreprises nationales peuvent se reposer sur leur marché captif sans chercher à mieux répondre aux besoins de chacun. Les enseignements de l'histoire sont à ce sujet univoques : les périodes de repli sur soi ont été des moments de stagnation ou de déclin alors que les périodes d'ouverture ont permis le progrès. Ainsi, Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à Princeton, note-t-il que le patriotisme économique des dirigeants français « confort[e] constamment les groupes hostiles au progrès »[5].

La peur de l'autre et le repli sur soi

Enfin, derrière la notion de patriotisme économique, c'est aussi bien souvent la peur de l'étranger qui se fait jour. C'est la raison pour laquelle on parle également, plus justement, de nationalisme économique. C'est une revendication régulière des souverainistes, des antimondialisation, etc. Comme le note justement l'économiste Jean-Louis Caccomo, « le patriotisme économique est le premier pas vers la guerre économique, l’antithèse de l’échange »[6].

Qui doit décider ?

La volonté de l'État d'intervenir dans les rachats d'entreprises résulte également d'une confusion entre le rôle de chacun. Les acteurs économiques à qui incombent de telles décisions sont les propriétaires de l'entreprise, à savoir les actionnaires. Ce sont eux qui supportent le risque de l'activité en engageant leur argent dans l'entreprise et en risquant de le perdre si l'entreprise fait faillite.

Citations

  • « Il est tout d’abord primordial de rappeler qu’en matière d’OPA, les intérêts en jeu ne sont en rien ceux de la nation mais ceux des dirigeants, des actionnaires et des salariés d’une entreprise privée. Plus précisément, seuls les actionnaires de l’entreprise cible — c’est-à-dire ses propriétaires, ceux qui ont pris le risque de parier sur elle et qui supportent donc, contrairement aux hommes politiques, les conséquences des décisions prises — doivent pouvoir juger s’il est bon ou non d’apporter leurs titres à l’offre. Eux seuls sont en effet en mesure d’apprécier le prix relatif proposé par l’initiateur, au regard de leur perception des performances et du management actuels et des projets mis en avant par l’acheteur potentiel. Les gouvernants — qui ont leurs propres objectifs (notamment gagner la prochaine élection) et leurs propres contraintes (notamment médiatiques) — n’ont en conséquence aucune légitimité à intervenir pour bloquer ou influencer leurs choix. »
        — Mathieu Laine[2]
  • « Ce qui fait le succès économique de la plupart de nos voisins, ce ne sont pas les prétentions volontaristes de leurs gouvernements mais le climat de confiance et d’incitation aux efforts occasionné par la souplesse de leur droit du travail et la faiblesse de la pression fiscale. C’est cela qu’il faut importer chez nous, bien plus que les mauvaises tentations isolationnistes. Car ce n’est pas en s’enfonçant dans un chauvinisme stérile que notre pays pourra pleinement profiter de l’élan économique mondial et retrouver, enfin, le chemin de la croissance et de l’emploi mais en libéralisant notre économie et en la mettant à l’heure d’un monde plus flexible, plus rapide et plus compétitif. »
        — Mathieu Laine[7]
  • « Quant au patriotisme économique, il s’apparente à du protectionnisme. Et le protectionnisme ne saurait protéger un intérêt national, puisque celui-ci n’existe pas. Il défend donc en réalité des intérêts particuliers. Que penser d’une OPA lancée par un groupe étranger sur une entreprise nationale ? Si les actionnaires de cette dernière acceptent, c’est qu’ils y trouvent un avantage, au même titre que l’offrant. Quel argument avancer pour leur interdire de réaliser cet échange, d’actions en l’occurrence ? Il n’y en a pas ! Exactement comme il n’existe pas d’OPA hostile : elle est par la force des choses amicale à l’égard des actionnaires, c’est-à-dire des propriétaires. »
        — Pascal Salin
  • « Il n’existe pas de patriotisme économique, il n’existe que le patriotisme qui exige que le capital que nous avons reçu de nos parents ne soit pas gaspillé, ce qui n’est pas le cas en France, et depuis longtemps. Ceux qui ne font preuve d’aucun patriotisme, ce sont les élites politiques et non pas les entrepreneurs, qui eux se battent pour transmettre un stock de capital supérieur à celui qu’ils ont reçu. »
        — Charles Gave, 19/10/2013

Notes et références

  1. « Les patrons se méfient du patriotisme économique », Le Monde, 14 mars 2006
  2. 2,0, 2,1 et 2,2 « Mettre fin au patriotisme économique », Mathieu Laine in La Revue Parlementaire, avril 2006, [lire en ligne]
  3. « Le patriotisme économique, arme d'exclusion », Vincent Bénard, Le Figaro, 15 octobre 2007, [lire en ligne]
  4. Nationalisme économique, l'exception française, La Tribune, 4 février 2008
  5. « Les limites du patriotisme économique », Ezra Suleiman, Le Figaro, 15 octobre 2007, [lire en ligne]
  6. Mondialisation, Jean-Louis Caccomo, 24 août 2009
  7. « Le patriotisme économique ou le syndrome de la nurserie française », Mathieu Laine, 22 avril 2006, Contrepoints, [lire en ligne]

Voir aussi

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