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Entrepreneur
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En un sens tout homme responsable est, de fait, un entrepreneur dès lors qu'il maximalise son capital physique, financier ou humain (capital corporel, social, culturel [1]) et alloue des ressources rares (son argent, son temps) en vue d'atteindre les fins qu'il s'est imposées. Ce principe entreprenarial est l'essence même de l’homo liberalis que veulent assujettir les collectivistes ou de l'homo œconomicus que les anthropologies romantiques fustigent (en faveur du don de soi, du désintéressement, de la générosité, de la gratuité, etc.). L'entrepreneur a souvent été observé du point de vue national en mettant en lumière l'aspect bénéfique sur la croissance d'un pays. Cette approche à la fois utilitariste, sociétale etnationaliste est remise nen cause par une vision de l'entrepreneur migrant[1].
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Les entrepreneurs au XIXe s.
Pour les hommes du XIXe siècle, l'entreprise était avant tout l'entrepreneur et même la famille de l'entrepreneur qui lui conférait une durée sur plusieurs générations. Seules quelques grandes sociétés anonymes, mais peu nombreuses, dans la sidérurgie, les mines, les chemins de fer, la banque, les assurances présentaient un caractère dépersonnalisé. Les entreprises du XIXe siècle étaient essentiellement familiales, quelle que fût leur forme juridique, car les formes de sociétés de capitaux n'excluaient en aucune façon ce caractère. En matière de financement, la forme familiale remplissait une fonction majeure, dans la mesure où le crédit reposait sur la confiance entre les personnes. L'incarnation de l'entreprise dans l'entrepreneur fut favorisée dans les débuts de l'industrialisation par le fait que n'étaient décisives ni l'unité spatiale de la production dans la mesure où le travail pouvait être dispersé, ni l'unité du personnel, car la main-d'œuvre était instable, le personnel d'encadrement très peu nombreux et la direction en général assumée par un membre de la (ou d'une) famille propriétaire. Le réseau familial permettait de résoudre la plupart des problèmes que posait l'entreprise. Il était à la base de la réunion des capitaux qui était indispensable au démarrage d'une entreprise. Par son influence, il déterminait les possibilités de crédit dont elle pouvait disposer, en un temps où, avant la naissance des grands établissements de crédit, ce dernier reposait sur la connaissance personnelle et l'estime que le banquier accordait à son client.
La simple hérédité n'étant pas une garantie de compétence dans les affaires, la continuité de l'entreprise passait par une attentive formation des fils d'entrepreneurs ou, à défaut, de leurs neveux, jusqu'à ce qu'ils soient capables d'assumer des fonctions de responsabilités, puis d'être associés à la gestion. La formation qui leur était donnée reflétait l'idée que leurs pères ou leurs oncles avaient des qualités indispensables à leur métier. Hommes d'affaires pragmatiques, peu portés aux spéculations intellectuelles, ces derniers appréciaient une éducation pratique faite en s'exerçant à connaître tous les travaux effectués dans l'entreprise, plutôt que des études dans des universités ou des grandes écoles, dont elle n'était par ailleurs pas exclusive. Les mariages étaient une stratégie d'acquisition de ressources extérieures. A l'origine de nombreuses entreprises, on trouvait des capitaux apportés par l'épouse. Les mariages des fils, judicieusement arrangés, pouvaient ensuite apporter les fonds nécessaires à l'extension de l'échelle des affaires. La famille, qui donnait des dots, s'appauvrissait. Les transferts financiers étaient souvent compensés par des opérations contraires, c'est-à-dire par des mariages multiples entre deux familles, qui étaient toutes deux bénéficiaires puisqu'elles formaient désormais un groupe plus puissant.
Les historiens britanniques sont ceux qui ont le plus insisté sur la « loi des trois générations » en arguant que les valeurs aristocratiques et terriennes encore dominantes dans la société victorienne incitaient les entrepreneurs qui avaient acquis la fortune à chercher ensuite un statut social. Les industriels britanniques acquéraient en effet des domaines, des châteaux, s'efforçaient d'entrer dans la gentry et d'obtenir des fonctions municipales. Leurs enfants étaient élevés en gentlemen, de préférence à Eton et Oxford, étaient encouragés à un genre de vie plus oisif et mondain, s'orientaient volontiers vers les carrières administratives ou politiques. Mais pour quelques défections d'industriels amateurs célèbres combien y avait-il de familles où la transmission de l'entreprise à la génération suivante était l'essentiel objectif ? Ensuite, l'achat de domaines fonciers n'était pas la preuve d'un désintérêt pour l'activité industrielle. Il représentait, certes surtout dans la première moitié du XIXe siècle, une forme de diversification des revenus, qui évitait de les faire, dépendre exclusivement de la conjoncture d'un seul secteur et il permettait de trouver du crédit en ouvrant la possibilité d'hypothéquer.
Les entreprises dépérissent lorsque leurs dirigeants ne savent plus les adapter aux changements de l'environnement ou n'en ont plus les moyens, techniques, financiers, commerciaux. L'évolution de l'industrie au XIXe siècle fut dominée par un rapide renouvellement des techniques, qui devinrent de plus en plus complexes et de plus en plus formalisées scientifiquement. Là où du savoir-faire, un esprit méthodique et du bon sens suffirent longtemps, des connaissances plus précises furent peu à peu nécessaires. Certains secteurs en exigeaient davantage, comme la métallurgie et surtout comme les secteurs nouveaux qui se développèrent à partir des années 1880 autour de l'électricité et de la chimie. Une entreprise de ces branches devait désormais employer des ingénieurs. Comme dans les pays européens, à la différence des États-Unis, les circuits commerciaux étaient depuis longtemps rodés et les marchés, du moins les marchés intérieurs, relativement stables, le changement fut surtout ressenti comme un défi technique. La formation technique tendit à l'emporter sur la formation commerciale pour les dirigeants. Bien que ces exigences nouvelles aient favorisé des formes d'entreprises managériales ou d'entreprises fondées par des ingénieurs, puis revendues à des collègues sans être continuées par des descendants, la forme familiale de l'entreprise parvint souvent à leur faire face par la formation des héritiers et par l'inclusion dans la famille de compétences extérieures. Ce qui assurait la longévité des grandes entreprises familiales, c'était aussi leur capacité à s'intégrer par les mariages les hommes qui leur étaient utiles.
La perspective autrichienne de l'entrepreneur
D'un point de vue purement économique, un entrepreneur, est une personne qui engage des capitaux et utilise une main-d'œuvre salariée en vue d'une production déterminée. De ce point de vue, l'entrepreneur est synonyme de chef d'entreprise. Les auteurs autrichiens, et dans un sens large, les pré-autrichiens, se sont longuement penchés sur la théorie de l’entrepreneur[2]. Et, ils refusent cette vision étriquée de l'entrepreneur.
L'entrepreneur chez Ludwig von Mises est nettement distinct de l'entrepreneur de Frank Knight. Chez ce dernier, l'entrepreneur bénéficie d'une aubaine inexpliquée, un rendement de l'incertitude de se retrouver à la bonne place au bon moment (happenstance) tandis que l'entrepreneur de Mises est récompensé d'une prévision correcte du futur bien qu'agissant dans le présent sur une idée du futur.
L'essence de l'entrepreneur est d'acheter et/ou de combiner des ressources hétérogènes dans le présent en anticipation de recettes futures (incertaines). Pour Israel Kirzner, l'entrepreneur a un rôle d'arbitrage, il prend note des opportunités jusqu'alors inaperçues. Son élève, Don Lavoie et ses successeurs (Virgil Storr), employant la métaphore herméneutique, indique que l'entrepreneur "lit" le marché comme il pourrait le faire d'un texte. L'entrepreneur thymo-sémantique [3] relève donc des marqueurs phrastiques et paraphrastiques du marché, grâce à l'apprentissage inter-textuel, pour en synthétiser les opportunités et en anticiper les recettes futures.
Carl Menger décrit l'art d'entreprendre comme le processus de conversion des ressources en biens et services qui ont de la valeur pour des acheteurs. L'entrepreneur n'est donc pas un ingénieur qui utilise une fonction de production avec l'intégration dosée de facteurs de production. La vision ontologique de l'entrepreneur est beaucoup plus large.
Avec Ludwig von Mises, L'entrepreneur est un homo-agens, c'est à dire un être humain qui agit. Aussi, l'entrepreneur peut être un chef d'entreprise, mais aussi un collaborateur interne (intrapreneur) ou externe comme un client (Auke R. Leen, Anders Liljenberg). Des auteurs comme Eric Von Hippel, en dehors, du paradigme autrichien ont effectivement démontré qu'une grande partie de l'innovation provient des utilisateurs et qu'ils agissent donc comme des entrepreneurs. La théorie autrichienne de l'entrepreneur "accorde une place centrale à l’action. Elle peut être rapprochée de la conception de l’enactment proposée par Weick (1979) qui conduit à reconnaître une antériorité de l’action sur la cognition."[4]
Annexes
Citations
- Un entrepreneur, un vrai entrepreneur, n’est pas une simple machine enregistreuse de coûts qui seraient déterminés par ailleurs à partir de données purement techniques (comme s’il existait une seule manière de produire un bien donné). C’est quelqu’un qui regarde un marché, essaie d’en prévoir l’évolution, détermine la nature et le prix de ce qu’il veut vendre et cherche ensuite les moyens de produire de la manière la plus économique, c’est-à-dire évitant de gaspiller des ressources qui sont nécessairement rares, afin d’obtenir une probabilité de profit aussi élevée que possible. (Pascal Salin)
- L'entreprise, c'est l'organisme économique ; l'entrepreneur, c'est le centre nerveux qui lui donne la vie, la conscience, la direction, c'est le point capital, la force motrice de la structure sociale. (Paul Leroy-Beaulieu)
- On considère le chef d'entreprise comme un homme à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char. (Winston Churchill)
Notes et références
- ↑
L'imagerie populaire fait du migrant un individu naturellement entrepreneur. Cette perspective est assez logique, dans le sens commun, car le migrant fait un acte de défi lorsqu'il décide de recommencer sa vie dans un nouveau pays ce qui est analogue à la création d'entreprise et au sens de l'entrepreneur économiquement aventurier. La prolifération des "niches" ethniques sont visibles dans les grandes villes mais aussi souvent dans les villages; les restaurants "sushi" ou la pizzeria italienne, en sont les parangons dans le secteur de la restauration. Cette vision donne du poids à la notion populaire que les entreprises appartenant à des immigrés ou qui sont gérées par des immigrants sont l'une des principales voies de la réussite économique de l'immigrant et de son éventuelle intégration sociale dans sa société d'accueil.
Selon la théorie du portefeuille des actifs entrepreneuriaux au sein de la famille, cette réussite n'est pas due au hasard. Dans chaque foyer, la décision est prise d'émigrer à des fins entrepreneuriales en fonction des probabilités les plus élevées de réussite de chaque membre de la famille. La prise de décision est soit collective, soit individuelle. Dans le premier cas, la prise de décision, au sein du foyer, est effectuée sous le leadership familial prépondérant des parents, des aïeux et des adultes seniors pour déterminer quels seront les membres de la famille qui émigreront. Dans ce cas, un calcul grossier permet d'anticiper la maximisation des revenus pour le foyer restant dans le pays d'origine et de minimiser les risques d'échec pour le migrant. Ils sont, en un sens, des gestionnaires avisés de portefeuille d'actifs entrepreneuriaux des membres familiaux qui investissent en capital humain pour un retour sur investissement, généralement sous la forme d'économies, provenant des revenus de travail ou du capital, qui sont transmises à la famille aux travers des frontières nationales et internationales par les systèmes sécurisés de transfert électronique (Western Union, par exemple).
Par ailleurs, les membres du foyer qui sont « choisis » ou qui se sélectionnent eux-mêmes à émigrer à l'étranger ont souvent des caractéristiques personnelles semblables à celles des entrepreneurs. Comme les entrepreneurs, ils ont tendance par exemple, à être dynamiques pour prendre des risques, surtout dans les premières étapes où le flux d'information sur le point de destination d'émigration est encore incomplet et lorsque les chances de succès sont très incertaines.
Ivan Light fait valoir l'argument suivant que plus les émigrants doivent affronter des difficultés et des frustrations dans l'économie générale, plus ils sont susceptibles de rechercher des opportunités alternatives par l'intermédiaire de l'auto-emploi et par le développement de liens économiques et sociaux plus forts au sein de leur propre communauté ethnique. Ces liens sociaux et économiques, à leur tour, renforcent la capacité des immigrés à affronter la concurrence dans l'ensemble du marché par l'accès à un réseau d'information privilégié, des sources de crédit adaptées qui ne sont pas assujetties à des contraintes d'apport de capital comme dans le système bancaire commercial traditionnel, une base de consommateurs fidèles à leurs biens et services et une embauche régulière de collaborateurs co-ethniques loyaux et déterminés.
Une autre explication du succès de l'entrepreneur migrant est centrée autour de l'idée des "négociants commerciaux minoritaires". Cette idée est née par les études sur l'immigration d'Edna Bonacich et par les travaux de Janet Landa. Ces auteurs ont observé que la plupart des groupes les plus actifs dans le commerce sont historiquement des peuples dont la culture du négoce est élevé mais dont le statut est minoritaire dans le pays. La tradition maintenue par ces groupes et son habitude à séjourner à l'étranger donnent aux membres de ces groupes une "solidarité sociale réactive" qui contribuent à soutenir et perpétuer leur succès dans les affaires commerciales.
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- 1986, R. Waldinger, "A Theory of Immigrant Enterprise", In: "Through the Eye of the Needle: Immigrants and Enterprise in New Yorks Garment Trades", New York University Press
- ↑ Richard Cantillon, Joseph Schumpeter, Carl Menger, Ludwig von Mises, Friedrich Hayek et Israel Kirzner donnent une portée particulière au jugement de l'entrepreneur
- ↑ contraction des concepts de la thymologie de Ludwig von Mises et de la sémantique, en comparaison de l'approche psycho-linguistique en littérature et utilisée par les informaticiens dans leurs programmes de langage naturel
- ↑ Karim Messeghem, L’entrepreneuriat en quête de paradigme : apport de l’école autrichienne, L’internationalisation des PME et ses conséquences sur les stratégies entrepreneuriales, 25, 26, 27 octobre 2006, Haute école de gestion (HEG) Fribourg, Suisse, p5
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- Jeffery S. McMullen et Dean A. Sheferd, Entrepreneurial Action and the role of Uncertainty in the Theory of the Entrepreneur, Academy of Management Review, Vol. 31, n°1, pp132–152
- Karim Messeghem, L’entrepreneuriat en quête de paradigme : apport de l’école autrichienne.
- 2010, Steve Gedeon, "What is Entrepreneurship?", Entrepreneurial Practice Review, Vol 1, n°3,
Liens externes
- (fr)« L’entrepreneur dans la tradition autrichienne », Christel Vivel, Thèse soutenue à Lyon 2, 2004
- (fr) Karim Messeghem, L’entrepreneuriat en quête de paradigme : apport de l’école autrichienne, L’internationalisation des PME et ses conséquences sur les stratégies entrepreneuriales, 25, 26, 27 octobre 2006, Haute école de gestion (HEG) Fribourg, Suisse
- The Entrepreneur according to the Austrian School, par Eugenio Cosme Andrieu, Master d'économie, Université d'Afrique du Sud, sous la direction de Piet-Hein Van Eeghen et de JC Lotter en avril 2010
- Richard CB Johnson, Entrepreneurship and Self-Finance — theoretical explanations for the empirical importance of the capitalist entrepreneur, document de travail en anglais au Ludwig von Mises Institute et sur le site suédois, The Ratio Institute. l'article montre le bien fondé de la séparation théorique entre l'entrepreneur et le capitaliste. Cependant, il faut prendre en compte que tout entrepreneur a besoin de capital (seed capital) pour commencer son affaire, et que bien souvent il s'agit de son propre capital comme pour des avances en documentation ou pour la réalisation d'un business plan.
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