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Privatisation par coupon

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Bon de privatisation du Kirghiztan

La privatisation par coupon (Voucher privatization en anglais, Kupónová privatizace en tchèque) est une méthode de privatisation par laquelle tous les citoyens reçoivent presque gratuitement des bons qui représentent potentiellement des actions dans les entreprises publiques. C'est une méthode qui a été utilisée entre le début et le milieu des années 1990 dans les pays d'Europe de l'Est et centrale (Russie, Pologne, Slovénie, Tchécoslovaquie). Chaque citoyen peut recevoir le même nombre de bons ou un nombre variable selon l'âge ou l'ancienneté dans le monde du travail.

L'expérience tchécoslovaque

La Tchécoslovaquie a été un des premiers pays à mettre en place une privatisation par coupon sous l'influence de Václav Klaus, alors ministre des Finances du pays. Six millions de tchèques (sur 10 millions)[1] purent alors acheter pour mille couronnes tchécoslovaques - l'équivalent d'un tiers de salaire mensuel moyen de l'époque - un « carnet de coupons » (kupónová knížka). Ce dernier donne le droit d'acquérir des actions dans les entreprises publiques à privatiser, un call en termes financiers. Le but était de transformer l'une des sociétés les plus marquées par le dirigisme en une société de petits actionnaires.

Cette méthode permettait d'éviter la concentration des actions des entreprises publiques dans les mains de l'ancienne nomenklatura. Elle permit également une privatisation rapide de l'économie puisqu'en décembre 1994, 80% des entreprises autrefois publiques avaient été rendues au privé. Václav Klaus put ainsi déclarer lors de la fin de ce processus de privatisation, au 31 décembre 1996, que le processus de transition vers l'économie de marché était achevé.

Les résultats furent néanmoins décevants, illustrant en particulier le besoin d'un cadre règlementaire et législatif stable pour le bon fonctionnement du marché, déjà souligné par la tradition libérale[2]. Ainsi, la loi sur la comptabilité qui uniformise la présentation des états financiers des entreprises sur le modèle européen ne date que de 1993 quand la privatisation par coupons commença elle en 1991. Les présentations héritées du communisme mélangent allègrement recettes des ventes de produits et subventions à la production. Dans ce cadre flou, les escrocs fleurirent donc, en particulier Viktor Kožený.

En outre, le manque de capitaux nouveaux s'est fait ressentir et a causé des difficultés parmi les entreprises, que seule l'ouverture aux capitaux étrangers et aux méthodes de gestion modernes ont pu lever. Par ailleurs, le manque de gradualisme et de transparence dans le processus n'a pas amélioré l'efficacité du processus.

János Kornai en particulier s'est opposé à la privatisation par coupons, appelant plutôt de ses vœux une vente aux enchères progressive aux investisseurs privés.

Notes et références

  1. « Privatisations à la carte à l'Est », Les Echos, 9 novembre 1999, [lire en ligne]
  2. Dans La Leçon de ce siècle (1993), revenant sur l'exemple russe, Karl Popper avait par exemple souligné l'erreur de vouloir ouvrir une bourse à Moscou sans préparer au préalable le cadre institutionnel nécessaire

Voir aussi

Bibliographie

  • 1994,
    • "Transférer la propriété privée par la méthode des coupons: L'expérience de l'ex-Tchécoslovaquie", Revue économique, Vol. 45, No. 3, pp. 845-856
    • J. Svejnar et M. Singer, "Using Vouchers to Privatize an Economy: The Czech and Slovak Case", The Economics of Transition, vol 2, pp43–69
  • 1997, A. Hingorani, K. Lehn, A. K. Makhija, "Investor Behavior in Mass Privatization: The Case of the Czech Voucher Scheme", Journal of Financial Economics, vol 44, pp349–396
  • 1998,
    • C. Allen et K. Smidkova, "Voucher Privatization: Implications for Macroeconomic Policy", Economics of Transition, vol 6, pp211–227
    • J. Hanousek et E. A. Kroch, "The Two Waves of Voucher Privatization in the Czech Republic: A Model of Learning in Sequential Bidding", Applied Economics, vol 30, pp133–143
  • 2001, R. K. Filer et J. Hanousek, "Efficiency of Price Setting Based on a Simple Excess Demand Rule: The Natural Experiment of Czech Voucher Privatization", European Economic Review, vol 45, pp1619–1646

Articles connexes

Citations

  • Du fait du manque de capitaux domestiques, inexistants sous l’ère communiste, et du nombre très réduit d’investisseurs étrangers potentiels sérieux, il fallait donc privatiser les entreprises à bas prix. Cette idée nous a conduits au concept de «privatisation par bons de souscription». Dans le même temps, nous avons libéralisé, dérégulé et «désubventionné» l’économie de façon tout à fait radicale et précoce. (Václav Klaus, L'AGEFI, 26/10/2015)

Liens externes

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