Vous pouvez contribuer simplement à Wikibéral. Pour cela, demander un compte à alexis.vintray@contrepoints.org. N'hésitez pas!


Shmuel N. Eisenstadt

De Wikiberal
Aller à la navigation Aller à la recherche

Shmuel Noah Eisenstadt (né à Varsovie, en Pologne en 1923, décédé à Jérusalem en 2010) était professeur émérite de sociologie à l'Université hébraïque de Jérusalem, où il fut membre du corps professoral depuis 1946. Il fut président du département de sociologie durant 20 ans (de 1949 à 1969), doyen de la Faculté des sciences sociales (de 1966 à 1969), et il a occupé de nombreuses fonctions jusqu'à sa retraite en 1983. Il fut le sociologue israélien le plus prolifique en Israël, écrivant des dizaines de livres et des centaines d'articles. Paraphrasant l'humour de son collègue, Gad Yair présenta, par une hyperbole, un hommage mortuaire à Shmuel N. Eisenstadt, prétendant que ce dernier était capable d'écrire jusqu'à ses funérailles qui ont eu lieu le 5 septembre 2010, au cimetière de Givat Shaul à Jérusalem.

Ses étudiants et ses collègues plus jeunes le dénommaient plaisamment "l'incarnation vivante de Max Weber", en raison de son travail sur cet auteur. Il était intéressé par les traditions et par leurs constantes ré-interprétations, d'où son abord des problèmes et de l'origine des "modernités multiples". Il a cristallisé notre compréhension sur "l'âge axial", période de l'histoire de l'humanité qui a correspondu avec l'abandon de la croyance par le peuple que les rois étaient des dieux. Il a étudié les identités collectives et les transformations des États, les questions de la mondialisation et de la primordialité.

L'entrepreneur institutionnel

Son premier ouvrage qui lui valut une renommée mondiale en sociologie et en science politique sur "les systèmes politiques des Empires" en 1963, dépassa le style dominant de la théorie structuro-fonctionnaliste de son collègue de Harvard, Talcott Parsons. S'écartant d'un travail détaillé de taxonomie, Shmuel Noah Eisenstadt accorda de l'importance dans son travail et dans un certain nombre d'autres études aux transformations sociales. Il a mis l'accent sur l'interaction entre les processus culturels et structurels du changement et sur ​​les tensions inhérentes et antinomiques plutôt que sur les processus de développement uniforme.

Pour Shmuel Eisenstadt, le changement sociétal est toujours le résultat de l'action humaine, et l'action de l'homme est ouverte à des tendances divergentes et contradictoires. Inspiré par Martin Buber, il est le premier en 1980 à introduire la notion d'entrepreneur institutionnel. Ces acteurs servent de catalyseurs pour les changements structurels. Ils prennent les devants, ils donnent l'élan d'aller de l'avant et donnent aux autres l'impulsion suffisante et nécessaire pour orienter la direction du changement. La tâche du chercheur en sciences sociales est donc de mettre en évidence les tensions et les antinomies à la différence des auteurs institutionnalistes passés qui faisaient comme s'il n'existait que l'uniformité.

Les "modernités multiples"

Selon Shmuel Eisenstadt, la modernité n'a jamais été principalement la fin d'un résultat réussi suite à un processus de différenciation et de modernisation. Ce processus est certes indéniable mais la modernité pour lui, est plutôt une situation caractérisée par un manque de marqueurs de certitude. L'incertitude est un facteur offrant un très grand potentiel aux acteurs, mais elle comporte aussi de grandes menaces sur l'utilisation de la violence. L'identification de la modernité ne peut pas seulement être assimilée à la tradition occidentale.

Même si le monde contemporain est caractérisé par une croyance dans le potentiel de l'action humaine de changer les conditions sociales et politiques, il y a de nombreux ensembles différents de croyances et de nombreux sentiers de dépendance institutionnels. Dans ses ouvrages sur l'Inde, sur la Chine, sur le Japon et sur ​​les sociétés islamiques, Shmuel Eisenstadt montra que ces sociétés ont exposé des formes modernes de société avec des caractéristiques à la fois culturelles et institutionnelles. Cette forme de modernités multiples était, selon lui, le prétexte à des clashs de civilisation présentant le fondamentalisme comme une forme moderne et non traditionnelle du processus institutionnel.

Publications

  • 1951, "The place of elites and primary groups in the absorption of new immigrants in Israel", American Journal of Sociology, Vol 57, pp222-231
  • 1952, "The process of absorption of our immigrants in Israel", Human Relations, Vol 3, pp223-246
  • 1956, "Inter-generation tensions in Israel", International Social Science Bulletin, Vol 8, ppl-23
  • 1968,
    • a. dir., "Max Weber on charisma and institution building: selected papers", Chicago: University of Chicago Press
    • b. "Social institutions: The concept", In: David L. Sills, dir., The international encyclopedia of the social sciences, vol 14, New York: Macmillan, pp409–421
  • 1980, "Cultural orientations, institutional entrepreneurs and social change: Comparative analyses of traditional civilizations", American Journal of Sociology, 85, pp840-869