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Spencer Heath

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Spencer Heath (né le 3 janvier 1876 à Vienne, en Virginie - décédé le 6 octobre 1963 à Leesburg, Virginie) était un ingénieur et inventeur américain pionnier de la construction aéronautique. Il fut également un penseur libertarien dont les écrits sociaux et économiques sont hélas assez méconnus mais dont le mouvement libertarien, à ses débuts, a su profiter. Par exemple, le Cercle Bastiat[1] lui rendit visite dans son appartement new-yorkais et Murray Rothbard le cita à de nombreuses reprises dans son ouvrage "Man, Economy and State", témoignant d'une grande familiarité avec son travail. Murray Rothbard (1958) a même reconnu l'anarchisme de Spencer Heath comme une alternative acceptable mais toutefois moindre que sa propre vision des agences de défense non territoriales. Spencer Heath avait aussi des vues différentes de Henry George bien qu'il ait travaillé à ses côtés. Son apport à l'histoire des libertariens repose sur la promotion de la communauté avec une gouvernance de propriétaires, idée qu'il exprime dans son livre "Citadel, Market and Altar" (citadelle, marché et autel) et dont certains libertariens contemporains s'inspirent.

La sainte trinité : la citadelle, le marché et l'autel

Son livre, "la citadelle, le marché et l'autel", paru en 1957, utilise la terminologie des sciences physiques pour décrire la société humaine « scientifiquement », cette orientation de style doit sans doute son origine à sa formation en tant qu'ingénieur en génie électrique et mécanique[2]. En faisant la critique du livre, Roy Halliday (1999) précise que ce livre lui rappelle également celui de Frederick Nymeyer, pionnier du libéralisme chrétien, car il y mêle libertarianisme, économie et religion. Dans son prolégomène, il tente d'introduire une théorie, sans doute assez discutable, sur l'énergie censée s'étendre à toutes les sciences, y compris les sciences humaines. Heureusement, la principale partie de la démonstration de Spencer Heath, c'est-à-dire l'économie et les communautés propriétaires, ne dépend pas de sa théorie de l'énergie ou même de sa définition de la méthode scientifique.

Pensant que tout est régi sous le principe de la trinité, Spencer Heath estime que la société a trois besoins fondamentaux : la sécurité, la propriété et la spiritualité. Ces trois besoins sont satisfaits par trois institutions : le politique, le commerce et la religion, d'où le titre de son livre : "la Citadelle, le Marché et l'Autel". La Citadelle est présente pour maintenir l'absence de violence, pour se prémunir contre l'agresseur de l'extérieur et se protéger des indisciplinés de l'intérieur. Le Marché fournit l'abondance pour les nécessités de la vie. Et, l'Autel offre la spiritualité, mais pas seulement car on peut y pratiquer les loisirs et les arts spontanés, inspirants et esthétiques.

Spencer Heath observe qu'au début de l'histoire de l'humanité, il était difficile de survivre dans les latitudes septentrionales et en haute altitude car les États ne pouvaient pas s'y former. L'environnement était si dur que les gens devaient coopérer pour survivre. Ensuite, les sociétés libres se sont dégradées en sociétés étatiques d'abord dans les régions où la lutte contre la nature était relativement facile et où les esclaves pouvaient produire suffisamment pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs maîtres. La détérioration des communautés libres se transformant en souverainetés politiques a eu lieu principalement dans ces régions luxuriantes où l'esclavage et la fiscalité pouvaient être pratiqués et où la mobilisation des armées, la reconquête des esclaves et les rigueurs du gouvernement pouvaient être facilement appliqués. Pourtant, là où le terrain est accidenté, où la rareté de la subsistance naturelle interdit les inefficacités d'un État servile, où les opérations militaires, autres que la défense, ou la capture et la reconquête des esclaves n'étaient pas favorables, alors, dans ces endroits-là, les hommes devaient pratiquer des relations libres de service mutuel pour survivre. À travers les âges, vinrent les grands guerriers qui conquirent les États coloniaux des terres luxuriantes, qui furent à leur tour renversés par des conquérants encore plus puissants. Manquant de structure pour une défense efficace, le village primitif est devenu une proie facile face aux déprédations de ces groupes tribaux qui ont continué leurs chemins de manières nomades, sur terre ou sur mer. Dans ces endroits faciles à piller, l'agression par razzias est devenue un assujettissement périodique ou permanent des populations. L'autorité a eu tendance à se concentrer sur les chefs de guerre qui étaient devenus des conquérants et des rois. Ils n'étaient ni des patriarches ni des propriétaires mais des prédateurs, selon les mots de Spencer Heath.

L'apport de Spencer Heath sur le concept de la ville privée

Spencer Heath fut l'un des premiers défenseurs des communautés propriétaires. Il avait gagné assez d'argent pendant la Première Guerre mondiale avec son entreprise aéronautique et le dépôt de ses brevets[3], pour prendre une retraite anticipée. Il a alors consacré ses dernières années aux idées. Il a commencé par aider le financement de la "Henry George School" à New York qui défendait les idées du penseur social Henry George. Pour ce dernier, les échanges devaient être libres mais le terrain devait appartenir à l'État[4]. Spencer Heath y a enseigné pendant plusieurs années en s'opposant à l'argument georgiste de l'État propriétaire dont l'impôt unique, la taxe foncière, devait financer tous les services publics. Il fut alors "gentiment" invité par Frank Chodorov, le directeur, d'exposer ses idées anti-georgistes un peu plus loin.

Cette exclusion a permis à Spencer Heath d'être encore plus motivé pour exposer son idée d'une ville gouvernée par des propriétaires. Les services de l'État sont généralement supposés comme acquis, loués par les interventionnistes et les abstentionnistes de la pensée. Mais, rarement, ces services publics sont mis en balance avec leur coût tragique. Spencer Heath estime que la méthode étatique de la contrainte est la source de tous les problèmes systémiques de la société. Alors, il pose la question de savoir si les propriétaires pourraient remplacer l'État. Car les hommes et les femmes qui ont appris à diriger toutes leurs affaires individuelles par le contrat, le consentement et l'échange compensent le coût de la contrainte, de la régulation et de la surveillance étatique.

En effet, une industrie importante dans laquelle la gouvernance d'entrepreneurs privés joue un rôle clé est bien celui du développement et de l'exploitation de biens immobiliers. Spencer Heath dans "Citadel, Market and Altar" a reconnu les similitudes de fonctions entre l'hôtel et la gouvernance d'une ville. Un hôtel fournit la gestion des infrastructures, une place publique (un hall), des rues (des couloirs), des transports (ascenseurs et escaliers mécaniques), et des services, une protection contre les incendies, des loisirs et de nombreux autres services. Les biens collectifs sont achetés à partir de la location que les clients paient, tandis que les frais d'utilisation servent aux articles consommés individuellement tels que le service en chambre et les appels téléphoniques.

Selon sa nouvelle théorie de la gouvernance des communautés, les propriétaires fonciers d'une ville donnée devraient rassembler leurs actifs en un pool commun afin de former une seule société juridique à l'échelle de la ville. Cette entreprise foncière posséderait tous les terrains et fournirait tous les services publics aux locataires contre le paiement d'un loyer. Spencer Heath affirme que la fiscalité et tous les autres pièges captifs et financiers de l'État disparaîtraient alors. Les droits des personnes et de la propriété privée deviendraient véritablement inviolables. Le seul vote qui puisse exister est celui qui se ferait par la démocratie des actionnaires laquelle prévaut dans toute société par actions (la personne morale) où les propriétaires votent au prorata de leurs actions. Cependant, ce système vient à créer obligatoirement juridiquement un monopole. Mais, pour Spencer Heather, cela n'est pas préjudiciable quelle que soit la taille de la communauté dans la mesure où ce monopole résulte des préférences choisies volontairement par les acheteurs et où la liberté de concurrence prévaut. Le monopole qui serait malsain, alors, résulte de l'action de l'État qui, par son pouvoir coercitif, limite à une personne ou à une organisation particulière, ou à une combinaison d'entre eux, le droit de vendre des biens ou des services particuliers. Le monopole initié par l'État abroge le droit de toute autre personne ou organisation de rivaliser. Reste à comprendre comment le monopole juridique des communautés ne le ferait pas.

Même si les écrits de Spencer Heath restent assez méconnus, celui-ci a eu une relative influence sur certaines personnalités et chercheurs comme son petit-fils, Spencer Heath MacCallum ou Stefano Moroni, professeur chercheur italien en études urbaines.

Annexes

Notes et références

  1. Le cercle Bastiat était un groupe principalement anarcho-capitaliste dont les membres étaient réunis autour de Murray Rothbard à New York dans les années 1950, avec Robert Hessen, Ralph Raico, Leonard Liggio, Ronald Hamowy et bien d'autres. Il est sensé de dire que ce groupe a lancé la première vague de la deuxième génération des libertariens américains modernes.
  2. Spencer Heath est diplômé de la Corcoran Scientific School à Washington, D.C.
  3. Alors qu'il travaillait pour le département de la Marine, Spencer Heath a obtenu des diplômes en droit à la National University Law School. Cette formation l'a certainement aidé pour protéger ses futures inventions. Il inventa une hélice produite en série qui a été utilisée par 70 % des avions américains pendant la Première Guerre mondiale.
  4. L'offre de terrain étant inélastique, l'impôt foncier est par conséquent stable.

Publications

Littérature secondaire

  • 2004, Fred E. Foldvary, "Heath: estranged Georgist", American Journal of Economics and Sociology, April
    • Repris en 2004, In: Robert V. Andelson, dir., "Critics of Henry George: An Appraisal of Their Strictures on Progress and Poverty", 2nd ed. Blackwell Publishing, pp411-432

Liens externes

  • Présentation de Spencer Heath sur le site libertarien, Liberland, qui partage les vues de l'auteur.

Liens vidéos