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École néoclassique

De Wikiberal

L'École néoclassique naît de la « révolution marginaliste » dans les années 1870 et devient la principale école de pensée jusqu'à la crise de 1929 et l'avènement du keynésianisme. Elle redevient dominante après la stagflation des années 1970. Les néoclassiques sont parfois appelés « néolibéraux ». L'école néo-classique économique est différente de l'école néo-classique du management. Cette dernière s'est développée grâce à l'apport de grands praticiens (Chef d'entreprises et grands cabinets de conseil type Mac kinsey , Boston Consulting Group…). Ce courant est orienté vers le pragmatisme, dont la base théorique demeure très largement inspirée de l'école classique de la théorie des organisations (Frederick W. Taylor, Henry Ford, Henri Fayol, Max Weber) dont les principaux représentants furent Alfred P. Sloan, Peter Drucker et Octave Gélinier.

En économie, l'apogée du modèle néoclassique vient au début du XXe siècle avec Alfred Marshall et Arthur Cecil Pigou.

Sommaire

Courants néoclassiques contemporains et représentants

Les idées néoclassiques

Les mathématiques comme nouvelle approche de l'économie

Les économistes de l’école néoclassique développent une formalisation mathématique de l’économie. Leurs analyses mathématiques (la microéconomie) reprises par la plupart des économistes depuis cette époque, débouchent dans leur forme la plus aboutie sur la notion d’équilibre économique : une formalisation mathématique abstraite présentant des modèles d’économies idéales et optimales mais reposant sur des hypothèses théoriques imparfaitement vérifiées dans la réalité. À cette époque, il semble donc que la pensée économique tente de s’écarter des sciences humaines pour s’apparenter, par les méthodes de formalisations mathématiques qu’elle utilise, aux sciences exactes. Il s’agit généralement d’une incompréhension. On doit par exemple la notion d’équilibre général (certainement le concept le plus abstrait de la science économique) à l’économiste Léon Walras dans son ouvrage Traité d’économie politique pure (1874). Or il convient alors de relativiser dès l’origine la finalité de ces modèles mathématiques. En effet, l’auteur, comme il l’indique dans le titre, s’attache à développer une formalisation d’une économie idéale dont il sait qu’elle ne peut pas exister (d’où l’usage du mot « pure »). Considérant les différentes imperfections de l’économie réelle par rapport au modèle idéal, cet auteur définit un rôle à l’État. De ces considérations découlent une « politique économique appliquée » et une « économie sociale » qui divergent de l’économie pure. Pour Walras, il n’y a aucune supériorité du concept d’équilibre général sur les deux autres dimensions de l’économie. Il explique que « leurs critères respectifs sont le vrai pour l’économie pure, l’utile ou l’intérêt pour l’économie appliquée, le bien ou la justice pour l’économie sociale ». Au final, cet auteur dont l’équilibre général tente de démontrer scientifiquement la supériorité du libéralisme économique est paradoxalement classé dans les économistes hétérodoxes du fait des propositions que ses réflexions l’ont amené à avancer : nationalisation de terres et des chemins de fer par exemple (idées tout à fait révolutionnaires à son époque et très mal vues de la société bourgeoise).

Modèles

L'utilité marginale

La théorie néoclassique fonde sa théorie de la valeur sur l'utilité, contrairement aux classiques anglais qui avaient fondé leurs analyses sur la théorie de la valeur-travail, ouvrant par la même la voie aux analyses marxistes. Leur analyse reposait sur des constats simples : l’eau par exemple est infiniment utile mais ne vaut rien. C’est pourquoi les néoclassiques introduisent la notion d’utilité marginale : la valeur dépend de l’utilité qu’apporte la dernière unité consommée, utilité qui est elle-même décroissante. Si on reprend l’exemple de l’eau, le premier verre a une valeur supérieure au dixième. Ainsi c’est toute l’analyse néoclassique qui dérive d’une étude à la marge des phénomènes économiques. À titre d’exemple :

  • Selon la théorie du producteur, les entreprises embauchent tant que la productivité marginale du travail (c'est-à-dire la production du dernier salarié embauché) est supérieure au salaire. Ils ont une attitude similaire face à l’investissement en capital dont les rendements sont d’abord croissants (voir économie d’échelle) puis décroissants.
  • Selon la théorie du consommateur, l'individu adopte une attitude rationnelle visant à « maximiser son utilité ». À chaque dépense il compare, l'utilité marginale des biens afin de hiérarchiser ses préférences et s’oriente vers le plus utile. Cette étude de l'individu, comme producteur ou consommateur rationnel et autonome rejoint la démarche de l’individualisme méthodologique.
  • Sur un marché de concurrence pure et parfaite, chaque facteur de production reçoit l’égal de ce qu'il apporte, d'où une juste rémunération des facteurs de production. Cette démonstration cherche donc à infirmer la théorie de la plus-value des marxistes. Dans de telles conditions, le profit tend à s'annuler.

Au-delà de ces analyses communes, chaque école développe des idées originales. Léon Walras se veut un socialiste resté libéral. Carl Menger distingue les « biens économiques », susceptibles d’être achetés et vendus par les particuliers, des « biens libres » qui ne peuvent faire l’objet d’une appropriation privée : l’eau, l’air… Eugen von Böhm-Bawerk propose une théorie du capital (Capital et intérêt, 1884) où il décrit l’investissement comme un « détour productif » : creuser un seau dans un tronc d’arbre retarde la consommation d’eau, mais permet une consommation accrue dans le futur. Grâce à cette maîtrise accrue de l’eau, le campagnard gagnera un temps précieux qui lui permettra alors de creuser une canalisation et ainsi de suite… À Lausanne, Léon Walras puis Vilfredo Pareto développe un modèle mathématique où par l’ajustement des prix s’établit spontanément un équilibre général de l'économie.

La concurrence pure et parfaite

Les conditions

La concurrence parfaite est un modèle décrivant une structure de marché hypothétique dans laquelle aucun producteur ni consommateur ne dispose d'un pouvoir discrétionnaire sur la fixation des prix ou sur les décisions des autres acteurs, et que tous les acteurs ont accès à la même information, ce qui suppose une égalité des positions à l'origine de la relation marchande. Le prix est alors fixé par l'affrontement et la négociation de tous avec tous, ne générant pas de rente de monopole.
La concurrence pure et parfaite représente un des deux cas extrêmes de structures de marché étudiés par les économistes néoclassiques, le second étant le cas de monopole. La concurrence parfaite est censée permettre l'équilibre sur tous les marchés sous des conditions très particulières. Chaque marché doit remplir les trois conditions suivantes :

  1. L'atomicité du marché : le nombre d'acheteurs et de vendeurs est très grand donc l'offre ou la demande de chaque agent est négligeable par rapport à l'offre totale ;
  2. L'homogénéité des produits : les biens échangés sont semblables en qualité et en caractéristiques ; un produit de meilleure qualité constitue donc un autre marché. Dans la réalité, les bien les plus homogènes sont les matières premières, les denrées agricoles.
  3. La transparence de l'information : l'information parfaite de tous les agents sur tous les autres et sur le bien échangé suppose qu'elle est gratuite et immédiate ; la présence d'un « commissaire-priseur », qui centralise les offres et les demandes afin de calculer le prix d'équilibre est une façon de réaliser cette transparence et suppose l'absence d'échange de gré à gré avant l'obtention du prix d'équilibre.

Les conséquences de ces trois hypothèses sont que d'une part le prix est la seule motivation pour échanger ou renoncer à échanger sur le marché (et non la qualité par exemple) et d'autre part, le prix est fixé par le marché et s'impose à tous les protagonistes, il n'existe alors qu'un seul prix pour un seul bien quelque soit le lieu d'achat.

Il faut ajouter deux hypothèses qui lient les marchés entre eux :

  1. La libre entrée sur le marché : il ne doit y avoir aucune entrave tarifaire (protectionnisme), administrative (numerus clausus), technique à l'entrée d'un offreur ou d'un demandeur supplémentaire.
  2. la libre circulation des facteurs de production (le capital et le travail) : la main d'œuvre et les capitaux se dirigent spontanément vers les marchés où la demande est forte (par rapport à l'offre). Il n'y a pas de délai ni de coût dans leur reconversion.

Ces deux dernières hypothèses permettent une convergence sur le long terme des taux de salaire et de profit entre les différents secteurs économiques et les différents pays.

Il s'agit donc d'un cadre très contraignant, correspondant à une économie totalement centralisée. Son avantage est que les équilibres de concurrence pure et parfaite sont des optima mathématiques (donc faciles à calculer) vérifiant certaines propriétés d'efficacité allocative (efficacité selon Pareto).

Le principe de la tarification au coût marginal

A partir des propriétés de la concurrence, il est possible de démontrer dans un cadre théorique néo-classique que le prix en concurrence pure et parfaite est égal au coût marginal et qu'à long terme, le profit est nul. On introduit pour cela l'hypothèse supplémentaire que chaque entreprise a pour objectif de maximiser son profit. Seulement, si à court terme, il y a un secteur économique bénéficiaire, des entreprises vont entrer sur ce secteur, ainsi l'offre va augmenter, les prix vont baisser et les profits vont diminuer jusqu'à s'annuler.

Critique libérale

Le libéralisme économique n'a rien à voir, comme le croient certains, avec la théorie de la concurrence pure et parfaite, qui n'est qu'un modèle bien éloigné de la réalité :

« La théorie de la concurrence pure et parfaite est radicalement fausse puisqu’elle est opposée à la notion de concurrence telle qu’on la conçoit au sens commun. Lorsqu’on parle de sportifs, on dit qu’ils sont en concurrence parce que chacun tente de faire mieux que les autres. Dans la théorie traditionnelle de la concurrence, tous essaient de faire pareil que les autres. On suppose d’ailleurs selon cette conception qu’il existe une technique optimale pour une activité donnée qui va peu à peu être reconnue et adoptée par tous les producteurs. C’est la raison pour laquelle ils deviennent tous identiques et que le profit disparaît. En effet, aussi longtemps que des profits sont réalisés, de nouveaux producteurs entrent sur le marché et adoptent cette technique optimale, jusqu’à ce que le profit disparaisse. »
    — Pascal Salin
« Où est l’erreur de Walras ? C’est de vouloir donner une grille de lecture d’une économie réellement « pure », où tout fonctionnerait rationnellement. La concurrence y serait pure aussi : les entreprises nombreuses, de faible taille, d’une fluidité totale, parfaitement informées, libres d’accès au marché. Walras sait bien qu’en réalité il en est autrement : l’« économie appliquée » est différente, parce que le contexte institutionnel détourne les acteurs de la rationalité et les prix de la vérité. Mais Walras n’en a cure, il ne décrit pas ce qui est, mais ce qui devrait être. Il plaide seulement pour qu’en économie appliquée la production soit la plus fidèle possible à un système de contrats interactifs, qu’il croit trouver dans des entreprises coopératives. De ce point de vue, il est proche des socialistes utopistes français (Saint Simon, Fourier), et il émet toutes les réserves des socialistes à l’égard de la propriété privée : la relation avec l’économie de marché devient finalement très ténue et très surprenante ! »
    — Jacques Garello

Bibliographie

  • 1986, T. Aspromourgos, “On the Origins of the Term ‘Neoclassical’”, Cambridge Journal of Economics, Vol 10, n°3, pp265-270
  • 1990, William K. Bellinger et Gordon S. Bergsten, The Market for Economic Thought: An Austrian View of Neoclassical Dominance, History of Political Economy, 22: 697-720

Liens Externes

Audio/Videos

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