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Individualisme méthodologique
De Wikiberal.
La compréhension de la réalité sociale des libéraux repose sur l'individualisme méthodologique. L'individualisme méthodologique consiste à expliquer les phénomènes économiques et sociaux seulement à partir des actions, réactions et interactions entre les individus qui composent la société. En effet, par définition, tous les événements qui fondent l'histoire humaine et donc l'histoire économique, politique et sociale, sont toujours le produit de l'action humaine individuelle, car seuls les êtres humains agissent (les états, les groupes ne sont pas des êtres à part entière, ils ne sont que la somme des individus qui les composent). L'individualisme s'oppose donc au holisme ou à l'organicisme qui caractérise l'épistémologie d'une grande partie des universitaires et intellectuels français, quelle que soit leur discipline.
La primauté accordée à la coordination des actions individuelles, à la science de l'échange ou à la "catallaxie", et d'une façon générale aux aspects procéduraux de l'interaction individuelle (droit, normes sociales, constitutions, etc.), caractérise les libéraux. Cette insistance sur la coordination des actions individuelles vient de ce que l'ordre social ou l'harmonie sociale par définition est un état où tous les individus réalisent leurs anticipations. C'est donc le problème économique ou social central par excellence.
Les économistes français Quesnay, Du Pont de Nemours (des physiocrates dont le nom vient du grec Physis qui veut dire nature et Kratos qui veut dire règle) et Turgot inventent et développent une économie politique fondée sur les droits naturels de l'homme et la Règle de Droit (contrairement aux anglais qui vont développer une économie politique fondée sur l'utilité et l'utilitarisme de Jeremy Bentham. Les économistes néoclassiques sont les fils de cet utilitarisme). Les Ecossais, à peu près à la même époque avec Adam Ferguson, Adam Smith, David Hume, inventent et développent l'idée du marché comme ordre spontané. Cette combinaison entre les deux courants donne aux économistes libéraux leur spécificité. Ils aiment toujours rappeler la phrase célèbre :
- "Laissez-nous faire, laissez-nous passer. Le monde va de lui-même"
Cette phrase légendaire aurait été prononcée par des marchands en réponse à une interrogation de Louis XV qui leur demandait en quoi il pouvait les aider. En fait cette primauté est le fruit d'une réflexion et d'un débat scientifique fondamental et encore aujourd'hui ignoré par le courant dominant néoclassique sur l'impossibilité de coordonner les actions des individus aux buts multiples et souvent contradictoires, parfois mêmes inconnus d'eux, par une procédure de planification centralisée ou décentralisée. Car paradoxalement seul l'ordre spontané du marché fondé sur les droits de propriété et leur échange volontaire serait capable de générer les incitations, les informations et les connaissances tacites nécessaires à la coordination centralisée des actions des individus. Cette impossibilité de planifier de manière externe – centralisée ou décentralisée – la coordination des actions individuelles explique l'importance accordée par les libéraux et les libertariens aux solutions de marché. Ils ne sont pas en faveur de ces solutions par goût ou par intérêt particulier, mais après une réflexion sur le problème central de la dispersion des connaissances dans un monde où l'ignorance est fondamentale et où les finalités sont multiples, contradictoires et ouvertes.
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Les critiques infondées de l'individualisme méthodologique
L'individualisme méthodologique est souvent la cible de critiques infondées. Un étudiant de Karl Popper[1] Joseph Agassi, inventa le terme d'individualisme institutionnel en remplacement de l'individualisme méthodologique, au prétexte que les structures institutionnelles existent et qu'elles affectent les choix individuels bien qu'admettant que seuls les individus ont des objectifs et des responsabilités. Mais, la plupart des chercheurs libéraux, notamment ceux de l'école autrichienne (à la différence de l'école néoclassique), soutiennent un point de vue similaire.
Lars Udéhn, pour sa part, reproche à l'individualisme méthodologique d'être un isolationalisme méthodologique. En prenant appui sur les exemples de la théorie du contrat social (contractualisme de James Buchanan) ou de l'équilibre général (Léon Walras, Gérard Debreu, Kenneth J. Arrow), les individus sont présentés comme isolés, sans relations sociales ou institutionnelles. Kenneth Arrow nie cette allégation, car les mécanismes des prix impliquent des interactions sociales ainsi que des structures. Les phénomènes sociaux ne peuvent être réduits à des individus isolés. Tout comportement individuel est toujours lié par des relations sociales. La théorie du contrat social ou la théorie de l'équilibre général impliquent que des individus communiquent entre eux, en adoptant des hypothèses tacites, des interprétations ou des règles de conduite. L'échange suppose le transfert des droits de propriété, dont les règles sont établies par des interactions sociales préalables. Les droits de propriété exigent un système de protection de ces droits (enforcement). A la différence de l'école autrichienne, l'école néoclassique et l'école contractualiste présupposent des relations entre des individus et le contexte institutionnel. Par contre, l'école autrichienne, soutient un individualisme méthodologique, en plaçant explicitement l'individu dans une situation du réel, et non sur un tableau noir.
Citations
- Il y a quelque chose au monde que les sciences naturelles sont impuissantes à décrire ou à analyser. Il y a des événements qui n'appartiennent pas aux catégories d'événements que les procédures des sciences naturelles sont aptes à observer ou décrire. Il s'agit de l'action humaine. (Ludwig von Mises)
- L'individualisme méthodologique consiste à expliquer les phénomènes économiques et sociaux seulement à partir des actions, réactions et interactions entre les individus qui composent la société. (...) Comment une société peut-elle avoir des valeurs ou des préférences indépendamment des individus qui la constituent ? Les concepts holistes imprègnent le discours ambiant et sont une source permanente d'erreurs de raisonnement. (Bertrand Lemennicier)
Notes et références
- ↑ Karl Popper était un grand défenseur de l'individualisme méthodologique en sciences "...la croyance dans l'existence empirique des ensembles sociaux ou collectifs, qui peuvent être aussi décrits comme un collectivisme naïf, doit être remplacée par l'exigence que les phénomènes sociaux, y compris collectifs, devraient être analysés en termes de personnes " Karl Popper, 1968, Conjectures and refutations: The growth of scientific knowledge. New York: Harper & Row, p341
Bibliographie
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- Leon Goldstein, The Two Theses of Methodological Individualism, The British Journal for the Philosophy of Science, 9: 1-11
- M. Brodbeck, Methodological Individualism: Definition and Reduction,
- 1960, Joseph Agassi, Methodological Individualism, British Journal of Sociology, 11(3), septembre, pp244-70
- 1968, Steven Lukes, Methodological Individualism Reconsidered, The British Journal of Sociology, 19:2, pp119-129
- 1975, Joseph Agassi, Institutional Individualism, British Journal of Sociology, 26(2), juin, pp144-55
- 1982, Jon Elster, The Case for Methodological Individualism, Theory and Society, 11, pp453-482
- 1983, Wolfgang Heine, Methodologischer Individualismus, Königshausen: Würzburger Wissenschaftliche Schriften
- 1990, R. Tuomela, Methodological individualism and explanation, Philosophy of Science, 57, pp133–140
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- Gregory B. Christainsen, Methodological Individualism, In: Peter J. Boettke, dir., The Elgar Companion to Austrian Economics, Cheltenham: Edward Elgar, pp11-16
- 1997, Dan Sperber, Individualisme méthodologique et cognitivisme, In: Raymond Boudon, F. Chazel et A. Bouvier, dir., Cognition et sciences sociales. Paris: Presse Universitaires de France, pp123-136
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- Lars Udéhn, Methodological Individualism: Background, History and Meaning, London and New York: Routledge
- 2002, Lars Udéhn, The Changing Face of Methodological Individualism, Annual Review of Sociology, 28, pp479-507
- 2003, Manuel Herrera Gómez, Individualismo metodológico y liberalismo, Revista internacional de sociología, n°34, pp7-32
- 2005, Joseph Heath, Methodological Individualism, Standford Encyclopedia of Philosophy
- 2007, Gregor Zwirn, Methodological Individualism or Methodological Atomism: The Case of Friedrich Hayek, The History of Political Economy, 39(1), pp47-80
- 2008, Raymond Boudon, Comment l’individualisme méthodologique rend-il compte des règles ?, Le Libellio d'Aegis, volume 4, n° 1, printemps, pp1-13
Voir aussi
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