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Droit animal
De Wikiberal.
Le droit animal est différent de la simple moralité. Il s'agit de savoir s'il est légitime d’utiliser la force pour faire respecter d’éventuels droits qu’auraient les animaux.
Sommaire |
Position philosophique
Le problème philosophique réside dans le fait de la relation entre les instincts (qui animent les animaux) et la Raison (qui est supposée animer les hommes) .
En effet, certains animaux peuvent avoir un comportement subtil, parfois même raffiné, élégant et dans certains cas, pacifique (comme les loutres, les castors, les dauphins) ou agressif (comme les félins). Mais ce comportement est naturel.
Les hommes ("animaux instinctifs évolués"), pourtant supposés être dotés de Raison, peuvent commettre des actes autrement plus brutaux que les animaux.
Cette "polémique" semble indiquer que les hommes doivent être humbles par rapport aux animaux.
Position religieuse
Selon la plupart des religions, il convient de respecter les animaux (par exemple Noé avec son Arche remplie d'animaux). Mais, du fait des conceptions cultuelles et culturelles, lorsque des périodes de rites sont indiquées par les calendriers, on sacrifie des animaux dans la plupart des religions.
En fait, le problème pourrait être de savoir si on peut attribuer une âme aux animaux ou s'ils sont de simples machines (vision cartésienne). Les religions diffèrent grandement sur ce point. Les religions monothéistes n'attribuent pas une âme aux animaux et affirment la domination absolue de l'homme sur les animaux, tandis que les religions orientales ne voient pas de différence d'essence entre l'homme et l'animal.
Position utilitariste
Pour les libéraux utilitaristes, la liberté n’est qu’un moyen pour atteindre l’objectif du plus grand bonheur du plus grand nombre. Le bonheur étant défini par la maximisation des joies et la minimisation des peines, la prise en compte des intérêts des animaux s’est imposée d’elle-même dans la mesure où ils sont considérés comme des êtres sensibles. Ainsi le fondateur de l’école utilitariste moderne, Jeremy Bentham, évoque explicitement le cas des animaux. Néanmoins cette tradition a été relativement délaissée par les libéraux modernes, mais est désormais récupérée par d’autres courants. Le livre Animal libération de Peter Singer, qui a servi de fer de lance aux mouvements de défense du droit animal, se base ainsi sur des prémisses explicitement utilitaristes.
Position jusnaturaliste
La grande majorité des partisans des droits naturels est opposée à toute idée de droit animal, même si par ailleurs ils peuvent considérer comme immorales les violences faites aux animaux.
Argument kantien
Pour Kant les animaux n’ont en eux-mêmes aucun droit, mais les humains ont malgré tout le devoir de ne pas les maltraiter inutilement. Infliger des cruautés aux animaux serait une manière de porter atteinte à sa propre humanité, et pour cette raison serait illégitime. Cet échappatoire commode n’a aucun sens dans un cadre libéral, il ne peut y avoir d’autre devoir que le respect du droit (pas de crimes sans victimes).
Kant affirme par ailleurs que la vue de violences infligées aux animaux pourrait conduire à l’insensibilité et à l’amour de la brutalité. Cet argument utilitariste non plus n'est pas recevable, il pourrait tout aussi bien servir à justifier l’interdiction des films violents. Schopenhauer, partisan convaincu du droit animal, critique l'argument souvent avancé par les sociétés protectrices des animaux, selon lequel "la cruauté des animaux conduit à celle envers les hommes", comme si l'homme était l'objet direct du devoir moral, et l'animal un objet indirect, voire une simple chose (cet argument de la "pente savonneuse" est selon Schopenhauer mal choisi, car il suppose qu'il y a une différence radicale entre l'homme et l'animal, et qu'on n'aurait de devoirs moraux qu'envers l'homme).
Arguments en défaveur des droits des animaux
Appartenance à l'espèce humaine
Pour certains c'est la simple appartenance à l’espèce humaine qui est le critère déterminant justifiant a lui seul l’existence de droits. Soit que le droit découle de nature humaine, soit qu’il ne puisse avoir de sens qu’entre membre d’une même espèce.
Droit fondé sur la raison
Les droits naturels procédant de la raison, les animaux n’en disposant pas, ils ne pourraient donc avoir des droits.
Réciprocité des droits
Un autre argument utilisé est l’idée de réciprocité des droits, particulièrement utilisé par les tenants du contractualisme. Les animaux n’étant pas en mesure de respecter consciemment nos droits, on ne peut donc avoir aucune obligation légale à leur encontre. Cet argument rejoint le précédant, et ferait aussi de la raison le critère distinctif.
Argument des cas marginaux : enfants, handicapés et aliénés
Cet argument cherche à contrecarrer l'argument rationnel : enfants, handicapés et aliénés disposent d'un droit à la vie qui n'est pas contesté, bien qu'ils ne soient pas des adultes raisonnables à même de porter des jugements moraux sur leurs actions. De la même façon, le fait que les animaux ne soient pas rationnels ne devrait pas les empêcher de jouir d'un droit à la vie identique. Bentham écarte ainsi l'argument du manque de rationalité, pour invoquer celui de la sensibilité à la souffrance.
Positionnement des libertariens
Dans les pays anglo-saxons le libéralisme/libertarianisme et la question du droit animal ont tous les deux une place plus importante, et l’ont peut retrouver le même genre de polémique que dans la problématique de l’avortement, bien qu’une majorité importante se dégage pour dénier tout droit aux animaux. Ainsi selon une étude, à valeur non scientifique, faite à partir du forum Usenet du parti libertarien américain, 67,5% des personnes qui se sont exprimées considèrent que les animaux n’ont aucun droit, 13,5% pensent le contraire, 11% n’ont pas d’avis clair sur la question et enfin 5,5 % considèrent que, bien qu’il soit possible que les animaux aient des droits, cette question ne pourra se poser qu’une fois que l’intégralité des droits humains seront globalement respectés. (Voir la page)
Citations
- Ainsi est-elle à peu près juste, cette boutade selon laquelle "nous reconnaîtrons les Droits des animaux quand ils les réclameront". Le fait que, de toute évidence, les animaux sont incapables de pétitionner pour leurs “Droits” relève de leur nature et constitue une partie de l’explication du fait qu’ils ne sont pas équivalents à l’être humain et ne possèdent pas ses Droits. Et à l’objection que les bébés ne peuvent pétitionner davantage, la réponse est que les bébés sont de futurs adultes humains, ce que les animaux ne sont certes pas. (Murray Rothbard, L'Ethique de la liberté)
- Les français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison pour abandonner sans recours un être humain aux caprices d'un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l'extrémité de l'os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au même sort. [..] La question n'est pas: "Peuvent-ils raisonner ?" ni "Peuvent-ils parler ?" mais "Peuvent-ils souffrir ?" (Jeremy Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation)
- Les choses inanimées sont entièrement soumises à notre arbitre, et il ne peut y avoir de devoirs envers les animaux qu'en relation avec nous-mêmes. (Emmanuel Kant, Leçons d'éthique)
- C'est une imperfection importante et essentielle pour la morale chrétienne que de borner ses prescriptions à l'homme et de n'accorder aucun droit aux animaux. Aussi, pour les protéger contre les masses brutales et insensibles, souvent même plus que bestiales, la police doit remplir le rôle de la religion ; et comme elle n'y réussit pas, se forment partout aujourd'hui, en Europe et en Amérique, des sociétés protectrices des animaux. (...) Le protection des animaux échoit donc aux sociétés qui se la proposent comme but, et à la police ; mais celles-là et celle-ci sont impuissantes contre cette infamie universelle de la populace à l'égard d'êtres qui ne peuvent se plaindre, et quand sur cent actes de barbarie, à peine un seul est sanctionné, et les punitions sont trop douces. En Angleterre, le châtiment corporel a été récemment proposé contre les délinquants, ce qui me paraît tout à fait adéquat. Mais que peut-on attendre de la populace, quand on trouve des savants et même des zoologistes qui, au lieu d'avouer franchement cette identité essentielle de l'homme et de l'animal qu'ils connaissent de façon si intime, sont assez bigots et bornés pour polémiquer et se comporter en fanatiques avec des confrères honnêtes et raisonnables qui rangent l'homme dans la classe animale, ou indiquent sa grande ressemblance avec le chimpanzé ou l'orang-outan ? (Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena, Sur la religion)
Liens
- Animal rights sur Wikipedia (en)
- Antispécisme sur Wikipedia (fr)
- Cahiers antispécistes (fr)
- Les animaux ont-ils une âme ? (fr)
- Les Droits des Animaux (Murray Rothbard) (fr)
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