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Francisco Suárez

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Francisco Suárez (né le 5 janvier 1548 à Grenade et mort le 25 septembre 1617 à Lisbonne) est l’une des plus grandes figures de l'école de Salamanque.

Biographie

Né à Grenade au sein d’une famille fortunée, il entre chez les jésuites de Salamanque en 1564, en dépit du scepticisme des membres de la Société de Jesus qui ne sont, de prime abord, guère éblouis par ses facultés intellectuelles. Pourtant, il réussit progressivement à devenir l’un des élèves les plus doués et entame par la suite une carrière de professeur reconnu (enseignant notamment à Valladolid), mais aux thèses contestées. Il part ensuite à Rome, de 1581 à 1585, pour y produire des commentaires de la Summa Theologica de saint Thomas d'Aquin. C’est aussi l’époque de ses premiers grands traités De Verbo incarnato (1590), et De Mysteriis vitae Christi (1592), dont certaines propositions sont soumises à la censure de l’Inquisition.

Enseignant à Salamanque entre 1593 et 1597, le Doctor Eximius y rédigera ses Disputationes metaphysicae (1597), dans lesquelles il essaie de développer une position médiane entre la primauté de la grâce et celle du libre-arbitre. De même, il tente de concilier et croiser différentes écoles théologiques comme le thomisme, le scotisme et le nominalisme héritées respectivement de Thomas d'Aquin, de John Duns Scot et de Guillaume d’Ockham. Puis, sur la recommandation de Philippe II, il part enseigner à l’université de Coïmbre, qui jouit alors d’une très prestigieuse réputation. Il y donnera cours jusqu'à sa mort. Durant cette dernière période de sa vie, il y déploie toute sa force philosophique et théologique, écrivant un traité de droit canon : le De Censuris (1603), mais qui sera d’abord mis à l’index. Mais c’est surtout le moment où il rassemble sa pensée juridique et politique dans deux grandes sommes : le De Legibus (1612) et le célèbre Defensio fidei Catholicae adversus Anglicanae sectae errores (1613), dans lequel il conteste - à l’invitation du pape Paul V - le « droit divin » des princes à exercer impunément un pouvoir tyrannique. Ce traité à caractère pamphlétaire sera brûlé publiquement à Londres et à Paris l'année suivant sa publication.

Sa pensée politique

L’essentiel de sa philosophie politique est présentée dans sa Defensio Fidei (1613). Ce traité s’inscrit dans le contexte d’une querelle violente entre le roi d’Angleterre Jacques Ier, très nettement opposé aux catholiques et également théoricien autant que praticien de l’absolutisme. Le cardinal Bellarmin avait déjà commencé à répliquer aux thèses du monarque. Mais c’est Suarez qui apportera une riposte célèbre.

Pour le jésuite, il ne fait d’abord aucun doute que tout le pouvoir émane de Dieu (« Omnis potestas a Deo », Rom. 13, 1). Mais cela signifie seulement qu’il est dans la nature humaine que les hommes se constituent en communautés politiques, afin de préserver la paix dans leurs diverses sociétés. De plus, la souveraineté des gouvernants n’est pas immédiate, mais dérivée. Suarez estime ainsi que ce pouvoir de gouverner réside premièrement dans la communauté elle-même, non dans une partie déterminée de celle-ci (non in aliqua parte ejus). En ce sens, la monarchie de droit divin, prônée et pratiquée par Jacques Ier en l’occurrence, constitue une hérésie et une manifestation d’impiété.

Mais cette démocratie, pour ainsi dire, de droit naturel se caractérise par son caractère négatif, car elle ne prescrit rien de contraignant en tant que tel. Dès lors, Suarez part de la constitution du peuple comme corpus politicum mysticum pour tenter de démontrer qu’elle n’accomplira sa forme de communauté parfaite qu’après avoir transféré une partie de ses droits à un prince chargé de gouverner avec justice. En signant ce contrat social, la souveraineté du peuple passe ainsi, nous indique le jésuite, de la puissance à l’acte. Le Prince se voit ainsi accorder le droit de porter l’épée (jus gladium) pour défendre les intérêts de la société qui l’a choisi. Mais, de ce fait, il doit être considéré comme major universis (c’est-à-dire : plus grand que la communauté en sa totalité).

Comment le souverain peut-il être dirigé en vue d’agir avec justice ? Il existe au-dessus de lui une puissance plus éminente qui est celle du pape, lequel exerce sur lui un contrôle indirect pour les affaires temporelles. Mais le Doctor Eximius ajoute : « S’il est vrai que Dieu a donné au Souverain Pontife un pouvoir directif, il lui a aussi donné un pouvoir coercitif, car sinon l’institution eût été imparfaite et inopérante. » C’est à travers le pouvoir pontifical que le peuple, pris en sa totalité, peut se débarrasser d’un monarque devenu tyrannique et revendiquer son droit de résistance à l'oppression, en vertu de son droit naturel (ex vi juris naturalis). En revanche, pour régler la question du tyran d’origine, un individu seul peut le renverser.

Citation

  • « Si un prince légitime gouverne tyranniquement, et qu’il n’existe aucun autre moyen de se préserver que l’expulsion et la déposition du roi, alors le peuple, agissant comme un tout, peut le déposer.  »

Voir aussi

Liens externes

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