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Piero Sraffa

De Wikiberal

Piero Sraffa, né en 1898 à Turin et mort en 1983 à Cambridge, était un économiste italien, critique de la théorie néoclassique, opposant de la théorie autrichienne du capital de Friedrich Hayek et souhaitant réhabiliter des auteurs comme Karl Marx et David Ricardo. Il est considéré comme le fondateur du néo-ricardisme.

En 1920, Piero Sraffa soutient une thèse sur l'inflation en Italie pendant et après la première guerre mondiale. En 1927, il fuit l'Italie fasciste et s'installe en Grande-Bretagne à l'invitation de John Maynard Keynes, qui lui propose de devenir, à l'université de Cambridge, éditeur des oeuvres complètes de Ricardo. Ce travail d'édition a occupé la majeure partie de la carrière académique de Sraffa, si bien qu'il s'est peu occupé de sa propre production académique : deux articles avant-guerre, et un livre en 1960 (Production of commodities by means of commodities, l'oeuvre majeure de Sraffa).

Théorie des rendements croissants et décroissants

Sraffa écrit deux articles durant les années 1920 : "Sur les relations entre les coûts et les quantités produites" en 1925, et "Les lois des rendements en concurrence pure et parfaite" en 1928, dans lesquels il analyse les fonctions de production.

Piero Sraffa dissèque les raisons pour lesquelles des rendements croissants ou décroissants peuvent apparaître dans le processus de production.

  • La présence des rendements décroissants provient de la pénurie d'au moins un facteur de production, qui oblige à changer de configuration de production, pour une configuration moins efficace. Sraffa généralise en fait le concept de rendements décroissants présents chez David Ricardo, lié à la fertilité décroissante de la terre. La pénurie d'un facteur (la terre de bonne qualité) oblige à changer de configuration de production (pour passer à une configuration utilisant de la terre de qualité moindre).
  • Il existe deux raisons aux rendements croissants.
    • La première tient à ce que Sraffa appelle le facteur fixe : un facteur de production dont la quantité requise ne varie pas du tout en fonction des quantités produites, sur tout ou partie de la fonction de production. L'exemple extrême est celui de l'idée, ou du brevet, qui présentent une productivité potentiellement infinie : que l'on produise 1, 10, 1.000 ou 1.000.000.000 unités de production, il n'y a besoin que d'une seule idée, ou d'un seul brevet. Le coût d'approvisionnement en ces facteurs est constant avec les quantités produites.
    • La seconde raison des rendements croissants tient à la possibilité, au-delà d'une certaine quantité à produire, de recourir à une configuration de production très lourde en capital fixe, qui se serait avérée trop coûteuse pour de moindres quantités produites. L'accroissement de l'échelle de production permet de passer à des techniques aux coûts fixes importants, mais à coûts variables plus faibles.

Discussion critique et âpre entre Friedrich Hayek et Piero Sraffa

Le débat sur la théorie et la politique monétaire entre John Maynard Keynes, Friedrich Hayek et Piero Sraffa au début des années 1930 est un événement remarquable dans l'histoire de la pensée économique. Ces trois représentants éminents de trois approches très différentes de la théorie économique se sont livrés à un débat centré sur les questions théoriques dans des revues économiques majeures de l'époque.

"Le Traité de la Monnaie' de John Maynard Keynes fut publié en 1930. Friedrich Hayek a écrit un commentaire très critique en deux parties (1931 et 1932) demandant à Keynes de réviser son livre. Friedrich Hayek, de son côté, avait publié en 1931 "Prix et Production". La réponse de Keynes en 1931 se transforma en une critique du livre de Hayek. Ce dernier contesta par une réponse à Keynes.

John Maynard Keynes proposa alors à Piero Sraffa d'intervenir avec une critique du livre de Friedrich Hayek et ce commentaire fut publié en 1932. Hayek en profita pour donner une réponse, qui fut suivie d'une autre observation de Sraffa.

Cet épisode de bataille d'érudit sous la forme d'article économique et quasi épistolaire a reçu une attention considérable dans la littérature académique. Piero Sraffa fut certes instrumentalisé par Keynes car celui-ci souffrait que son analyse manquait d'une théorie du capital. Mais l'histoire économique doit aussi retenir un point de convergence entre Sraffa et Hayek. Ils étaient unis dans leur opposition à Keynes sur un point : l'utilisation par Keynes d'un indice général du niveau des prix maladroite et inopportune dans la théorie monétaire.

Publications

  • 1930, Increasing Returns and the Representative Firm, Economic journal,
  • 1932,
    • a. "Dr Hayek on money and capital, Economic journal, Vol XLII, mars, n°165, pp41-53
    • Traduction Française par Jacques Leonard et P. Maurisson en 1984, Cahiers d’Economie Politique, n°9, pp5-17
    • b. "Money and Capital: A rejoinder", Economic Journal, vol 42, n°166, pp249-251
  • 1951, Introduction to the Works and Correspondence of David Ricardo,

Littérature secondaire

  • 1932, Friedrich Hayek, "Money and capital : a reply to Mr Sraffa", Economic Journal, vol 42, n°166, juin, pp237-249
  • 1977,
    • J. Eatwell, "The Irrelevance of Returns to Scale in Sraffa’s Analysis", Journal of Economic Literature, 15(1), pp61-68
    • A. L. Kevine, "The Irrelevance of Returns to Scale in Sraffa’s Analysis: A Comment", Journal of Economic Literature, 15(1), pp70-72
  • 1984, Krishna Bharadwaj, "Piero Sraffa: The Man and the Scholar: A Tribute", Economic and Political Weekly, Vol 19, n°31/33, Annual Number: Focus on Industry (Aug.), pp1236-1237+1239+1241+1243-1245+1247+1249-1250
  • 1987, Jean-Pierre Potier, « L’oeuvre économique de Piero Sraffa confrontée au marxisme, ou quelques réflexions sur le statut théorique de Production de marchandises par des marchandises », In : Georges Labica et Mireille Delbraccio, dir., "Idéologie, symbolique, ontologie", C.N.R.S., Centre régional de publication de Paris, Paris : Ed. du C. N. R. S., pp121-135
  • 1988, J. B. Davis, "Sraffa, Wittgenstein and Neo-classical Economics", Cambridge Journal of Economics, Vol 12, pp29-36
  • 1992, Michael Syron Lawlor et Bobbie L. Horn, Notes on the Sraffa—Hayek exchange, Review of Political Economy, Vol 4, n°3, pp317–340
  • 1996, D. R. Andrews, Nothing is Hidden: a Wittgensteinian Interpretation of Sraffa, Cambridge Journal of Economics, Vol. 20, pp763-777
  • 1999, Pierangelo Garegnani, Production de marchandises par des marchandises. Prélude à une critique des théories économiques, Paris, Dunod
  • 2000,
    • H. D. Kurz, "Piero Sraffa’s Contribution to Economics: A Brief Survey", In: H. D. Kurt, dir., "Critical Essays on Piero Sraffa’s Legacy in Economics", Cambridge: Cambridge University Press, pp3-ss
    • H. D. Kurz, “The Hayek-Keynes-Sraffa Controversy Reconsidered”, In: H. D. Kurt, dir., Critical Essays on Piero Sraffa’s Legacy in Economics, Cambridge: Cambridge University Press, pp257-301
    • A. Roncaglia, "Piero Sraffa. His life, thought and cultural heritage", London and New York, Routledge