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Capitalisme sauvage

De Wikiberal
Enjoy Capitalism, Bureaucrash
L'expression de « capitalisme sauvage » est un néologisme dépréciatif utilisé pour critiquer le capitalisme, généralement par l'extrême gauche, l'extrême droite ou les mouvements altermondialistes. Du point de vue libéral, le seul « capitalisme sauvage » serait celui qui utilise la loi du plus fort, au travers notamment de la coercition étatique.

Sommaire

Le capitalisme libéral est l'inverse de la sauvagerie

Le terme en lui même reflète la confusion effectuée, sciemment ou non, par les anticapitalistes, qui assimilent le système du capitalisme libéral à l'absence de règles et d'intervention de l'État. Si les anarcho-capitalistes récusent toute légitimité à l'État, l'ensemble des libéraux et des libertariens se retrouvent dans le fait que le libéralisme n'est pas l'anomie ou absence de droit. Pour que le capitalisme libéral fonctionne, il a besoin d'un état de droit, dans lequel les droits des individus sont reconnus, en particulier le droit de propriété.

Ainsi, le capitalisme libéral, au lieu d'être sauvage, est le seul système économique respectant les droits essentiels des individus. Comme l'exprime Pascal Salin dans Libéralisme (2000), « on lui reproche d'être sauvage alors que, fondé sur le respect intégral des autres, il exprime l'essence même de la civilisation. »[1]

A l'inverse des mouvements qui opèrent cette confusion, de nombreux penseurs ont souligné la supériorité à tous les égards des sociétés commerciales et pacifiées par rapport aux sociétés guerrières ou dirigistes. Ainsi, Friedrich Hayek d'écrire dans La Route de la servitude que « en dernier ressort, la société de concurrence recourt à l'huissier, et l'économie dirigée, au bourreau. »[2]. Le sociologue Herbert Spencer défend par ailleurs une philosophie de l'Histoire inscrite dans une perspective évolutionniste et dans laquelle les sociétés industrielles (ouvertes, dynamiques, productives, reposant sur le contrat et la liberté individuelle) supplantent progressivement les sociétés militaires (guerrières, hiérarchiques, holistes, figées, fermées sur elles-mêmes). La sauvagerie est non du côté du capitalisme mais du socialisme et de ses avatars, qui participent pour lui des sociétés militaires en ce qu'ils opposent les classes[3].

Le philosophe Alain développe une analyse proche, dans Mars ou la guerre jugée, œuvre écrite en 1936 par un auteur encore marqué par la première guerre mondiale à laquelle il a pris part. Il reprend cette opposition entre société commerciale pacifiée et société guerrière, écrivant ainsi : « Il n'est même pas commun qu'un commerçant songe seulement à tuer un concurrent heureux. Et n'oublions jamais que la passion guerrière va tuer, à coup sûr, non seulement des ennemis, mais des amis, des parents, des fils. Qui mettrait au jeu la vie de son propre fils pour des luttes commerciales ? »[4]

Quelle est la vraie sauvagerie ?

A l'inverse du capitalisme libéral qui reconnaît les droits essentiels des individus et est fondé sur l'échange libre, les systèmes qui veulent opprimer l'individu au nom d'un groupe, d'un État ou de la décision d'un chef suprême représentent la sauvagerie réelle, le retour à une société tribale dans laquelle l'individu n'existe que pour le groupe, pour les dieux ou pour le chef.

Ainsi, Pascal Salin, poursuivant dans une optique anarcho-capitaliste, écrit que : « une expression comme celle de « capitalisme sauvage » est totalement dénuée de signification. En réalité, comme le voleur ou le criminel – celui qui porte atteinte aux droits des autres – c'est l'État qui est sauvage puisqu'il est contrainte. Par quelle terrible déviation se fait-il qu'à notre époque on considère avec bienveillance l'utilisation d'une expression telle que « capitalisme sauvage », alors qu'on trouve obscène de parler d' « État sauvage » ou d' « État esclavagiste » ? »[5] Autrement formulé, « passer du contrat volontaire entre propriétaires légitimes à la contrainte étatique, c'est bien passer de la civilisation à la barbarie »[6].

La société dans laquelle est exercée une contrainte injustifiée et qui entrave les droits des individus, telle est la société « sauvage ».

Le libéralisme n'est pas le capitalisme

Une confusion fréquente est celle faite entre libéralisme et capitalisme. L'un et l'autre sont deux choses très différentes[7] et, en particulier, tout capitalisme n'est pas libéral. Ainsi, une forme de capitalisme est le « capitalisme de connivence », ou le « capitalisme politique » comme l'appelle l'historien Gabriel Kolko : les grandes entreprises, de plus en plus inefficaces et bureaucratisées, réagissent au libre marché et à la concurrence en se tournant vers le gouvernement pour réclamer davantage de règlementations, de protection. En France, cet état de fait est ancien et découle de l'endogamie des élites administratives (via l'École Nationale d'Administration) qui aboutit à mettre d'anciens hauts fonctionnaires à la tête des grandes entreprises, c'est-à-dire des gestionnaires et non pas des entrepreneurs. Les intérêts de l'État et de ces entreprises sont alors inextricablement mêlés.

On peut aussi noter l'exemple du « capitalisme d'État » : le terme est utilisé par les communistes pour caractériser le régime économique mis en place entre autres en URSS, afin de rendre responsable le capitalisme des échecs et des 100 millions de morts du communisme.

Certaines formes de « capitalisme » peuvent donc être sauvages, en ce qu'elles ne respectent pas les droits essentiels des acteurs. Ainsi, Karl Popper avait-il souligné dans La Leçon de ce siècle (1993) combien il était néfaste de vouloir créer une bourse à Moscou avant d'avoir mis en place les institutions permettant l'exercice et le respect des droits de chacun[8]. Critiquer le libéralisme en se fondant, par exemple, sur les pratiques mafieuses du capitalisme russe, c'est donc se tromper de combat : la philosophie libérale s'oppose depuis toujours à tout régime dans lequel les droits les plus essentiels à la vie, à la liberté et à la propriété ne sont pas respectés.

Citation

  • « [L]a notion de "capitalisme sauvage" est une contradiction dans les termes. Le capitalisme ne peut exister sans des règles qui l'encadrent et lui permettent de se développer. La "main invisible", le célèbre concept d'Adam Smith, tant moqué par une multitude d'intellectuels qui n'ont jamais lu une ligne de cet auteur, présuppose toute une armature normative et institutionnelle pour exercer son action bénéfique, armature qui est elle-même le fruit de multiples adaptations délicates en évolution constante. » (Manifeste de l'Institut Hayek, 2003[9])
  • « Le mot capitalisme est employé comme une insulte par des gens qui ne savent même pas de quoi il est question. Cette insulte est augmentée du mot "sauvage". Ceux qui lancent de tels slogans sont des manipulateurs qui emploient des mots vides de sens pour abrutir des ignorants. » (Faré)

Notes et références

  1. Pascal Salin, Libéralisme, 2000, p.3 édition ebook
  2. Friedrich Hayek, La Route de la servitude, édition Quadrige, 1993, p.93
  3. Société industrielle et société militaire selon Spencer, Jean Cazeneuve in Revue française de sociologie, Vol. 2, No. 2, Guerre, Armée, Société (Apr. - Jun., 1961), pp. 48-53
  4. Alain, Mars ou la guerre jugée, 1936, p.71 de l'édition électronique UQAC, [lire en ligne]
  5. Salin, ibid, p.72
  6. Salin, ibid, p.515
  7. Voir par exemple ce texte : Libéralisme contre capitalisme
  8. Karl Popper, La Leçon de ce siècle, 10/18, p.62-63
  9. Manifeste de l'Institut Hayek, 27 août 2003

Voir aussi

Liens externes


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