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Collapsologie

De Wikiberal

La collapsologie, du latin collapsus, signifiant « s'écrouler ou tomber d'un bloc », ou de l'anglais to collapse, est l'étude des risques d'effondrement des sociétés, civilisations ou des systèmes écologiques. Se revendiquant d'une démarche s'inspirant de nombreux travaux scientifiques, la collapsologie s'inscrit entre une futurologie catastrophiste et une certaine logique de l’anticipation. Il s'agit donc d'une discipline qui nous invite à prendre au sérieux la dimension de ce que pourrait nous arriver, les risques et les dangers, mais aussi, nous préparer de manière à mieux agir pour éviter le pire.

Le thème d'un déclin rapide, prévisible ou hypothétique, des systèmes dans lesquels nous vivons est une préoccupation pluridisciplinaire liée à la fois à l'écologie, la sociologie et l'économie. L'éventualité d'une catastrophe globale contribue au développement de la pratique du survivalisme.

Origines de la notion d'effondrement

L'étude sur le déclin de l'Empire romain d'Occident fut largement développée par les historiens, comme l'atteste l'œuvre de Montesquieu, rédigée en 1734, « Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence ». Le thème historique de la décadence et de la chute d'empires et civilisations est certainement repris et "remis au goût du jour" par les analyses systémiques de la collapsologie.

Scénarios ou causes possibles de l'effondrement

Selon les collapsologues différents scénarios déclencheurs d'effondrement sont probables ou possibles :

  • causes environnementales : réchauffement climatique, catastrophes nucléaires ou industrielles, autodestruction suite à surexploitation des ressources naturelles (cas de l’île de Pâques rapporté par le biologiste et géographe américain Jared Diamond), perte irréversible de la biodiversité, extinction massive d'espèces vivantes, événements climatiques extrêmes, etc.
  • causes économiques : explosion incontrôlable de la dette publique cause de faillite étatique, bulles spéculatives, produits dérivés, hyperinflation, bank runs, raréfaction des ressources naturelles non-renouvelables, etc.
  • causes cosmiques : collision d'astéroïdes géocroiseurs ou météorites, tempêtes magnétiques dues aux éruptions solaires, invasion d'une forme de vie extraterrestre, etc.
  • causes politiques : hypercentralisation étatique, dictature mondiale, explosion des migrations, révolutions, explosion démographique, guerres, famines, etc.

Selon l'approche collapsologue, toutes ces causes ou « crises » peuvent être interconnectées et s'enchaîner. Cette approche ne se focalise pas exclusivement sur l'étude d'une catastrophe ponctuelle mais sur un processus où les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis à une majorité de la population. Cette « rupture » des besoins de base peut être provoquée par les différentes causes ici énumérées.

Stades d'effondrement

L'ingénieur et écrivain russo-américain Dmitry Orlov distingue cinq stades d'effondrement, liés chacun à une « rupture d'un niveau spécifique de confiance ou de foi dans le statu quo » :

  1. effondrement financier : insolvabilité des institutions financières, perte d'accès au capital, fin de la croyance que « les affaires continuent »
  2. effondrement commercial : perte de valeur de la monnaie, pénurie de denrées vitales, fin de la croyance que « le marché pourvoira »
  3. effondrement politique : perte de légitimité de la classe politique, fin de la croyance que « l'Etat prendra soin de vous »
  4. effondrement social : faute de ressources ou à cause de conflits, le vide du pouvoir n'arrive pas à être comblé par les organisations caritatives ou autres, fin de la croyance que « les vôtres prendront soin de vous »
  5. effondrement culturel : problème de la survie physique, dispersion des familles, lutte entre individus pour les rares ressources, fin de la croyance en la bonté de l'humanité

Orlov affirme que lors de la chute de l'URSS, l'effondrement s'est arrêté au stade 3, l'autorité étatique ayant fini par reprendre le dessus.

Faut-il prendre au sérieux le catastrophisme ?

Même si les scénarios type « fin du monde » font recette auprès des auteurs à succès, il existe une catégorie d'évènements qui ne relève pas d'une situation inéluctable et inévitable.

Dans un monde où le risque zéro n'existe pas, le diagnostic d'une éventuelle « chute » de notre civilisation donne sens à un horizon des possibles en nourrissant les récits d'événements marquants, comme une gigantesque panne globale du réseau internet conduisant à un « effondrement » du système mondial de télécommunications par exemple. La crainte d'un emballement du « système » ou de mécanismes dont notre vie est dépendante nous conduit à nous focaliser sur les failles, les vulnérabilités et points faibles qui constituent notre monde environnant. Sur ce plan nous pouvons faire beaucoup de constats mais le plus complexe à faire est dans le domaine des solutions ou conclusions. Il est alors plus facile d'avoir un discours qui produit le sentiment d'angoisse ou d'impuissance, l'idée que nous allons « droit dans le mur » est alors couronnée de davantage de succès et crédibilité.

Bibliographie

  • Pour un catastrophisme éclairé, Jean-Pierre Dupuy, Seuil, 2002
  • Effondrement: Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Jared Diamond, Folio, 2005
  • Survivre à l'effondrement économique, Piero San Giorgio, Le retour aux sources, octobre 2011
  • Comment tout peut s'effondrer : Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes, Pablo Servigne, Raphaël Stevens, éd. du Seuil, avril 2015
  • Les cinq stades de l'effondrement, Dmitry Orlov, Le retour aux sources, juin 2016

Citations

  • Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles. (Paul Valéry)
  • La collapsologie est l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus. (Servigne & Stevens, 2015)
  • Une chute du troisième étage fait tout autant de dégâts qu'une chute du centième étage. Si je dois tomber, qu'au moins je tombe de très haut. (Paulo Coelho)
  • Lorsque l'on fait face à un effondrement économique, on doit arrêter de penser la richesse en termes d'argent. (Dmitry Orlov)
  • Tout organisme ayant atteint un certain degré de complexité s’autodétruit. A cet égard, la fin de l’espèce humaine n’est peut-être pas si éloignée. (Roland Jaccard, Sexe et sarcasmes)
  • Une chose me paraît probable, la prochaine crise ébranlera jusqu'à la monnaie car les banquiers centraux ont déjà "tout donné". A défaut de connaître l'heure de l'arrivée de cette nouvelle crise, je revendique sa future appellation : la GAF comme Grande Apocalypse Financière. (Simone Wapler, 17/09/2018)
  • Un vrai combat se prépare entre les collapsologues et les gens rationnels : ceux qui prêchent la fin du monde et ceux qui cherchent des solutions techniques et pratiques pour régler les problèmes de l’humanité comme on l’a fait depuis longtemps. (...) La collapsologie est fondamentalement une idéologie religieuse... mais au lieu de demander pardon à Dieu, l’on demande pardon à la Nature. La collapsologie est une idéologie de rédemption et de culpabilisation à laquelle je n’adhère pas. (Laurent Alexandre, 26/07/2019)
  • L’écologisme radical, sous les couleurs de « l’effondrisme », poursuit l’idéal antilibéral du gauchisme et du tiers-mondisme défunts. (Luc Ferry, Le Figaro, 01/08/2019)
  • A la fin du XXe siècle, le républicanisme démocratique aux États-Unis et dans tout le monde occidental a apparemment épuisé le fonds de réserve qui fut hérité du passé. Durant des décennies, jusqu’au boom des années 1990, les revenus réels ont stagné, voire baissé. La dette publique et le coût des systèmes de sécurité sociale ont ouvert la perspective d’un effondrement économique imminent. Dans le même temps, l’effondrement de la société et les conflits sociaux ont atteint des sommets dangereux. Si la tendance à une exploitation accrue et à la préférence pour le présent se poursuit, les États-providence démocratiques occidentaux s’effondreront comme les républiques socialistes d’Europe de l’Est le firent en fin des années 1980. (Hans-Hermann Hoppe, Démocratie : le dieu qui a échoué)
  • Notre civilisation pourrait bien être la première civilisation détruite, non par la puissance de ses ennemis, mais par l'ignorance de nos enseignants et les dangereuses âneries qu'ils inculquent à nos enfants. A l'âge de l'intelligence artificielle, ils sont en train de créer la stupidité artificielle. (Thomas Sowell, 17/07/2020)
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