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Empire romain

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L'histoire de l'empire romain montre une leçon récurrente de l'histoire. Il existe inéluctablement un lien entre les impôts confiscatoires prélevés sur les entrepreneurs (les producteurs, les agriculteurs, les artisans, les négociants et les financiers), la dette publique insoutenable et les troubles politiques, économiques et sociaux qui émergent au même instant dans une société.

L'extension territoriale à partir de Rome au cœur du futur empire

À l'origine, Rome est une petite bourgade d'Italie centrale. Mais elle est parvenue en quelques siècles à dominer l'ensemble du bassin méditerranéen. La ville est fondée[1] au VIIIe siècle avant notre ère le long du Tibre. Elle s'est ensuite étendue sur les collines aux alentours de -753 à -509. La muraille défensive qui délimite la Rome royale est construite entre le VIe et le IVe siècle avant notre ère. En -509, le dernier roi de Rome est renversé et la république est proclamée.

La jeune république commence son expansion territoriale dans la péninsule italienne en soumettant ses voisins immédiats : les Latins, les Samnites, les Étrusques et les Grecs au IVe siècle avant notre ère. Rome s'impose dans le Latium et au siècle suivant dans l'Italie centrale. Elle occupe ensuite le sud de la péninsule. La cité grecque de Tarente tombe en -172. Rome a étendu son influence sur la quasi-totalité de la péninsule italienne et s'est affirmée comme puissance territoriale en Méditerranée occidentale.

Au début du IIIe siècle avant notre ère, l'impérialisme romain se heurte à une autre cité méditerranéenne en pleine expansion : Carthage[2]. Les deux puissances vont se livrer une lutte mortelle dont l'enjeu est la domination de la Méditerranée occidentale. Carthage est défaite une première fois après la première guerre punique et doit céder aux vainqueurs la Sicile, la Sardaigne et la Corse. Rome déjà puissance territoriale sur la péninsule s'affirme comme une puissance thalassocratique sur la mer Tyrrhénienne[3]. Vingt ans plus tard, le général carthaginois Hannibal cherche à prendre sa revanche. Il conduit une expédition depuis les colonies carthaginoise d'Espagne, traverse la Gaule, les Alpes et sème la terreur et la destruction dans la péninsule. Pourtant, Rome résiste et réagit. Elle envoie le consul Scipion combattre sur les terres des Carthaginois. En -202, à Zama, Carthage capitule une nouvelle fois. Les conditions de la paix sont particulièrement dures pour les perdants. La flotte et des éléphants doivent être livrés aux Romains et l'Espagne carthaginoise est annexée par Rome.

Après les guerres puniques, l'empire romain complète son contrôle de la Méditerranée occidentale en envahissant une partie de l'Espagne et du Portugal et en créant en -121 la province de la Gaule narbonnaise. Après les guerres macédoniennes, Rome crée la province romaine de Macédoine. L'empire étend sa sphère d'influence sur la Méditerranée orientale. Il hérite des territoires du roi Attale de Pergame et assoit son pouvoir sur l'Asie mineure au début du premier siècle avant notre ère. Durant cette période, deux généraux se distinguent par leurs conquêtes : Pompée et César. En -66, Pompée va conquérir le royaume de Mithridate et l'Arménie. Il envahit ensuite la Syrie en -64, puis la Judée en -63 et organise l'Orient. Son principal rival, Jules César, envahit La Gaule. Après la guerre, il franchit le Rubicon, marche sur Rome et prend le pouvoir par la force. En -46, il écrase le parti de Pompée et ses alliés. Son assassinat et les guerres civiles qui s'ensuivent sonnent définitivement le glas de la république. Octave, le neveu de César, devenu Auguste, met fin aux guerres civiles et impose la paix romaine. Il affirme la puissance de Rome autour du bassin méditerranéen en annexant l'Égypte, la Syrie, l'Anatolie et en terminant la conquête de l'Espagne. Après des échecs en Germanie, il fixe la frontière le long des trois grands fleuves : le Rhin, le Danube et l'Euphrate.

Des entrepreneurs privés pour lever les impôts

La pratique de collecte des impôts n'avait pas de règles homogènes. Elle dépendait de la nature des impôts et des territoires. Au début de la République, certaines taxes, le tributum avant son abolition, par exemple, était collecté par les fonctionnaires de l'État. Dans les tribus, la collecte de la tributa n'était effectuée ni par des fermiers fiscaux ni par des fonctionnaires de l'État, mais par de riches citoyens de la tribu (tribuni aerarii). L'impôt direct perçu en Espagne (stipendium) était versé directement au gouverneur par les contribuables.

Cependant, dans le vaste territoire romain, une classe d'entrepreneurs privés étaient appelés publicani[4]. Ils étaient souvent sollicités par le pouvoir central romain pour collecter les impôts dans les provinces[5]. Ils étaient chargés de différents types de collecte d'impôts, y compris les impôts directs (en particulier le tributum, un impôt prélevé sur la propriété des citoyens romains) et les impôts indirects (vectigalia, en particulier la porttoria). Ces entrepreneurs développaient également des tâches de service public comme la construction de routes ou l'extraction des ressources naturelles comme l'exploitation minière. Les publicains étaient des citoyens romains, et non des sénateurs car cela leur était interdit par la loi. Ils étaient souvent organisés en sociétés anonymes connues sous le nom de societates publicanorum qui étaient une sorte de sociétés de personnes dirigées par le manceps et subordonnées au magister societatis à Rome.

Un système fiscal écrasant a fait s'effondrer l'Empire romain

Au fur et à mesure que l'empire romain s'étendait, l'appétit des empereurs pour les revenus des entrepreneurs (négociateurs et financiers) s'étendait également. Les impôts ont atteint un point tel que la plupart des gens ne pouvaient plus supporter leur fardeau fiscal compte tenu de leurs revenus et ont dû liquider leurs actifs en capital. Par conséquent, ils sont devenus moins productifs, ce qui a réduit leurs revenus et leur a fait perdre de leur avance vis-vis d'autres commerçants hors de l'empire.

En 117, Rome est à son apogée territoriale. L'empereur Trajan contrôle un territoire d'une superficie de 5 millions de kilomètres carrés où vivent entre 60 millions et 80 millions d'habitants de la Grande Bretagne à l'Égypte, de l'Espagne à la Mésopotamie. Des peuples aux cultures et aux langues différentes vivent sous l'autorité des Césars.

Adrien, successeur de Trajan, décide de rompre avec la politique expansionniste de ses prédécesseurs. Il considère qu'avec ses 10 000 km de frontière et ses légions éparpillées l'empire est devenu trop grand pour être défendu. Il abandonne la Mésopotamie et construit des fortifications[6] dans plusieurs régions chargées de protéger les frontières de l'empire. Certains empereurs tentent toutefois d'étendre les frontières de l'empire, comme Antonin qui pousse les frontières au nord de la Bretagne au cours du IIIe siècle. Alors que Rome est affaiblie par de multiples crises intérieures, des peuples germaniques lancent des incursions à l'intérieur de l'empire. Ces attaques brisent la paix romaine établie deux siècles plus tôt. Les Francs envahissent la Gaule et l'Espagne du nord alors que les Alamans dévastent le nord de l'Italie. À la mort de Théodose en 395, l'empire est partagé entre ses deux fils Honorius et Arcadius. Il y a désormais deux empires romains : l'empire romain d'Occident et l'empire romain d'Orient.

Au début du Ve siècle, l'empire romain d'Occident ne peut plus freiner la progression des populations germaniques. Les Anglo-Saxons envahissent la Bretagne. Les Francs, les Vandales, les Suèves déferlent sur la Gaule. Les Wisigoths attaquent l'Italie et s'installent en Aquitaine et dans le nord de l'Espagne. Les vandales passent en Afrique du nord. Une mosaïque de royaumes émergent sur les ruines de l'empire esquissant une nouvelle géopolitique de l'Europe en 476.

Pour soulager les pressions économiques dues aux efforts de guerre, les empereurs successifs ont dévalué la monnaie, aggravant ainsi la situation économique du fait de l'hyperinflation. L'abus du monnayage par les empereurs romains annonça leurs divines apothéoses[7]. Dioclétien, empereur de 284 à 305, piètre économiste, tenta de contrer l'instabilité économique causée par sa politique de taxation élevée. Il renforça ainsi sa première mauvaise décision en décidant de geler les prix de tous les biens et des salaires. Le blé, l'orge, le seigle, le faisan et même les moineaux et les souris faisaient partie des marchandises soumises à un contrôle des prix. Les producteurs qui désobéissaient à l'édit étaient condamnés à mort. Les dommages qui en ont résulté pour l'économie romaine ont été catastrophiques. La politique impitoyable de Dioclétien a été poursuivie et même étendue par son successeur, Constantin[8]. Pour soutirer de l'argent, les autorités ont régulièrement torturé et battu les contribuables.

Rome est parvenue à imposer en quelques siècles son autorité militaire et économique sur l'ensemble du bassin méditerranéen. Mais après une période de stabilité où les droits des individus étaient peu à peu reconnus, s'ensuit une période de collectivisme et de politique économique, fiscale et monétaire désastreuse. Le déclin est brutal mais inexorable. Finalement, la partie occidentale de l'empire a disparu de la carte. Pourtant, les chefs germaniques sont restés soumis théoriquement à l'empereur romain d'Orient dont le pouvoir a subsisté jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Il se peut aussi que le changement de cadre cognitif, avec une spiritualité passant d'un polythéisme scrutateur, obligeant les habitants à un conformisme social généré par la crainte des innombrables dieux accusateurs et punitifs, à un monothéisme, grâce à la montée du christianisme où le messager de Dieu est symbole d'amour, a permis à la population de s'émanciper de sa peur et de rejeter un autoritarisme militaire spoliateur et destructeur.

Annexes

Tableau de la dévaluation continue de la monnaie

Le contenu en argent de la monnaie de Rome et pourquoi il a diminué

Règne qui a commencé en Empereur Pourcentage d'argent dans la monnaie Raisons de l'avilissement
98 ap JC Trajan 93 % La monnaie est débauchée pour étendre les frontières de l'empire romain
117 ap JC Hadrien 87 % Financement des fortifications militaires élaborées et coûteuses qui délimitent les bords de l'empire
138 ap JC Antonin 75 % Empereur avec une grande prodigalité mais avec un échec fiscal : baisse des impôts ; dons abondants aux pauvres; dépréciation de la monnaie
161 ap JC Marc Aurèle 68 % Empereur qui a mené des guerres défensives coûteuses de tous les côtés de l'empire
193 ap JC Septime Sévère 50 % Arrivé au pouvoir, l'empereur a prodigué des faveurs coûteuses aux légionnaires
218 ap JC Elagabalus 43 % L'empereur a poursuivi la gabegie de ses prédécesseurs de toutes ses forces en épuisant les ressources de Rome
235 ap JC Maximinus 35 % L'empire est accablé brutalement par la recherche d'enrichissement personnel de l'empereur
238 ap JC Gordian 28 % Financement pour apaiser les guerres civiles et lutter contre les guerres étrangères menaçant la désintégration de l'empire
244 ap JC Philip 0,5 % Les prétendants au pouvoir se sont battus sous l'égide d'une monnaie en ruine
268 ap JC Claudius Victorinus 0.02 % L'empereur a tenu les envahisseurs en échec avec la force de l'épée et le creuset de la monnaie impériale
Sources: Humphrey Michell, "The Edict of Diocletian," Canadian Journal of Economics and Political Science, February 1947. Encyclopaedia Britannica. Repris en 1960, "Henri VIII revisited", The Freeman, août, Vol 10, n°8, pp22-26

Notes et références

  1. D'après la légende, Romulus, pose la première pierre à l'emplacement du Mont Palatin.
  2. Cette cité-État du nord de l'Afrique s'est constituée un véritable empire commercial et maritime. La ville contrôle l'Afrique du nord, la Sardaigne, les îles Baléares et la partie occidentale de l'Asie.
  3. Les Romains la baptisent "Mare nostrum", notre mère
  4. 1972, E. Badian, "Publicans and sinners: Private enterprise in the service of the Roman Republic", Cornell University Press
    1990, P. A. Brunt, "Publicans in the Principate", In: P. A. Brunt, dir., "Roman imperial themes", Clarendon Press, pp354–432
  5. Cependant, il faut noter que les activités de prélèvement fiscal en milieu rural, exercées par des agents privés, existaient déjà avant l'Empire romain.
  6. Des frontières fortifiées sont construites en Grande-Bretagne, en Germanie, en Afrique du nord et en Asie.
  7. Ethelbert Stauffer, 1955, "Le Christ et les Césars", Philadelphie : Westminster Press
  8. En 330, Constantin, empereur mégalomane, fonde une nouvelle capitale éponyme : Constantinople ratifiant alors la supériorité de l'Orient sur l'Occident.
    Michael Grant, 1994, "Constantine the Great", New York: Charles Scribner’s Sons

Publications

  • 1828, François Guizot, "Histoire générale de la civilisation en Europe: depuis la chute de l’empire romain jusqu’à la Révolution française", Paris: Didier & Cie
  • 1933, T. Frank, "Rome and Italy of the Republic, An economic survey of Ancient Rome" (Vol. 1), John Hopkins University Press
  • 1957, M. Rostovtzeff, "The Social and Economic History of the Roman Empire", Oxford: Clarendon Press, seconde édition
  • 1965,
    • Arthur E. R. Boak, William G. Sinnigen, "A History of Rome to A. D. 565", New York: Macmillian
    • Moses Hadas, "Imperial Rome", New York: Time-Life Books
  • 1967, Mason Hammonda, "The Later Roman Empire, 284–602: A Social, Economic, and Administrative Survey", Speculum, 42 (1), pp168-172
  • 1968, A. H. M. Jones, "A history of rome through the Fifth Century, The Republic (Vol. 1)", Berlin: Springer
  • 1971, Henry Hazlitt, "Poor Relief in Ancient Rome", The Freeman, April, Vol 21, n°4, pp215-219 (L'auteur évoque un autre exemple de la manière dont les programmes de secours étatiques deviennent incontrôlables et détruisent l'économie, et vont à l'encontre de tous y compris des bénéficiaires visés.)
  • 1976, Gerald Gunderson, "Economic Change and the Demise of the Roman Empire", Explorations in Economic History, Winter
  • 1980, K. Hopkins, "Taxes and trade in the Roman Empire (200 BC–AD 400)", The Journal of Roman Studies, Vol 70, pp101–125
  • 1984, R. W. Goldsmith, "An estimate of the size and structure of the national product of the Early Roman Empire", Review of Income and Wealth, 30(4), pp263–288
  • 1995, Gerd Habermann, "Der Untergang des Römischen Reiches: Ein historisches Lehrstück zum Thema Freiheit und Bürokratie" [La Chute de l'Empire romain: une leçon historique sur le thème de la liberté et de la bureaucratie], In: Roland Baader, dir., Die Enkel des Perikles : liberale Positionen zu Sozialstaat und Gesellschaft [Les petits-enfants de Périclès : les positions libérales sur la société et le social], Gräfelfing : Resch
  • 1998, R. Duncan-Jones, "Money and government in the Roman Empire", Cambridge University Press
  • 2001,
    • Alex Catharino, “A análise de Montesquieu sobre a ‘decadência’ do Império Romano” ("L'analyse de Montesquieu sur la 'décadence' de l'Empire romain"), Anais de Filosofia, nº8. São João Del Rei: Fundação de Ensino Superior de São João Del Rei, pp101-113
    • P. Temin, "A market economy in the early Roman Empire", The Journal of Roman Studies, Vol 91, pp169–181
  • 2003, Michael von Prollius, Isabella Tsigarida, "Der historische Jesus, das frühe Christentum und das Römische Reich" (Le Jésus historique, le christianisme primitif et l'Empire romain), Berlin
  • 2006, P. Temin, "The economy of the early Roman Empire", Journal of Economic Perspectives, 20(1), pp133–151
  • 2007, E. Kiser, D. Kane, "The perils of privatization: How the characteristics of principals affected tax farming in the Roman Republic and Empire", Social Science History, 31(2), pp191–212
  • 2013, R. M. Coats, G. Pecquet, "The calculus of conquests: the decline and fall of the returns to Roman expansion", The Independent Review, Vol 17, n°4, pp517–540
  • 2016, B. Arruñada, "How Rome enabled impersonal markets", Explorations in Economic History, Vol 61, pp68–84
  • 2018,
    • S. Günther, "Taxation in the Greco-Roman world: The Roman principate", Oxford University Press
    • Jean-Christian Lambelet, "Qu'est-il arrivé à l'Empire romain ? Essai d'explication par un économiste", Editions Slatkine

Liens externes

Textes

  • "Inflation and the Fall of the Roman Empire", sur le site Mises Daily. Il s'agit d'une transcription d'une conférence de 50 minutes du professeur Joseph Peden "L'inflation et la chute de l'Empire romain", donnée le 27 octobre 1984, à Houston, au Texas, lors du séminaire sur la monnaie et le gouvernement.

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