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Produit dérivé

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Un produit dérivé ou contrat dérivé ou encore derivative product est un instrument financier :

  • dont la valeur fluctue en fonction de l'évolution du taux ou du prix d'un produit appelé sous-jacent ;
  • qui ne requiert aucun placement net initial ou peu significatif ;
  • dont le règlement s'effectue à une date future.

Il s'agit d'un contrat entre deux parties, un acheteur et un vendeur, qui fixe des flux financiers futurs fondés sur ceux d'un actif sous-jacent, réel ou théorique, généralement financier.

Importance économique

On estime que les encours de produits dérivés représentent autour de 700000 milliards de dollars (chiffres 2013 de la BRI), soit autour de 10 fois le PIB mondial (ce chiffre exclut le gré-à-gré et les transactions non listées). Les encours de dérivés se répartissaient en 2013 en dérivés de dettes (70 %), de devises (20 %), de volatilité (5 %), dérivés sur actions (3,5 %), sur matières premières (1,5 %). Philippe Béchade[1] estime en 2014 que l'exposition des banques françaises sur les dérivés est au moins de 100000 milliards de dollars.

Les produits dérivés permettent essentiellement de couvrir des risques futurs (couverture du taux variable d'un emprunt, couverture du risque de variation du taux de change ou du protection contre les variations de cours d'une matière première). En cela, ils jouent un rôle d'assurance essentiel, pour apporter de la visibilité aux acteurs économiques dans un environnement incertain :

  • Les compagnies aériennes, très dépendantes du cours du pétrole, souscrivent généralement via des produits dérivés à des couvertures pour garantir un cours plafond et plancher[2].
  • L'industrie agro-alimentaire peut se couvrir avec des produits dérivés climatiques contre les accidents climatiques, afin d'éviter de subir les variations brutales de cours causées par une tornade, une sécheresse ou une inondation
  • Les sociétés endettées le sont généralement à un taux variable (EURIBOR + x%) et souscrivent des couvertures pour se protéger en cas de remontée de l'EURIBOR[3]. Elles le font via des produits dérivés.

Les produits dérivés peuvent aussi permettre de parier sur une évolution future d'un cours ; ainsi, un investisseur convaincu que les marchés du pétrole sont artificiellement hauts, pourra parier à la baisse grâce à des produits dérivés. Ils sont donc une part importante de la régulation spontanée du marché, comme la vente à découvert.

Enjeux

Les problèmes que posent les produits dérivés sont les suivants :

  • difficulté d'évaluer le risque (perte d'information, dilution, « dérivés de dérivés »...) augmentée par une illusion mathématique, une mauvaise maîtrise des modèles ;
  • bien que les produits dérivés soient des produits d’assurance, il n'y a aucune certitude que les promesses puissent être honorées, car les règles prudentielles propres à l'assurance ne s'appliquent pas (ainsi les dérivés sur matières premières dépassent très largement en valeur le sous-jacent disponible) ; on n'exige pas de dépôt de garantie permettant de prouver qu'on est en mesure d'honorer les promesses faites ;
  • la mauvaise utilisation des produits dérivés a conduit à plusieurs faillites ou à des pertes importantes : comté d'Orange (1994), banque Barings (1995), Long Term Capital Management (1998), Société générale (2008, affaire Jérôme Kerviel), UBS (2011, affaire Kweku Adoboli), JP Morgan (2012, affaire de "la baleine de Londres"), d'où le terme d'« arme financière de destruction massive » employé par Warren Buffett pour qualifier les dérivés. Le même déclarait en 2003 : « Le marché des dérivés, c'est comme l'enfer : il est facile d'y entrer mais presque impossible d'en sortir. Certains contrats ont été inventés par des fous. D'autres sont une escroquerie à grande échelle. »

Certains peuvent donc voir dans le succès de ces produits un facteur de risque systémique. Comme l'exprime le journaliste Bruno Bertez dans 'L'AGEFI Suisse le 11 octobre 2016 :

« Le système des assurances n’a pas de matelas, de « buffer », pour faire face aux sinistres, l’assurance se fait en « dynamic hedging », c’est-à-dire que l’on « s’assure en se couvrant sur le marché », c’est-à-dire en amplifiant la tendance en cours ! Le faux système des assurances qui constitue les béquilles du Capital financier et bancaire est un système qui, lorsqu’une tendance forte se déclenche, l’amplifie, lui fait faire boule de neige. Il ne tamponne pas, il n’amortit pas. C’est pour cela qu’il a fallu inventer le mythe du « Put » de la Fed, pour garantir ce qui est non garantissable : pour promettre la liquidité sur tout. »

Point de vue libéral

Ce n'est pas la notion de produit dérivé elle-même qui pose problème, ni une quelconque défaillance de la règlementation à leur sujet, c'est l'irresponsabilité des acteurs, accrue par le concept de too big to fail qui encourage des prises de risque inconsidérées. L'aléa moral apporté par l'Etat qui garantit largement les gros acteurs contre la faillite, donnent de mauvaises incitations à des prises de risque excessives. La simple annonce par les gouvernements de refuser de venir au secours de banques incapables d'honorer leurs engagements suffirait à réguler ce marché. Or le capitalisme de connivence entre pouvoir et finance est tel qu'il oblige le pouvoir à intervenir pour secourir une finance dont il est en réalité étroitement dépendant pour placer la dette publique.

Notes et références

  1. Sur BFM Business, Intégrale Placements, 12 février 2014
  2. Pétrole cher, tout est affaire de couverture, Investir, 6 novembre 2021
  3. Taux négatifs, couvrir ou pas ?, Option Finance

Voir aussi


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