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Nicolas Oresme

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Biographie

Nicolas Oresme (Bayeux,~ 1320 - Lisieux, 11 juillet 1382) est connu comme l'un des grands savants du moyen âge.

Ayant étudié la théologie et le droit canon, il exerce de nombreuses charges ecclésiastiques avant de devenir évêque de Lisieux de 1377 à 1382. On lui prête souvent la fonction de précepteur du futur roi Charles V. Etienne Gilson lui attribue aussi le mérite d'être le premier auteur à avoir employé le français pour énoncer de grandes vérités scientifiques et philosophiques.

Ses travaux l'ont conduit à s'intéresser tant aux mathématiques (il est parfois considéré comme un précurseur de la géométrie analytique) qu'à la physique (dans son Traité du Ciel et du Monde, bien avant Copernic, il sape le système aristotélicien en argumentant en faveur de la rotation de la Terre) ou encore l'économie. Ce dernier domaine est exploré dans son Traité du commencement et première invention des monnaies (1366).

Ainsi, à partir d'un commentaire d'Aristote, il élabore une réflexion sur la monnaie, qui conteste au Prince le droit d'établir arbitrairement la valeur de la monnaie. Cet acte de souveraineté - issu du célèbre "droit de battre monnaie" - détruit les relations commerciales établies librement et crée une inflation dommageable à la prospérité générale. A cet égard, l'homme d'Eglise n'hésite pas à dénoncer cette politique comme un apanage de la tyrannie.

Pour Jörg Guido Hülsmann, les intuitions d'Oresme anticipent la théorie des cycles économiques et la défense d'une monnaie libre de toute entrave étatique, que prônera l'École autrichienne. Ses conceptions sont réunies dans le Tractatus de origine, natura, jure et mutationibus monetarum.

Ses réflexions juridiques et institutionnelles sont contenues dans son commentaire à sa traduction de la Politique d'Aristote (entre 1371 et 1374). Oresme conteste la légitimité d'une monarchie universelle, copiée sur le modèle de la plenitudo potestatis pontificale. Pour lui, il s'agit de deux registres différents : la monarchie spirituelle émane de la volonté divine et est régie par le Saint-Esprit, tandis que le pouvoir temporel doit veiller à gérer prudemment les affaires humaines. S'il n'approuve guère les menées séditieuses et le tyrannicide (contrairement à saint Thomas d'Aquin), l'évêque estime cependant que, lorsqu'un Prince a failli et a outrepassé ses droits, le peuple est autorisé à le sanctionner et, par suite, à le remplacer. Car, selon Oresme, le roi n'est que le dépositaire du pouvoir politique émanant des citoyens (plus précisément, des états généraux). Plus encore, la condition principale à l'existence d'un bon gouvernement n'est pas que règne un prince de valeur, mais que celui-ci se soumette à la loi. Selon l'historien des idées James M. Blythe (in Le Gouvernement idéal et la constitution mixte au moyen âge, Academic Press-Cerf, Fribourg-Paris, 2005), par cette invocation de la suprématie de la loi, Oresme tranche avec les habitudes des commentateurs aristotéliens.

En ces différents sens, sa réflexion politique peut être perçue tant comme une anticipation de l'exigence libérale de limiter le pouvoir que comme une lointaine annonce du crédo démocratique de la souveraineté populaire.

Il importe de relever que ce travail de commande pour le roi Charles V déboucha sur des applications pratiques. C'est ainsi que le monarque s'inspira de certaines remarques d'Oresme pour remplacer la procédure de sélection des hauts fonctionnaires par une élection de ceux-ci par le conseil royal.

Citations

  • Ce qui peut être déterminé par la loi ne doit pas être laissé à la volonté d'un seul homme. Pour cette raison, plus ces choses sont laissées à la volonté des dirigeants, moins bonne est la "policie" et se rapproche-t-elle davantage de la tyrannie. Là où les lois n'existent pas, il n'existe pas à proprement parler de "policie", mais c'est une corruption de la "policie".
  • Aristote dit que la loi est l'intellect, parce qu'elle se conforme à la pure raison, sans mélange avec l'appétit sensible. Et ainsi il est plus opportun d'être gouverné par la loi que par la volonté d'un homme.

Littérature secondaire

  • 1862, Wilhelm Roscher, Un Grand Economiste Français du XIVème Siècle, Comptes-Rendus de l'Académie des Sciences Morales et Politiques
    • Repris en 1864, In: Louis Wolowski, dir., Traité de la Première Invention des Monnaies de Nicole Oresme et Traité de la Monnaie de Copernic, Paris, Guillaumin
      • Nouvelle édition en 1969, Roma, Bizzarri
  • 1906, E. Bridrey, La Théorie de la Monnaie au XIVème siècle : Nicolas Oresme, Paris, Giard et Brière
    • Nouvelle édition en 1978, Genève, Slatkine
  • 1956, Charles Johnson, The " De Moneta " of Nicholas Oresme, London, Nelson
  • 1987, Richard Arena, Réflexions sur la Théorie Monétaire de Nicolas Oresme, In: Actes du Colloque Oresme, Paris/Beltrame, Belles Lettres/Uno piu Uno
  • 1988, Pierre Souffrin et Alain P. Segonds, dir., Nicolas Oresme. Tradition et innovation chez un intellectuel du XIVe siècle. Paris: Belles Lettres
  • 1990,
    • Lucien Gillard, Nicolas Oresme, Economiste, Revue Historique, vol.279(1)
    • Lucien Gillard, Nicolas Oresme, Sujet Théorique, Objet Historique, In: J. Quillet, dir., Autour de Nicole Oresme, Paris, Vrin
  • 1995, Bertram Schefold, Nicolaus Oresmius. Die Geldlehre des Spaetmittelalters [Nicolas Oresme. La doctrine de la monnaie de la fin du Moyen-âge], In: Vade-mecum pour un classique de la doctrine médiévale de la monnaie, Düsseldorf, édition économie et finances en 1995. Commentaire sur le volume fac-similé du manuscrit apparu en 1485 par Nicolas Oresme: Tractatus de origine et natura, jure et mutationibus monetarum.
  • 2000, C. J. Nederman, Community and the Rise of Commercial Society: Political Economy and Political Theory in Nicholas Oresme’s De Moneta, History of Political Thought, Vol 21, n°1

Voir aussi

Liens externes