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Pierre-Joseph Proudhon

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Pierre-Joseph Proudhon

Pierre Joseph Proudhon (né le 15 janvier 1809 à Besançon dans le Doubs, mort à Paris le 19 janvier 1865), économiste, sociologue français, théoricien du socialisme, considéré comme un des premiers penseurs libertaires.

Sans jamais cesser de se prévaloir de l'anarchisme, sa philosophie politique et sociale a pris une orientation toujours plus libérale qui culmine dans ses derniers ouvrages — la Théorie contre l'impôt (1860), Du principe fédératif (1863) et la Théorie de la propriété (1865). Sans doute sa pensée a-t-elle continué à véhiculer quelques positions peu libérales (l'opposition au libre-échange international, l'évocation du « travailleur collectif »…) Et n'a-t-il cessé de guerroyer contre plusieurs des grands libéraux de son temps, s'en prenant volontiers à « l'école prétendument libérale » à « la secte des soi-disant économistes ».

Mais, comme fasciné par cette économie politique qu'il souhaite remettre sur ses pieds, il cite simultanément de préférence Say, Passy, Dunoyer, Laboulaye, dévore le Journal des économistes et admire « Adam Smith, ce penseur si profond ». Tout semble s'être passé comme si en se mesurant constamment à eux, Proudhon avait peu à peu ingéré le meilleur des théoriciens libéraux pour en faire son miel et aiguiser sa propre pensée — prédisposée à accueillir la sève libérale.

Publiée en 1848-49 dans la Voix du peuple, la célèbre polémique avec Frédéric Bastiat au sujet de la légitimité de l'intérêt et la gratuité du crédit[1] a pu jouer un rôle central à cet égard. Tout en s'y proclamant encore « socialiste » et menaçant de revenir à son « cri de guerre : la propriété, c'est le vol », il a profondément ressenti l'influence de l'auteur des Harmonies économiques — son involontaire instituteur et accoucheur en libéralisme.

Monique Canto-Sperber rattache Proudhon à la tradition du "socialisme libéral".

Sommaire

La question de la propriété

Sa vision d'une société de coopération régie par des contrats volontaires est tout à fait libérale. Malgré son anticapitalisme, il finit par reconnaître que la propriété individuelle, absolue et incoercible, peut assurer la protection des faibles contre l'État, qui est l'ennemi véritable du citoyen :

La propriété est la plus grande force révolutionnaire qui existe et qui se puisse opposer au pouvoir (...) Où trouver une puissance capable de contre-balancer cette puissance formidable de l'Etat ? Il n'y en a pas d'autre que la propriété (...) La propriété moderne peut être considérée comme le triomphe de la liberté (...) La propriété est destinée à devenir, par sa généralisation, le pivot et le ressort de tout le système social. (Théorie de la propriété, 1862)

Il assure que sa célèbre formule : "la propriété, c'est le vol" (qui semble relever d'un sophisme appelé "vol de concept"[2]) a été mal comprise. Il s'en explique en 1849 dans les Confessions d'un Révolutionnaire :

Dans mes premiers mémoires, attaquant de front l'ordre établi, je disais, par exemple : La propriété, c'est le vol ! Il s'agissait de protester, de mettre pour ainsi dire en relief le néant de nos institutions. Je n'avais point alors à m'occuper d'autre chose. Aussi, dans le mémoire où je démontrais, par A plus B, cette étourdissante proposition, avais-je soin de protester contre toute conclusion communiste.
Dans le Système des Contradictions économiques, après avoir rappelé et confirmé ma première définition, j'en ajoute une toute contraire, mais fondée sur des considérations d'un autre ordre, qui ne pouvaient ni détruire la première argumentation, ni être détruites par elle : La propriété, c'est la liberté !

La formule "la propriété, c'est le vol" ne condamnait pas la propriété en soi, mais l'injuste distribution de la propriété qui est le fait de l'étatisme.

Proudhon et les révolutionnaires

Proudhon désapprouve l'action révolutionnaire. Fils d'artisans, il se méfie de la classe ouvrière dont il redoute la violence et il dénonce les charlataneries d'organisation totale et globale de la société.

Il critiqua les socialistes autoritaires comme le socialiste étatiste Louis Blanc.

Il flétrit de même le communisme : le système phalanstérien ne « renferme que bêtise et ignorance ».

Proudhon fit peu de critiques publiques de Marx ou du marxisme parce que de son vivant Marx était un penseur relativement mineur, c'est seulement après la mort de Proudhon que le marxisme devint un mouvement de large ampleur.

Son anticapitalisme le conduit cependant à l'antisémitisme, dont il est un des précurseurs à gauche : « Par le fer ou par le feu, ou par l'expulsion, il faut que le juif disparaisse. » (Carnets, 26 décembre 1847).

Citations


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  • « Voilà donc tout mon système : liberté de conscience, liberté de la presse, liberté du travail, liberté de l'enseignement, libre concurrence, libre disposition des fruits de son travail, liberté à l'infini, liberté absolue, liberté partout et toujours ! C'est le système de 1789 et 1793 ; le système de Quesnay, de Turgot, de Jean-Baptiste Say […] La liberté, donc, rien de plus, rien de moins. Le « laisser-faire, laissez-passer » dans l'acception la plus littérale et la plus large ; conséquemment, la propriété, en tant qu'elle découle légitimement de cette liberté : voilà mon principe. Pas d'autre solidarité entre les citoyens que celle des accidents de force majeure […] C'est la foi de Franklin, Washington, Lafayette, de Mirabeau, de Casimir Périer, d'Odilon Barrot, de Thiers »
  • « Laissez faire les propriétaires. »
  • « L'anti-propriété, c'est le viol. »
  • « Say est un génie. »
  • « Le gouvernement de l'homme par l'homme, c'est la servitude. »
  • « Je veux aussi l'ordre, autant et plus que ceux qui le troublent par leur prétendu gouvernement, mais je le veux comme un effet de ma volonté, une condition de mon travail et une loi de ma raison. »
  • « Ce nom depuis tant de siècles odieux et maudit : l'impôt. »
  • « La taxe n'est pas répartie en raison de la force, de la taille, ni du talent : elle ne peut l'être davantage en raison de la propriété. Si donc l'État me prend plus, qu'il me rende plus, ou qu'il cesse de me parler d'égalité des droits ; car autrement la société n'est plus instituée pour défendre la propriété, mais pour en organiser la destruction. L'État, par l'impôt proportionnel, se fait chef de bande ; c'est lui qui donne l'exemple du pillage en coupes réglées ; c'est lui qu'il faut traîner sur le banc des cours d'assises, en tête de ces hideux brigands, de cette canaille exécrée qu'il fait assassiner par jalousie de métier. »
  • « Le communisme est synonyme de nihilisme, d'indivision, d'immobilité, de nuit, de silence. »
        — Système des contradictions économiques
  • « [Le système phalanstérien] « ne renferme que bêtise et ignorance ». »
  • « Proudhon est franchement libéral. C'est un individualiste […] C'est un libéral exigeant et intraitable. »
        — Émile Faguet, Politiques et moralistes du XIXe siècle

Bibliographie

  • 1840, Qu’est-ce que la propriété ?, Paris, J. F. Brocard
  • 1846, Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère,
    • Reprises des chapitres XI et XII, en 1923, In: Œuvres Complètes, Paris, M. Rivière, Tome I

Notes et références

  1. Gratuité du Crédit : lettres entre Frédéric Bastiat et Proudhon.
  2. Voir par exemple ce qu'en dit Max Stirner :
    L'idée de « vol » peut-elle subsister si on ne laisse pas subsister l'idée de « propriété » ? Comment pourrait-on voler, s'il n'y avait pas de propriété ? Ce qui n'appartient à personne ne saurait être volé, celui qui puise de l'eau dans la mer ne vole pas. Par conséquent, la propriété n'est pas un vol, ce n'est que par elle que le vol devient possible.

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