Vous pouvez contribuer simplement à Wikibéral. Pour cela, demander un compte à admin@liberaux.org. N'hésitez pas!



Apprentissage expérientiel

De Wikiberal

L'apprentissage par l'expérience, ou apprentissage expérientiel, offre les bases d'une approche de l'éducation en tant que processus permanent, solidement fondé sur la psychologie sociale, la philosophie humaniste et le constructivisme cognitif. L'activité expérientielle permet la réalisation d'expériences concrètes. Elle favorise l'apprentissage par des situations authentiques et signifiantes. Par conséquent, l'apprentissage expérientiel met l'accent sur les liens critiques qui peuvent être développés avec les méthodes d'apprentissage par l'expérience entre la salle de classe et le monde réel. Tout environnement qui permet à l'individu d'agir, de pratiquer et d'expérimenter est un environnement favorable à l'apprentissage.

Une métacognition libre de l'apprentissage expérientiel

La psychologie sociale de Kurt Lewin, le pragmatisme philosophique de John Dewey, l'approche humaniste de Carl Rogers et l'épistémologie génétique cognitivo-évolutive de Jean Piaget sont souvent cités comme les pensées historiques précurseurs de l'apprentissage par l'expérience.

Carl Rogers est un partisan influent de ces théories par la pratique. Il suggère que l'apprentissage par l'expérience soit un apprentissage auto-initié, car les gens ont une tendance naturelle à apprendre. Les individus apprennent lorsqu'ils sont pleinement impliqués dans le processus d'apprentissage. Carl Rogers avance l'idée suivante que l'apprentissage ne peut être que facilité et non pas transférer. Nous ne pouvons pas enseigner directement à une autre personne au sens de modifier par nous même leur cerveau. Cela ne peut être fait que par eux-mêmes. Les apprenants deviennent plus rigides à l'apprentissage lorsqu'ils sont placés sous la menace. L'apprentissage a plus de chances de se produire et de durer lorsqu'il est auto-initié et qu'il soutient un processus de changement dynamique et continu. Un nouvel apprentissage s'enchaîne alors et affecte les environnements d'apprentissage, processus notable notamment dans l'apprentissage organisationnel et qui est démontré dans la théorie du management par la connaissance. L'apprentissage expérientiel pousse le sujet à une réflexion critique sur son propre être et sur sa propre réalité et lui permet d'orienter ses attitudes, l'aidant à la fois à réaliser sa propre identité et à s'intégrer dans le monde social dans un processus continu d'intériorisation et de réflexions sur ses connaissances.

L'apprentissage expérientiel est une liberté offerte à chaque individu

Pour chaque individu, la conduite de son propre apprentissage est influencé par sa personnalité et son vécu. A. Corbett (2005) identifie quatre profils-types d’apprenants face à l'expérience qu'ils vivent ou ont vécue :

1) Ceux qui sont plus enclins à développer une idée initiale ou une solution inédite face à un problème donné
2) Ceux qui développent des options et des opportunités de développement à partir d’un stock initial d’idées
3) Ceux qui exploitent plusieurs options possibles et qui produisent des schèmes
4) Ceux qui exploitent les schèmes pour les transformer en opportunités d'affaires.

Selon Michael B. Elmes (2019), l’apprentissage expérientiel repose sur l’amélioration des routines et des procédures organisationnelles. L’action est en amont du cycle d’apprentissage, elle crée une connaissance par transformation de l'expérience. Il existe donc un double lien entre l'action et la conceptualisation et entre l'expérience et l'observation ou la réflexion de celle-ci.

Les théories de l'apprentissage par l'expérience s'appuient sur les théories constructionnistes de l'apprentissage, mais elles situent surtout l'expérience au cœur du processus d'apprentissage. Elles visent à comprendre les manières dont les expériences, qu'elles soient de première ou de seconde main, motivent les apprenants et favorisent leur apprentissage. Par conséquent, l'apprentissage concerne des expériences significatives, dans la vie quotidienne, qui conduisent à un changement dans les connaissances et les comportements d'un individu.

L'approche institutionnelle de l'apprentissage expérientiel

Bien souvent l'apprentissage expérientiel est analysé sous le plan individuel et égocentré. Dans ce cas, l’étudiant construit son apprentissage sur sa propre expérience plutôt que sur celle des autres. Pourtant, il peut bénéficier de l'apprentissage des autres par leurs récits (écrits, vidéos, oraux) sans être le témoin direct de leur expérience. L'apprentissage expérientiel peut se transmettre aussi grâce à l'apprentissage vicariant comme le définissait Albert Bandura, lorsque le témoignage en direct de l'expérience des autres, et notamment leurs erreurs[1] ou leurs succès, permet à chaque individu d'apprendre en contexte social.

Dans une perspective d'analyse économique et juridique des institutions, par exemple pour le droit des contrats et de la propriété privée, l'école autrichienne d'économie s'intéresse également à l'étude des origines des institutions sociales qui sont des produits non intentionnels des actions de l'être humain mues par l'intermédiaire de l'apprentissage expérientiel. Cette approche utilise toujours l'individualisme méthodologique, c'est à dire que l'on ne peut comprendre un phénomène social qu'en s'intéressant à l'action des individus qui contribuent à l'éclosion ou au développement du phénomène étudié.

Annexes

Notes et références

  1. L'apprentissage expérientiel nécessite de faire des essais. Or, tous les essais ne sont pas des succès. Il faut donc accepter la survenance de l'échec comme une étape nécessaire pour aboutir au succès. Vouloir se préserver de l'échec en refusant d'essayer est également une erreur, si ce n'est la plus grande erreur car l'expérience, dans ce cas là, ne fournit pas d'enseignement pour trouver la bonne solution. Dans l'histoire des innovations, les idées les plus novatrices ont souvent été précédées de nombreux échecs. Presque tous les grands entrepreneurs de ce monde ont déjà connu l’échec avant de connaitre le succès. Par exemple, Stephen King a essuyé plusieurs refus de grandes maisons d’éditeurs avant d’être publié et de devenir un auteur à grand tirage. Ou autre exemple, Steve Job a sorti la tablette Newton en 1993. Mais, ce fut un échec retentissant. Pourtant, quelques années plus tard tout le monde s'arrache l’iPAD. La littérature utilise souvent la métaphore du tremplin pour indiquer que les essais qui tournent mal aident toutefois à sauter plus haut et plus loin afin de plonger dans le grand bain de la réussite. Aussi, dépasser les craintes de se tromper dans ses décisions et dans ses actions, aide chaque individu à renforcer son sentiment d'auto-efficacité. Cependant, il ne faut pas vouer aux échecs une autorité supérieure en s'attachant à un mythe de l'entrepreneur dont les échecs se suivent mais dont le succès finit par aboutir. Cette narration entrepreneuriale attirent et méritent notre attention. Mais, il ne faut pas oublier qu'un succès sera toujours plus rentable financièrement qu'un échec.

Bibliographie sur l'apprentissage expérientiel

  • 1962, Wilfred Bion, "Learning from experience", London: Heineman; New York: Basic Books
    • Traduit en italien en 1996, "Apprendere dall'esperienza", Armando Editore
  • 1984, David A. Kolb, "Experiential Learning: Experiences as a Source of Learning and Developement", Englewood Cliff, New Jersey, Prentice Hall
    • Seconde édition en 2014, Upper Saddle, NJ: FT Press
  • 1989, John Deighton, Stephen Hoch, "Managing What Consumers Learn From Experience", Journal of Marketing, Vol 53, n°2, pp1-20
  • 1991, F. Landry, "Vers une théorie de l'apprentissage expérientiel", In: Bernadette Courtois, Gaston Pineau, dir. "La formation expérientielle des adultes", Recherche en Formation Continue, Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle, Délégation à la Formation Professionnelle - La documentation française, Paris, pp21-28
  • 1997, K. J. Eriksson, J. Johanson et al., "Experiential knowledge and cost in the internationalization process", Journal of International Business Studies, 28(2), pp337-360
  • 2000,
    • R. E. Boyatzis, David A. Kolb, C. Mainemelis, "Experiential learning theory: previous research and new directions", In: R. J. Sternberg, L. F. Zhang, dir., "Perspectives on cognitive, learning and thinking styles", Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum, pp227–247
    • M. Holmqvist, "The Dynamics of Experiential Learning", School of Business Research Reports, 12, Thèse de Doctorat, Stockholm: Stockholm University
  • 2001, Iain L. Densten, Judy H. Gray, "The links between followership and the experiential learning model: Followership coming of age", Journal of Leadership Studies, Vol 8, n°1, pp69-76
  • 2004,
    • S. Cooper, C. Bottomley, J. Gordon, "Stepping out of the classroom and up the ladder of learning: An experiential learning approach to entrepreneurship education", Industry and Higher Education, Vol 18, n°1, pp11-22
    • Luigina Mortari, "Apprendere dall'esperienza", Carocci Editore, Roma
  • 2005,
    • A. Corbett, "Experiential learning within the process of opportunity identification and exploitation", Entrepreneurship Theory and Practice, vol 19
    • C. Rerup, "Learning from past experience: Footnotes on mindfulness and habitual entrepreneurship", Scandinavian Journal of Management, 21(4), pp451-472
  • 2006, U. Anakwe, Y. Purohit, "Using conflict-management surveys to extricate research out of the “ivory tower”: an experiential learning exercise", Journal of Management Education, Vol 30, n°3, pp501–524
  • 2010, Renato D. Di Nubila, Monica Fedeli, "L'esperienza quando diventa fattore di formazione e di sviluppo", Pensa Multimedia
  • 2013, M. Radu Lefebvre, R. Redien-Collot, "How to do things with words”: The discursive dimension of experiential learning in entrepreneurial mentoring dyads", Journal of Small Business Management, Vol 51, pp370-393
  • 2019, Michael B. Elmes, "Working With(in) the Shadow of Experiential Learning", Journal of Management Education, Vol 43, n°1, pp99-107