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Conformisme

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Le conformisme est l'attitude sociale qui consiste à se soumettre aux opinions, règles, normes, modèles qui représentent la mentalité collective ou le système des valeurs du groupe auquel on a adhéré, et à les faire siens.

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Alors que dans une société de liberté, chacun devrait agir en fonction de ses propres envies et intérêts, la question est de savoir pourquoi un individu ne tient pas compte uniquement de lui lorsqu'il agit.

Les psychologues se sont penchés sur la question de l'influence ou de la pression sociale. Celle-ci peut-être explicite ou implicite et elle peut entraîner le changement d'opinion, de comportement ou même de perception chez certains individus. Herbert C. Kelman[1], avance trois raisons différentes au conformisme :

* par "compliance" [2] afin d’éviter les conséquences sociales négatives, même si, en privé, l'individu peut rejeter l’idée de la majorité ;
* par « identification » en prenant comme référence des héros ou des idoles[3] (cas d'agissement de certains adolescents pour la mode vestimentaire). La motivation provient du désir de ressembler à la personne admirée ;
* par « intériorisation » lorsque les valeurs privées correspondent aux valeurs publiques

L'expérience de Solomon Asch[4] montre les raisons du conformisme ou du suivisme de complaisance d'un sujet ou d'un groupe de sujets. L'individu se conforme :

* Pour éviter le conflit (entre deux opinions différentes)
* Pour atténuer l'effet de sensation minoritaire par rapport à une pensée majoritaire (unique)
* Pour ne pas être rejeté par le groupe majoritaire lorsque celui-ci s'avère être attractif pour la minorité
* Par introversion bien que sachant que son opinion est la bonne
* Par timidité sociale en suivant verbalement la majorité
* Par la sensation d'une pression normative[5]
* Pour gérer une carence informationnelle, partielle ou totale, temporaire ou inéluctable,

Mais d'autres facteurs peuvent expliquer le conformisme :

* Par l'effet de Halo[6]
* Par dissonance cognitive[7]
* Par l'action raisonnée[8]. Selon cette théorie, un comportement ne peut pas être seulement expliqué par l'efficacité des moyens mis en place pour un atteindre un objectif mais l'action est justifiée du fait de normes subjectives interférant dans l'attitude. L'entourage (proche ou éloigné) peut inciter à effectuer des choix différents de ceux que l'individu aurait effectué de façon isolée (par la pression identitaire ou par le chantage à la reconnaissance).

Les études ont montré que certains facteurs font varier le conformisme. Les personnes autoritaires se conforment plus que les autres, en raison de leur respect inconditionnel des conventions, du pouvoir et de l’autorité[9]. Ceux qui ont une faible estime de soi se conforment plus que les autres, car ils ont peu confiance en leurs capacités. La taille du groupe est aussi un facteur. Le conformisme augmente avec le nombre de personnes présentes mais jusqu’à un certain point seulement. Au-delà de cinq personnes, le taux se stabilise[10]. Une majorité unanime ou non est un élément à prendre en compte car ce qui compte c’est qu’une autre personne ose défier la majorité [11]. Les hommes se conforment plus sur des tâches ou thèmes féminins et les femmes sur des tâches ou thèmes masculins([12]). En raison des traditions, certaines cultures se conforment davantage que d’autres (cultures collectivistes/cultures individualistes). Les Français se conforment moins que les Norvégiens, et les Américains plus que les Japonais[13].

La difficulté majeure dans une société conformiste est d'étouffer la partie créatrice et innovante des individus qui la compose. D'où l'importance de la liberté de chacun de défier la foule ou modifiant également les repères culturels de l'ensemble[14].

Citations

  • Quand tout le monde pense la même chose, c'est que personne ne pense beaucoup. (Walter Lippmann)
  • Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui. (Friedrich Nietzsche)
  • Jadis le moi se cachait dans le troupeau ; à présent, le troupeau se cache encore au fond du moi. (Friedrich Nietzsche, La volonté de puissance)
  • En observant la consolidation de la démocratie libérale en Europe occidentale, on aboutit à ce que j'appellerais volontiers le conformisme actuel de l'optimisme occidental, dont la formule fin des idéologies est l'expression, aujourd'hui presque consacrée. (...) Ni le marxisme-léninisme, ni le fascisme, ni le libéralisme n'éveillent plus la foi qui soulève les montagnes. (Raymond Aron, Essai sur les libertés)
  • Nous vivrons bientôt une époque où chacun aura le droit de dire ce qu’il pense, et ce sera sans problème, car alors tout le monde pensera la même chose. (Andy Warhol)
  • La désobéissance, aux yeux de quiconque a lu l'histoire, est la vertu originelle de l'homme. C'est par la désobéissance que les progrès ont été accomplis, par la désobéissance et par la rébellion. (Oscar Wilde)
  • Lorsqu'il s'agit d'acquérir une habitude, nous sommes tous des élèves attentifs et assidus ; mais nous nous trouvons désemparés lorsqu'il s'agit de la perdre. (Thomas Szasz)
  • Les États ne veulent pas avoir des personnes bien informées et bien éduquées, capables d'esprit critique. Cela irait contre leurs intérêts. Ils veulent des travailleurs obéissants, suffisamment intelligents pour faire marcher les machines et s'occuper de la paperasse, et suffisamment bêtes pour accepter passivement leur sort. (George Carlin)
  • Les clichés, les phrases toutes faites, l’adhésion à des codes d’expression et de conduite conventionnels et standardisés ont socialement la fonction de nous protéger de la réalité, de cette exigence de pensée que les événements et les faits éveillent en vertu de leur existence. (Hannah Arendt)
  • Plus le sentiment de leur unité avec leurs semblables prend le dessus chez les hommes, plus ils s'uniformisent, plus ils vont ressentir vigoureusement toute différence comme immorale. Ainsi apparaît nécessairement le sable de l'humanité : tous très semblables, très petits, très ronds, très conciliants, très ennuyeux. Jusqu'à présent ce sont le christianisme et la démocratie qui ont conduit l'humanité le plus loin sur la voie de cette métamorphose en sable. (Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes)
  • La première opinion qui nous arrive, quand on nous interroge à l'improviste sur une chose, n'est d'ordinaire pas la nôtre, mais seulement l'opinion courante qui appartient à notre caste, notre situation, notre origine : les opinions propres émergent rarement à la surface. (Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain)
  • Celui qui laisse le monde, ou du moins son entourage, tracer pour lui le plan de sa vie, n'a besoin que de la faculté d'imitation des singes. (John Stuart Mill)
  • C'est le trait caractéristique de l'action politique que sa tendance à exiger ou à imposer une certaine conformité ; et c'est en revanche, le grand avantage du marché que de permettre une large diversité. (Milton Friedman, 1962)
  • Ce n'est pas forcément un gage de bonne santé que d'être bien intégré dans une société profondément malade. (Krishnamurti)
  • L'histoire de l'humanité a débuté par un acte de désobéissance mais il n'est pas impossible qu'elle prenne fin par un excès d'obéissance. (Eric Fromm)
  • Il n'y a aucune opinion, aussi absurde soit-elle, que les hommes n'aient pas rapidement adoptée dès qu'on a réussi à les persuader qu'elle était généralement acceptée. (Arthur Schopenhauer)

Notes et références

  1. Herbert C. Kelman, 1958, « Compliance, Identification, and Internalization : Three Processes of Attitude Change », Journal of Conflict Resolution, Vol 2, pp51-60
  2. Anglicisme pour le différencier des termes voisins de "suivisme" ou de "complaisance"
    • R. B. Cialdini, J. E. Vincent, S. K. Lewis, J. Catalan, D. Wheeler, B. Lee, 1975, "Reciprocal Concessions Procedure For Inducing Compliance: The Door-in-the-Face Technique, Journal of Personality and Social Psychology, 31(2), pp206-215
  3. * B. Bettelheim, en 1943, a identifié, à l'inverse du héros positif, l'“identification avec l'agresseur”. Cette forme d'identification défensive s'opère lorsqu'un individu est placé dans un environnement hostile où ceux qui détiennent un rôle monopolistique de modèle et de formation sont des personnes hostiles (ex : gardiens de camp de concentration, garde d'hotage etc.). Dans cette situation d'anxiété de survie, les individus vont adopter les attitudes agressives vis à vis de leurs comparses (ex les kapos dans les camps de concentation), B. Bettelheim, 1943, "Individual and Mass Behavior in Extreme Situations.” Journal of Abnormal Social Psychology, 38, pp417–452
  4. Solomon Asch, Social psychology, 1952
    • Solomon E. Asch, 1951, "Effects of group pressure upon the modification and distortion of judgement", In: H. Guetzkow, "Groups, leadership and men", Pittsburgh, PA, Carnegie Press
    • Solomon E. Asch, 1955, "Opinions and Social Pressure", Scientific American, pp31-35
    • Solomon E. Asch, 1956, "Studies of independence and conformity: A minority of one against a unanimous majority", Psychological Monographs, vol 70, n°416
  5. Dans les enquêtes qualitatives de marketing, l’effet de halo est un biais lorsqu’un jugement ou une réponse d’un participant dans un groupe influence les jugements ou les réponses des autres interrogés, notamment, lorsque le premier jugement est émis par une personnalité forte. Le terme "effet de halo" a d'abord été inventé par Thorndike, en 1920 (E. L. Thorndike, 1920, "A constant error in psychological ratings", Journal of Applied Psychology, Vol 4, pp25–29), pour faire référence à une évaluation globale positive d'un employé basé sur une seule action ou caractéristique positive. Il existe également un effet de halo inversé, parfois appelé un "halo rouillé" ou "effet de corne" qui s'applique à des situations dans lesquelles des personnes donnent une évaluation globale négative sur la base d'un saillant échec ou d'une caractéristique négative.
  6. Quand les incitations externes ne suffisent pas à rendre compte de notre comportement, nous le justifions de l'intérieur
    Leon Festinger et J. M. Carlsmith, 1959, "Cognitive consequences of forced compliance", Journal of Abnormal and Social Psychology, 58
    A. G. Greenwald, 1992, "L'ego totalitaire ou comment chacun fabrique et révise sa propre histoire", In: M. Piolat et al., Le soi, recherches dans le champ de la cognition sociale, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel
  7. I. Ajzen et M. Fishbein, 1977, "Attitude behavior relations : a theoretical analysis and review of empirical research", Psychological Bulletin, 84
    I. Ajzen et M. Fishbein, 1980, Understanding attitudes and predicting social behavior, Englewoood Cliffs, N. J., Prentice-Hall
  8. R.S. Crutchfield, 1955, «Conformity and Character», American Psychologist, 10, pp191-198
  9. Gérard H.B., Wilhelmy R.A., Conolley E.S. (1968). « Conformity and Group Size », Journal of Personality and Social Psychology, 8, pp79-82
  10. (Allen V., Levine J. (1971). « Social Support and Conformity : The Rôle of Independent Assessment of Reality », Journal of Expérimental Social Psychology, 7, pp48-58
  11. Sïstrunk F., McDavid J. (1971). « Sex Variable in Conforming Beha-vior », Journal of Personality and Social Psychology, 17, pp200-207
  12. Stanley Milgram, 1961, « Nationality and Conformity ; with a Biographical Sketch », Scientific American, 205 (34), pp45-51
  13. R. Sternberg et T. Lubart, 1995, Defying the crowd: cultivating creativity in a culture of conformity. New York: Free Press

Voir aussi

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