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Bruce Kogut

De Wikiberal

Bruce Mitchel Kogut, né en 1953 à New York, est professeur de leadership et d'éthique à la Columbia Business School. Il enseigne la stratégie et la gouvernance.

Il fut diplômé à Berkeley, à l'Université de Californie, en sciences politiques (BA en 1975), puis un Master en Affaires Internationales (MIA en 1978) à l'Université Columbia, à New York puis il a obtenu son doctorat (PhD) de la MIT Sloan School of Management en 1983. Il détient aussi un doctorat honorifique de la Stockholm School of Economics. Il a été professeur visiteur dans plusieurs instituts de recherche, dont le "Science Center" à Berlin, en Allemagne, l'Ecole Polytechnique en France, l'Institut Santa Fe aux Etats-Unis et l'Université Tsinghua, en Chine.

Il a dirigé les centres de recherche sur les stratégies et les économie émergente. Il fut vice-président associé au programme de doctorat à Wharton et il a été le fondateur du programme d'entrepreneuriat social à l'INSEAD, à Fontainebleau, en France. À l'Université de Columbia, il a collaboré avec l'Université de Cambridge pour co-diriger le programme "Ariane de Rothschild Fellows" qui identifie et forme des entrepreneurs sociaux dans la volonté de favoriser une culture de respect mutuel et de dialogue entre les communautés juives et musulmanes.

Bruce Kogut a esquissé une théorie de la motivation humaine qui considère que les managers sont des êtres sociaux car ils se préoccupent de leurs collègues et de leur statut dans l'organisation. Ils sont souvent altruistes, et parfois ils sont aussi égoïstes.

Bruce Kogut s'intéresse au processus de la génération de règles c'est-à-dire comment de simples règles d'échange social mènent à des modèles complexes de connaissances locales et mondiales. Il justifie son point de vue par les travaux récents en neurosciences et en économie expérimentale sur la socialité humaine. Sur cette base, il fournit une critique des principales écoles de pensée du management, dont la conception fondée sur les ressources et sur la connaissance de l'entreprise.

Il propose l'idée que les gens sont verrouillés dans leur apprentissage des normes sociales et du développement de leur identité conformes aux catégories sociales. Il soutient que la notion de coordination entre les personnes est inscrite dans les communautés sociales. C'est ce concept qui le conduit à une théorie de l'entreprise dérivée de la connaissance sociale et des identités partagées. Bruce Kogut soutient que la théorie du management des ressources manque d'un soubassement comportemental.

La théorie de la connaissance et de l'identité de la firme

En 1996, en compagnie d'Udo Zander, Bruce Kogut se penche sur la théorie de la firme. Ils présentent les entreprises comme des organisations qui représentent la connaissance sociale de la coordination et de l'apprentissage. Ils se posent alors la question de savoir quelles sont les limites de l'organisation. Les changements quantitatifs dans la connaissance de l'organisation et la capacité cognitive de leurs membres ne sont pas suffisantes pour délimiter les frontières de l'entreprise. En intégrant le concept de réseau social et de réseau d'entreprises, ils précisent que la connaissance réside également dans l'interaction des réseaux de connaissance.

Leur ligne d'approche énonce un défi, ainsi qu'une vision alternative, de la théorie néo-classique de l'entreprise et une évolution par rapport au traitement antérieur de l'entreprise effectué par Ronald Coase. Que font les entreprises en dehors du fait de s'intéresser à leur propriété, aux incitations (motivations des salariés) et à leur intérêt personnel ? Ils reviennent sur l'idée originelle de Ronald Coase afin de comprendre les coûts et les avantages d'une entreprise, mais dans une perspective différente en prônant l'idée que les individus se caractérisent par une "socialité non sociale". Ils reviennent sur le concept d'opportunisme d'Oliver Williamson. Et, ils s'interrogent pour savoir si la perception de l'opportunisme engendre le besoin d'intégrer les transactions du marché dans l'entreprise ou au contraire est-ce que les frontières de l'entreprise conduisent à l'attribution de l'opportunisme ?

Pour les deux auteurs, cette dichotomie fondamentale entre l'intérêt personnel et le désir d'appartenance est la base comportementale de la supériorité des entreprises sur le marché qui consiste à résoudre le dilemme suivant. La productivité augmente avec la division du travail, mais la spécialisation augmente aussi les coûts de communication et de coordination.

Les deux auteurs affirment que la connaissance de l'entreprise a une valeur économique par rapport aux transactions sur le marché lorsque l'identité de l'organisation permet à la connaissance sociale de soutenir la coordination et la communication. Grâce à l'identification des individus vis à vis de l'organisation, ceux-ci apprennent les règles de procédure, et par conséquent, la coordination ainsi que la communication s'en trouvent facilitées et renforcées par les divers groupes aux compétences spécialisées.

Une entreprise est distincte du marché parce que la coordination, la communication et l'apprentissage se situent non seulement physiquement à l'emplacement géographique de l'entreprise, mais aussi parce qu'elle existe mentalement dans une identité. Bruce Kogut et Udo Zandler renforcent cette idée de cognition entrepreneuriale puisque l'identité implique un ordre moral et des règles d'exclusion, il existe donc des limites et des coûts pour s'appuyer sur une entreprise par opposition au marché. Ces coûts ne sont pas nécessairement ceux qui sont traditionnellement attribués à la catégorie des rendements décroissants de la hiérarchie. Par exemple, une identité implique que certaines pratiques dans les entreprises peuvent être théoriquement incompatibles les unes avec les autres. Aussi, les normes de justice organisationnelle procédurale, qui sont identifiées avec une entreprise, impliquent que tous les compléments à la production soient techniquement réalisables et qu'ils soient autorisés dans la logique d'une identité partagée. Par conséquent, le coût de l'existence de l'identité de l'organisation compense ses avantages. C'est parce que l'assemblage des différents éléments, qui composent une organisation, est soumis à des exigences de cohérence, que les identités éliminent des potentialités intéressantes d'innovation et de créativité et créent les limites à la croissance de l'entreprise.

En s'appuyant sur la théorie des jeux et du fameux dilemme du prisonnier, Bruce Kogut et Udo Zandler analysent la cohérence d'une entreprise lorsque celle-ci recherche des compléments conformes aux normes de justice procédurale dans l'organisation. Dans la dynamique du dilemme des prisonniers, il existe un problème de coordination, de communication et de conflit lorsque les joueurs sont privés de connaissance sociale et d'identité partagée. De même, la détermination de la cohérence d'une entreprise découle de l'exigence d'une cohérence morale et notionnelle par rapport à la classification de ses activités dans une catégorie particulière, ce qui est différent d'une cohérence issue d'une simple coordination technologique.

Publications

  • 1984, "Normative observations on the international value-added chain and strategic groups”, Journal of International Business Studies, Vol 15, n°2, pp151-167
  • 1991, "Joint Ventures and the Option to Expand and Acquire", Management Science, 37(1), pp19–33
  • 1992, avec Udo Zander, "Knowledge of the firm, combinative capabilities, and the replication of technology", Organization Science, Vol 3, pp383-397
  • 1994, avec Nalin Kulatilaka, "Operating Flexibility, Global Manufacturing, and the Option Value of a Multinational Network", Management Science, 40(1), pp123–139
  • 1995, avec Edward H. Bowman, dir., "Redesigning the firm", New York: Oxford University Press
  • 1996,
    • a. avec Udo Zander, "What Firms Do? Coordination, Identity, and Learning", Organization Science, Vol 7, pp502-518
    • b. avec Dong-Jae Kim, "Technological Platforms and Diversification", Organization Science, 7(3), pp283–301
  • 1997, avec Gordon Walker, Weijian Shan, "Social Capital, Structural Holes and the Formation of an Industry Network", Organization science, 8(2), pp109–125
  • 2000, avec A. Spicer, G. A. McDermott, "Entrepreneurship and privatization in Central Europe: the tenuous balance between destruction and creation", The Academy of Management Review, Vol 25, n°3, pp630-649
  • 2001, avec Nalin Kulatilaka, "Capabilities as Real Options", Organizational Science, 12(6), pp744–758
  • 2002, avec Gordon Walker, Jaideep Anand, "Agency and Institutions: National Divergences in Diversification Behavior", Organization Science, 13(2), pp162–178
  • 2003,
    • a. avec Peter Cornelius, "Corporate Governance and Capital Flows in a Global Economy", New York: Oxford University Press
    • b. "The Global Internet Economy", Cambridge, MA: MIT Press
  • 2007, "Knowledge, Options, and Institutions", Oxford University Press
  • 2012, dir., "The Small Worlds of Corporate Governance", MIT Press
  • 2014, avec Amit Jain, "Memory and Organizational Evolvability in a Neutral Landscape", Organization Science, 25(2), pp479–493