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Collège unique

De Wikiberal

Le collège unique est une réforme éducative mise en place à partir de 1975, en particulier avec la réforme Haby de 1977. Le but affiché était une uniformisation de l'enseignement, passant par le regroupement de tous les éleves de la 6e à la 3e dans un même type d'établissement et de leur offrir un enseignement identique afin de « démocratiser » l'accès à l'éducation : comme le dit la loi initiée par René Haby, « les collèges dispensent un enseignement commun, réparti sur quatre niveaux successifs. » Cette réforme est toujours fortement critiquée, entre autres par les libéraux.

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Position libérale

Les libéraux s'opposent au collège unique comme aux réformes de la même essence (comme la carte scolaire), qui ignorent la diversité des situations individuelles et des réponses à y apporter. En outre, pour les libéraux, ce n'est pas au « mammouth » étatique d'apporter des réponses figées mais aux différents acteurs.

Les réformes de l'enseignement visant à l'uniformiser sous la coupe de l'État ont invariablement suivi des logiques purement politiques : augmenter le contrôle du monarque ou de l'État sur la société. Dès le XVIIe siècle, Cardin Le Bret, théoricien de l'absolutisme, appelait de ses vœux l'uniformisation de l'enseignement sous le contrôle du pouvoir monarchique. Le philosophe Philippe Nemo souligne à ce sujet que l'origine idéologique du monopole de l'enseignement est non démocratique mais absolutiste, dans des vues d'embrigadement[1].

Au XIXe siècle, John Stuart Mill soulignait déjà ce danger de l'uniformisation au service de la puissance étatique[2] :

«Une éducation générale et étatisée n'est qu'un appareil à façonner les gens pour qu'ils soient exactement semblables entre eux ; et le moule utilisé est celui qui plaît aux pouvoirs prépondérants dans le gouvernement, que ce soit un monarque, un clergé, une aristocratie, ou la majorité de la génération en cours, et dans la mesure où l'appareil est efficace et où il est réussi, il établit un despotisme sur les esprits qui, par une pente naturelle, conduit à un despotisme sur les corps. »
    — John Stuart Mill, De la liberté

Cette réforme est également le fruit de l'esprit constructiviste qui croit qu'une décision émanant d'une autorité supérieur pourra, de gré ou de force, sortir de l'obscurantisme les masses incultes et les mener vers le salut. Les motivations affichées par le ministre communiste Henri Wallon lors de l'instauration de l'école unique au lendemain de la seconde guerre mondiale permettent de l'illustrer :

«Il y a deux façons de concevoir l’enseignement démocratique. Il y a d’abord une façon individualiste qui paraît avoir prédominé dans la période de l’entre-deux-guerres : c’est poser que tout homme, tout enfant, quelle que soit son origine sociale, doit pouvoir, s’il en a les mérites, arriver aux plus hautes situations dirigeantes [...] C’est une conception qui reste individualiste [...]. Aujourd’hui, nous envisageons la réforme démocratique de l’enseignement sous une forme beaucoup plus générale [...]. Notre conception démocratique de l’enseignement envisage, elle, une élévation totale de la nation, quelle que soit la situation occupée, ou plutôt quel que soit le travail et quelles que soient les fonctions qu’auront à accomplir tous les individus dans la société »
    — Henri Wallon, Conférence de Besançon (1946)

La posture libérale est beaucoup plus modeste et, reconnaissant le risque de l'erreur, insiste sur le rejet de tout monopole qui inscrirait dans le marbre cette erreur. Comme l'écrivait Luigi Einaudi, le libéralisme est la méthode de la liberté qui « reconnaît la possibilité de toujours pouvoir tomber dans l’erreur et qui s’attend à ce que d’autres cherchent à découvrir cette erreur et à trouver la bonne voie vers la vérité. [..] [Le libéral] sait que c’est seulement à travers l’erreur que l’on arrive à la vérité »[3]. Cela s'applique à l'éducation comme à tant d'autres domaines. Ainsi, le chèque éducation permet de rendre aux parents le choix de l'éducation de leur enfant et non de laisser un ministre à Paris tenter de diriger plusieurs centaines de milliers de personnes et plusieurs millions d'enfants.

Des résultats très mauvais

Donnant raison à ces arguments, le collège unique a été et reste, malgré les réformes successives, un échec, même au regard des objectifs avoués. Et Le Monde de l'éducation de titrer "Autopsie d’un échec" à propos du collège unique. Loin de « démocratiser » l'enseignement et de réduire les « inégalités », la réforme et les réformes inspirées des mêmes idéologies les ont augmentées. A l'inverse, comme le souligne Xavier de Lesquen, les réformes fondées sur la délégation de responsabilité au plus près comme en Nouvelle-Zélande permettent de répondre mieux au besoin des enfants pour un coût moindre[4].

En effet, en imposant un enseignement uniforme, on nie la diversité des situations des élèves et on déresponsabilise les acteurs de l'enseignement. En outre, dévalorisant les diplômes sans réussir à améliorer le niveau des élèves, les politiques de « démocratisation » ont entrainé des frustrations chez les jeunes diplômés déclassés, phénomène qui n'est pas étranger aux éruptions régulières dans les universités et dans les lycées. Loin des discours idéologiques des centrales syndicales, les jeunes professeurs ne disent pas autre chose : selon un sondage Sofrès auprès des enseignants de collèges et de lycées de moins de 35 ans, 73  % d'entre eux pensent que « sa vocation à accueillir tous les élèves » est un « objectif irréaliste ». Pour 71% de ces nouveaux profs, « inciter le plus d'élèves possible à poursuivre jusqu'au bac » dévalorise l'épreuve et abaisse le niveau.

Cependant, au regard des objectifs idéologiques d'embrigadement, les résultats sont satisfaisants, comme le montre le philosophe Philippe Nemo dans Les deux républiques françaises : l'éducation nationale est devenue l'église qui reproduit des mythes identiques d'une génération à l'autre et empêche toute émergence d'un véritable débat[5].

Citations

  • « Qu'il y ait de solides arguments pour que le gouvernement finance au moins une instruction générale n'implique pas que cette éducation doive aussi être administrée par l'État, et encore moins qu'il doive en avoir le monopole. » (Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté[6])
  • « Au lendemain de la guerre, en 1947, les communistes Langevin et Wallon proposèrent de réaliser en France l'école unique, creuset de l'homme nouveau socialiste. Repoussé par deux fois à la Chambre sous la IVe République, ce projet fut mis en œuvre, paradoxalement, par De Gaulle au début de la Ve. (...) Dès cette date, l'Éducation ne fut plus nationale. Elle fut, de jure, cogérée par le ministère et les syndicats. De facto, elle fut gérée par les syndicats seuls, car les ministres passaient (et souvent sautaient), alors que les syndicats restaient. Je dis bien que l'Éducation « nationale » usurpe désormais ce qualificatif, car la nation, qui n'a d'autre organe d'expression que le suffrage universel, et d'autres représentants légitimes que le Parlement et le Gouvernement, n'eut plus jamais, de ce jour, son mot à dire dans la politique éducative du pays. » (Philippe Nemo[7])
  • Le collège unique participe « à l’œuvre de destruction de l’esprit que subissent en leur crépuscule les sociétés libérales occidentales [...], d’aller vers le règne de l’uniformité, digne des démocraties populaires et vers la dépersonnalisation absolue, celle des steppes et des supermarchés. [...] Ce mythe égalitaire est digne de ce peuple de guillotineurs que nous sommes depuis 1793, et se traduit par la culpabilisation de tout aristocratisme. De tout élitisme dans le savoir : raccourcir ce qui dépasse, ce qui excelle, voilà le mot d’ordre. » (Jean-Marie Benoist, La génération sacrifiée ; les dégâts de la réforme de l’enseignement, 1980)

Notes et références

  1. Philippe Nemo, Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, PUF, 2002, pp.109-135
  2. « A general State education is a mere contrivance for moulding people to be exactly like one another: and as the mould in which it casts them is that which pleases the predominant power in the government, whether this be a monarch, a priesthood, an aristocracy, or the majority of the existing generation; in proportion as it is efficient and successful, it establishes a despotism over the mind, leading by natural tendency to one over the body », John Stuart Mill, On Liberty, édition 1863, p.205
  3. Luigi Einaudi, Scuola e libertà in Predichi inutili
  4. Xavier de Lesquen, État de choc, Editea, 2007
  5. Philippe Nemo, Les deux républiques françaises, PUF, 2008, ISBN 2130558887
  6. Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté, Tome 3, chap.14, édition 2007, p.720
  7. Philippe Nemo, Une trop longue erreur, Le Figaro, 16 septembre 2003, [lire en ligne]

Bibliographie

Voir aussi

Liens externes

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