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FAQ Utilité générale

De Wikiberal

"Dans un régime anarcho-capitaliste (ou dans un régime où les services publics sont totalement privatisés), il est impossible d'assurer les services d'utilité générale, qui sont pourtant d'une importance capitale."

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Le "tout privé" peut remplacer le public

A cette objection, on peut remarquer qu'aujourd'hui une foule de "services d'utilité générale" sont déjà assurés par le secteur privé, par exemple l'alimentation (ou la pharmacie, ou l'habillement), sans qu'il y ait besoin d'un "Ministère de l'alimentation" (ce qui serait la meilleure façon d'instaurer la pénurie).

Les anarcho-capitalistes affirment qu'absolument tous les services peuvent être assurés par le privé, et que les services "publics" résultent d'un monopole étatique (ou collectif) totalement injustifié. Le marché est capable de subvenir aux besoins en services : là où existe un besoin, une entreprise privée offrira ses services (à condition évidemment que ce soit rentable pour elle, ce qui n'est pas toujours réalisé, mais en ce cas on peut se poser la question de la justification du besoin). D'autres services peuvent être fournis par des associations, mutuelles, coopératives, etc., comme c'est déjà le cas actuellement.

Il a existé historiquement plusieurs cas d'"États" dépourvus de tout impôt et gérés comme des entreprises, comme l’État bernois (aujourd'hui canton de Berne, en Suisse) jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, qui était « un État-entrepreneur domanial » (Stefan Altorder-Ong, Staatsbildung ohne Steuern, éd. Hier und Jetzt, 2011) :

Berne était la plus grande république au nord des Alpes, s’étendant des portes de Genève aux portes de Zurich. Ses ressources financières étaient la propriété foncière, les émoluments des offices, les contributions aux routes et le commerce du sel et du blé. En plus, au XVIIIe siècle, les placements à l’étranger fournissaient un septième du budget. (Beat Kappeler, La fin de l’État idéal, Le Temps, 2 juillet 2011)

Exemples de la route et des chemins de fer

Supposons par exemple qu'une ville ait besoin d'être desservie par une route. Dans le système actuel, ce sont les autorités publiques (municipalité, département, région...) qui prendront la décision de construire la route, sans forcément se préoccuper de sa rentabilité, sans demander forcément l'avis des habitants (encore moins de ceux qui seront expropriés parce qu'ils ont du terrain sur le tracé), et sans forcément se soucier du coût final (ce n'est pas leur argent). Ils choisiront une ou plusieurs entreprises privées pour réaliser la construction (en touchant au passage des pots-de-vin qui alimenteront leurs caisses noires ou celle de leur parti politique).

Dans une société anarcho-capitaliste, le processus serait entièrement différent. D'abord il n'y aurait pas d'instance publique centrale qui déciderait de la construction d'une route au nom du prétendu intérêt général - une telle instance serait illégitime. Une ou plusieurs entreprises (ou des associations locales de propriétaires) pourraient s'aviser qu'une telle route serait une opération rentable. Les terrains seraient alors achetés avec des contrats de vente conditionnels (les propriétaires des terrains ne vendraient qu'à condition que tous les propriétaires de terrains sur le tracé prévu vendent également). L'entreprise deviendrait seule responsable de la construction, puis propriétaire de la route dont elle tirerait profit. Le droit de chacun serait mieux respecté et il y aurait moins de gaspillage de fonds.

Utopique ? Pas du tout : c'est ainsi par exemple qu'au début du XIXe siècle les lignes de chemin de fer ont été construites en Europe. Les frais de construction étaient supportés par les entreprises, sans prêt, subvention ou garantie de l'État. En l'absence de procédure d'expropriation, l'acquisition des parcelles était souvent difficile et coûteuse, mais le respect des droits individuels a évidemment un coût.

La contrepartie est évidemment qu'il n'y a aucune certitude qu'une telle route soit jamais construite, si l'opération ne s'avère pas rentable a priori. Mais faut-il vraiment, au nom du "service public", construire une route qui desservira par exemple quelques habitations isolées ? c'est-à-dire, dans le système actuel, contraindre le contribuable à financer des services non rentables ? Actuellement, celui qui est intéressé à avoir une telle route essayera de faire jouer le lobbying, l'influence, la corruption, le "piston", etc., auprès des autorités compétentes ou des élus. Dans le système anarcho-capitaliste, on lui dira que s'il tient vraiment à avoir sa route, eh bien qu'il la finance lui-même !

Exemple de l'enseignement

Le même principe d'absence de monopole étatique et de libre choix des personnes s'applique au domaine de l'éducation. Il n'y aurait plus d'éducation "publique, gratuite et obligatoire" présentée comme faisant partie des "acquis sociaux". Les entreprises d'éducation choisiraient leurs élèves et les élèves choisiraient leur école (payante). Les formations "voies de garage" et les diplômes universitaires inutiles, au lieu d'être la pratique courante de l'enseignement étatisé, seraient vite éliminés par le marché.

Aboutirait-on à une régression sociale ? Croyez-vous vraiment que les écoles auraient intérêt à garder des élèves riches mais paresseux ou insolents, au risque d'indisposer les autres élèves, qui feraient jouer la concurrence et partiraient ? Et que des élèves méritants mais pauvres seraient écartés ? Il est vraisemblable que pour ces derniers un tarif adapté serait proposé, ou que des entreprises ou des associations offriraient des bourses d'étude, ou que des banques proposeraient des prêts. On n'assisterait pas au gâchis actuel : élèves non motivés, scolarisés forcément dans les écoles de leur quartier ("carte scolaire"), contraints de suivre des cours (scolarité obligatoire) assurés par des enseignants non motivés (grille des salaires de la fonction publique, avancement à l'ancienneté), programme unique (comme si le même enseignement pouvait convenir à tous les élèves), violence, enseignement politisé contaminé par le "politiquement correct" et l'idéologie collectiviste, faible niveau général, nivellement par le bas, etc.

Exemple de la conquête spatiale

On n'imagine pas que la conquête spatiale eût pu être menée par des sociétés privées plutôt que par les États. Pourtant il n'y a aucune impossibilité à cela. Il est certain qu'en ce cas la situation aurait été très différente : l'exigence de rentabilité aurait prévalu sur la vaine gloriole nationale, ce qui aurait orienté cette exploration de l'espace dans un tout autre sens, et permis l'apparition plus précoce de compagnies spatiales privées.

Exemple des pompiers, des services médicaux d'urgence, etc.

Il s'agit là simplement d'activités liées à l'assurance, un domaine que l’État usurpe constamment au nom du prétendu "intérêt général", alors que les monopoles qu'il instaure dans ces domaines rendent un service médiocre (voir service public, loi de Savas).

Exemple de la prison

Il semble qu'il existe des services absolument indispensables au bien-être de la société mais qui n'ont apparemment aucune rentabilité : on n'imagine pas d'entreprise qui se charge d'emprisonner et de surveiller criminels et délinquants (comment se rétribueraient-elles ?). Pourtant, dans son livre Chaos theory (pp. 19 et 20), Robert P. Murphy explique comment de telles entreprises pourraient exister, et leur lien avec les sociétés d'assurances et les sociétés de protection.

Autres exemples

De la même façon qu'expliqué dans les exemples ci-dessus, le marché et la concurrence joueraient en ce qui concerne la monnaie, la justice, la police.

En matière de monnaie, il n'y a aucune raison qu'une monnaie soit gérée par un monopole, celui de la banque centrale. Ce monopole produit un "bien public", sa monnaie, que ses "clients" ressentent comme de très mauvaise qualité ("c'est notre monnaie, mais c'est votre problème") ; la concurrence forcerait chaque producteur de monnaie à fournir une monnaie de bonne qualité (sans quoi elle serait vite délaissée).

Voir aussi : biens publics.

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