Hugo Grotius

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Huig van der Groot (1583-1645) dit Grotius, fut un avocat protestant hollandais, érudit et homme d'état.

Hugo Grotius
philosophe

Dates 1583-1645
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Tendance jusnaturaliste
Origine Pays-Bas Pays-Bas
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Citation « Le droit naturel est tellement immuable qu'il ne peut pas même être changé par Dieu. Quelque immense, en effet, que soit la puissance divine, on peut dire cependant qu'il y a des choses sur lesquelles elle ne s'étend pas. »
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Biographie

Grotius déploya tout au long d'une existence quasi romanesque une activité intellectuelle incessante qui le porta non seulement vers la philologie, l'historiographie, la théologie et le droit mais encore vers les mathématiques et la poésie. Son œuvre multiple, qui ignore le cloisonnement des disciplines, fait de Grotius une figure emblématique de l'humanisme au Siècle d'Or.

Originaire de Delft, il se distingue par des dons intellectuels précoces et, après avoir étudié à l'Université de Leyde, il rédige en 1609, pour le compte de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, le De Mare liberum (qui reprend partiellement un traité inachevé de 1605, le De jure praedae commentarius). La thèse développée par Grotius est que le droit positif ne peut pas s'appliquer aux mers et, donc, que les États ne peuvent prétendre en être propriétaires. La mer doit, par conséquent, être considérée comme un lieu de passage et de commerce libre.

Entre-temps, Grotius s'est également mis au service du Grand Pensionnaire de Hollande, J(oh)an van Oldenbarnevelt (le Grand Pensionnaire dirigeait l'administration des Provinces-Unies en raison de l'importance économique de la Hollande au sein de cette fédération, dont il était également le chef de la diplomatie). Il mène différentes missions de confiance pour cet homme d'État et est même nommé Pensionnaire de Rotterdam en 1613.

Le début du XVIIe siècle est toujours secoué par les remous religieux. C'est dans ce contexte qu'éclatera la querelle arminienne, que Grotius sera chargé de pacifier. En bref, le pasteur et théologien Jakob Hermannszoon (dit Jacobus Arminius) avait publiquement contesté la prédestination calviniste lors des États généraux de La Haye en 1608. Deux ans après parut la célèbre Remontrance (c'est de là que les disciples d'Arminius tireront leur surnom de "Remontrants"). Le théologien calviniste Gomar (dit Gomarus) combattit férocement son pair jugé par trop hétérodoxe.

La question de la tolérance religieuse est donc posée par ce conflit doctrinal, tolérance niée par les gomaristes mais fermement défendue par les arminiens. Le Stadhouder Maurice de Nassau (en charge de la force publique et donc du pouvoir militaire) se range du côté des calvinistes et use de son pouvoir de coercition pour combattre les Remontrants. J. Van Oldenbarnevelt, acquis aux idées arminiennes, s'oppose à cette politique et charge Grotius d'intervenir comme médiateur entre les deux parties.

Œuvrant en négociateur patient durant près de dix ans, Grotius estime que le pouvoir politique n'est pas autorisé à donner son avis dans les controverses religieuses et les disputes doctrinales et, partant, est inapte à se réclamer de la vérité religieuse pour imposer par la force la doctrine qu'il considère "juste". Cette position tolérante sera considérée par Nassau et les calvinistes comme subversive, notamment parce qu'elle sera jugée trop favorable aux catholiques - désignés par les calvinistes hollandais comme des ennemis étant donné que l'Église désapprouve l'idée protestante de prédestination. De ce pro-catholicisme supposé, les adversaires de Grotius déduisent un sentiment pro-espagnol. Les soupçons de conspiration et de trahison ne tardent donc pas à peser sur le courageux conciliateur.

En 1618, tandis qu'Oldenbarnevelt est arrêté et exécuté pour "trahison" à la suite du verdict rendu par un tribunal d'exception, son ami est condamné à la prison à perpétuité. Heureusement, grâce à la complicité de son épouse, Grotius réussit deux ans plus tard à s'évader... dissimulé dans une caisse de livres !

Ayant gagné la France, il s'y installe en 1621 et obtient une pension de Louis XIII. C'est dans ces circonstances qu'il rédige tant son De Veritate Religionis Christianae (1622) que son opus magnum : De Jure belli ac pacis, qu'il achève en 1625 et dédie au monarque français qui lui a offert l'hospitalité territoriale. Mais il doit quitter son pays d'adoption, scandalisé par les intrigues de Richelieu qui veut l'utiliser aux fins de nuire aux Hollandais.

Réfugié en Suède, il y prend la nationalité suédoise et gagne la confiance du chancelier Oxenstierna (qui préside le Conseil de la Régence en attendant la maturité de la reine Christine) au point de devenir l'ambassadeur de ce pays... à Paris !

A la suite d'un naufrage, il meurt en 1645 à Rostock (Poméranie occidentale).

L'Œuvre

L'une des premières grandes idées développées par Grotius est la liberté des mers (cf. son traité de 1609 mentionné supra). Qu'il soit simple particulier ou peuple tout entier, nul ne peut s'en prétendre propriétaire et en fermer l'accès. La première raison - qualifiée de morale par l'avocat batave - est que l'usage de la mer ne présume pas d'exclusivité (et de préciser qu'il en va de même pour l'air) : chacun peut s'en servir pour y pêcher, naviguer, y puiser de l'eau, sans que la quantité en soit diminuée. En langage économique contemporain, nous dirions que la mer n'est pas un bien rare. La seconde raison invoquée par Grotius est d'ordre naturel : on ne peut occuper un domaine que si celui-ci est susceptible d'être borné. Or la mer n'est limitée par rien ; c'est elle qui, au contraire, entoure les terres, explique Grotius en se référant à Aristote et Apollonius.

C'est par son apport à la philosophie de l'État et à la science juridique qu'il marque l'histoire de la pensée au XVIIe siècle. Théoricien de la " doctrine de la guerre juste ", du iuris gentium et du Droit naturel, Grotius est couramment présenté comme un des pères fondateurs du droit international, dont on a coutume de faire remonter la genèse à son œuvre majeure : Le Droit de la guerre et de la paix (1625). Dans ce traité du droit de la guerre, dont certains principes apparaissaient déjà dans De la liberté des mers, sont définis les critères d'une guerre "juste" ; on a souvent voulu y voir une "humanisation" du ius belli ce qui vaudra au jurisconsulte de Delft une vague de faveur au lendemain de la première guerre mondiale.

Partisan de la paix, Grotius ne prétend pas cependant supprimer la guerre, mais uniquement la règlementer : si les causes de la guerre sont légitimes, alors celle-ci n'est pas contraire au droit naturel. Chez Grotius, les normes du droit naturel ne prennent pas directement leur source dans la volonté de Dieu (Ce que nous venons de dire aurait quelque validité même si nous admettions, ce qui ne peut être fait sans la pire des perversions, que Dieu n'existe pas écrit-il dans un passage célèbre), mais émanent de la nature humaine et de son caractère sociable. Ainsi, parce qu'il se dégage des conceptions théologiques antérieures, Grotius est considéré à partir du XIXe siècle comme celui qui a laïcisé le droit naturel.

Grotius s'est aussi démarqué de la conception aristotélicienne du Droit naturel. En effet, pour le Stagirite, le Droit naturel n'était qu'une subdivision du droit politique (l'autre branche étant le droit conventionnel). En d'autres termes, cela impliquait que les principes jusnaturalistes pouvaient varier d'une cité à l'autre ! Le Droit naturel selon Aristote est donc soumis aux caprices politiques locaux, voire aux risques d'arbitraire.

C'est en réaction à cette compréhension relativiste du droit que Grotius a énoncé que le Droit naturel était universel et immuable. A propos de cette immutabilité juridique, le juriste hollandais précise:

Il arrive cependant parfois, dans les actes à propos desquels le droit naturel a prescrit quelque chose, une espèce de changement qui trompe les inattentifs, puisqu'en effet ce n'est pas le droit naturel qui change, lui qui est immuable, mais c'est la chose à l'égard de laquelle le droit naturel a statué, qui subit le changement.

Et de poursuivre en citant un exemple frappant:

(...) Si mon créancier me tient quitte de ce que je lui dois, je ne suis plus tenu de lui rien payer, non pas parce que le droit naturel aurait cessé de me prescrire de payer ce que je dois, mais parce que l'objet de ma dette a cessé d'être dû.

En quoi Grotius est-il libéral ?

Sa réflexion approfondie sur le droit naturel en fait un des penseurs qui ouvrent la voie à la philosophie libérale moderne. Il a par ailleurs été un philosophe de la liberté important. Même n'étant pas un penseur libéral, strictement parlant, la pensée d'Hugo Grotius est d'une très grande importance en tant que valeur pédagogique pour la philosophie libérale.

Citations

  • « Cette sociabilité, ou ce soin de maintenir la société d'une manière conforme aux lumières de l'entendement humain, est la source du droit proprement nommé, et qui se réduit en général à ceci: qu'il faut s'abstenir religieusement de ce qui appartient à autrui, lui restituer ce qui lui appartient, ou le profit que l'on en a tiré ; l'obligation de remplir ses promesses ; la réparation des dommages commis par faute ; le mérite d'être puni par les autres hommes quand on a failli à ses obligations. »
  • « Le droit naturel est tellement immuable qu'il ne peut pas même être changé par Dieu. Quelque immense, en effet, que soit la puissance divine, on peut dire cependant qu'il y a des choses sur lesquelles elle ne s'étend pas (...) De même donc que Dieu ne pourrait pas faire que deux et deux ne soient pas quatre, de même il ne peut empêcher que ce qui est essentiellement mauvais ne soit mauvais. »

Bibliographie

Œuvres

  • Annales et histoire des troubles du Pays-Bas, Amsterdam, Blaev, 1662.
  • De captis in bello, La Haye, Pet. Georg. Nyström, 1751.
  • Traité de la vérité de la religion chrétienne, Amsterdam, Edet, 1728.
  • Traité du pouvoir du magistrat politique sur les choses sacrées, Londres, 1751.
  • De Imperio summarum potestatum circa sacra, Paris, 1648.
  • Déclaration en francais de M. de Groot, expliquant les raisons de son arrivée en France, donnant copie d'une lettre, adressée par lui aux États généraux... le 30 mars 1621..., s. l., s. n., 1622.
  • De Jure Belli ac Pacis, 1625.
  • Aenmerkinge Op de Missive van Parnas, Vanden 22. janvier 1685. - La Haye, Gidion Backer, 1685.

Littérature secondaire sur Grotius

  • 1642, Gabriel Naudé, La Bibliographie politique du Sr Naudé. Contenant les livres et la méthode nécessaire à estudier la politique avec une lettre de monsieur Grotius, et une autre du sieur Hamiel sur le mesme subjet. Le tout traduit du latin en françois., Paris, Veuve de G. Pelé, 1642.
  • 1696, Henricus Franciscus Buchholtz, Vindicae Grotiani dogmatis de præscriptione inter gentes liberas contra illustrem scriptorem gallicum petrum puteanum quas, Helmstadi, Georg. Wolfgangi Hammii, 1696.
  • 1744, Johann Gottlieb Heineck, Praelectiones academicae in Hugonis Grotii de iure belli et pacis Libros III, Berolini, Io. Andr. Rudigeri,
  • 1754,
    • M. de Burigny, The life of the truly Eminent and Learned Hugo Grotius containing a Copious and Circumstantial history of the several important and Honourable negotiations in which he was employed, together with a Critical account of his works written originally written in French, Londres, [A. Millar]
    • Thomas Rutherforth, Institutes of Natural Law being the substance of a course of Lectures on Grotius de Jure Belli et Pacis read in S. Johns College Cambridge, Cambridge, J. Bentham, 1754. 2 vol.
  • 1789, Anonyme, Recherches historiques sur les Municipalités, Pour servir à éclairer sur leurs droits, leur jurisdiction et leur organisation Suivies de l'Esprit de Grotius, ou Du Gouvernement harmonique, Paris
  • 1796, Henrico Constantino Cras, Laudatio Hugonis Grotii, Amstelaedami, Petrum den Hengst
  • 1820, Henri Gratama, Disputatio juridica inauguralis qua Hugonis Grotii memoria vindicatur adversus inconstantiæ ac vitiositatis maculam, Groningae, J. Van Bolhuis
  • 1826, Charles Butler, The Life of Hugo Grotius : With brief minutes of the Civil, Ecclesiastical, and Literary History of the Netherlands, Londres, John Murray, 1826.
  • 1827, Janus Olpherus de Jong, Disputatio juridica inauguralis Succinctam grotianae doctrina Sylva Ducis, H. Palier et Filii
  • 1848, Carl baron Kaltenborn von Stachau, Die Vorläufer des Hugo Grotius auf dem Gebiete des Ius naturae et gentium sowier der Politik im Reformationszeitalter, Leipzig, Gustav Mayer
  • Abbé V. Hély, Étude sur le droit de la guerre de Grotius, Paris, Jules Le Clère, 1875.
  • Ernest Nys, Le Droit de la guerre et les précurseurs de Grotius, Bruxelles-Leipzig, Librairie européenne C. Muquart, 1882.
  • Alphonse Rivier, Note sur la littérature du droit des gens avant la publication du "Jus Belli ac Pacis" de Grotius (1625), Bruxelles, [F. Hayez], 1883.
  • Ernest Nys, Les Origines de la diplomatie et le droit d'ambassade jusqu'à Grotius, Bruxelles, Muquardt, 1884.
  • F. von Holtzendorff et A. P. O. Rivier, Introduction au droit des gens. Recherches philosophiques, historiques et bibliographiques [Contient L' Esquisse d'une histoire littéraire des systèmes et méthodes du droit des gens depuis Grotius jusqu'à nos jours], Hamburg-Paris, Richter-Fischbacher, 1889.
  • Collectif, Antoine Pillet (intr.), Les Fondateurs du droit international : F. de Vitoria, A. Gentilis, F. Suarez, Grotius, Zouch, Pufendorf, Bynkershoekn Wolf, Wattel, de Martens, leurs œuvres, leurs doctrines, Paris, V. Giard et E. Brière, 1904.
  • 1961, J. Ter Meulen et J. Diermanse, Bibliographie des écrits sur Hugo Grotius imprimés au XVIIe siècle, La Haye, Martinus Nijhoff, 1961. Cote BnF 4- Q-5153
  • 1996, Knud Haakonssen, Natural Law and Moral Philosophy: From Grotius to the Scottish Enlightenment, Cambridge Univ. Press
  • 1999, Joan Lockwood O'Donovan et Oliver O'Donovan, dir., "From Irenaeus to Grotius", Grand Rapids: Eerdmans
  • 2006, Hans Blom, "Grotius, un libéral républicain", In: Philippe Nemo et Jean Petitot, dir., Histoire du libéralisme en Europe, Collection Quadridge, Presses Universitaires de France

Voir aussi

Liens externes

en français

en anglais

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