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Pessimisme

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Le pessimisme (du latin pessimus, superlatif de malus signifiant "mauvais") désigne un état d'esprit dans lequel un individu a une perception négative de la vie, de l'existence en général, ou de l'évolution de la société.

Pessimisme philosophique

D'après le pessimisme philosophique, la vie humaine est une perpétuelle douleur (Schopenhauer, bouddhisme), et le bonheur est impossible. Notre destination est d'agir et agir consiste à obtenir ce que nous n'avons pas ; ainsi, le seul but de la vie est de se perpétuer et de perpétuer de cette façon la souffrance. Le pessimisme nie le progrès de la civilisation et de la nature humaine. Quand il nie la valeur de la vie et insiste sur l'inéluctabilité de la mort, il rejoint le nihilisme philosophique.

Une autre forme de ce pessimisme tient à des considérations sur la nature humaine, jugée intrinsèquement mauvaise, ce qui a des implications en matière politique :

Il faut que le fondateur d'État et le législateur supposent par avance que tous les hommes sont méchants et sont prêts à mettre en œuvre leur méchanceté toutes les fois qu'ils en auront l'occasion. (...) Un homme qui veut être bon, toujours bon, court à sa perte, au milieu de tant d'hommes qui ne le sont pas. (Machiavel)
Et certainement il est également vrai, et qu’un homme est un dieu à un autre homme, et qu’un homme est aussi un loup à un autre homme. La première assertion est vraie si l'on regarde les rapports des citoyens entre eux ; la seconde l'est pour les cités entre elles. (Thomas Hobbes, De Cive[1])
Imposé par Dieu, le magistrat est responsable de l’ordre de la cité. Cet ordre doit s’imposer par la force parce que l’homme du peuple est mauvais. (Jacques Blandenier, Martin Luther, Jean Calvin: Contrastes et ressemblances, Excelsis, 2016)

Pessimisme économique

Le pessimisme économique est souvent rattaché à l'École autrichienne d'économie (Ludwig von Mises, Friedrich Hayek), ou à certains économistes proches d'elle (Vilfredo Pareto, Joseph Schumpeter). Il découle de l'analyse de l'action humaine et de l'existence d'un État qui applique toujours, en dernier lieu, la loi du plus fort au bénéfice d'une minorité (oligarchie, cryptocratie, intelligentsia...) au détriment de l'individu. Le peuple, ignorant en matière d'économie, toujours à la recherche de simulacres de protection et d'assistance, aisément berné par la propagande des médias ou de l'État et par les politiciens qui le manipulent sur le marché politique, est victime des multiples illusions du collectivisme et de la social-démocratie. La lutte pour la liberté ne sera jamais terminée, elle va complètement à contre-courant de la tendance facile pour l'individu d'accepter une servitude volontaire en contrepartie d'un assistanat illusoire et humiliant.

Dans sa version contemporaine la plus extrême, le pessimisme économique (Olivier Delamarche, Pierre Jovanovic, Charles Sannat, Peter Schiff, Gary North, etc.) peut conduire au survivalisme : l'étatisme mène à une catastrophe économique à la fois inéluctable et cataclysmique, et finalement à un effondrement de la société telle que nous la connaissons (collapsologie).

Une autre variante de pessimisme économique se rencontre chez David Ricardo ou Thomas Malthus, qui pensaient que l'économie se dirigeait vers un « état stationnaire » où la croissance serait « terminée ». Ce même pessimisme se trouve aujourd'hui chez les partisans de la décroissance.

Bibliographie

  • 1901, Paul-Armand Challemel-Lacour, Études et réflexions d’un pessimiste, Paris, Charpentier
  • 1973, Emil Cioran, De l'inconvénient d'être né
  • 1982, Albert Caraco, Bréviaire du chaos, Lausanne, L'Âge d'Homme
  • 1997, Roland Jaccard, Topologie du pessimisme, Zulma
  • 2001, J. D. Brown, M. A. Marshall, "Great expectations: optimism and pessimism in achievement settings”, In: E. C. Chang, dir., "Optimism and Pessimism: Implications for Theory, Research, and Practice", American Psychological Association, Washington, DC, pp239-255
  • 2008, M. P. Lopes, Miguel P. Cunha, "Who is more proactive, the optimist or the pessimist? Exploring the role of hope as a moderator", The Journal of Positive Psychology, 3 (2), pp100-109
  • 2017, Alexandre Viala, Le pessimisme est un humanisme: Schopenhauer et la raison juridique, éditions Mare et Martin

Citations

  • La vie n'est pas faite pour que nous soyons heureux mais pour que nous ne le soyons pas. (Arthur Schopenhauer)
  • Aujourd'hui est mauvais, et chaque jour sera plus mauvais — jusqu'à ce que le pire arrive.[2] (Arthur Schopenhauer)
  • « Qu'y puis-je, si je suis misérable ! Mais il faut que quelqu'un y puisse quelque chose, autrement ce ne serait pas tolérable ! »... Bref, le pessimisme par indignation invente des responsabilités, pour se créer un sentiment agréable — la vengeance… « Plus douce que le miel » l'appelait déjà le vieil Homère. (Friedrich Nietzsche, Volonté de Puissance, II, 227)
  • La seule fatalité à laquelle le pessimiste est enclin à croire, est celle du malheur qui se répète et s’hypertrophie de siècle en siècle. À la mièvre espérance chrétienne ou aux stériles rêvasseries révolutionnaires, il préfère la contre-eschatologie d’une disparition définitive de l’humanité. (Roland Jaccard, Topologie du pessimisme)
  • La survie du monde humain a toujours été aléatoire. On ne le savait pas, ou, oubliant les Grecs, on l'avait oublié. Maintenant, à nouveau, on le sait. Ce qui, dans le monde ancien, était non aléatoire, c'est-à-dire assuré d'être toujours valable et subsistant, était le positif : Dieu, le bien, etc. La mort n'existait pas comme négatif absolu. Aujourd'hui, ce qui est certain, non aléatoire, est en même temps ce qu'il y a de plus négatif : la mort, le négatif absolu. Au contraire, tout le positif est devenu sujet à caution. (Marcel Conche, L'aléatoire, PUF, 1999)
  • Le pessimisme suppose un fond d'individualisme. Il suppose cette intériorité du sentiment, ce retour sur soi (presque toujours douloureux) qui est l'essence de l'individualisme. Tandis que l'optimisme n'est guère qu'une thèse de métaphysique abstraite, l'écho d'un ouï-dire doctrinal, le pessimisme est une sensation de vie vécue : il sort des intimités, d'une physiologie individuelle ; il procède de ce qu'il y a de plus intime en nous : la faculté de souffrir. Il prédomine chez les natures personnelles et repliées sur elles-mêmes qui perçoivent en douleur la vie sociale. (Georges Palante)
  • Je ne sais pas pourquoi nous sommes là, mais je suis sûr que ce n'est pas pour nous amuser. (attribué à Ludwig Wittgenstein par Peter Hershey, The Beginning of the End, 2004)
  • Dans les années 1930 en Europe, les Juifs pessimistes sont partis ou ont, pour le moins fait preuve d’une intense vigilance et pris leurs précautions. Les Juifs optimistes ont fini à Auschwitz. (Guy Millière, 13/02/2018)
  • Alors que les optimistes ne plaisantent pas avec les motifs d'espérer en une existence moins tragique, les pessimistes ne se privent pas d'en rire. (Frédéric Schiffter, Le bluff éthique)

Notes et références

  1. Profecto utrumque vere dictum est, Homo homini Deus & Homo homini Lupus. Illud, si concives inter se ; Hoc, si civitates comparemus. (De Cive, Thomas Hobbes)
  2. Es ist heute schlecht und wird nun täglich schlechter, - bis das Schlimmste kommt. (Parerga, II-155)

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