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Illusion

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Une illusion est une perception déformée, qui peut résulter d'un jugement erroné (biais cognitif), d'une tendance irrationnelle ou d'une tromperie sophistique. Les sophismes étatiques reposent souvent sur un certain nombre d'illusions partagées par la population ou diffusées par les médias ou les hommes de l’État.

Une illusion est agréable à celui qui en est la dupe, et elle cache une réalité qui lui serait désagréable à connaître. Elle résulte à la fois d'une ignorance, d'une incompréhension, et d'une volonté propre de se cacher la vérité.

L'illusion en économie

  • illusion de la gratuité : la "supériorité" d'un service public ou d'un monopole public tiendrait au fait qu'il peut offrir des services gratuits (en réalité, le service public pratique de faux prix, le coût est reporté sur une partie de la population, les contribuables contributeurs nets, ou repoussé dans le futur, par la dette publique) ;
  • illusion des "charges sociales" prétendument payées par l'employeur, alors que c'est le salarié qui les supporte puisqu'elles font partie intégrante du salaire[2] :
Le terme "charges patronales" est une illusion forte car légale. Par cette illusion, l’État taxe le salarié en feignant de taxer l'employeur. C'est une illusion parfaite. (Gérard Dalardot, L’État Illusionniste, Libres ! 100 idées, 100 auteurs)
  • illusion fiscale : l’État donne plus à la société qu'il ne lui prend ; plus l’État engrange d'impôts, plus il est utile à la société ; plus la dépense étatique est importante, plus elle est justifiée ; diminuer les dépenses publiques est toujours injustifié puisque cela oblige à supprimer des dépenses "utiles" (contredit par la parabole de la vitre brisée et la loi de Bitur-camember) [3] ;
  • illusion utilitaire : les services que rend l’État sont utiles, par conséquent l’État est indispensable pour rendre ces services ; en fait, l’État est régulièrement confondu avec les services utiles ou les institutions nécessaires qu'il monopolise ; bien que mêlant des services réels à la redistribution politique, ce qui donne l'illusion que le service public est justifié, il détruit en tendance tout ce qu'il vole, selon la loi de Bitur-Camember ; voir aussi service public et biens publics[4] ;
  • illusion comptable (liée au sophisme comptable) : si cette dépense a été faite, c'est qu'elle en valait la peine ; la dépense est égale à la valeur de ce qu'elle a payé (cette illusion est un refus de tout raisonnement économique)
  • illusion protectionniste : les barrières protectionnistes améliorent l'économie nationale ou sont favorables à l'emploi ;
  • illusion scientiste : on peut organiser scientifiquement la société pour résoudre tous les problèmes sociaux ; la planification est plus efficace économiquement que le libre marché ; l'économie peut être traitée de façon entièrement scientifique et déterministe ;

L'illusion en politique

  • illusion politique : l'économie, la société civile, doivent se plier à la politique ; la politique peut résoudre tous les problèmes économiques ; les décisions politiques sont toujours bonnes (particulièrement si elles résultent de la démocratie) ; il n'y a pas de défaillance de l'État[5] ; à noter que L'Illusion politique est un essai de Jacques Ellul paru en 1965, il y montre comment l'homme préfère être le serviteur de l’État plutôt que d'assumer pleinement sa liberté : il se déshumanise au profit de l'État, plaçant sa foi dans la politique, qui, au final, n'a pas le pouvoir de ses ambitions ;
  • illusion constructiviste (variante fréquente de la précédente) : la société actuelle étant imparfaite, nous avons un projet pour la rendre parfaite ; ce projet repose évidemment sur la coercition et non sur l'action volontaire[6] ; Friedrich Hayek parle dans ce sens d'une "illusion synoptique"[7] ; le constructivisme dans sa version la plus pathologique devient un totalitarisme ;
  • illusion constitutionnaliste : les constitutions peuvent protéger les droits individuels contre les excès du gouvernement (en réalité elles ne peuvent au mieux qu'énoncer ces droits[8] ; voir aussi [1]) ;
  • illusion précautionniste : illustrée par le "principe de précaution", illusion par laquelle on s'imagine que l'action aurait des conséquences néfastes tandis que l'inaction n'en aurait aucune.
  • illusion de l'État-société ou de l'État-nation : cette illusion collectiviste (dénoncée par Friedrich Nietzsche en des termes restés fameux) tend à confondre l'État avec la nation et avec la société civile, et donc à approuver toute action de l'État comme si c'était une action du pays tout entier ("l’État, c'est nous"), et à refuser toute limitation de l'État comme si c'était une détérioration de la société (par exemple : "la dette de l’État, c'est la dette de tous" ; "réduire les dépenses de l’État, c'est détériorer le service public et provoquer la récession économique", etc.) ; le citoyen s'identifie à l'élite qui est au pouvoir, la critique de l'État est donc impensable, puisqu'elle reviendrait à se critiquer soi-même ; un des stratagèmes les plus employés par les hommes politiques est de parler du "peuple" ou de la "nation" quand en fait ils parlent de l’État[9] ;
  • illusion philanthropique (dénoncée par Frédéric Bastiat) : le gouvernement a de l’argent, il dispose en permanence d’excédents à distribuer aux nécessiteux et à un certain nombre de causes qui le méritent ;
  • illusion du "bien public" : il existe de façon objective un "bien public" (qui n'a rien à voir avec la conception libérale qui ramène le "bien public" au seul respect du droit de chacun) et l’État y travaille ;
  • illusion paternaliste : on peut faire le bonheur des gens malgré eux (comme s'il était moral de "faire le bien d'autrui" par la force) ; l’État est par nature bienveillant et se préoccupe constamment du bien-être des citoyens (contredit par la théorie du choix public : les hommes de l’État, comme tout un chacun, voient d'abord leur intérêt personnel) ;
  • illusion morale : l'homme étant trop mauvais (ou trop immoral) pour se gouverner lui-même, certaines missions (la production de certains « biens publics ») doivent être confiées à l'État (cela suppose que l'État lui-même est composé d'hommes différents du reste de l'humanité - "mythe du bon homme de l'État" ; en réalité le pouvoir de coercition de l'État a une nature corruptrice qui rend les personnes à sa tête plus mauvaises que bonnes, et ce pouvoir irresponsable, où l'on n'a de comptes à rendre à personne, attire davantage ce type de personnalités immorales) ;
  • illusion communiste : le communisme, meilleur des mondes sociaux, est possible politiquement, il suffit que les communistes prennent le pouvoir[10] ; « l’Illusion n’accompagne pas l’histoire communiste. Elle en est constitutive. » (François Furet) ; « Il n'y a pas de société communiste. Il n'y a que des apparences, des décors, des faux-semblants, des mannequins, des prothèses d'une société qui fait semblant d'exister sous une forme afin de continuer d'exister sous une autre. Tout est suspendu à la magie de l'idéologie et du pouvoir qu'elle sécrète en permanence. » (Alain Besançon)
  • illusion utopique : la société libérale présente de grands défauts, il nous faut construire une société idéale (socialiste, communiste, libertaire, nationale, théocratique...) qui corrige ces défauts (constructivisme coercitif) ;
  • illusion sécuritaire : pour la "sécurité" du citoyen, il faut un monopole central de la police, de la justice, de la monnaie, de l'enseignement, etc., car le marché est "source de risques" (en réalité, le monopole central concentre tous les risques et supprime une concurrence qui permettrait de les limiter) ;
  • illusion phaléristique : les "décorations" généreusement accordées par l’État à ses serviteurs ou à des personnes méritantes sont juste une astuce pour rémunérer certains services sans les payer à leur véritable valeur, la plupart des récipiendaires se croyant ainsi valorisés en recevant quelques hochets. « Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » (lettre de Gustave Flaubert à Guy de Maupassant du 15 janvier 1879)

L'illusion en philosophie

L'illusion tient une place importante en philosophie. Les démarches dogmatiques sont souvent dénoncées comme autant d'illusions :

  • l'illusion transcendantale[11] (terme kantien), ou "illusion métaphysique", consiste à croire que l'on peut connaître les choses en soi, au-delà de toute expérience, par concepts et principes a priori, indépendants de toute expérience (par exemple les raisonnements de « causalité transcendante » de certains sophistes grecs et de la Scolastique médiévale). C'est le propre de toute philosophie ou métaphysique dogmatique (qu'elle soit matérialiste ou religieuse), qui énonce des "vérités" sur la nature de Dieu, de l'univers, de l'âme, du temps, du souverain bien, du libre arbitre, de la matière, etc. Kant souligne que cette illusion est naturelle, car la raison a tendance à déborder de l'expérience :
C'est là une illusion qu'il nous est impossible d'éviter, de même qu'il n'est pas en notre pouvoir d'empêcher que la mer ne nous paraisse plus élevée au large que près du rivage, parce que, dans le premier cas, nous la voyons au moyen de rayons plus élevés, ou encore, de même que l'astronome, lui non plus, ne saurait empêcher que la lune ne lui paraisse plus grande à son lever, bien qu'il ne se laisse pas abuser par cette apparence. (Critique de la raison pure)
  • de la même façon, l'ontothéologie est un dogmatisme philosophique ou religieux qui prétend affirmer des vérités absolues dans le domaine du relatif.
  • une illusion transcendantale plus subtile se rencontre dans le concept de "néant" en philosophie : les philosophes devisent à propos du "néant" comme si c'était quelque chose d'existant, sans se rendre compte de la contradiction que cela implique.
  • les raisonnements impliquant « l'univers » relèvent de ce même type d'illusion transcendantale[12], puisque l'univers n'est pas un objet empirique (Kant, Wittgenstein), tout au plus un concept heuristique utilisé en physique (avec des conséquences contradictoires : il aurait ou non un début, le début serait un début absolu ou seulement une singularité, il y aurait ou non plusieurs univers, multivers ou "mousse d'univers", etc.).
  • l'illusion finaliste (dénoncée notamment par Baruch Spinoza dans son Éthique) est une illusion anthropomorphique qui consiste à croire que la nature a une finalité, ou que tout ce qui arrive est l'effet d’un projet divin.
  • les « philosophies du soupçon », héritées de Schopenhauer et de Nietzsche, dénoncent comme autant d'illusions certaines conceptions dogmatiques répandues quant à la nature humaine, l'ordre naturel ou le "libre arbitre" :
Ils annoncent (...) l'illusion métaphysique que constitue la conception humaniste d'un sujet de part en part conscient, libre et rationnel, qui travaillerait au progrès de l'humanité et justifierait ainsi son existence. Cette image du sujet cartésien transparent à lui-même et transformant le monde par sa volonté impérieuse n'est selon lui (Michel Foucault) qu'une fiction imposée, comme un masque idéaliste, à des êtres humains en réalité multiples, travaillés par des pulsions inconscientes, des processus économiques, libidineux, sociaux et culturels qui les traversent et leur échappent sans cesse.[13]

Notes et références

  1. Voir aussi : Erreur fréquente : il suffit de créer de la monnaie pour résoudre tous les problèmes
  2. Voir aussi : Structure du salaire en France.
  3. De cette illusion découle le mot-virus de cadeau fiscal.
  4. Cette illusion utilitaire concerne également la solidarité comme prétexte à la spoliation à grande échelle : "sans l’État, la solidarité serait impossible".
  5. En général, les étatistes et les interventionnistes font totalement abstraction de l'économie, et attribuent les "problèmes" de la société à des déficiences de la politique qu'il suffirait de rectifier dans un certain sens ; ce faisant, ils créent réellement des problèmes d'origine purement politique, du seul fait de leur interventionnisme.
  6. Par exemple, de nombreux projets utopiques de réforme de la monnaie prétendent imposer une "meilleure" monnaie (il ne vient jamais à l'esprit de ces "réformateurs" que la monnaie puisse être le résultat du libre marché et n'ait donc pas besoin de coercition pour circuler, comme la monnaie fiat actuelle)
  7. Friedrich Hayek, Droit et législation, vol I, Raison et évolution.
  8. « Une Constitution est par elle-même un acte de défiance, puisqu'elle prescrit des limites à l'autorité, et qu'il serait inutile de lui prescrire des limites si vous la supposiez douée d'une infaillible sagesse et d'une éternelle modération. » (Benjamin Constant)
  9. Ron Paul : « On veut nous faire croire que le patriotisme consiste à approuver tout ce que veut faire le gouvernement ; un vrai patriote défend la liberté et le peuple. »
  10. Voir aussi le Passé d'une illusion.
  11. Ne pas confondre "transcendantal" et "transcendant". Au sens de la philosophie idéaliste ainsi que de la phénoménologie, "transcendantal" désigne ce qui est nécessaire pour expliquer la possibilité de la connaissance. "Transcendantal" s'oppose à "empirique" mais aussi dans une certaine mesure à "a priori" (l'espace est une représentation a priori mais pas strictement transcendantale ; la connaissance de l'espace et de son rapport à un objet est transcendantale). Voir par exemple La notion kantienne d'analyse transcendantale.
  12. Voir par exemple l'utilisation qui peut en être faite pour démontrer l'existence de Dieu : "Comment se pose aujourd'hui le problème de l'existence de Dieu", par Claude Tresmontant.
  13. Luc Ferry, Sagesses d'aujourd'hui, 2016.

Voir aussi

Citations

  • Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu'ils ont été trompés. (Mark Twain)
  • On m'a souvent trompé, disait le peuple, mais je veillerai moi-même à ce qu'on ne me trompe pas encore une fois. (Frédéric Bastiat, L’État)
  • Illusionner les citoyens est une des activités de tout État. (...) L'illusion étatique réside souvent dans ces domaines que le citoyen préfère ignorer, parce qu'il n'y peut rien changer. (Gérard Dalardot, L'Etat Illusionniste, Libres ! 100 idées, 100 auteurs)
  • Sauver le monde en le soumettant au joug d'un Pouvoir exercé par des anges. Voilà le rêve de la Politique, vendu à tous les gogos assez crédules pour croire aux anges, hommes supérieurs et autres sauveurs suprêmes. (François-René Rideau, Vivre libre, vivre bien, Libres ! 100 idées, 100 auteurs)
  • On avale à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte, et l’on boit goutte à goutte une vérité qui nous est amère. (Denis Diderot)
  • La vérité se vend mal. Le mensonge se vend infiniment mieux. (Jean-Pierre Petit)
  • Un mythe est comme un matelas gonflable : il n'y a rien dedans, mais c'est très confortable. En enlever l'air secoue désagréablement. (anonyme, cité par Milton Friedman)
  • Il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé. (Albert Einstein)
  • Le Français préfère un mensonge bien dit à une vérité mal formulée. (Cioran)
  • L'aspiration à la vérité est plus précieuse que l'assurance de sa possession. (Lessing)
  • Si les idées fausses, douteuses ou fragiles peuvent avoir des sources purement affectives, elles ont aussi, très souvent, des sources intellectuelles. Dans le cas général, l’on peut même dire que les deux types de sources se conjuguent et que l’une et l’autre sont indispensables pour provoquer la conviction. (Raymond Boudon)
  • Les vérités qu'on aime le moins à apprendre sont celles qu'on a le plus intérêt à connaître. (proverbe chinois)
  • Je contemple souvent ​​le monde, notant que la plupart des gens sont très occupés à d'innombrables tâches, petites ou grandes, pour gagner leur vie, et pris dans différents intérêts et divertissements qui occupent leur vie quotidienne, et je ne peux m'empêcher de les considérer comme des somnambules. C'est comme s'ils n'avaient pas conscience de la descente de leur pays dans le totalitarisme, ou s'ils le sont, comme s'ils ne considéraient pas cette question d'une grande importance. Je me demande : quand vont-ils prendre conscience de l'horreur de ce qui se passe ? Et, étant un réaliste et parfois un historien, je dois répondre : jamais. (Robert Higgs)
  • Pour un responsable politique, il n'y a pas pire erreur que d'entretenir de faux espoirs, destinés à être balayés par les événements. (Winston Churchill, Mémoires de Guerre)
  • Si le socialisme est si puissant aujourd’hui, c’est qu’il constitue la seule illusion qui soit encore vivante. Malgré toutes les démonstrations scientifiques, il continue à grandir. Sa principale force est d’être défendu par des esprits ignorant assez les réalités des choses pour oser promettre hardiment à l’homme le bonheur. L’illusion sociale règne aujourd’hui sur toutes les ruines amoncelées du passé, et l’avenir lui appartient. Les foules n’ont jamais eu soif de vérités. Devant les évidences qui leur déplaisent, elles se détournent, préférant déifier l’erreur, si l’erreur les séduit. Qui sait les illusionner est aisément leur maître ; qui tente de les désillusionner est toujours leur victime. (Gustave Le Bon)
  • L’État est une escroquerie, et comme d'autres escroqueries, il s'appuie sur la crédulité de ses victimes. Nous ne tombons pas dans le piège, mais vous si, et le soutien que vous apportez à ce système nous est nuisible. Votre stupidité cause des dégâts. (Christopher Cantwell)
  • Le désir d'illusion est bien plus fort que celui de sexe ou de bonheur. (Friedrich Nietzsche)
  • Les sujets vivent dans l’imaginaire construit par les Maîtres, ils habitent le monde de l’illusion. Les Maîtres vivent à cheval entre l’imaginaire et le symbolique, ils ont accès à une partie de la connaissance vraie, mais ils sont prisonniers de l’imaginaire qu’ils ont construit pour leurs sujets. En ce sens, pour reprendre une comparaison que nous avons utilisée il y a longtemps, ce sont des psychiatres qui partagent une partie de la folie et de la névrose de leurs patients. (Bruno Bertez, L’AGEFI, 01/06/2015)

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