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Proto-autrichien

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Le terme de proto-autrichien est constitué du préfixe "proto" signifiant antérieur à et du mot "autrichien". Le terme autrichien fait référence à l'école autrichienne d'économie.

L'école autrichienne d'économie est aujourd'hui un programme de recherches dynamiques menées par des chercheurs du monde entier. Ce courant est associé à une lignée intellectuelle qui a commencé à Vienne, en Autriche, avec Carl Menger qui a écrit son ouvrage d'économiste universitaire en 1871, "Grundsätze der Volkswirtschaftslehre" [les principes de l'économie], puis par Eugène Böhm-Bawerk et [Friedrich von Wieser]. Au milieu du XXe siècle, Ludwig von Mises et Friedrich Hayek ont étendu la recherche économique dans la même lignée. Certaines des innovations mengériennes (marginalisme, coût d'opportunité) ont été incorporées au corpus de l'école d'économie néoclassique dominante. Mais les nouveaux chercheurs impliqués dans le renouveau contemporain post-misesien de l'école autrichienne d'économie, dès le milieu des années 1970, se sont qualifiés de plus en plus comme issus de la tradition autrichienne remontant à Carl Menger et ils ont développé un caractère distinctif des autres courants d'économie.

Le professeur d'économie, brésilien, Ubiratan Iorio, dans son livre paru en 2015, "Des proto-autrichiens à Menger", indique qu'il faut considérer l'école autrichienne comme un corps de recherche hétérogène, dont les contributions intellectuelles découlent du développement des idées de différents penseurs. Il présente la naissance et le développement de ce mouvement de pensée comme un ordre spontané dont les racines surgissent de contributions individuelles et non planifiées, et qui composent et modernisent jour après jour les pensées centrales de l'école autrichienne.

Carl Menger n'a donc pas créé une école spécifique mais ce sont ses successeurs qui ont institutionnalisé ce mouvement par leurs pratiques de recherche. Par conséquent tous les auteurs qui sont antérieurs à l'éclosion de Carl Menger (1871) sont désormais qualifiés de proto-autrichien si une partie de leur programme de recherche correspond à ceux des économistes autrichiens contemporains. C'est ainsi que les historiens de la pensée économique comme Murray Rothbard ou Jesus Huerta de Soto ont accordé le titre de proto-autrichien aux scolastiques espagnols comme Juan de Mariana[1], lesquels avaient influencé Carl Menger. De même, l'économiste irlandais, Richard Cantillon (16801734), de culture française, né et décédé bien avant Carl Menger (1840-1921), est aussi accepté dans les rangs des proto-autrichiens en raison de son apport sur la théorie de l'entrepreneur[2]. À cette liste, il faudrait y ajouter Ferdinando Galiani (1728-1787), dit l’abbé Galiani, économiste italien redécouvert par Murray Rothbard pour ses travaux sur la valeur subjective, tout comme Richard Whately (1787-1863) avec ses découvertes sur le marginalisme, professeur d'un autre proto-autrichien, Nassau Senior (1790-1864) ou Samuel Bailey (1791- 1870).

Dans son livre publié en 2015, "Des proto-autrichiens à Menger : une brève histoire des origines de l'école autrichienne d'économie", Ubiratan Iorio, expose les racines scolastiques de l'école autrichienne, en se tournant vers l'héritage laissé par saint Thomas d'Aquin (1225-1274), par Saint Bernard de Sienne (1380-1444), par Thomas de Vio (1469-1534) et par Juan de Mariana (1535-1624). Il met aussi en exergue plusieurs auteurs médiévaux et post-médiévaux peu cités dans la bibliographie des auteurs autrichiens contemporains comme Sallustio Bandini[3], Melchiorre Delfico (1744-1835)[4] ou Jaime Balmes (1810-1848)[5]. D'autres auteurs cités ont une renommée plus forte comme Richard Cantillon (1680-1734), Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781), Ferdinando Galiani (1728-1787), Jean-Baptiste Say (1767-1832), Frédéric Bastiat (1801-1850), Hermann H. Gossen (1810-1858) ou Gustave de Molinari (1819-1912).

Dans son patrimoine d'entrepreneurs intellectuels, la France recèle les proto-autrichiens incontestablement les mieux reconnus dans le monde entier comme Frédéric Bastiat (1801-1850), Jean-Baptiste Say (1767-1832) et Turgot (1727-1781).

Notes et références

  1. Jesus Huerta de Soto, 1999, "Juan de Mariana: the influence of Spanish scholastics", In: Randall Holcombe, dir., "15 Great Austrian Economists", Alabama: Ludwig von Mises Institute, Auburn University, pp1–12
  2. 2001, Jörg Guido Hülsmann, “More on Cantillon as a Proto-Austrian”, Journal des Economistes et des Etudes Humaines, Vol 11, Dec, pp693-703
  3. Sallustio Bandini (né le 19 avril 1677 - décédé le 8 juin 1760) était un archidiacre, économiste et homme politique italien. Il était un partisan du libre-échange et de la suppression des droits de douane et des péages féodaux locaux. Il a écrit une pièce influente sur ce sujet, intitulée "Discorso Economico sopra la Maremma di Siena", publiée à titre posthume en 1775. Environ deux ans avant sa mort, il a fait don de sa bibliothèque privée à l'Université de Sienne, selon l'accord conclu que ses 3 000 volumes soient accessibles au public. À partir de ce don, la Biblioteca della Sapienza a été formée, maintenant connue sous le nom de Biblioteca Comunale degli Intronati.
  4. Melchiorre Delfico, né le 1er août 1744 à Teramo, dans les Abruzzes (alors dans le royaume de Naples) - décédé à Teramo, le 21 juin 1835, était un économiste italien. Il a fait ses études à Naples, puis se consacra spécialement à l'étude de la jurisprudence et de l'économie politique. Ses nombreuses publications exercèrent une grande influence pratique dans la correction et l'extinction de nombreux abus fiscaux. Sous le règne de Joseph Bonaparte, il fut nommé conseiller d'État, poste qu'il occupa jusqu'à la restauration de Ferdinand IV, lorsqu'il fut nommé président de la commission des archives, dont il se retira en 1825. Son essai, "Memoria sul Tribunale della Grascia e sulle leggi economiche nelle provincie confinanti del regno", en 1785 a permis l'abolition à Naples des restrictions les plus vexatoires et absurdes sur la vente et à l'exportation des produits agricoles. En 1790, "Riflessioni su la vendita dei feudi" et Lettera a Sua Ecc. qu'il signe du titre de Duca di Cantalupo a provoqué l'abolition des droits féodaux sur la propriété foncière et sur leur vente. "Ricerche sul vero carattere della giurisprudenza Romana e dei suoi cultori" (1791) et "Pensieri sulla Istoria e su l'incertezza ed inutilità della medesima" (1806), traitent tous les deux de l'histoire de l'empire romain.
  5. Jaime Luciano Balmes y Urpiá (en catalan : Jaume Llucià Antoni Balmes i Urpià) est né en Catalogne le 28 août 1810 et décédé le 9 juillet 1848). C'était un philosophe, théologien, apologiste catholique, sociologue et écrivain politique espagnol. Au cours de sa courte vie, il est devenu le philosophe thomiste espagnol le plus important de son temps. Familier avec la doctrine de Thomas d'Aquin, il fut appelé par le pape Pie XII, le prince de l'apologétique moderne. Quatre années avant sa mort, le 7 septembre 1844, il a publié un essai intitulé "Idée vraie de la valeur ou réflexions sur l'origine, la nature et la variété des prix", dans lequel il résout le paradoxe de la valeur et il expose clairement l'idée d'utilité marginale que Carl Menger développera plus tard en 1871. Jaime Balmes se demande pourquoi une pierre précieuse vaut plus qu'un morceau de pain. Et il répond que la valeur d'une chose est déterminée par son utilité. Si le nombre des moyens de satisfaire un besoin augmente, alors le besoin de l'un d'eux en particulier diminue. Comme il est possible de choisir parmi plusieurs moyens, aucun d'eux n'est indispensable. Pour cette raison, il existe une relation nécessaire entre une augmentation ou une diminution de valeur et la pénurie ou l'abondance d'une chose.

Bibliographie

  • 2015,
    • Ubiratan Iorio, "Dos protoaustríacos a Menger: uma breve história das origens da Escola Austríaca de Economia" ("Des proto-autrichiens à Menger : une brève histoire des origines de l'école autrichienne d'économie"), São Paulo: Instituto Ludwig von Mises Brasil
    • Rafael Pereira Alves, commentaire du livre d'Ubiratan Iorio, "Dos protoaustríacos a Menger: uma breve história das origens da Escola Austríaca de Economia" ("Des proto-autrichiens à Menger: une brève histoire des origines de l'école autrichienne d'économie"), MISES: Revista Interdisciplinar de Filosofia, Direito e Economia, Vol III, n°1, janvier-juin, pp301-303