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Société d'économie politique

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La Société d'Économie politique, créée en 1842 sur le modèle de la Society of Political Economy de Londres, comptait parmi ses membres les économistes les plus actifs de l'époque avec quelques juristes (Émile Acollas). Gustave de Molinari en a été l'un des premiers membres. Yves Guyot en sera le président en 1881.

Elle existe aujourd'hui encore, et a été présidée par Daniel Villey, élu en 1968. Jacques Plassard en est président honoraire, tandis que Jean-Marc Daniel siège à son conseil d'administration.

Fondation et caractéristiques générales

La Société d'économie politique a son siège à Paris. Elle a pour objet la vulgarisation et le progrès de l'économie politique, qu'elle entend favoriser par l'organisation de conférences, la dispense de cours et la publication d'ouvrages et d'articles savants. Deux dates clés jalonnent son histoire : sa fondation en 1842, puis sa reconnaissance comme établissement d'utilité publique par décret du 6 décembre 1886.

Les origines de la Société sont pour le moins modestes. Elle est née de l'initiative de quelques jeunes gens passionnés par la science économique, parmi lesquels on compte Joseph Garnier, l'éditeur Gilbert Guillaumin, les célèbres économistes Frédéric Bastiat et Pellegrino Rossi, ainsi qu'Adolphe Blanqui.

Ces fondateurs se heurtent toutefois à une contrainte légale de taille : le gouvernement de la monarchie de Juillet, alors au pouvoir, ne voit pas d'un bon œil les associations, qu'il soupçonne volontiers de conspiration. Pour contourner cette difficulté sans enfreindre la loi, ils imaginent une formule discrète et conviviale. Ils conviennent de se réunir une fois par mois, après dîner, à la Maison d'Or[1], un établissement parisien bien connu. Ces réunions se tiennent en petit comité, la loi imposant que l'on ne soit pas plus de vingt personnes attablées. C'est ainsi, autour d'un repas et dans une atmosphère de relative intimité, que les premiers fondements de la future Société furent posés.

Évolution historique et adhésions (1842-1870)

Première période (1842-1848)

Dès ses premières années, la Société d'économie politique attire des personnalités de premier plan. Parmi les adhérents notables de cette période fondatrice, on compte Blaise des Vosges, Louis Reybaud, Louis Wolowski, Léon Faucher, le comte Gustave d'Eichthal[2], Michel Chevalier, Hippolyte Passy, Louis Villermé, ainsi que Horace et Léon Say.

Ces économistes ne se contentent pas de disserter dans l'abstrait : ils mènent une vigoureuse campagne en faveur du libre-échange. Convertis à l'idée que la suppression des barrières douanières est la condition de la prospérité générale, ils multiplient les articles, les conférences et les actions d'influence.

L'année 1846 constitue un tournant décisif. La Société organise un banquet en l'honneur de Richard Cobden, l'artisan du triomphe du libre-échange en Angleterre. Ce geste symbolique scelle la fraternité d'armes entre les économistes français et britanniques. La même année, trois membres éminents de la Société (Léon Faucher, Adolphe Blanqui et Louis Reybaud) font leur entrée à la Chambre des députés en qualité d'économistes, signe que la discipline gagne ses lettres de noblesse dans la vie politique française.

Impact de la Révolution de 1848

La Révolution de 1848 bouleverse profondément le champ d'activité de la Société. Aux lendemains des journées insurrectionnelles, le gouvernement provisoire prend une décision qui alarme les économistes : la suppression de la chaire d'économie politique au Collège de France. La Société réagit sans délai. Elle organise une protestation solennelle à l'Hôtel de ville, dénonçant cette décision comme une atteinte à la liberté d'enseignement et à la diffusion du savoir économique.

Parallèlement, la Société engage une campagne vigoureuse contre le socialisme, dont les idées gagnent du terrain dans le bouillonnement intellectuel de 1848. Bastiat se lance dans une polémique mémorable contre Pierre-Joseph Proudhon, dont il réfute point par point les théories. Louis Reybaud, de son côté, publie des pamphlets incisifs pour combattre ce qu'il perçoit comme les illusions et les dangers des doctrines socialistes.

Jusqu'au coup d'État (1848-1851)

Dans l'intervalle qui sépare la Révolution de 1848 du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851, la Société poursuit son développement et enregistre de nouvelles recrues. Parmi celles-ci figurent des noms destinés à marquer la vie politique et intellectuelle française : Félix Esquirou de Parieu, Émile Pereire (le célèbre banquier saint-simonien), Louis Buffet, Henri Baudrillart et François d'Harcourt. Ces adhésions successives témoignent du rayonnement croissant de la Société et de sa capacité à attirer des talents venus d'horizons divers.

Sous l'Empire

L'avènement du Second Empire ne remet pas en cause l'influence de la Société, bien au contraire. Les doctrines libre-échangistes qu'elle défend depuis sa fondation finissent par triompher, même si la Société elle-même reste prudemment cantonnée dans les régions de la science pure, en dehors des sphères officielles du pouvoir.

Le point d'orgue de cette influence se situe en 1860, lorsque Michel Chevalier, membre éminent de la Société, et Richard Cobden, l'ami et allié de toujours, sont chargés de libeller les célèbres traités de commerce qui instaurent une baisse des droits de douane entre la France et l'Angleterre. Jamais la pensée économique n'avait pesé d'un tel poids sur la politique commerciale de la France.

Sous l'Empire, la Société accueille également une nouvelle génération d'économistes et d'hommes de lettres. On voit ainsi arriver Léonce de Lavergne, Frédéric Passy (futur prix Nobel de la paix), Levasseur, Maurice Block, Jules Duval, J.-J. Clamageran, Laboulaye, Jules Simon, Paul Leroy-Beaulieu, et bien d'autres. Ces recrues assurent la pérennité de l'institution et préparent l'avenir, au moment où la guerre de 1870 et la chute de l'Empire vont ouvrir une nouvelle page de l'histoire nationale.

Lien externe


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  1. La Maison d'Or (ou Maison Dorée) était un restaurant gastronomique de prestige situé au 20 boulevard des Italiens à Paris. Ouvert en 1840, il se distinguait par son décor fastueux aux nombreuses dorures, sa cave de 80 000 bouteilles et ses cabinets particuliers offrant une certaine discrétion. Établissement parmi les plus célèbres du Paris du XIXe siècle, il attirait une clientèle illustre, dont le compositeur Verdi. C'est dans ce cadre que les fondateurs de la Société d'économie politique organisèrent leurs premières réunions mensuelles après dîner. La Maison d'Or a fermé ses portes en 1907 ; le bâtiment existe toujours et abrite aujourd'hui une agence bancaire.
  2. Gustave d'Eichthal (1804-1886) était une figure intellectuelle majeure du XIXe siècle. Membre influent du mouvement saint-simonien, élève d'Auguste Comte, il était également écrivain, helléniste, ethnologue et théoricien politique. En 1842, année de la fondation de la Société, Gustave avait 38 ans et était déjà un intellectuel reconnu. Il correspondait avec les grands penseurs de son temps, dont le philosophe libéral anglais John Stuart Mill. Il collaborait également au journal Le Globe.