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Apprentissage
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La notion d'apprentissage est un concept important dans la théorie libérale bien que très peu mis en avant. Dans la praxéologie, l'action est obligatoirement indissociable de l'apprentissage. Kenneth Arrow[1] a souligné l'importance de "l'apprentissage par la pratique" car l'action permet de construire empiriquement des savoir-faire. Ceci signifie que dans un contexte catallactique, l'apprentisssage est inéluctablement institutionnel[2], que l'interaction soit directe et binaire (dyadique), ternaire (triade), quaternaire, ... ou impersonnelle (selon l'ordre du marché). La littérature identifie classiquement plusieurs autres formes d'apprentissage. N. Rosenberg[3] décrit l'apprentissage par "l'usage" quand un client utilise un nouveau produit ou service et, ce faisant, construit un savoir-faire autour de l'usage de ce produit ou de ce service. E. Von Hippel[4] et B. A. Lundvall[5] ont élargi le concept à travers l'apprentissage par "l'interaction" entre l'utilisateur et le concepteur. Ceci apporte des améliorations tout à la fois sur le produit et sur les meilleurs modes d'utilisation qu'il est possible d'en faire. C'est pourquoi, l'apprentissage "vicariant" d'Alfred Bandura donne un autre éclairage des mécanismes de savoir-faire issus en-dehors de l'expérience essais-erreur isolée.
Sommaire |
L'apprentissage organisationnel
Arie de Geus, consultant de la société Shell, décrit l'apprentissage comme le seul avantage concurrentiel durable. C'est pourquoi de nombreux auteurs sont passés du concept d'apprentissage organisationnel à celui d'organisation apprenante. Dans un environnement turbulent, imprévisible, caractérisé également par l'hypercompetition, l'organisation apprenante est considérée comme une réponse nécessaire. Certains consultants (Nancy Dixon, 1994), incitent les entreprises à utiliser l'incroyable capacité mentale de tous leurs employés pour créer un processus qui permette d'améliorer leurs propres capacités d'apprentissage. L'entreprise est donc ce lieu où émerge continuellement la connaissance à partir de la ressource mentale de ses membres, en relation avec les objectifs et les moyens de l'organisation dans un processus de transformation infini. Au lieu que la connaissance soit acquise de façon séparée, l'organisation apprenante facilite les convergences où les schémas de pensées sont nourries collectivement mais dont les ressorts cognitifs restent individualisés. Un contrat plus ou moins tacite existe entre les employés de l'entreprise et la direction dans le renforcement des capacités dynamiques et concurrentielles de la firme par l'intermédiaire des ressources cognitives et créatives que les employés mettent à disposition pour la performance de l'organisation.
Argyris et Schön sont les inventeurs du terme "apprentissage organisationnel" lorsqu'ils publient leur livre en 1978. En analysant comment les théories en usage décrivent les gens qui agissent dans des situations difficiles, ils montrent que ceux-ci se soumettent à des routines défensives au sein de leurs organisations. Ces routines défensives ont l'inconvénient de bloquer l'émergence ou l'entrée d'informations valides, de discuter de questions controversées ou de faire les bons choix. Le résultat est une organisation qui ne peut plus savoir quand il s'agit de relever les défis. Les auteurs en concluent que pour accroître la capacité d'apprentissage dans une organisation, il faut modifier les routines défensives. Cela exige que les individus, en particulier ceux présents aux postes clés, apprennnent à agir d'une nouvelle façon.
L'apprentissage institutionnel
L'école autrichienne d'économie indique que la rapidité de la réactivité nécessaire pour prospérer dans un monde en changement rapide, pour détecter des marchés de niche, et pour satisfaire des consommateurs obsédés par la qualité, n'est possique que grâce à une meta-organisation. Hors, cette meta-organisation n'est pas une hyper-organisation ou une super-organisation, c'est à dire qu'elle ne peut pas être sous le contrôle humain. Le marché représente cette meta-organisation. C'est pourquoi les autrichiens préfèrent utiliser le terme d'institution pour différencier l'ordre du Taxis et du Nomos.
Friedrich Hayek a contribué à la compréhension de l'émergence, de la stabilité et de l'évolution des institutions. Une telle analyse macroscopique est menée à la fin de sa vie dans deux œuvres importantes, "Droit, Législation et Liberté" ainsi que "La Présoption Fatale". C'est dans ce dernier ouvrage, que la critique du socialisme dans une perspective évolutionniste est la plus évidente. Selon Friedrich Hayek, l'erreur principale de la théorie socialiste est de croire qu'il soit possible de construire un ordre économique supérieur, c'est-à-dire qui englobe tous les ordres particuliers. La plannification ne peut pas se substituer aux milliards de décisions interdépendantes. Le marché est un ordre spontané et extensif.
La théorie socialiste omet ou feint d'ignorer la compréhension de la façon dont les individus, dans l'économie de marché, acquièrent les connaissances qui leur sont économiquement et socialement utiles. Un tel apprentissage exige autre chose qu'une épistémologie positiviste, c'est-à-dire une simple observation de l'expérience immédiate. Cela exige la pré-existence d'une tradition dans laquelle chacun d'entre nous peut tirer de façon supra-noétique[6] des enseignements. C'est pourquoi, l'apprentissage repose en grande partie sur des règles de conduite quotidienne et personnelle ayant un degré expérientiel[7], réticulaire[8] et adaptatif[9]. Toutefois, il ne faut pas extraire le temps et l'espace du concept "d'essais-erreurs" car l'apprentissage des conséquences de nos actes n'est pas nécessairement immédiat. Le temps et l’espace jouent leurs rôles également. Comme l'étudiant qui croit apprendre en relisant des centaines de fois ses cours pour ses examens en pensant qu'il va assimiler immédiatement la connaissance, une entreprise qui ne se dote pas d'une culture d'apprentissage aboutit au même résultat. Il est important que les managers aient la possiblité d'exercer leur capacité d'alerte, chère à Israel Kirzner, à la condition qu'il existe une mémoire et une orientation organisationnelle ainsi que des valeurs et des normes cognitives. Cette culture d'apprentissage détermine la capacité à remettre en cause les normes organisationnelles du traitement de l'information au sein de l'organisation.
L'apprentissage vicariant
Alors que Friedrich Hayek, se base sur un apprentissage lié à l'ordre spontané, Salvatore Rizzello reprend l'analyse en incorporant une approche cognitive et individuelle de l'apprentissage dans un environnement institutionnel. En s'appuyant sur la sociologie cognitive d'Alfred Bandura [10], il met en avant l'apprentissage vicariant. Chaque individu dans la société bénéficie d'un effet de proximité où des informations sont produites non pas par ses propres essais et erreurs mais aussi par ceux que les autres effectuent. Dans la même veine, Gregory Bateson définit trois niveaux d’apprentissage au travers du concept de deutéro-apprentissage[11] et du double lien :
- L'individu reçoit une information inédite
- Il modifie son modèle d'interprêtation du monde suite à une nouvelle information
- Il prend conscience de son mode d'apprentissage, des règles qui l'ont conduit à changer sa conception du monde et des possibilités de réutiliser ces règles dans d'autres circonstances.
La primauté de l'individu
Noam Chomsky, en 1959[12], soutient que l'environnement externe et sociale ne jouent qu'un rôle minime dans le déclenchement de l'acquisition du langage. Opposé au béhaviorisme de Burrhus Skinner, il donne la primauté à l'apriorisme du niveau individuel de la connaissance[13]. Les êtres humains sont déterminés génétiquement par un "état initial" de compétences et de dotations de 'ressources', lequel état est individuel, intentionnel et interne. La connaissance individuelle se développe de l'intérieur, croît, ou devient mâture avec relativement peu d'influence extérieure ou avec peu d'importances causales de l'environnement[14].
Notes et références
- ↑ Kenneth Arrow, 1962, The Economic Implications of Learning by Doing, Review of Economic Studies, Vol 29, pp155-173
- ↑ A la différence de l'apprentissage institutionnel, l’apprentissage organisationnel est nécessairement un processus interdépendant de l’environnement, soit relatif à la concurrence, soit relatif à la coopération
- ↑ N. Rosenberg, 1972, Technology and American Economic Growth, Armouk, dir., New York
- ↑ Eric Von Hippel, 1976, The Dominant Role of Users in the Scientific Instrument Innovation Process, Research Policy, 5
- ↑ B. A. Lundvall, 1988, Innovation as an Interactive Process: From User-Producer Interaction to the National System of Innovation, In: Giovanni Dosi, C. Freeman, Richard R. Nelson, G. Silverberg et L. Soete, dir., Technical Change and Economic Theory, London: Pinter, pp349-369
- ↑ la noétique est l'étude des processus et des structures d'acquisitions de la connaissance; l'anoétique se réfère à des processus non conscients, par exemple, la politesse est anoétique, elle n'a pas besoin de s'élever au niveau de l'intentionnel conscient, ce qui ne l'empêche pas d'être ontologiquement intentionnelle. L'auto-noétique concerne le processus de réflexion personnel sur les mécanismes et les structures à utiliser pour acquérir la connaissance
- ↑ L’apprentissage expérientiel repose sur l’amélioration des routines et des procédures organisationnelles. L’action est en amont du cycle d’apprentissage, elle crée une connaissance par transformation de l'expérience. Il existe donc un double lien entre l'action et la conceptualisation et entre l'expérience et l'observation ou la réflexion de celle-ci.
- ↑ F. Selnes et J. Sallis, 2003
- ↑ L’apprentissage continu relève d'un déclassement des méthodes désuètes (G. S. Day, 1994)
- ↑ Albert Bandura, né le 4 décembre 1925, est un psychologue canadien enseignant à l'Université de Stanford. Il est l'un des chefs de file du courant de la sociologie cognitive. L’individu est analysé dans une triade d’interactions cognitive, comportementale et contextuelle. Il est à la fois producteur et produit de connaissances. Albert Bandura a mis en place la notion d’auto-efficacité personnelle comme base de la motivation, de la persévérance et d’une grande partie des accomplissements humains.
- ↑ «apprendre à apprendre dans un contexte interactionnel»
- ↑ Noam Chomsky, 1959, A review of B. F. Skinner’s Verbal behavior, Language, Vol 35, pp26–58
- ↑ Noam Chomsky, 1986, Knowledge of language: Its nature, origins, and use, New York: Praeger. et Noam Chomsky, 2000, New horizons in the study of language and mind. Cambridge: Cambridge University Press
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