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Analyse économique des institutions
De Wikiberal.
L'analyse économique des Institutions (AEI) a pris naissance au sein de l'université de Chicago au début des années 60. Elle a reçu, par la suite, l'apport théorique de deux approches : la théorie des jeux et l'école autrichienne d'économie
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Quel champ d'application attribuer à la science économique ?
Le domaine habituellement donné à la science économique est trop restrictif. L'économie ne s'applique pas uniquement et exclusivement au domaine marchand. La définition, alors élargie, amène à étudier :
- les institutions économiques marchandes (marché, monnaie, entreprises) ou non (associations, famille)
- les institutions politiques territoriales (espace administratif, circonscription, enclave) ou non (syndicats, marché politique),
- les institutions juridiques (Juge, Droit, Réglementation)
Une même méthode, appliquée à toutes les disciplines, diminue les risques d'incompréhensions et de conflits. Si tous les chercheurs pratiquent l'individualisme méthodologique, alors tous aboutissent à des conclusions très proches. En économie, les keynésiens sont holistes d'emblée. Ils raisonnent avec de grands agrégats (le groupe des consommateurs par exemple). Les néoclassiques ont pratiqué l'individualisme méthodologique avec une rationalité économique des agents.
Une discipline ouverte et en pleine évolution
En 2005, Thomas C. Schelling en compagnie de Robert J. Aumann ont reçu le prix Nobel d'économie pour leurs travaux sur la théorie des jeux. Le développement de cette dernière, avec des auteurs comme Robert Axelrod, Andrew Schotter, Robert Sugden, Edna Ullman-Margalit, Viktor Vanberg, et le retour au premier plan de l'école autrichienne d'économie ont permis de mieux comprendre l'émergence des institutions (marché, contrat, propriété, monnaie) ainsi que leurs évolutions. Ils ont contribué à une connaissance rationnelle des comportements humains comportant des stratégies de négociations politiques et économiques. De la sorte, ils ont rapproché la science économique des autres sciences sociales.
L'économiste de l'école autrichienne, Friedrich Hayek, estimait qu'un bon économiste est un économiste qui ne s'intéresse pas uniquement à l'économie (cf. "The Dilemma of Specialization" dans Studies...). Pour ce, le chercheur doit laisser libre cours à sa curiosité, à son apprentissage permanent et au plaisir de la découverte et s'efforcer de rencontrer des collègues dans d'autres disciplines : économiste, politologue, sociologue, juriste, historien, géographe, anthropologue ou philosophe.
L'économie va à la rencontre de disciplines, autrefois très proches comme la philosophie ou présentées jadis comme antonymes telle la culture. Aujourd'hui, l'éthique n'est plus écartée par les économistes (Est-ce que l'économie est indépendante de l'Ethique par Jack High). Don Lavoie, lui, a tenté, avant sa mort précoce, de rapprocher la culture et l'économie. Tyler Cowen l'a suivi dans cette voie.
Les domaines de recherche
Plusieurs voies de recherches relatives à l'analyse économique des institutions se sont développées depuis les années 60 :
- La Nouvelle Histoire économique : c'est une lecture économique des événements de l'histoire (Douglass North, Robert Fogel, Stanley Engermann). Fogel et Engermann étudient les incitations positives et négatives pratiquées sur les esclaves dans les plantations et ils ont analysé la productivité différente entre les fermes du Sud des États-Unis avec esclaves et sans esclave.
- L'analyse économique des structures sociales. C'est une incursion de la science économique dans le domaine de la sociologie. Il existe une analyse économique de la famille, du mariage, du divorce, de la fécondité, du crime (Gary Becker, Isaac Ehrlich, David J. Pyle aux États-unis, Bertrand Lemennicier en France).
- L'analyse économique des décisions publiques. C'est une analyse du fonctionnement du marché politique. Anthony Downs est le premier économiste, en 1957, à s'être penché sérieusement sur le sujet (An economic theory of democracy, New York : Harper and Row). Il analyse la concurrence des candidats à l’élection politique. Ces derniers se comportent en tant qu’offreurs de biens publics et ils s’engagent à réaliser un programme plus ou moins précis en échange de suffrages. Le marché est représenté comme une manière informelle de vote des consommateurs. Anthony Downs met en valeur l'existence d'une offre et d'une demande avec des entrepreneurs (les hommes politiques) qui s'appuient sur des entreprises (les partis) avec comme objectif de maximiser le nombre de leurs voix. Cette approche est représentée, aujourd'hui, par l'école du Choix Public (James McGill Buchanan, Gordon Tullock, William Niskanen, Robert D. Tollison, Richard E. Wagner) et de l'école autrichienne d'économie : Peter Boettke, John M. Cobin, Peter Leeson
- L'analyse économique des organisations avec le néo-institutionnalisme, par l'apport des travaux de Ronald Coase (coûts de transaction), de Douglass North (impact des organisations sur la croissance) et d'Oliver Williamson (structure des organisations et liaison avec le marché).
- L'analyse économique du droit, centrée sur le concept de propriété, repose sur le théorème de Coase et sur la théorie des contrats dont les contrats de travail. Cette approche est traitée de façon différente selon l'angle de l'école néo-classique (Harold Demsetz, Louis de Alessi, Ronald Coase, Steven Cheung, Yoram Barzel, Charles W. Baird, Eirik Furubotn, Gary Libecap, Svetozar Pejovich) ou selon le point de vue de l'école autrichienne (Murray Rothbard, Roy Cordato, Walter Block, Gary North). Elle concerne également l'incursion de l'économiste dans les problèmes d'environnement (Free market environment) dont les auteurs les plus connus sont Terry L. Anderson, John Baden, Peter J. Hill, Donald R. Leal, Jane S. Shaw, Julian L. Simon ou Richard L. Stroup.
Cette vision générale pose le problème des limites de l'action de l'économiste. En effet, on a souvent accusé l'économie d'économisme voire d'impérialisme car elle soumet tous les domaines de la recherche à la méthode économique. Or, la division entre les disciplines est pragmatique : le lien est devenu obligatoire car le dialogue est nécessaire pour comprendre la vie dans la société.
Bibliographie
- K. Dopfer, 1997, How economic institutions emerge : institutional entrepreneurs and behavioral seeds, In: Y. Shionoya et M. Perlman, Dir., « Innovation in technology, industries and institutions », Ann Arbor, The University of Michigan Press, p 299-329
- M. Prisching, 1982, Evolution and Design of Social Institutions in Austrian Theory, Journal of Economic Studies, Vol. 16, 2: 47-62
Voir aussi
- En 1978, Florin Aftalion et Jean-Jacques Rosa, dans leur livre L'Economique retrouvée montrent que la science économique doit renouer avec sa tradition de généralité.
- Économisme
- Capital humain
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