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Erreur
De Wikiberal.
L'erreur est un élément essentiel de la théorie libérale et évolutionniste. Son analyse peut se réaliser soit sur le plan institutionnel, soit dans le cadre des règles de management.
Sommaire |
L'erreur sous l'angle de l'institutionnalisation
Les libéraux reconnaissent le rôle inévitable de l'erreur dans le processus normal de l'évolution et, plutôt que de proposer une solution idéale comme les constructivistes, ils proposent de donner à la société un cadre qui permette ces erreurs et de leurs corrections. Ainsi, par essais et erreurs (trial and error dans le vocabulaire de Popper), les individus, qui constituent la société, peuvent perfectionner progressivement leurs actions. L'utilisation des techniques discursives et de la communication permet quelquefois à des entrepreneurs institutionnels de dés-instutionnaliser l'erreur comme échec et faillite pour la rendre positive et prospective. Par exemple, à ceux qui le critiquaient sur ses progrès dans sa recherche de la lampe électrique à incandescence, l'inventeur Thomas A. Edison, leur répondait : « Oh non, je n'ai pas échoué 5 000 fois. J'ai réussi à trouver 5 000 façons différentes où il est impossible de construire une ampoule ».
Dans l'exemple des marchés financiers, il est impératif de laisser la « spéculation » avoir lieu : Si le prix du marché est manifestement trop bas, ceux qui s'en rendront compte achèteront et feront ainsi remonter le prix à un niveau plus élevé. Ce rôle essentiel du processus d'essais et d'erreurs a été reconnu par les théoriciens du socialisme de marché dans le débat sur le calcul économique en régime socialiste. Si l'on supprime le fonctionnement du marché, l'État doit mimer ce fonctionnement pour essayer d'obtenir le même résultat selon H. D. Dickinson ou Oskar Lange.
Les libéraux ne prétendent pas apporter une solution clef en main à tous les problèmes de l'humanité. Cette solution, si tant est qu'elle existe, ne pourrait surement pas être découverte par un organisme central qui « gèrerait » la société toute entière ou par une classe sociale « pionnière ». Prêter cette intention utopique aux libéraux en comparant avec les lendemains qui chantent du marxisme est donc une erreur fondamentale. Les libéraux ne font « que » défendre une société dans laquelle l'identification et la correction de l'erreur soient aisés, une société ouverte donc.
L'erreur dans la théorie du management
En théorie du management, les erreurs sont également étudiées soient parce qu'elles proviennent de décisions absurdes[1] ou de la difficulté de discerner les informations ordinaires des informations extraordinaires[2] pour une bonne prise de décision. L’approche psycho-sociologique des pièges de la décision[3] s'interroge sur les fondements humains de l'erreur particulièrement pour les chefs d'entreprises des grands groupes[4]. Confrontés à une palette large de responsabilités, les dirigeants ont quelquefois tendance à commettr l'erreur de perdre du temps[5].
Les travaux de Kurt Lewin[6] fournissent une grille de lecture opérationnelle qui identifie au moins trois grands pièges de la décision : l’effet de gel[7], le piège abscons et le piège du sentiment de liberté.
Inspirés par la philosophie chrétienne d'Ignace de Loyola, fondateur de la compagnie de Jésus, Bernard Bougon et Laurent Falque[8] critiquent la limite des approches classiques de la décision qui ne prend pas véritablement en compte le sujet dans la décision. Le process de prise de décision est une boite noire. Ils entrouvent cette boite noire en faisant la distinction entre le choix et la décision. Ils proposent de mettre en œuvre une stratégie de discernement se développant dans un processus de choix en cinq étapes :
- Quelle est la question du choix ?
- Comment retrouver davantage de libre-arbitre ?
- Quel mode de délibération adopter ?
- Comment confirmer le choix ?
- Comment mettre en œuvre la décision ?
Les auteurs considèrent que le principe de management doit être rigoureux en passant par une approche heuristique comme la construction d'un arbre des choix de façon à décider sur une série d’alternatives en cascade. L'erreur provient principalement de la précipitation dans la délibération. D'où l'application de la réflexion du dirigeant sur sa liberté de choix alternatif. Quel est son libre-arbitre ? Il se peut que l'erreur provienne d'une opacité de la situation, du fait d'un manque d'informations objectives (absence d'items de comparaison) ou des relations d'affect avec d'autres personnes impliquées qui perturbent le jugement. Le discernement implique une mise en garde contre les solutions "allant de soi" et spontanément évidentes car elles peuvent conduire à de graves échecs. Il convient alors de neutraliser ses attracteurs psychologiques internes par la phase de confirmation de choix.
La décision est donc un résultat pour atteindre un ou plusieurs objectifs, une finalité dans la terminologie ignacienne. La prise de décision est ponctuée de points d'ancrage servant de base à chaque étape du processus de délibération. Mais plus le temps de délibération est long et plus la situation change, ce qui perturbe la décision finale. D'où la nécessité de l'apprentissage pour fluidifier et raccourcir les étapes de la décision. Prenons l'exemple d'un navigateur. Le vent peut changer plusieurs fois de direction s'il procrastine ou s'il n'a pas l'apprentissage suffisamment pour suivre toutes les étapes nécessaires de la décision.
Annexes
Citations
- « Le droit naturel comporte et favorise de multiples processus d'auto-régulation et de correction des erreurs. C'est grâce aux erreurs que, dans la nuit de l'ignorance et du doute, les hommes progressent » (Patrick Simon)
- « Parce que la liberté économique presse les entrepreneurs à établir des contacts et à réaliser des expérimentations avec leur environnement, elle est la meilleure pour générer la sérendipité » (Daniel B. Klein)
- « La concurrence est précieuse précisément parce qu’elle constitue une méthode de découverte, dont nous n’aurions pas besoin si ses résultats pouvaient être prédits. » (Friedrich Hayek)
- Le libéralisme est la méthode de la liberté qui « reconnaît la possibilité de toujours pouvoir tomber dans l’erreur et qui s’attend à ce que d’autres cherchent à découvrir cette erreur et à trouver la bonne voie vers la vérité. [..] [Le libéral] sait que c’est seulement à travers l’erreur que l’on arrive à la vérité ». (Luigi Einaudi, Scuola e libertà in Predichi inutili).
Notes et références
- ↑ Christian Morel, 2002, Les décisions absurdes, Gallimard, Bibliothèque des Sciences Humaines
- ↑ Christian Morel, 2007, L’enfer de l’information ordinaire, Gallimard, Bibliothèque des Sciences Humaines
- ↑ Paul C. Nutt, 2002, Why Decisions Fail : Avoiding the Blunders and Traps That Lead to Debacles, Berrett-Koehler Publishers Inc. San Francisco
- ↑ Sydney Finkelstein, 2004, Quand les grands patrons se plantent, Éditions d’Organisation
- ↑ * H. Bruch et S. Ghoshal, 2004, "A bias for action: how effective managers harness their willpower, achieve results and stop wasting time", Boston: Harvard Business School Press
- ↑ Kurt Lewin, 1951, Field Theory and Social Science, Harper
- ↑ L’effet de gel consiste dans l'adoption "aveugle" d'une décision sur les principes de similarité d'une décision passée qui a réussie sans remise en question des circonstances, d'où le risque fréquent d'erreurs.
- ↑ Bernard Bougon et Laurent Falque, 2005, Pratiques de la décision - Développer ses capacités de discernement, Dunod, collection Stratégies et Management
Bibliographie
- 1959, Karl Popper, The Logic of Scientific Discovery, New York: Basic Books
- 1960, Friedrich Hayek, La Constitution de la liberté
- 1989, Israel Kirzner, Découverte, Capitalisme et justice distributive
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