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Inflation

De Wikiberal.

Billet de 1 milliard de marks (1922) - surcharge d'un billet de 1000 marks

Qu'elle soit rampante ou galopante, tous les pays ont connu le phénomène de l'inflation lors de leur évolution historique[1] et quel que soit leur niveau de développement ou de leur structure politique[2]. Cependant, les économies libérales sont parmi toutes, celles qui connaissent un taux d'inflation le plus mesuré.


L'inflation est généralement définie comme une hausse généralisée et persistante du niveau général des prix, se répercutant sur les anticipations des agents économiques. Elle se caractérise, donc, par une baisse du pouvoir d'achat de l'unité monétaire. La monnaie n'est pas uniquement une expression de la valeur des biens comme le mètre pour la distance ou le kilogramme pour le poids. Elle sert de lien entre le présent et le futur. La stabilité des prix qui décrit la situation où la variation des prix est très faible ou nulle, n’influe pas sur les décisions des agents économiques dans la mesure où elle est uniforme entre tous les secteurs économiques[3]. Par contre, les comportements des agents économiques, sensibles à l'inflation, à la déflation[4] ou à la désinflation[5], influencent l'évolution de l'inflation. Les individus tentent de conserver leurs encaisses réelles[6] car ils ne sont pas dupes de l'illusion monétaire créée par l'inflation et ils exigent le maintien de leur pouvoir d'achat en valeur réelle.

Sommaire

L'injustice de l'inflation incitée par l'État

L'inflation a toujours été, au cours de l'histoire, un outil politique employé par l'État, avec facilité[7] pour fausser la valeur de la monnaie, particulièrement quand il est endetté au-delà du raisonnable ou qu'il souhaite répondre à la "demande sociale" et tenir des promesses électorales.

L'État profite prioritairement de l'injustice de l'inflation en manipulant les électeurs par son effet d'ébriété[8]. L'inflation n'est pas seulement inique parce qu'elle répartit artificiellement les revenus et la distribution de ceux-ci, elle perturbe également le système économique. La création de monnaie ex nihilo permet aux gouvernements d'acheter de vraies ressources avec de la fausse monnaie. Les premiers utilisateurs du «nouvel argent» sont les politiciens, les bureaucrates, les fournisseurs du gouvernement et ces entrepreneurs qui obtiennent de généreux prêts bancaires. Ceux qui perdent le plus sont les derniers à employer les billets : les pauvres et les épargnants. Le transfert se fait par l'inflation, qui érode le pouvoir d'achat des billets.

L'inflation crée des faux droits

Les dépenses publiques sont financées par l'emprunt ou par l'impôt. Une hypothèse possible est que les autorités monétaires créent directement (planche à billets) ou indirectement (politique d'open market) de la monnaie pour financer la dette publique. Cette solution n'est pas possible si la monnaie est rattachée à un étalon, comme peut l'être l'or. Dans ce cas, la monnaie est indépendante de la politique gouvernementale. Dans le passé, le système de l'étalon-or limitait le pouvoir discrétionnaire des autorités monétaires.

L'or ne doit pas entrer dans la circulation monétaire comme le préconisait le système au XIXème siècle mais la banque centrale doit prendre l'engagement d'acheter et de vendre sa propre monnaie contre de l'or à prix fixe et de manière illimitée. Dans l'hypothèse d'une politique monétaire laxiste menant à un excès de création monétaire, les détenteurs de monnaie tendent à s'en débarrasser pour demander une monnaie étrangère. Le taux de change de la monnaie nationale se déprécie. La banque centrale perd ses réserves d'or et ralentit la politique expansionniste de la monnaie.

Les nouveaux économistes[9] font des restrictions à l'hypothèse de l'étalon-or car les gouvernements ont tendance à ne pas respecter cette règle. Ils préfèrent dévaluer la monnaie plutôt que d'adopter une politique monétaire restrictive. Le système de l'étalon-or fonctionnerait que si on acceptait de supprimer ou de privatiser les banques centrales.

Lorsque le gouvernement s'attribue des droits de prendre possession des marchandises, il évince des acheteurs privés. Dans le domaine monétaire, la situation est amplifiée. L'inflation est caractérisée par la distribution de faux droits notamment par le refus de la répartition des revenus qui se constaterait dans une situation de prix stables. c'est-à-dire que la création excessive de moyens de paiement et des hausses de salaires, en valeur nominale, sont très supérieures aux gains de productivité en valeur réelle.

'Il semble que dans une économie de marché, c'est-à-dire une économie où les décisions sont décentralisées et fortement complexes, la régulation, seule efficace, est la régulation de la masse monétaire à condition que les différents agents économiques acceptent l'application des règles du jeu fondamentales d'une économie de marché décentralisée.'
Maurice Allais, Impôt et capital, p157

Maurice Allais assimile le mécanisme de crédit et la création de faux droits à une association de faux monnayeurs qui prêteraient moyennant intérêt la fausse monnaie qu'ils fabriqueraient [10]. Or, nos institutions fonctionnent ainsi sans être dénoncées par l'opinion publique. Il existe une création de faux droits lorsque la masse monétaire s'accroît, ce qui engendre un pouvoir d'achat ex nihilo ne correspondant à aucun service rendu. Ces faux droits créent la hausse des prix, ce qui appauvrit les agents économiques qui ne sont pas détenteurs de ces faux droits.

Nous sommes tous victimes de l'inflation

L'inflation provoque à court ou à long terme l'augmentation du taux d'intérêt en valeur nominale. Cette hausse du taux d'intérêt occasionne une augmentation du coût du crédit. De plus, lorsqu'il s'élève moins vite, en valeur nominale que le niveau des prix, alors le taux d'intérêt réel s'abaisse quelquefois pour devenir négatif. Les agents économiques sont alors sollicités pour s'endetter. Ce processus conduit à une spoliation de l'épargnant et à un enrichissement indu des emprunteurs. Les agents économiques protestent contre cette spoliation en fuyant la monnaie, c'est-à-dire en accélérant la vitesse de circulation de la monnaie et créant l'hyperinflation[11]. L'augmentation des moyens de paiement a des effets de processus auto-entretenus avec une augmentation induite de la vitesse de circulation[12] qui mène à l'effondrement complet du système économique[13].

L'erreur fréquente des autorités monétaires fut souvent de conclure que l'augmentation de la vitesse de circulation était provoquée par une insuffisance des moyens de paiement et que les agents rétablissent d'eux-même l'équilibre en accélérant le rythme de leur transaction. Alors qu'une augmentation de la vitesse de circulation n'est que le symptôme d'une surabondance et non d'une insuffisance de moyens de paiement. En définitive, le fait que les banques commerciales créent de la monnaie en contrepartie de la distribution de crédit a pour effet de transférer le pouvoir d'achat aux bénéficiaires de crédit sans que simultanément quelqu'un d'autre renonce à un pouvoir d'achat correspondant. L'inflation est facteur de dégradation de l'ordre social et d'interventionnisme de l'État[14].

L'évidence voudrait que l'on désigne tous ceux qui empruntent et tous ceux qui accordent ces emprunts (banque et État) comme les grands bénéficiaires de l'inflation. Or, il s'avère que, dans la réalité, eux aussi soient tôt ou tard des victimes de l'inflation.

Pour certains agents économiques, l'inflation réduit le poids de l'endettement. Elle facilite le financement des achats immobiliers et déclenche un engouement pour la propriété[15]. Malheureusement, il s'avère que cet acquis immobilier s'obtient avec de l'argent durement gagné. Les salaires en valeur nominale sont nettement inférieurs à ceux obtenus au début du prêt. Les entreprises investissement quand l'inflation réduit la charge qui en résulte et rentabilise de façon quasi certaine l'opération puisqu'il est plus profitable de s'endetter que d'épargner. néanmoins, l'inflation gonfle artificiellement le profit et le bénéfice imposable. En effet, les déductions fiscales pour amortissements s'effectuent sur la base du coût historique. la comptabilisation des stocks ou le maintien du fonds de roulement gênent le remplacement des installations et provoque des pertes sèches pour l'entreprise. Il se produit un gaspillage du capital car la productivité des investissements n'est pas suffisante pour compenser l'effort d'épargne. Les banques commerciales sont incitées, lors du développement de l'inflation, d'accompagner ce laxisme inflationniste, ce qui permet d'accroître leur profit. Pourtant, le pouvoir création monétaire n'est que temporaire et la création est annihilée par la destruction monétaire lorsque le remboursement de l'emprunt est réalisé. Or, ce remboursement s'effectue sur la base de la valeur réelle de l'emprunt de départ diminué du taux d'inflation sur la période. En définitive, l'emprunteur ne rembourse pas complètement la banque et les profits que la banque estime réaliser ne sont qu'une illusion monétaire. Pour maintenir ou accroître ses profits, la banque ne peut qu'accroître ses autorisation de crédit en reposant de moins en moins sur des créances fiables. Le système court à la catastrophe et l'État fait croire qu'il est le seul à pouvoir subvenir à la situation en appliquant "l'arsenal" de ses règlementations (contrôle de crédit, hausse du taux d'intérêt...) et il s'installe en assureur général omniscient, omniprésent et digne de confiance pour les autorités bancaires et pour les individus ayant des revenus en dépôt dans les banques les moins sérieuses.

L'inflation réduit effectivement la dette publique de l'État. La pression fiscale augmente du fait de la modification de la grille d'imposition lorsque l'impôt sur le revenu est progressif. Les augmentations de revenus sont nominales mais le pouvoir d'achat est stable ou décroît en raison de l'inflation. L'impôt est basé sur les revenus nominaux et non réels. Et, un individu va passer d'un échelon inférieur à un échelon supérieur sans croissance de ses revenus réels. En définitive, il est facile de dénoncer quel est le bénéficiaire direct ou indirect de l'inflation. Maurice Allais remarque parmi les principaux bénéficiaires de l'inflation "ceux qui appartiennent aux féodalités ploutocratiques, politocratiques et technocratiques"[16]. En situation d'inflation, les prix et les rémunérations ne jouent plus leur rôle régulateur. Lorsque l'hyperinflation arrive, ce n'est plus seulement une crise économique et sociale qui survient, c'est également une crise dans la survie de l'humanité[17]

La réfutation des certaines thèses

  • inflation monétaire : une trop grande quantité de monnaie est émise, ou à l'inverse une trop faible demande de monnaie survient ;
  • inflation par les coûts : le coût d'un produit essentiel augmente de façon notable, ce qui a des répercutions sur les coûts des autres produits ou services (par exemple, la hausse du cours du pétrole à partir de la rupture de 1973) ;
  • inflation par la demande : la demande d'un produit ou d'un service essentiel excède l'offre, et les producteurs augmentent leur prix ;
  • l'indexation : si le prix d'un élément essentiel augmente, tous les autres prix indexés sur lui suivent mécaniquement ;
  • panique monétaire : si les acteurs économiques se persuadent que la monnaie va perdre de sa valeur, on assistera à une chute sur le marché des changes et à une forte inflation, qui validera l'anticipation inflationniste et la renforcera (tout le monde est pressé d'échanger son argent contre d'autres monnaies ou des biens "réels", qu'on en ait besoin ou pas, et à n'importe quel prix).


Informations complémentaires

Citations

  • Par des procédés constants d'inflation, les gouvernements peuvent confisquer d'une façon secrète et inaperçue une part notable de la richesse de leurs nationaux. Par cette méthode, ils ne font pas que confisquer : ils confisquent arbitrairement et tandis que le système appauvrit beaucoup de gens, en fait il en enrichit quelques-uns. La méthode se poursuivant, la valeur réelle de la monnaie variant de mois en mois, les rapports constants de débiteurs à créanciers, qui constituent le premier fondement du capitalisme, sont troublés au point de perdre toute signification. Et les procédés d'enrichissement deviennent un jeu de hasard, une loterie. Il n'y a pas de moyen plus subtil et plus sûr de bouleverser la base actuelle de la société que de corrompre la circulation monétaire. Le procédé range toutes les forces cachées des lois économiques du côté de la destruction, et cela d'une façon que pas un homme sur un million ne peut prévoir. (John Maynard Keynes)

Notes et références

  1. Suite à la découverte de métaux précieux dans le nouveau Monde, au XVIème siècle, l'Europe subit un triplement des prix.
  2. Dans les "anciens" pays socialistes, l'inflation prend des formes perverses : rationnement, épargne forcée, magasins privilégiés...
  3. Des biens de consommation, en passant par les biens intermédiaires et les biens de production
  4. La déflation est le contraire de l'inflation. C'est donc un phénomène permanent (on dit aussi auto-entretenu) et généralisé de baisse des prix. Comme le phénomène historiquement (du moins dans la période contemporaine) le plus fréquent est bien l'inflation, on parle parfois d'une inflation négative (par exemple : inflation de -0,1%).
  5. La désinflation, quant à elle, est une baisse du taux d'inflation. Par exemple, si pendant des années l'inflation s'est située à 10% en moyenne et que l'inflation des années suivantes baisse à 7%, puis 5%, puis 2%, on parlera de phénomène désinflatoire. Poussé plus loin, on passe à la déflation.
  6. Montant des comptes chèques et de la monnaie en circulation, divisé par un indice du niveau général des prix
  7. Le gouvernement est la seule institution qui peut prendre une feuille de papier de très bonne qualité, y imprimer quelques nobles paroles, et lui faire perdre toute valeur. (Ludwig von Mises)
  8. "L'inflation est l'opium du peuple" Henry Hazlitt
  9. Emil Claasen, Pascal Salin et alii, 1978, L'occident en désarroi, Dunod, Paris
  10. Maurice Allais, 1974, L'inflation française et la croissance, colloque du 18 décembre 1974, ALEPS, p69
  11. L'inflation allemande a conduit à une augmentation de l'indice des prix de 1 à 135 d'avril à août 1923, alors que les moyens de paiement augmentaient de 1 à 15, soit dix fois moins
  12. Montant total des transactions effectuées au cours d'une certaine période, rapporté à la masse monétaire.
  13. Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’une croissance économique générée par l’expansion du crédit. La seule alternative est de savoir si la crise viendra plus rapidement par l’abandon volontaire de l’expansion du crédit, ou plus tardivement par un effondrement catastrophique et inéluctable du système monétaire concerné. (Ludwig von Mises)
  14. Contrôle des prix, contrôle des changes, contrôle des loyers, contrôle des taux d'intérêt...
  15. En 1982, deux ménages français sur cinq étaient propriétaires de leur logement. Aujourd'hui, plus de 50% des français sont propriétaires de leur logement.
  16. Maurice Allais, 1977, L'impôt sur le capital, Hermann, Paris, pp167-168. En fait, Maurice Allais est moins sévère à l'encontre de l'État car il considère que c'est le seul à pouvoir contrôler la monnaie.
  17. Maurice Allais appuie sa démonstration de l'illusion monétaire par l'apologie du marchand de clous de Colson. En régime d'hyperinflation, le marchand de clous augmente de jours en jours sa recette sur la vente de clous. Mais, en réalité, il vend de moins en moins d'unités de clous. Pire, chaque matin, il est obligé de se réapprovisionner avec des clous de plus en plus chers. A la fin, il arrive à une situation où il ne lui reste en stock plus qu'un clou... L'économiste Colson ajoute de façon cynique et morbide, que ce dernier clou ne sert au marchand que pour se pendre.


Voir aussi

Liens externes

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