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Apostasie

De Wikiberal

L'apostasie (du grec ancien ἀπόστασις, « se tenir loin de ») est l'attitude d'une personne, appelée apostat, qui renonce publiquement à une doctrine ou une religion.

Point de vue libéral

L'apostasie est du ressort de la liberté de conscience, la liberté religieuse et la liberté d'expression. L'interdire ou la punir est une atteinte inadmissible à la liberté individuelle, au même titre que le serait une conversion forcée.

Apostasie dans les différentes religions

Dans le catholicisme, l'apostasie a longtemps été justiciable des tribunaux d'Église et, en particulier, de l'Inquisition dans les pays où elle était établie, le châtiment des apostats étant pris en charge par les États (le « bras séculier »). Le seul fait d'avoir reçu le baptême faisait de quelqu'un un chrétien, et en faisait un apostat si par la suite il refusait la foi chrétienne (ou seulement un hérésiarque s'il la contestait partiellement[1]). Par la suite, la sécularisation des États et la reconnaissance de la liberté de conscience ont ramené l'apostasie à une affaire d'ordre purement spirituel entre l'individu et l'Église.

La situation est comparable pour ce qui est du protestantisme. Chaque église protestante avait sa propre "orthodoxie", et donc des hérétiques (souvent les autres églises) ou des apostats, comme dans le catholicisme. A noter qu'il existe dans le calvinisme une doctrine (controversée) de la "sécurité éternelle", selon laquelle un converti ne peut plus jamais perdre son salut (par prédestination et souveraineté de Dieu) ; l'apostasie serait donc soit invalide, soit la preuve que l'apostat n'a jamais été ni converti ni sauvé. Pour autant, Calvin approuvait lui aussi la mort des apostats, n'ayant pas hésité en 1553 à faire brûler Michel Servet qui était "seulement" un hérétique. Ce n'est qu'au XVIe siècle que la doctrine cujus regio, ejus religio (« tel prince, telle religion ») permit enfin une pacification religieuse de l'Occident.

Dans le judaïsme, selon la Halakha (la « Loi juive ») on est juif si on est né de mère juive (ou converti selon les règles). La Torah prescrit en théorie la peine de mort pour l'apostat (Deutéronome 13:6–10), mais cette prescription n'est plus suivie de nos jours, la punition se limitant à l'interdiction d'accès au culte et l'interdiction d'être enterré dans un cimetière juif. Le cas de Baruch Spinoza, déclaré herem (excommunié) au XVIIe siècle pour ses "hérésies", en est une preuve (l'arme de l'excommunication servait à maintenir une cohésion dans la communauté juive en punissant les comportements asociaux, violents, ou simplement non conformistes quant aux idées).

L'apostasie est libre dans l'hindouisme et le bouddhisme et n'entraîne pas de sanction (le concept n'existe pas à l'origine, pas plus d'ailleurs que celui proche d'hérésie — la raison de cet état de faits étant la tolérance et l'aspect multiforme et protéiforme que revêtent ces religions, l'athéisme y étant possible).

Cas de l'islam

L'islam est la religion qui pose le plus de problèmes pour ce qui est de l'apostasie. Le droit de changer de religion ou d'abandonner sa religion n'est pas officiellement reconnu pour les musulmans dans de nombreux pays musulmans, voire dans des pays non musulmans comme la France, par influence des "autorités" musulmanes dans ces pays. Dans l'islam, on naît automatiquement musulman dès l'instant que ses parents sont musulmans, et le droit d'apostasier n'est pas admis. L'apostasie est présumée dès que l'ex-musulman ne remplit plus les obligations de l'islam, notamment les cinq prières quotidiennes et le jeûne du mois de ramadan. Alors que dans les autres religions l'apostasie n'est jamais présumée (sauf déclaration ou comportement explicite de la personne), dans l'islam elle est présumée en l'absence du comportement religieux qu'on attend du musulman.

Ces contraintes religieuses touchent même les non-musulmans : ainsi, ce dernier, quelles que soient ses convictions, est censé se convertir à l'islam avant d'épouser une musulmane, y compris en France où un « certificat de coutume » est demandé par les mairies quand l'un des futurs mariés est de nationalité étrangère ; ce « certificat de coutume » ne peut être délivré que si le futur marié signe un « acte de conversion à l'islam » (faute de quoi son mariage ne sera pas reconnu dans les pays musulmans). Le "converti malgré lui" peut aisément devenir un "apostat malgré lui", faute d'avoir pris au sérieux ce qui ressemblait à une simple formalité.

Dans les pays musulmans, l'apostasie (qui commence avec la simple critique de certains éléments de l'islam, et non une négation complète) entraîne au minimum une "mort civile" (invalidité du mariage, de la paternité, etc.). Dans certains pays, la loi prévoit en outre la peine de mort pour les apostats (par exemple l'Arabie saoudite, ou la Mauritanie avec l'article 306 de son Code pénal, qui assimile également à une apostasie le refus de prier). Cependant le Coran n'indique nulle part que l'apostat doit être mis à mort, ce sont certains hadiths sunnites (propos attribués à Mahomet, citations souvent suspectes) qui l'exigent : « celui qui change de religion, tuez-le.[2] » Ce châtiment est pratiqué principalement dans l'islam sunnite, l'explication étant que l'islam, qui est une théocratie, se caractérise historiquement par une allégeance politique (car "tout pouvoir vient de Dieu") : la mort de l'apostat serait ainsi une solution purement politique, faute d'être une solution religieuse valable au problème théorique du "salut de son âme".

Il peut y avoir aussi des apostasies forcées. Un cas connu est celui de Nasr Abu Zayd (1943-2010), en 1995 en Égypte. Ce professeur d'études islamiques avait contesté la jizya (taxe exigée des chrétiens et des juifs) et dénoncé l'esclavage des jeunes filles. Il fut déclaré apostat et son mariage fut annulé. Il dut s'exiler aux Pays-Bas.

L'une des caractéristiques de l'islam est qu'il une orthopraxie avant d'être une orthodoxie : ce qui importe n'est pas ce que l'on pense ou ce que l'on croit, mais la façon de se comporter. Il peut y avoir ainsi de nombreux "apostats" non déclarés, qui se soumettent en apparence aux exigences de l'islam (par conformisme ou par simple prudence), mais ont abandonné cette croyance.

Citations

  • Le mahométisme est la religion qui a le plus complètement confondu et entremêlé les deux puissances [politiques et religieuses] ; de telle sorte que le grand prêtre est nécessairement le prince, et le prince le grand prêtre, et que tous les actes de la vie civile et politique se règlent plus ou moins sur la loi religieuse. (Tocqueville, Notes sur le Coran)
  • Je voudrais juste dire aux musulmans que l’islam n’est pas une fatalité. Du moment où ils ne l’ont pas choisi à la naissance, ils peuvent le quitter à tout moment. Ils sont nombreux à avoir franchi le pas, bien qu’ils n’aient pas toujours le courage de le revendiquer. Toutefois, il leur faut un peu plus d’intelligence et beaucoup moins de courage pour le faire, par rapport aux kamikazes qui se font exploser au nom de l’islam. (Waleed Al-Husseini, 29/01/2016)

Notes et références

  1. L'hérésiarque, selon l'Eglise, ne vaut pas mieux que l'apostat ou le païen : « Les hérétiques méritent d'être retranchés du monde par la mort. Il est en effet beaucoup plus grave de corrompre la vie de l'âme que de falsifier la monnaie qui permet de subvenir aux besoins temporels. » (Thomas d'Aquin, Somme théologique II-II, question 11, article 3)
  2. Hadith Bukhari, volume 9, livre 84, numéros 57 et 58 ; hadith Sahih Muslim, livre 16, numéro 4152.

Liens externes

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