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Hindouisme

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L’hindouisme (sanskrit devanāgarī: सनातनधर्म, sanātanadharma - « Loi Éternelle ») est l'une des plus vieilles religions du monde encore pratiquées. Issue du sous-continent indien (Inde, Népal, Bhoutan, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka, Maldives), elle réunit près d'un milliard de fidèles, ce qui en fait la troisième religion la plus répandue dans le monde après le christianisme et l'islam.

Définition et cadre historique

L’hindouisme est fondé sur l’acceptation des Védas[1] et des six systèmes de philosophie hindoue (Nyāya, Vaiśeṣika, Sāṃkhya, Yoga, Mīmāṃsā et Vedānta).

À ce cadre, défini de façon formelle par la Cour suprême de l'Inde en 1966, s'adjoignent l’esprit de tolérance et de bonne volonté, (...) l’acceptation de la croyance dans la renaissance et la préexistence des êtres, la reconnaissance du fait que les moyens ou les manières d’accéder au salut[2] (moksha) sont multiples (ce qui rend cette religion, comme le bouddhisme, compatible avec l'athéisme).

On distingue au moins deux périodes historiques de développement de l'hindouisme  :

  • la période védique (1800 à 800 av. J.-C.) : selon les conceptions védiques, l'ordre du monde (le dharma) est garanti par les dieux ; les sages (rishis) entendent la parole originelle ; le monde repose sur un énigmatique substrat, le brahman ; importance du rite pour maintenir l'ordre du monde ;
  • la période des Upanishads[3] (VIIIe s. au IIIe s. av. J.-C.) : tous les êtres participent du même être suprême (brahman) ; le divin n'est plus inaccessible, il est intériorisé ; coexistence de différentes voies d'accès au divin : voie intellectuelle (jñana), dévotionnelle (bhakti), etc.

A rebours de la plupart des autres religions, l'hindouisme est une religion "incluante" plutôt qu'excluante. Il est en effet habituel, pour un hindouiste, de considérer que le christianisme ("kristi-dharma"), le bouddhisme, l'islam, etc. sont des variantes de sa propre religion. Max Weber explique ce phénomène par le fait que dans l'hindouisme le ritualisme (le dharma comme obligation rituelle) prévaut sur la doctrine (mata). Également, la spiritualité indienne est tellement riche que l'on peut y retrouver à divers degrés toutes les variantes possibles du polythéisme, du monothéisme et de l'athéisme. Cela permet à toutes les doctrines de coexister, et l'Inde a été dès l'Antiquité marquée par une grande liberté religieuse. Cela se traduit dans le droit positif par la coexistence de plusieurs législations : ainsi, en Inde, le droit hindou et la charia s'appliquent respectivement pour les citoyens hindous ou musulmans.

Il n'y a pas de "conversion" à l'hindouisme : d'une part parce que celui-ci n'est pas monolithique mais est multiforme, d'autre part parce que la plupart des hindous considèrent qu'être hindou est un fait qui résulte de la naissance. Cependant certaines sectes (Hare Krishna, Méditation transcendantale) pratiquent une forme de conversion.

Hindouisme et droit

L’hindouisme se caractérise par le système des castes (varna vyavastha), fondé sur la naissance, mis en place probablement après l'arrivée des Indo-Aryens en Inde du Nord : Brahmanes (prêtres), Kshatriyas (guerriers, rois et administrateurs), Vaishyas (paysans, commerçants et artisans, Shudras (serviteurs), système auquel on peut ajouter les hors-castes (Dalit, « intouchables »). Le système des castes se traduit par l'endogamie, la division du travail et la ségrégation sociale. Les castes coexistent sans pour autant constituer une hiérarchie de "classes" où certaines domineraient les autres.

Il existe un "droit hindou" fondé sur deux sources : les traités sur le dharma (par exemple les Lois de Manu) et leurs commentaires, et la coutume. Bien qu'ils influencent fortement la structure sociale (comme la séparation en castes), il s'agit davantage de guides de comportement à visée morale que de règles obligatoires.

Selon Max Weber[4], il n'y a pas de concept de droit naturel dans l'hindouisme, bien que le Mahabharata évoque un "droit éternel" (sasvata dharma). Le droit est étroitement lié à la caste (Stand dans le vocabulaire de Weber), et aux rapports établis entre chaque caste. Il n'y a en théorie, indique Weber, ni "droits de l'homme", ni État, ni citoyenneté, ni éthique politique ; la loi du plus fort et le "charisme" du chef déterminent tout.

Hindouisme et politique

Même si l'Inde est devenue une démocratie, il y a une opposition entre les droits politiques et les droits sociaux, qui restent fondés sur le système des castes. Les devoirs sont liés à la caste et sont conformes aux quatre buts de l'existence humaine :

  • dharma : vertu, vie morale (exprimé le mieux par la caste des brahmanes)
  • artha : famille, richesse, succès en affaires, puissance (exprimé le mieux par la caste des guerriers)
  • kama : plaisir, émotion (exprimé le mieux par la caste des Vaishyas)
  • moksha : libération

Bien que ces devoirs puissent paraître contradictoires entre eux, les Indiens n'y voient pas de conflit de valeurs. Selon certains indianistes, le système des castes est la seule transcendance en Inde, qui subsiste indépendamment du système politique depuis des millénaires, et dont on ne peut s'affranchir qu'en devenant un renonçant, un "saṃnyāsin", qui vise la libération (moksha).

Historiquement, avant les différents empires (comme l'empire Moghol) et l'occupation anglaise, l'Inde était politiquement organisée selon un modèle féodal : de petits territoires (souvent en guerre entre eux) régis par différents rajahs de la caste guerrière. Le rajah assurait justice et police, et avait également un pouvoir législatif ; son devoir (rajadharma) était d'assurer la prospérité de son peuple et non de "suivre son bon plaisir". L'occupation anglaise conservera en partie les "États princiers" tout en imposant sa suzeraineté sur les princes.

L'ouvrage politique de référence lié à l'hindouisme est l'Arthashastra composé par Kautilya au IVe siècle avant notre ère, dont le titre se traduit comme « science du politique » (ou traité du succès). Il est parfois comparé à l'œuvre de Machiavel :

Un machiavélisme vraiment radical, au sens populaire du terme, s'exprime classiquement dans l'Arthashastra de Kautilya, écrit bien avant la naissance du Christ, certainement à l'époque de Chandragupta. En comparaison, le Prince de Machiavel est inoffensif. (Max Weber, Le Savant et le politique, 1919)

Les conceptions politiques indiennes contemporaines sont marquées par la notion gandhienne de swaraj : autodétermination, autonomie, d'où une forte décentralisation, reflet du swaraj individuel qui se transmet par percolation au niveau collectif.

Les hindouistes et la mort

La religion hindouiste considère la crémation comme un rite de passage essentiel. Celle-ci est censée permettre à l'âme immortelle, libérée de son enveloppe charnelle, de renaître sous une autre forme. Les éléments constitutifs du corps retournent eux, vers la nature grâce au feu.

Voir aussi

Notes et références

  1. Un fait assez paradoxal, souligné par Max Weber, est que le Véda est le "livre sacré" de l'hindouisme alors qu'il ne contient aucun des éléments fondamentaux de cette religion (dieux, castes, doctrine de la métempsychose et du karma, etc.). Il s'agit davantage pour le fidèle de reconnaître la tradition hindoue qui se rattache au Véda plutôt que le Véda lui-même (on sait que les dharmas "hétérodoxes", comme le jaïnisme et le bouddhisme, rejettent complètement cette tradition ainsi que l'autorité des brahmanes qu'elle implique).
  2. Max Weber souligne que la définition même de "salut" est très large. Il distingue au moins 3 types de salut : une meilleure renaissance ; la félicité divine (accueil dans l'au-delà par un dieu, à la façon chrétienne) ; la fusion dans le Tout ou la disparition dans le nirvana, à la façon bouddhique.
  3. Les Upanishads forment le noyau de la philosophie hindouiste. Ce sont une collection d'écrits de transmissions orales originales. A l'intérieur, se trouvent tous les enseignements fondamentaux qui sont au cœur des concepts de l'hindouisme : le « karma » (action), le « samsara » (réincarnation), le "moksha" (délivrance du samsara), l' « Atman » (âme) et le "Brahman" (principe primordial qui sous-tend la manifestation phénoménale). Ces textes mettent en avant les premières doctrines védiques de la réalisation de soi, du yoga et de la méditation. Les Upanishads sont conçus pour pousser les idées humaines dans leur extrême limite. Ils donnent à la fois une vision spirituelle et un argument philosophique par un effort strictement personnel que l'on peut atteindre seulement par la recherche de la vérité.
  4. Hindouisme et bouddhisme, Champs-Flammarion, 2003, p.258.

Citations

  • L'hindouisme est apparu comme une vision spirituelle du monde qui rejette le matérialisme. En réalité, elle a été l'outil grâce auquel un groupe conquérant a réussi à légitimer son vol du pouvoir, du prestige et des biens d'un superorganisme rival (...) Aux alentours de 1500 avant J.C., un groupe d'Aryens venus d'Iran attaquèrent et soumirent violemment la population indienne. Cette tribu conquérante fut à l'origine du système indien des castes. Les trois premières castes étaient exclusivement réservées aux Iraniens "deux fois nés" : les Kshatriyas composaient les guerriers et aristocrates ; les Brahmanes regroupaient les prêtres iraniens ; et les Vaishyas rassemblaient les propriétaires et les marchands. (...) Dans le système hindou, les descendants iraniens étaient nés avec tous les privilèges auxquels les Nazis d'Hitler rêvaient un jour. (Howard Bloom, Le Principe de Lucifer)
  • L'Inde a vu se développer de nombreuses écoles philosophiques et des sectes religieuses de presque tous les types sociologiques possibles. Celles-ci sont nées pour une large part d'un besoin intellectualiste puissant et, en même temps, d'un besoin de rationalité systématique qui se faisait sentir avec force dans les domaines de la vie les plus variés. La tolérance à l'égard des doctrines religieuses et philosophiques a été presque absolue pendant de longues périodes, en tous cas incomparablement plus grande que partout en Occident avant l'époque la plus récente. Le droit indien présente de nombreuses constructions qui auraient pu offrir des points d'ancrage aussi opérants pour les besoins du capitalisme que les institutions correspondantes dans l'histoire de notre droit médiéval. (Max Weber, Hindouisme et bouddhisme)
  • On a tort de reprocher à l'Inde de n'avoir jamais essayé d'aller jusqu'à l'essence même des choses et de reprocher aux Hindous de n'avoir pas de Parménide ni de Hegel. Les Hindous ne le cèdent en rien aux Européens pour la pénétration de la logique ; à coup sûr, il ne leur aurait pas été difficile de construire des systèmes cosmiques semblables. Ils ne l'ont pas fait parce qu'ils étaient pour cela de trop profonds métaphysiciens ; ils ont su que la raison logique ne va pas jusqu'à la racine des choses ; ils n'ont jamais été rationalistes. C’est donc là sans doute l'un des grands exemples que le peuple hindou a donné à l'humanité, à savoir qu'une intelligence éminente n'aboutit pas nécessairement au rationalisme et qu'un haut degré de pénétration logique n'abolit pas nécessairement la naïveté. (Hermann de Keyserling, Le Journal de Voyage d'un Philosophe)
  • Depuis les Upanisads, l’Inde n’a été préoccupée sérieusement que d’un seul grand problème : la structure de la condition humaine (c’est ce qui a fait dire, non sans raison, que toute la philosophie indienne a été, et est encore, « existentialiste »). L’Europe aurait donc intérêt à apprendre : 1 – ce que l’Inde a pensé des multiples conditionnements de l’être humain; 2- comment elle a abordé le problème de la temporalité et de l’historicité de l’homme; 3 – quelle solution elle a trouvée à l’angoisse et au désespoir inévitablement déclenchés par la prise de conscience de la temporalité matrice de tous les conditionnements. (Mircea Eliade, Yoga, immortalité et liberté)

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