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Domingo de Soto

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Domingo de Soto (Ségovie 1495 - Salamanque 1560), est un théologien dominicain et l’une des figures de proue de L'École de Salamanque.

Biographie

Après avoir entamé des études de théologie à la Faculté des Arts d’Alcalá (entre 1513 et 1516), il se rend à Paris pour y suivre l’enseignement de Jean Mair (de 1516 à 1519), fortement imprégné de nominalisme. De retour à Alcalá, il rejoint en 1526 l'Ordre des Frères Prêcheurs à Burgos.

Il va ensuite enseigner la théologie à Salamanque, y remplaçant Francisco de Vitoria, qui souffre de problèmes de santé persistants. Dans son cours de physique, Soto anticipe Galilée en recourant à l'exemple d'un projectile pour démontrer le mouvement rectiligne et uniforme des corps, apportant ainsi un démenti à la physique aristotélicienne.

Domingo de Soto prend aussi part à de nombreux débats de son temps, tant au Concile de Trente sur la question de la grâce (d’où sortira son traité De natura et gratia, en 1547), où il représente à la fois l’empereur Charles Quint et l’ordre des dominicains, que lors de la controverse de Valladolid sur le droit des Indiens. Dans ce dernier débat, il soutiendra Bartolomé de Las Casas contre Juan Ginès de Sepúlveda, pour qui les Indiens disposent des mêmes droits naturels qu’un chrétien. De cette dispute naîtra le grand traité de Soto : De iustitia et iuri libri decem (entre 1553 et 1557), qui sera réédité de nombreuses fois.

Ensuite, il quitte Salamanque pour servir de confesseur à Charles Quint. En 1552, il revient à son université et y obtient la chaire la plus importante, qu’il conservera jusqu'à sa mort en 1560.

Ses idées

Contre l’absolutisme et le machiavélisme

Soto a fortement contesté la thèse patriarcaliste, suivant laquelle la monarchie serait la seule forme politique légitime. Adam ayant engendré la descendance humaine, les partisans de l’absolutisme invoquaient cette unique origine pour justifier la subordination de tous les citoyens à un seul homme - Adam ayant été, selon eux, le premier à régner sur l’humanité. La réponse de Soto est qu’il s’agit d’une grave confusion entre la fonction paternelle et la fonction princière. Il n’existe, en effet, aucune relation de causalité entre ces deux rôles. Le père exerce un pouvoir domestique, selon lequel il est chargé de nourrir sa famille et maintient son autorité sur ses enfants jusqu'à leur vie adulte. Mais cette fonction ne relève pas du domaine politique. On ne peut dire que le père soit le monarque de sa famille. Il est donc impossible de transférer le pouvoir paternel à l’autorité des rois. Ensuite, comme le père n’est pas un souverain absolu dans sa sphère domestique, il paraît intenable de conférer à un prince ce pouvoir que l’on refuse à un individu ordinaire. Il faut noter que la justification « adamite » de l’absolutisme ne s’éteindra pas aussi vite. C’est John Locke qui lui portera un coup fatal en répliquant au Patriarcha (1640) de Robert Filmer.

Pour Soto, seul est légitime un pouvoir dont les lois correspondent au droit naturel. C’est pourquoi il rejette la thèse luthérienne selon laquelle les sujets ne sont pas liés par les décisions d’un pouvoir incroyant, mais qui leur déconseille de se rebeller contre les actions d'un prince tyrannique - Dieu étant seul juge. En réalité, selon Soto, le caractère croyant ou non d’un souverain importe moins que son respect des lois éternelles. C’est en cela que l’on estimera son action conforme ou non aux principes de justice. Et, comme chaque individu naît libre et pourvu des mêmes droits que son prochain, le pouvoir politique doit reposer sur le consentement de tous.

Comme la loi de la nature est « imprimée dans nos esprits », le dominicain réprouve ce qu’il appelle la « doctrine pestifère de Luther » selon laquelle l’homme serait inapte à découvrir le Juste. Si l’homme était incapable de découvrir les règles nécessaires à la vie en société, il serait alors voué à vivre privé de liberté, sous la tutelle de souverains énonçant et appliquant des lois arbitraires. C’est d’ailleurs contre cette conception machiavélique de la politique, opposée à la recherche du Bien commun, que la doctrine politique des théologiens de Salamanque se constituera.

La liberté économique

Sur le plan de la liberté économique, le théologien considère que le juste prix offert sur le marché est celui qui est issu de la libre négociation entre le marchand et l’acheteur. C’est aussi pourquoi il défend la liberté contractuelle sur le marché du travail. Soto argue qu’aucun dommage n’est infligé aux employés lorsqu’ils reçoivent leur salaire s’ils ont accepté de travailler pour ce montant. Certes, quelqu’un peut toujours être insatisfait, tôt ou tard, de sa rémunération. Mais cela ne signifie pas qu’elle soit inique. Aussi, Soto recommande aux salariés mécontents de chercher un autre emploi, et non d’incriminer injustement leur employeur.

Littérature secondaire

  • 1975, D. RAMOS, "La ley natural en Domingo de Soto”, Persona y Derecho, nº2, pp605-626
  • 2007, Victoriano Martín Martín, "Domingo de Soto", In: Luis Perdices Blas et Alfonso Sánchez Hormigo, dir., "500 años de economía a través de los libros españoles y portugueses = 500 years of economic writing in Spanish and Portuguese", Madrid, Universidad Complutense, ISBN 978-84-95215-94-0, p30

Voir aussi