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Joseph Chamberlain

De Wikiberal
Histoire du Royaume-Uni
Joseph Chamberlain
Homme politique Entrepreneur

Dates 1836-1914
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Tendance
Origine Royaume-Uni Royaume-Uni
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Citation Le commerce est le plus grand de tous les intérêts politiques.
inter lib.org sur Joseph Chamberlain

Joseph Chamberlain (Londres, 8 juillet 18362 juillet 1914) est un homme d'État britannique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Impérialiste et protectionniste, il fut notamment secrétaire aux colonies (1895-1903) et provoqua la scission du parti libéral à cause de son désaccord avec Gladstone sur la question irlandaise. Il forme alors le parti libéral unioniste en 1886.

Le self-made-man

A la différence des hommes politiques britanniques de son temps, il n’a pas étudié à Oxford ou Cambridge : c’est un self-made-man issu de l’industrie. Fils d’un petit fabricant de chaussures, il fait de bonnes études à University College School de Londres mais doit travailler dès l’âge de 16 ans, avant de s’associer avec son oncle dans la quincaillerie à Birmingham. L’entreprise devenue prospère va fabriquer les 2/3 des boulons de métal produits en Angleterre, exportant aux États-Unis, en Europe, au Japon, en Inde, au Canada et en Australie. Il abandonne les affaires en 1874.

Libéral de par ses origines familiales, il est aussi marqué par le protestantisme non-conformiste, la tradition d’action sociale de l’église unitarienne. Il participe à la marche en faveur de la Réforme électorale qui rassemble 250 000 personnes à Birmingham le 27 août 1866 puis il prend une part active aux élections de 1868.

Il participe en 1867 à la fondation de la Birmingham Education League et se prononce en faveur d’une éducation libre et non religieuse, en opposition aux subventions publiques en faveur des écoles anglicanes, et pour des écoles gérées localement et soumises à des inspections gouvernementales. Membre d’une délégation reçue par le premier ministre à propos du projet de loi sur l’éducation, il impressionne Gladstone par la rigueur de son intervention.

Il écrit un article retentissant pour la Fortnightly Review : « Four F's: Free Church, Free Schools, Free Land, and Free Labour » (église libre, écoles libres, terre libre, travail libre). Dans un autre article, il attaque Gladstone, réclamant une direction plus radicale à la tête du parti.

Maire et député de Birmingham

Il est élu maire de Birmingham de 1873 à 1876, attaqué par les conservateurs qui dénoncent en lui un « dictateur » tandis que les libéraux adoptent le slogan « le peuple au-dessus des prêtres ». Il améliore considérablement l’éclairage au gaz, le pavage des rues, l’approvisionnement en eau, l’hygiène et les équipements publics (bibliothèques, piscines, écoles) utilisant à la fois des fonds publics et privés. Le jeune maire au monocle vissé dans l’œil gagne une stature nationale tout en obtenant la fidélité de ses partisans locaux jusqu’à la fin de sa carrière.

Il échoue cependant comme candidat à Sheffield aux élections législatives de 1874, ses adversaires l’accusant de républicanisme et d’athéisme. En 1876, il dénonce violemment Benjamin Disraeli l’accusant de ne jamais dire la vérité sauf par accident et se fait élire député de Birmingham. Il renonce dès lors à ses fonctions de maire. Sa première intervention à la Chambre des Communes sur la question des écoles primaires fait sensation.

En 1877, l’opposition à la politique étrangère de Disraeli à l’occasion de la guerre russo-turque est menée par les libéraux : les méthodes utilisées par la Fédération libérale (réunions publiques, affiches, pamphlets), où dominent les politiciens de Birmingham menés par Chamberlain, sont comparées à celles employées aux États-Unis. Cette campagne contribue à renforcer la position du jeune député et la place du radicalisme dans le parti.

Après la victoire électorale de 1880, Gladstone lui offre la présidence du Bureau du Commerce où il se montre très actif. Il s’efforce d’améliorer la situation des paysans catholiques irlandais en dépit de l’opposition des grands propriétaires anglo-irlandais. Il est partisan d’une réforme foncière pour résoudre le mécontentement irlandais mais hostile au projet d’autonomie (Irish Home Rule), premier pas vers une éventuelle indépendance. Il renforce sa réputation par ses discours en faveur de la réforme électorale et ses polémiques verbales avec lord Salisbury qui le traite de « bandit sicilien ». Il rédige la préface du Programme radical (juillet 1885) le premier manuel d’une campagne électorale au Royaume-Uni : réforme foncière, imposition directe, éducation publique libre, abandon de la religion officielle, suffrage universel masculin, et plus de droits pour les syndicats.

Sa campagne électorale d’août 1885 attire d’immenses foules, enthousiasmant les jeunes Ramsay MacDonald et David Lloyd George, mais déconcerte les libéraux tel Goschen et provoque l’hostilité des conservateurs qui dénonce en lui un « anarchiste ». Hostile au Irish Home Rule : « Je ne peux admettre que cinq millions d’Irlandais aient plus de droits à se gouverner eux-mêmes sans regard du reste du Royaume-Uni plus que les cinq millions d’habitants de la métropole (Londres) ». Il refuse le poste de Premier Lord de l’Amirauté offert par Gladstone, souhaitant les Colonies mais il doit se contenter de la présidence du Bureau du gouvernement local. La mésentente entre les deux hommes est telle qu’il démissionne le 27 mars 1886. Ses chances de devenir chef du parti libéral sont désormais faibles. Il forme l’association des libéraux unionistes et contribue à faire échouer le vote du Home Rule le 8 juin 1886.

Le chef des libéraux unionistes

Le nouveau parti libéral unioniste forme une alliance électorale avec les conservateurs qui l’emporte aux élections générales. Il est considéré comme un Judas par le parti libéral. Il conduit une délégation britannique aux États-Unis en 1887-1888, pays qu’il admire et où il fait la connaissance de sa troisième épouse. Le cabinet de lord Salisbury fait passer un certain nombre de réformes souhaitées par les radicaux sur le gouvernement local, en faveur de l’école libre et de la petite propriété foncière. Chamberlain constate que son programme a connu une plus grande application en cinq ans de la part de ses anciens ennemis que dans toute sa carrière précédente de la part de ses anciens amis.

Aux élections de 1892, les libéraux unionistes l’emportent dans de nombreuses villes du pays noir. Toujours allié aux conservateurs, Chamberlain dénonce les dangers du socialisme et suggère pour le contrer le vote de réformes sociales : retraites, indemnités pour accidents du travail, accès à la propriété, réduction des heures de travail, etc.

L'homme d’État

Les unionistes entrent dans le cabinet de Salisbury et, invité à choisir un ministère, Chamberlain refuse, à la surprise du premier ministre, les prestigieux portefeuilles de l’Échiquier et de l’Intérieur pour devenir secrétaire aux Colonies (ministre des Colonies) (1er juillet 1895). Partisan de l’impérialisme, il souhaite étendre l’empire britannique et renforcer les liens entre le Royaume-Uni et ses colonies de peuplement. Il fait aussitôt refaire la décoration de l’immeuble des Colonies ainsi que l'éclairage passant du gaz à l’électricité et il part sept semaines en vacances dans les Pyrénées pendant les travaux de rénovation.

Celui que la presse a surnommé « Joseph Africanus » déclare : « Je crois que la race britannique est la plus grande des races gouvernantes que le monde ait connu. (...) Ce n’est pas suffisant d’occuper de vastes espaces de la surface du monde si vous n’en tirez pas le meilleur. C’est le devoir d’un propriétaire de développer ses possessions ».

Chamberlain en 1901

Il encourage le traitement des maladies tropicales. Il devient l’une des plus populaires figures du gouvernement. Sa politique agressive en Afrique occidentale entraîne de fortes tensions avec le gouvernement français et amène les britanniques à contrôler le territoire devenu par la suite le Nigeria.

En revanche, il essaie de nouer de cordiales relations avec l’Allemagne, convaincu que les deux pays avaient des intérêts communs en Chine. Il constate à Birmingham le 13 mai 1898 : « Nous n’avons pas d’alliés et je crains que nous n’ayons pas d’ami. Nous restons seuls. » L’empereur Guillaume II vient en visite officielle en novembre 1899 et le 30 novembre, à Leicester, Chamberlain évoque « une nouvelle triple alliance entre la race teutonique et les deux branches transatlantiques de la race anglo-saxonne qui doit devenir un pouvoir influent dans le futur du monde ». Le Times critique le terme d'alliance et von Bulöw dans un discours au Reichstag décrit le Royaume-Uni comme une puissance déclinante.

Résolu à la guerre en Afrique du Sud pour assurer la domination britannique au Transvaal et dans l’État libre d’Orange, Chamberlain provoque la Seconde Guerre des Boers (1899-1902) qui, après des débuts désastreux, va se révéler un succès pour le gouvernement.

Chamberlain est la figure dominante de la campagne électorale de 1900 où il commence à parler de lui même à la troisième personne, n’hésitant pas à affirmer : « chaque siège perdu par le gouvernement est un siège vendu aux Boers ». La victoire électorale renforce son poids dans le gouvernement.

A l’occasion de la venue de Guillaume II en Angleterre pour les obsèques de la reine Victoria, Chamberlain espère réaliser son rêve d’une alliance avec l’Allemagne. Mais les Allemands entendent faire entrer l'Angleterre dans une alliance qui inclurait la défense des intérêts de l’Autriche-Hongrie. Déçu par l’attitude allemande, Chamberlain déclare le 25 octobre 1901 que les troupes britanniques se sont mieux comportées en Afrique du Sud que certaines troupes pendant la guerre franco-prussienne de 1870. La presse allemande pousse les hauts cris et von Bülow réclame des excuses qu’il n’obtient pas. Mais en Angleterre, la popularité de Chamberlain est à son zénith. Chamberlain, dès lors, entame les débuts d’un rapprochement avec la France, annonçant la future Entente cordiale.

La victoire dans la Guerre des Boers est entachée par la révélation de l’existence de camps de concentration qui provoque un scandale dans le pays.

A la démission de Salisbury, il aurait pu devenir son successeur mais un accident de voiture l’a immobilisé pour deux semaines et le roi choisit Balfour. Chamberlain considère que son poste aux Colonies fait de lui le premier ministre de l’Empire et, comme libéral unioniste, il lui est difficile de diriger une majorité conservatrice. Le nouveau premier ministre est à l’opposé de son secrétaire aux Colonies : « Arthur déteste les difficultés. Je les adore » assure Chamberlain. Il fait une visite en Afrique du Sud (décembre 1902-février 1903) pour favoriser la réconciliation entre Anglais et Afrikaners. Favorable au projet sioniste de Théodore Herzl, il lui propose de créer une colonie de peuplement en Ouganda en 1903. Prêt à mettre fin à la politique de libre-échange au profit d’une politique de préférence impériale, il démissionne de ses fonctions le 16 septembre 1903 et fait campagne en faveur de la réforme des tarifs douaniers. Après la victoire des libéraux en 1906, la défaite de Balfour qui perd son siège amène Chamberlain, dont les partisans l’ont emporté dans les Midlands de l’ouest, à devenir le chef de l’opposition.

Fin et postérité

Birmingham célèbre avec éclat le 70e anniversaire de son grand homme. C’est alors qu’il est terrassé par une attaque d’apoplexie qui le laisse très affaibli. Il ne se présente pas aux élections de 1914 et meurt peu après dans les bras de sa femme. La famille refuse une offre d’inhumation à l’abbaye de Westminster.

Joseph Chamberlain a fait trois mariages : du premier est issu le ministre des affaires étrangères Austen Chamberlain (1863-1937), Prix Nobel de la paix 1925, d'une seconde union, le premier ministre Arthur Neville Chamberlain (1869–1940). Le troisième mariage en 1888 avec la fille du secrétaire américain à la Guerre, William Crowninshield Endicott, a renforcé son attirance pour une entente anglo-américaine.

Citations

  • « Durant les cent dernières années, la Chambre des Lords n’a pas contribué d’un iota aux libertés populaires ou fait quoi que ce soit pour le bien commun mais durant cette période, elle a protégé tous les abus et couvert tous les privilèges. » Discours à Birmingham, 4 août 1884
  • « Le commerce est le plus grand de tous les intérêts politiques. » Discours à Birmingham, 13 novembre 1896
  • « Le temps des petites nations est passé, le temps des empires commence. » Discours à Birmingham, 13 mai 1904
  • « Vous ne pouvez faire d’omelettes sans casser des œufs ; vous ne pouvez pas détruire les pratiques barbares d’esclavage, de superstition, qui pendant des siècles ont désolé l’intérieur de l’Afrique, sans utiliser la force. » Discours au Royal Colonial Institut, 31 mars 1897
  • « Le courage est justement estimé la première des qualités humaines car c’est la qualité qui garantit toutes les autres. »

Liens externes

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