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Histoire du Royaume-Uni

De Wikiberal
Histoire du Royaume-Uni

La monarchie britannique est souvent présentée comme un modèle de monarchie libérale : ce modèle est le produit de l'histoire du Royaume-Uni.

Le renforcement de la monarchie sous les Tudor (1529-1603)

Un pouvoir royal fort

Le souverain s’appuie sur son Conseil privé, moins d’une vingtaine de personnes, choisies pour leur compétence, de plus en plus parmi les laïcs. Si le chancelier ou le garde des sceaux siège au Conseil, il ne joue pas nécessairement un rôle important à la différence du secrétaire du roi au conseil. Les ordres en conseil sont de véritables lois et les membres du conseil siègent de plus en plus dans la Chambre étoilée (Star Chamber), tribunal d’exception. Le conseil du Nord comme le conseil du Pays de Galles défendent la prérogative royale contre les survivances féodales. En 1559, Elisabeth constitue une Haute Cour pour faire respecter les actes de suprématie et d’Uniformité. Aucun Tudor ne se prive de créer des cours extraordinaires pour juger des actes de trahison (en sont victimes notamment Ann Boleyn et Marie Stuart).

Sur le plan local, le roi s’appuie de plus en plus sur les juges de paix, notables assurant bénévolement de lourdes taches. À partir d’Edouard VI, les lors-lieutenant, assistés en suite de deputy-lieutenants reçoivent des pouvoirs militaires étendus pour le recrutement et l’organisation de milices.

Les souverains cherchent aussi à disposer de ressources propres sans recourir au Parlement : Henri VIII s’arroge le droit de modifier les taxes douanières. L’octroi de monopoles devient une source de rentrées d’argent sous Élisabeth qui recourt aussi aux emprunts forcés. Le pouvoir royal n’apparaît guère contesté. Sous Elisabeth, le danger espagnol resserre les liens entre la nation et le souverain.

Le rôle du Parlement

Le parlement est cependant réuni fréquemment et on ne songe pas à s’en passer. La périodicité des sessions est variable : les treize sessions ne représentent que trois années sous le règne d’Elisabeth. Les deux chambres délibèrent sur les projets de lois soumis par l’autorité royale, conservent ses prérogatives fiscales, représentent de la volonté nationale, définissant les règles de la succession royale et participant aux statuts de la religion nouvelle. Les Tudor créent de nouveaux sièges aux Communes pour permettre la représentation des nouveaux bourgs. La Chambre des Lords est solidement tenue. Le Speaker des Communes est de fait nommé par la Couronne qui dispose de véritables représentants non élus à la Chambre pour défendre les thèses royales. Elisabeth rappelle, le 27 février 1593, son droit d’ « acquiescer ou de s’opposer à toute action du Parlement ». Tous les souverains pratiquent un système de candidatures officielles : les bourgs nouveaux permettent de faire élire des hommes estimés fidèles.

Les Tudor devaient leur pouvoir à l’acquiescement du parlement. Henri VIII a fait voter les droits successoraux des enfants de ses différents mariages. Le roi juge aussi commode et sage de faire approuver par son peuple le schisme qu’il avait créé. Mais il n’y a en aucun cas partage de la souveraineté : « c’est pour fortifier leur autorité que les Tudor forgèrent l’arme qui paraîtra plus tard aux Anglais le palladium de leur liberté » (M. Braure).

Le divorce entre la monarchie et le Parlement sous les Stuarts (1603-1640)

L'absolutisme des Stuarts

Les Stuarts héritent des tendances autoritaires de la dynastie précédente. Pour Jacques Ier, « c’est le fait de sujets séditieux de discuter de ce qu’un roi peut faire dans la plénitude de son autorité » (1609). Dès 1599, roi d’Écosse, il avait publié The Trew Law of Free Monarchies affirmant la nécessité d’une source unique d’autorité, seul moyen d’éviter la confusion et les désordres. Il demande à son fils Charles de se souvenir que « Dieu a fait (de lui) un petit dieu ». L’absolutisme est soutenu par des penseurs de valeur, Francis Bacon et surtout Cowell qui place le roi au-dessus des lois, Robert Filmer auteur de Patriarcha rédigée en 1640 et Strafford qui invoque la tradition. Partisan de l’autorité monarchique, Thomas Hobbes n’écrit son Léviathan qu’en 1651 : il attribue au monarque tous les pouvoirs pour maintenir la paix, y compris le droit de légiférer et de juger, celui de surveiller les opinions et de guider les consciences. Charles 1er tire ses idées de la France de Louis XIII, dont il a épousé la sœur, qui vit une grande époque de pensée politique absolutiste.

Le parlement face au despotisme royal

Imbus des théories du droit divin, les Stuarts gouvernent avec leur Conseil subdivisé de plus en plus en Conseils spécialisés. Sous Jacques Ier, Salisbury et Francis Bacon jouent un rôle majeur avant d’être supplantés par Buckingham et à partir de 1633, Laud est le principal agent du « despotisme royal ». Les tribunaux extraordinaires, la Star Chamber et la High Commission connaissent leur apogée. Jacques 1er exige à trois reprises des dons gratuits de ses sujets et Charles Ier fait revivre de vieilles taxes, en 1635, le ship-money est étendu aux comtés non côtiers.

Entre 1629 et 1640, Charles 1er refuse de convoquer le Parlement. Les Communes se sont faites le champion des libertés traditionnelles. En 1628, les deux Chambres avaient contraint le roi à souscrire à 5 résolutions contenues dans une Pétition des Droits inspiré par Edward Coke : interdiction des arrestations arbitraires, bénéfice de l’habeas corpus pour tout détenu, libération immédiate d’un détenu injustement emprisonné, renonciation de la Couronne à tout emprunt et à toute taxe sans consentement du Parlement, fin du logement arbitraire des gens de guerre chez l’habitant. L’arrestation des principaux responsables de la pétition en 1629 prouve l’absence de sincérité du roi. La révolte écossaise de 1638 oblige Charles 1er à réunir un nouveau Parlement : réuni le 13 avril 1639, le Court Parlement est dissous le 5 mai, après avoir manifesté son hostilité au système absolutiste et acclamé le 27 avril, un long discours de Pym affirmant que le Parlement était au Commonwealth « ce que l’âme est au corps ».

La Révolution et la chute de la monarchie (1640-1660)

La rupture 1640-1642

Le 3 novembre 1640 se réunit un nouveau parlement qui légalement ne va s’achever qu’en mars 1660, ce qui lui a valu le surnom de Long Parlement. Charles Ier a dû le convoquer pour obtenir des subsides. 294 des 493 députés du Court Parlement sont réélus dont John Pym. Beaucoup de députés sont presbytériens, baptistes ou indépendants et n’ont guère de sympathie pour la Couronne. Le roi laisse arrêter ses conseillers, supprimer la Star Chamber, le ship-money et la High Commission mais les prétentions des Communes dans leur Pétition et leur Grande Remontrance du 1er décembre 1641 sont repoussés par le roi qui n’a pas l’intention d’être réduit à un rôle honorifique. Il essaie en vain de faire arrêter Pym et 4 autres députés le 5 janvier 1642 et doit fuir Londres.

La Révolution 1642-1649

La révolution commence mais va durer sept années, la guerre traînant entrecoupée de négociations. Les parlementaires ne souhaitent pas l’abolition de la monarchie et le roi peut compter sur des appuis dans les campagnes et dans une large partie de la population. Finalement, la formation d’une armée puritaine sur l’exemple suédois et le génie militaire de Fairfax et Cromwell conduisent aux victoires de Marston Moor (2 juillet 1644) et de Naseby (14 juin 1645). Trahi par les Écossais qu’il n’a pu payer, Charles 1er est livré au Parlement en avril 1646.

Prisonnier, il cherche à manœuvrer, opposant le Parlement et l’armée. En 1648, le Conseil des Officiers impose à un Parlement très réduit la condamnation du roi. Ce conseil est l’héritier du Conseil général de l’armée formé des commissaires élus par les régiments et des généraux. Le 6 août 1647 il avait publié des Heads of the Proposals exigeant une constitution écrite, la suppression de la Chambre haute et la liberté des sectes. En octobre 1647, les délégués de plusieurs régiments réclament même le suffrage universel et l’égalité civique. Plus modéré, le Conseil des officiers n’en est pas moins très anti-royaliste.

L’armée épure le Parlement le 6 décembre 1648 donnant naissance au Rump Parliament (Parlement-Croupion). Le roi est exécuté le 30 janvier 1649, un Act interdit de proclamer son successeur. Une semaine plus tard la royauté et la Chambre haute sont abolis donnant naissance à un nouveau régime : A Commonwealth and Free State.

La République 1649-1660

La mort de Charles Ier fait de lui un martyr et les nouveaux maîtres du pays n’osent pas utiliser le mot république. Un difficile équilibre est maintenu entre ce qui reste du Parlement et l’armée. Le 20 avril 1653, les soldats d’Oliver Cromwell expulsent les députés en dépit de la protestation de John Bradshaw contre un geste qu’« aucune puissance sur cette terre ne peut se permettre ». L’armée choisit les membres du nouveau Parlement le Nominated Parliament ou Barebone’s Parliament qui vote sa propre dissolution dès le 12 décembre.

Par une constitution écrite, l’Instrument de gouvernement, Cromwell accepte de partager le pouvoir comme Lord Protecteur du Commonwealth avec un conseil de 21 membres et un Parlement de 460 députés élus. Le nouveau maître du pays choisit l’ordre social contre la tentation extrémiste. Les parlementaires essaient de retrouver une certaine autonomie en offrant le titre royal au Protecteur qui doit refuser devant l’opposition de l’armée.

Lorsqu’il meurt, en 1658, son fils Richard lui succède sans problème mais il se révèle incapable de maintenir l’équilibre entre l’armée politisée et le Parlement soucieux de légalité. En 1659, le fils de Cromwell démissionne et les généraux Lambert et Monck se disputent l’héritage. Monck victorieux, la réunion d’un nouveau Parlement avec ses deux chambres traditionnelles amène le retour à la monarchie : le 29 mai 1660, Charles II fait son entrée dans Londres accompagné de Monck.

Vers la monarchie limitée (1660-1689)

La Restauration

Charles II et son frère Jacques II sont aussi imbus de principes absolutistes que leur père et fascinés par la France de Louis XIV. Charles II a pour lui la chance d’être le roi restauré. Il gouverne avec un Conseil d’une trentaine de membres répartis en comités spécialisés. Le chancelier et deux secrétaires d’État jouent le rôle essentiel dans le gouvernement. Le Parlement-Cavalier convoqué en 1661 est décidé à appuyer le roi et reste en place jusqu’en 1679. Une politique religieuse trop favorable aux papistes et deux guerres indécises contre la Hollande entraînent un mécontentement de l’opinion publique. Le roi se heurte de nouveau au Parlement : trois assemblées se succèdent en 1679, 1680, 1681 mais cela n’empêche pas le vote de l’Act d’Habeas Corpus qui garantit le respect de la liberté individuelle. Excédé, le roi décide de ne plus convoquer de parlement.

Les whigs, regroupés autour du comte de Shaftesbury, demandent l’exclusion du duc d’York de la succession royale, soutenus par la cité de Londres et les marchands. Les tories défendent la prérogative royale. En 1681, dans l’Essai sur le gouvernement civil, qui circule sous le manteau et ne sera publié qu’en 1690, John Locke défend le droit à l’insurrection « si une longue suite d’abus, de prévarications et d’artifices, tendant au même but, rend l’intention des gouvernements évidente pour le peuple ».

La Glorieuse Révolution

Searchtool-80%.png Article détaillé : Glorieuse Révolution.

En 1685, Jacques II devenu roi paraît résolu à gouverner avec prudence. Mais la lune de miel est brève. La naissance d’un prince héritier, le 20 juin 1688, enlève tout espoir de voir succéder au roi vieillissant un souverain protestant. Dix jours après la naissance, un appel de plusieurs grands seigneurs est adressé au gendre de Jacques II, Guillaume d’Orange. Il débarque le 7 novembre 1688 avec inscrit sur ses drapeaux pro religone protestante, pro libero parlamento. La Glorieuse Révolution d'Angleterre est brève. Le 25 décembre, Jacques II arrivait sur le sol français, condamné à l’exil.

Le 29 janvier 1689, une Convention est réunie après l’élection de députés : elle adopte le 13 février le Bill of Rights qui reprend les droits réservés au Parlement et attribue conjointement à Guillaume et à Marie la couronne. La monarchie modérée triomphe. Il ne s’agit pas d’un régime parlementaire : la responsabilité ministérielle n’existe pas. Néanmoins, les pouvoirs de l’exécutif et du législatif sont clairement définis, l’indépendance du judiciaire assurée et le système anglais va devenir le modèle proposé à l’admiration des hommes des Lumières.

Un régime modèle 1689-1820

Le Royaume-Uni

Sous le règne de Guillaume et Marie, les institutions parlementaires sont confortées avec le Triennal Act (1694) qui prévoit le renouvellement tous les trois ans des Communes et l’Acte d’Établissement (1701) qui exclut de l’élection tout fonctionnaire ou pensionné de l’État. En 1707, l’acte d’Union constitue le Royaume-Uni d’Angleterre et d’Écosse : les Écossais obtiennent l’égalité économique, le droit à 45 députés et 16 pairs, le maintien de leurs lois particulières, la liberté de l’Église presbytérienne et ils souscrivent à l’Acte d’Établissement qui désigne la dynastie de Hanovre pour succéder aux Stuarts.

Dans le même temps, l’Angleterre redevient une puissance de premier plan. John Locke s’impose comme le guide d’une nouvelle élite philosophique tandis que la science anglaise brille d’un éclat unique avec Isaac Newton. Sur le plan économique, Londres tend à supplanter Amsterdam comme grande place financière et commerciale de l’Europe. Les guerres de la Ligue d’Augsbourg et de la Succession d’Espagne sont des victoires anglaises. Victorieuse de la France absolutiste, la libérale Angleterre semble affirmer que liberté et puissance peuvent aller de pair.

Les libertés anglaises

Les libertés anglaises sont garanties par diverses lois. Le droit de propriété considéré comme sacré est protégé de façon jugée parfois excessive : la peine de mort punit les voleurs. L’imprimerie est libre, la censure préalable abominée et une presse vivante se développe : le premier quotidien de l’histoire est fondé à Londres en 1702 (le Daily Courant) et la publicité permet à certains journaux de prospérer. Mais le Parlement comme le gouvernement usent de la corruption ou de la menace pour intimider les journalistes. Le tirage progresse, passant de 7,5 millions d’exemplaires en 1753 à seize millions en 1801. La liberté des élections est relative : les lords écossais sont choisis davantage par le gouvernement que par leurs pairs, les députés du parlement irlandais sont les candidats de l’administration jusqu’en 1782, les catholiques sont exclus du droit de vote jusqu’en 1793. La liberté de réunion n’existe guère, un juge de paix peut disperser l’assemblée de 12 personnes et plus, jugée dangereuse pour l’ordre public (Riot Act, 1714).

L'affaiblissement du pouvoir royal sous les Hanovre

La révolution de 1688 n’avait pas mis en question le rôle de chef de l’exécutif du roi. Mais sous les deux premiers Hanovre (George Ier, George II), plus préoccupés de leur état allemand que de l’Angleterre, les ministres prennent l’habitude de délibérer entre eux. Ainsi naît le Cabinet, conseil ministériel étroit qui assume la plupart des responsabilités. On y voit dominer les grands chefs whigs, considérés plus fidèles à la dynastie que les tories attirés par les tentatives jacobites (1715 et 1745) : Robert Walpole en 1721, William Pitt l'Ancien en 1756 s’imposent par leur habileté.

George III s’efforce de reprendre en mains les affaires du royaume. Après divers échecs, le roi trouve en lord North (1770-1782) le ministre idéal qui met fin au règne des whigs. Usant de toutes les méthodes de la corruption, il assure de faciles majorités aux Communes. La Révolution américaine oblige North à se retirer et favorise l’arrivée au pouvoir de William Pitt le Jeune qui va instaurer à compter de 1783 le pouvoir du ministère. La folie du roi, l’impopularité du prince de Galles devenu régent favorisent la marche vers un régime parlementaire.

L'échec du radicalisme

À partir de 1779, on assiste à un développement du radicalisme avec le Yorkshire Movement : John Jebb, un médecin érudit, et Christopher Wyvill, un ecclésiastique, lancent une campagne d’agitation contre la surcharge fiscale et la sous-représentation des comtés aux Communes. Les radicaux sont rejoints par les rationalistes dissidents (Joseph Priestley) et des parlementaires de l’opposition. Parmi les ralliés, on trouve Jeremy Bentham et Edmund Burke, qu devient le héraut du libéralisme à la Chambre en 1780. Un pouvoir parallèle à celui du Parlement menace de s’organiser. En juin 1780, lord George Gordon, organisateur d’une pétition contre de prétendues influences papistes dans le gouvernement, est débordé par ses troupes et pendant plusieurs jours Londres est en proie à l’émeute. Le mouvement radical effraie désormais.

La Révolution française relance l’agitation politique. D’abord accueillie avec enthousiasme, elle favorise la création ou le développement de sociétés sur le modèle français : la Société des Amis de la Révolution ; la Société des Amis du Peuple ; la Société de correspondance. Une Convention de clubs populaires se tient à Édimbourg fin 1793. Les autorités multiplient les poursuites pour discours et écrits séditieux. La liberté de la presse est réduite, la liberté de réunion soumise à autorisation préalable. L’insurrection irlandaise de 1798 est noyée dans le sang.

L’opinion dans son ensemble n’a pas suivi les révolutionnaires : les excès commis en France ont effrayé les possédants et écœuré les esprits religieux, la guerre a fait jouer le patriotisme contre le radicalisme. Edmund Burke se fait le chantre du traditionalisme britannique : ses Réflexions (1790) connaissent un immense succès, condamnant la révolution française et défendant les institutions anglaises.

L’évolution sans révolution (1820-1914)

Conservateurs et libéraux

Les gouvernements britanniques, en faisant à temps les concessions inévitables, vont préserver le royaume des troubles sanglants que connaît le continent. Le règne de George III s’est néanmoins achevé dans les troubles et les manifestations radicales souvent violemment réprimés (massacre de Peterloo, 1819) qui amène une suspension de l’Habeas Corpus entre 1818 et 1820. Les disciples radicaux de Jeremy Bentham soutenus par les Whigs écartés du pouvoir, mènent campagne pour un réforme électorale. Les dissidents obtiennent la pleine égalité avec les autres protestants (1828) et les catholiques se voient enfin accorder les droits politiques et autorisés à accéder à presque toutes les fonctions, sauf au sommet de l’État. Le retour des Whigs au pouvoir, les difficultés économiques et les révolutions continentales poussent à une première réforme électorale (Reform Act 1832) qui augmente fortement le nombre des électeurs (plus 60 à 80%, avec 1 électeur pour 30 habitants) tout en maintenant le pouvoir des grandes familles et des propriétaires fonciers. Groupés autour de Robert Peel, les tories, membres du Carlton Club, deviennent en 1836 les conservateurs. Les whigs, qui se retrouvent au Reform Club, se transforment en 1847 en libéraux. Le chartisme (1837-1848) échoue en revanche dans sa tentative d’obtenir le suffrage universel masculin tout en ayant un certain retentissement au sein d’une population ouvrière toujours plus nombreuse.

L'apogée de la puissance

De 1848 à 1868, la vie politique est très instable. Les conservateurs sont divisés par la question du libre-échange avec la défection des Peelites, partisans de Robert Peel. Les libéraux doivent compter avec une aile radicale. Les conservateurs, soucieux de renouer l’alliance du trône et du peuple font voter le Reform Act (1867) qui abaisse encore le cens et redistribue de façon plus équitable les sièges, ce qui permet à l’élite ouvrière d’obtenir le droit de vote. Les deux plus brillants hommes politiques du temps accèdent enfin à la direction de leur parti respectif. Solidement dirigé, les deux grands partis dont l’homogénéité est assurée par la création de l’Union nationale conservatrice (1867) et de la Fédération nationale libérale (1874) alternent au pouvoir.

Le libéral Gladstone fait adopter le scrutin secret, généralise l’enseignement primaire et assure une reconnaissance légale aux syndicats. Il apaise la question irlandaise par le démantèlement de l’église anglicane en Irlande. Le conservateur Disraeli multiplie les lois sociales et assure l’égalité civile de l’employé et de l’employeur. Le régime parlementaire est réalisé, même si la reine Victoria se montre jalouse de conserver ses prérogatives. Dans le même temps, le Royaume-Uni s’est imposé comme l’atelier du monde, la plus grande puissance économique de la planète (cf. Exposition universelle de 1851) tout en étendant la domination britannique de l’Afrique à l’Asie. Le couronnement de Victoria comme impératrice des Indes (1876) marque symboliquement le sommet de la grandeur britannique.

La démocratisation

Ce brillant tableau se voile dans les années 1870. L'État le plus puissant du monde devient un grand État parmi d’autres. De nouvelles puissances économiques émergent : l’Allemagne et surtout les États-Unis. Les difficultés économiques favorisent les progrès du socialisme. Le néo-unionisme, qui se développe dans les années 1888-1894, dans un contexte de grèves nombreuses, voit le syndicalisme se rallier à un programme socialiste mais plus empirique que révolutionnaire. Pour permettre l’élection de députés qui défendent leurs droits, les syndicats fondent le Labour Party en 1906.

Une troisième réforme électorale en 1884 avait instauré un suffrage masculin quasi universel. Le droit de vote accordé aux femmes dans les conseils de paroisse et les conseils de districts encourage le mouvement des suffragettes qui devient violent en 1910-1913. La démocratisation du suffrage contribue à abaisser les Lords dont les pouvoirs sont nettement réduits par la loi de 1911 (Parliament Act). Au Parlement, l’équilibre des forces est devenu délicat. Les députés irlandais se sont groupés autour de Parnell, les travaillistes sont entrés aux Communes et la question irlandaise a divisé le parti libéral : les libéraux-unionistes, hostiles au Home Rule, permettent le retour au pouvoir des conservateurs. L’opinion publique joue un rôle de plus en plus important en relation avec l’essor de la grande presse favorisé par l’abaissement du droit de timbre, la disparition de la censure et les progrès techniques.

En relation avec les difficultés intérieures, une nouvelle idéologie, l’impérialisme se développe, soutenue par les politiques conservateurs (Disraeli, Joseph Chamberlain, Randolph Churchill), chantée par les hommes de lettres (Kipling) et justifiée par les historiens. La conquête de l’Afrique devient volontaire et méthodique. En Europe, les Britanniques qui avaient longtemps joué de la rivalité des États, redouté la puissance française et refusé de s’engager dans tout système d’alliance, prennent conscience du danger que représente un Empire allemand devenu un rival commercial et colonial. Le rapprochement avec la France, scellé par l’Entente cordiale (1904), va entraîner le Royaume-Uni dans une nouvelle coalition européenne, un siècle après les guerres napoléoniennes.

L'essor de l'étatisme et du socialisme (1914-1979)

La Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale favorise la croissance de l'intervention étatique. Devant le déclin des engagements volontaires dès 1915, le gouvernement en vient à violer la liberté individuelle en instaurant en 1916 un service militaire qui vise à incorporer les hommes de 18 à 40 ans. En économie, l'État se fait l'acquéreur et le redistributeur du ravitaillement et des matières premières, organise les transports, s'efforce de rationaliser la production industrielle et fait établir les besoins prioritaires. La guerre entraîne dès février 1918 l'adoption du suffrage universel des hommes de 21 ans et plus et des femmes à partir de 30 ans. Les négociations de paix voient la désunion entre Français et Anglais, Lloyd George craignant une hégémonie de la France en Europe maintenant que le péril allemand est écarté. L'économie britannique sort cependant du conflit très affaiblie.

Le pouvoir grandissant du cabinet

Le vieillissement de l'appareil industriel, les difficultés de l'agriculture, le coût élevé de la main-d'œuvre, le manque d'esprit d'entreprise, la surévaluation de la livre, pénalisent l'Angleterre qui a du mal à s'adapter aux temps nouveaux. Les ouvriers voient leur sort s'améliorer grâce à un système d'allocation de chômage à partir de 1920 et bénéficient de meilleurs logements par le Housing Act de 1924 qui a lancé un grand programme de construction d'habitations à loyer modéré. Avec la crise des années 30, le gouvernement abandonne le libre-échange et mène une politique de préférence impériale. Keynes dans sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936) pousse à une intervention accentuée de l'État. Si les effets de la crise sont atténués, le déclin industriel britannique se poursuit.

La liberté d'action du cabinet ne cesse d'augmenter et le Parlement délègue une partie de ses pouvoirs au Cabinet par une procédure de lois-cadres : ainsi le statut de Westminster qui instaure le Commonwealth en 1931 est-il présenté aux Chambres comme un tout à prendre ou à laisser. Le Premier Ministre impose son autorité au Parlement, au Cabinet mais aussi au Roi : Baldwin pousse Édouard VIII à l'abdication en 1936. La Chambre des Lords, dont le prestige ne cesse de décliner, ne pèse plus guère face à la Chambre des Communes. Au bipartisme succède la tripartisme. Le parti libéral, qui a épuisé son programme, se voit dépasser par le Labour, qui a refusé le communisme, son leader Ramsay MacDonald rejetant l'idée de lutte des classes. Néanmoins, le parti conservateur domine entre 1922 et 1945, favorisé par le vote accordé aux femmes.

La Seconde Guerre mondiale

De 1939 à 1945, le Royaume-Uni paraît renouer avec la tradition des guerres napoléoniennes et il tient tête à l'Allemagne nazie. Winston Churchill constitue un Cabinet d'Union nationale qui coalise les trois grands partis. La conscription existe dès le début et permet d'enrôler plus de 5 millions d'hommes en 1944. Le gouvernement constitue une sorte d'armée du travail de 17 millions d'hommes et de femmes au service de l'effort de guerre sous la férule d'Ernest Bevin. Plus de 20 000 usines sont construites par les soins de l'État et d'anciennes sont agrandies par l'aide publique. Onze régions économiques ont été définies et une commission centrale de planification instaurée. L'income tax est portée à 50 % du revenu et les impôts indirects ont été augmentés. La victoire voit resurgir, aggravées, toutes les difficultés économiques de l'avant-guerre.

Le temps de l'État Providence

De 1945 à 1979, l'alternance au pouvoir des deux grands partis, conservateur et travailliste, repose sur la perpétuation d'un système fortement étatisé qui se manifeste par le contrôle direct ou indirect de l'État dans de nombreux secteurs économiques et par le poids de l'État Providence. Ainsi l'agriculture est protégée du marché mondial même si le dirigisme s'atténue après 1956. Le système mis en place pendant la guerre survit, permettant une distribution planifiée des matières premières, la fixation des prix et des salaires. De nombreux secteurs furent nationalisés (Charbon 1947, Transports 1948, Sidérurgie 1951-1953 puis de nouveau en 1967) : en 1951 l'État contrôlait 10 % de la main d'œuvre industrielle.

Dans le même temps sont votées les lois sur les assurances nationales (1946) et l'assistance nationale (1948) et surtout Bevan, ministre de la Santé dans le gouvernement Attlee, impose un service national de Santé (1948) financé par le Trésor public et assurant la gratuité des soins et des médications. Le même fait voter la loi sur le logement (1946) et la loi sur la planification urbaine et rurale (1947). Le coût des services sociaux est estimé à près de 14 % du revenu national en 1950 : l'impôt sur le revenu ampute plus de 64 % des revenus supérieurs à 10 000 livres. Les conservateurs revenus au pouvoir dès 1951 ne remettent nullement en question l'héritage socialiste : les dépenses sociales vont plus que doubler entre 1950 et 1959. De retour au pouvoir en 1964, les travaillistes ne purent mettre en œuvre tous leurs projets, le coût des services sociaux devenant de plus en plus prohibitif : 20 % du PNB en 1967.

Le Royaume-Uni contemporain

Bibliographie

  • 1971, Roland Marx, L'Angleterre des révolutions, courants et mouvements, Armand Colin
  • 1980, Roland Marx, Histoire de la Grande-Bretagne, Armand Colin, 384 p.
  • 2007, Bernard Cottret, Histoire de l'Angleterre, Tallandier, ISBN 2847342621, 608p.
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