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Samuel von Pufendorf

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Samuel von Pufendorf
Juriste

Dates 1632 - 1694
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Tendance
Origine Allemagne Allemagne
Articles internes Liste de tous les articles

Citation « L'état de nature, par rapport à ceux qui vivent hors de toute société, n'est point la guerre, mais la paix, dont les principales lois se réduisent à ceci : de ne faire aucun mal à ceux qui ne nous en font point ; de laisser chacun dans une paisible jouissance de ses biens ; de tenir ponctuellement ce à quoi on s'est engagé ; enfin, d'être porté à rendre service à notre prochain, autant que des obligations plus étroites et plus indispensables nous le permettent. »
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Samuel von Pufendorf (Chemnitz, 8 janvier 1632 - Berlin, 26 octobre 1694), est un juriste et historien allemand. Son ouvrage le plus célèbre reste le De Jure naturæ et gentium (1672).

Biographie

Pufendorf naît dans une famille d'obédience luthérienne, dont le père est pasteur. Doué pour les études, il part s'instruire à l'école princière de Grimma avant de s'inscrire à l'Université de Leipzig. Il y apprend le droit et la philosophie.

Il entame ensuite une carrière de diplomate et est capturé pendant la guerre opposant le Danemark et la Suède. Libéré, il enseignera le droit naturel à l'université de Heidelberg, puis - à l'invitation du roi de Suède, Charles XI - il donnera cours à Lund. Son traité De Jure naturæ et gentium (1672) déclenchera une vive polémique, mais sera défendu par le monarque suédois. Ce soutien ne s'arrêtera pas là, puisque le roi nommera Pufendorf historiographe officiel de la Cour de Stockholm. Il sera d'ailleurs élevé au rang de baron pour services rendus.

Quelques années plus tard, en 1688, le juriste exercera des fonctions analogues à Berlin, avant de s'éteindre en 1694.

Ses idées

Droit naturel et contrat social

Searchtool-80%.png Articles connexes : droit naturel et contrat social.

Innovant par rapport à ses prédécesseurs, dont le plus illustre est Grotius, Pufendorf cherche à fonder sa science du droit sur la méthode mathématique à la lumière de la philosophie cartésienne.

Tout d'abord, Pufendorf estime que le Droit naturel (défini comme « une loi qui est perpétuelle parce qu'elle n'est pas soumise aux changements comme les lois positives ») s'applique à chaque homme, de par sa nature même. Il s'oppose ainsi aux thèses artificialistes de Hobbes, dont l'argument dit « du fabricant » cherchait à démontrer que la justice existe parce que l'homme est producteur de lois. Or, pour le philosophe allemand, il n'en est rien : la constitution physique de l'être humain en tant qu'humain le rend titulaire de droits. La nature de l'homme est voulue par Dieu, mais Pufendorf pense que la Volonté divine peut modifier la nature des êtres créés.

Contre Hobbes, et annonçant Locke, Pufendorf note que, dans l'état de nature, l'homme est déjà un être sociable. La particularité de l'espèce humaine est qu'en plus d'être constituée d'agents physiques, elle se règle grâce à des entités morales (entia moralia) simples (magistrats) ou complexes (famille, État, etc.) qui n'appartiennent pas totalement à la situation naturelle. La nécessité pour l'homme de se conserver le contraint à observer des règles de sociabilité et, afin d'augmenter sa sécurité, il forme donc des cités. La société politique est ainsi un être moral composé fondé sur des conventions formalisant le contrat social.

Ce contrat se décompose en trois moments:

  • Le pacte d'association, qui unit les personnes souhaitant se regrouper en société politique;
  • Le décret réglant la nature du gouvernement;
  • Le pacte de soumission, comportant lui-même deux temps: d'abord, l'élection du souverain auquel les contractants accepteront d'obéir. Ensuite, l'engagement réciproque comme tel, le souverain promettant de protéger la vie de ses sujets, tandis que ces derniers consentent à lui obéir.

Cette "théorie des deux contrats" (pacte d'union et pacte de soumission) correspond à une séparation entre société civile et gouvernement : le peuple préexiste aux gouvernants et survit à leur disparition. C'est déjà une théorie libérale de l'autorité politique, à laquelle souscrit également Locke, alors que Rousseau s'y opposera.

Un absolutisme tempéré par les devoirs du souverain

Searchtool-80%.png Article connexe : absolutisme.

Il convient de noter que le contractualisme pufendorfien octroie au souverain un droit de vie et de mort sur ses sujets. Il est donc permis de parler d'un absolutisme pufendorfien. Néanmoins, cette doctrine est fortement amendée par les prescriptions du juriste qui délimite les droits du prince et le soumet à de nombreux devoirs (obligation de tenir ses promesses et donc de protéger ses sujets, interdiction de ravir la propriété d'autrui, obligation de payer ses dettes et de réparer les dommages qu'il aura éventuellement causés, etc.) La nature du pouvoir souverain est donc absolue, mais les actions mêmes de l'Etat sont bornées par de nombreuses interdictions.

Pourtant, l'absolutisme reste présent chez lui. En témoigne la manière dont Pufendorf examine les relations entre gouvernants despotiques et gouvernés. C'est sans doute aussi en raison de sa confiance dans son système de droit que Pufendorf n'accepte pas le droit de résistance à l'oppression. Si le Prince se transforme en tyran, il est interdit au peuple de se révolter, et Pufendorf de commenter: « quiconque trouve le fardeau insupportable peut toujours s'en aller ailleurs ». Le bien public est, selon lui, tel qu'il vaut mieux accepter de se laisser tuer par l'oppresseur que de le tuer et de provoquer ainsi des troubles funestes.

Toutefois, notons que Pufendorf distingue soigneusement la question de la soumission au pouvoir et celle de la souveraineté du Droit. La première dépend du consentement initial du peuple (cf. le contrat social décrit supra); tandis que la seconde est inconditionnelle et existe dans toute société avant même l'institution d'un corps politique. Le philosophe écrit à ce sujet :

« Il est très faux que tout Empire dépende du consentement de ceux sur qui on l'exerce. Cela n'a lieu qu'à l'égard de l'autorité humaine qui, étant établie entre des créatures naturellement égales, n'est légitime qu'autant qu'elle est fondée sur une convention, par laquelle ceux qui en dépendent se sont dépouillés du droit et du pouvoir qu'ils avaient de résister à quiconque voudrait les réduire sous son obéissance. Mais osera-t-on soutenir que Dieu n'a aucun droit de commander à sa créature, à moins qu'elle ne se soumette volontairement à son empire ? »

Cet extrait incrimine directement la conception hobbésienne d'une souveraineté artificielle et « athée », faisant fi d'une norme antérieure (et supérieure) à la fondation de l'État.

Le droit des gens, comme recherche de la paix

Du point de vue du droit international (jus gentium), Pufendorf reprend la distinction classique entre guerres justes et injustes, tout en partant du principe que le bien commun exige le maintien de la paix. Si la guerre se révèle nécessaire, le belligérant agressé doit cependant rester dans son bon droit (lequel n'est pas incompatible avec l'emploi de la ruse) et se refuser à commettre des crimes de guerre.

Citation

  • « L'état de nature, par rapport à ceux qui vivent hors de toute société, n'est point la guerre, mais la paix, dont les principales lois se réduisent à ceci: de ne faire aucun mal à ceux qui ne nous en font point; de laisser chacun dans une paisible jouissance de ses biens; de tenir ponctuellement ce à quoi on s'est engagé; enfin, d'être porté à rendre service à notre prochain, autant que des obligations plus étroites et plus indispensables nous le permettent. »

Littérature secondaire

  • 1987, Istvan Hont, ”The Language of Sociability and Commerce: Samuel Pudendorf and the Theoretical Foundations of the ‘Four Stages Theory’”, In: Anthony Pagden, dir., The Languages of Political Theory in the Early Modern Europe, Cambridge: Cambridge University Press, pp253—277

Liens externes

En français

En anglais

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