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Taxe Tobin

De Wikiberal

La Taxe Tobin est une taxe sur les transactions monétaires internationales proposée par l'économiste James Tobin en 1972 pour réduire les transactions monétaires et limiter la volatilité des taux de change. Soutenue par les mouvements altermondialistes, elle est extrêmement critiquée par la grande majorité des économistes et a été même rejetée par celui qui l'a initialement proposée.

Principe

La taxe Tobin, suggérée en 1972 par le lauréat du Prix Nobel d'économie James Tobin, consiste en une taxation des transactions monétaires afin de désinciter à la spéculation. Le taux choisi serait faible, de 0,05 % à 1 %, mais, suffirait à être un « grain de sable » venu gripper la machine spéculative sans décourager les échanges non-spéculatifs.

L'assiette et le taux seraient identiques dans tous les pays. Collectés et administrés par chaque gouvernement, les fonds recueillis seraient ensuite reversés à un organisme géré par le FMI, la Banque mondiale ou un organisme indépendant placé sous le contrôle de l'ONU. Les sommes ainsi récoltées seraient redistribuées prioritairement aux pays les moins avancés.

À l'heure actuelle elle est de plus en plus associée au concept développé par le professeur Paul Bernd Spahn et prend le nom de taxe Tobin-Spahn. Celle-ci est une taxe à double niveau : le premier niveau est un faible taux applicable aux transactions financières tant que celles-ci restent dans les limites d'une moyenne convenue, le deuxième niveau est un taux élevé (de l'ordre de 80%) qui s'applique automatiquement en cas d'instabilité financière.

Le taux du premier niveau, de l'ordre du centième de pour cent, est trop faible pour entraver les transactions productives mais constitue déjà un frein aux transactions spéculatives. Celles-ci, en effet, se caractérisent par des échanges financiers très rapides et très nombreux avec des marges bénéficiaires très faibles. C'est la répétition de ces échanges sur un court laps de temps qui permet d'accumuler des bénéfices importants. La taxe Tobin s'appliquant à chacune des transactions grèverait de façon importante le bénéfice final du spéculateur.

Histoire de l'idée

Les accords de Bretton Woods signés en 1944 ont été ratifiés par 44 pays. Ils visaient à rétablir le système monétaire mondial mis à mal suite à la Seconde Guerre mondiale. Le FMI et la Banque mondiale ont été créés à la suite de ces accords.

L'idée du professeur Tobin a connu un certain engouement depuis la crise mexicaine de 1992-1994. Le projet a été évoqué au sein de l'ONU, du G7 d'Halifax en 1995. En 1997, l'association ATTAC se crée et milite en sa faveur, puis en 1999 la nébuleuse altermondialiste la met en bonne place dans la vitrine de ses slogans.

En janvier 2000, une résolution au Parlement européen a été repoussée à une très faible majorité (229 voix contre 223) par la droite libérale (ainsi que les députés Anglais du Labour) et certains partis d'extrême gauche (LCR et LO). Depuis la Commission et le Parlement n'ont montré que peu de motivation pour elle.

Le 10 septembre 2003, James Tobin, qui avait déjà rejeté l'idée, déclare au journal Le Monde: « J’apprécie l’intérêt qu’on porte à mon idée, mais beaucoup de ces éloges ne viennent pas d’où il faut. Je suis économiste et, comme la plupart des économistes, je défends le libre-échange. De plus, je soutiens le Fonds monétaire international (FMI), la Banque Mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), tout ce à quoi ces mouvements (anti-mondialisation) s’en prennent. »

Une fausse bonne idée

Si elle peut sembler attrayante en offrant à la vindicte populaire la figure du vil spéculateur qui met en danger l'« économie réelle », la taxe Tobin est une fausse bonne idée, dont les plus fragiles seraient les premières victimes : ainsi, en dépit de son taux très faible, elle constituerait un frein aux échanges en général, étant donné qu'elle serait également prélevée sur des transactions de paiement et transfert non-spéculatives, du fait des entreprises fonctionnant en réseaux, et des contraintes d'optimisation de trésorerie en temps réel.

À l'inverse, les mouvements de capitaux de grande échelle, tels que ceux qui ont causé les crises asiatique et russe, ne seraient pas affectés, son taux n'étant pas assez élevé pour être dissuasif. Elle introduirait uniquement une complexité supplémentaire dont les établissements bancaires les plus puissants seraient les gagnants, tels ceux pratiquant l'ingénierie financière, capables de mettre au point des systèmes de compensation et des contrats dérivés contrant les effets de cette mesure. À titre d'illustration, la création du marché de l'eurodollar dans les années 1970 avait contourné les entraves règlementaires au replacement des avoirs en dollars externes aux États-Unis, pour le plus grand profit des places financières de Londres et Luxembourg. Comme le résume Olivier Ferrand, actuel président du think tank social-démocrate Terra Nova, « la taxe Tobin ne permet pas de lutter contre la spéculation »[1].

De par sa nature transnationale, elle est impossible à mettre en oeuvre et dangereuse pour les libertés. Ainsi, elle devrait être mise en place à une échelle mondiale ou continentale, ce qui implique une entente difficile à obtenir : une action isolée de quelques pays auraient des effets négatifs sur leur économie. Les paradis fiscaux risqueraient de ne pas coopérer. Quand bien même cela serait possible, cela reviendrait à mettre entre les mains de quelques personnes les moyens de connaître toutes les activités financières mondiales, avec tous les risques que cela représente pour les libertés de chacun. Elle est en particulier incompatible avec le secret bancaire, parce qu'elle nécessite la traçabilité des transactions financières.

Les quelques millions de dollars que rapporteraient une telle taxe ne serviraient non seulement pas à grand chose, compte tenu de l'état de pauvreté extrême dans laquelle sont plongés les pays du Sud, mais encore empirerait considérablement la situation. En effet, la seule conséquence certaine de l'instauration de la taxe Tobin serait une paralysie des mouvements de capitaux dans le monde, ce qui serait désastreux pour les pays en développement, lesquels, trop pauvres, n'ont pas les moyens de rassembler une épargne suffisante pour pouvoir investir et donc se développer. À l'image dess dragons asiatiques, les pays en développement ont et auront besoin de l'épargne des étrangers pour pouvoir investir, chose qui sera rendue très difficile par un quasi-arrêt potentiel des mouvements de capitaux à travers la planète.

Enfin, taxer les transactions financières pourrait s'avérer contre-productif en période de crise financière. « L'origine de la crise actuelle est principalement une crise des liquidités, explique Jacques Delpla (membre du Conseil d'Analyse Économique) : les actifs toxiques étaient des actifs non liquides, qui n'avaient pas de marchés pour être vendus. La taxe Tobin serait une taxe sur les actifs liquides. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire, car les marchés iront le cas échéant sur les marchés non liquides[2]. »

Ce n'est donc en définitive, ou bien une mesure efficace et néfaste, ou bien un vœu pieux ne servant qu'à relancer, le temps d'un journal télévisé, les politiciens français en mal de propositions révolutionnaires à annoncer pour sauver une France qu'ils ont tous contribué à affaiblir par la succession de leurs « grandes idées ».

Erreur courante : La spéculation est une mauvaise chose

Searchtool-80%.png Article détaillé : Spéculation.

Notes et références

  1. Olivier Ferrand, "La taxe Tobin : une nouvelle mythologie ?", Le Banquet, N°15, 2000
  2. Le come back raté de la taxe Tobin, L'Expansion 18/09/2009

Liens externes

En français

En anglais


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