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Leadership héroïque

De Wikiberal.

Le leadership héroïque suppose que les dirigeants sont nés en tant que leaders ou qu'ils disposent des qualités de leader dès la naissance. La plupart des historiens racontent des récits dans lesquels les décisions de quelques grands hommes changent radicalement le sort de millions d'autres. La plupart des biographies des grands leaders présentent les leaders héroïques comme s'ils étaient arrivés au monde avec une dotation génétique extraordinaire. Leur futur rôle de leader était prédestiné. Après un moment de gloire, cette approche fut critiquée[1], mais on assiste à l'ère moderne à un retour de la théorie du leadership héroïque où les capacités génétiques ne seraient pas le facteur déclencheur, mais plutôt les capacités d'apprentissage.

Sommaire

La théorie du "Grand Homme" de Thomas Carlyle

Cette théorie du "grand homme" est surtout devenue populaire durant le 19ème siècle. En 1840, un historien écossais du nom de Thomas Carlyle[2] a présenté "La Théorie de grand homme" à travers un livre et une série de conférences intitulées "Le Héros, le culte des héros, et le héroïque dans l'histoire". Il a donné le profil des grands hommes à travers l'histoire et il a souligné certaines caractéristiques qui, lorsqu'on les étudie attentivement et méthodiquement, pourrait être instructives pour reconnaître les leaders potentiels. Thomas Carlyle, a eu une influence majeure sur cette théorie du leadership, en affirmant que, "L'histoire du monde n'est que la biographie des grands hommes" et il écrivit avec passion, "l'Histoire universelle, l'histoire de ce que l'homme a accompli dans ce monde, est au fond l'histoire de grands hommes qui ont travaillé ici".

Parmi les grands leaders, Thomas Carlyle glorifiait les rois (King), dont l'étymologie en anglais, soutenait-il dérive de l'ancien mot "Can-Ning", qui signifie "Able-man". "L'homme capable', selon les termes de Carlyle, est celui qui dirige le cours de l'histoire de l'espèce humaine et qui détermine le destin de l'humanité. Pour cet auteur, les héros nous enseignent le bien et le mal, Les héros nous donnent les grandes inventions et les découvertes. Un petit nombre de grands hommes transforment la société; La foule les suit. La démocratie moderne, pensait Thomas Carlyle, a produit des millions d'imbéciles qui votent, d'autres hommes vont au Parlement pour palabrer, et, inévitablement, que de rares personnes (les grands hommes) agissent. Selon Carlyle, les leaders efficaces sont ceux doués d'une inspiration divine et dotés de bonnes caractéristiques de personnalités.

Les exemples de leader sont généralement pris parmi les membres de l'aristocratie, puisque eux-seuls avaient l'occasion de diriger. Donc, cette théorie considère que les grands leaders sont un héritage génétique et héréditaire. La théorie du grand homme est entachée d'un préjugé androcentrique puisque le concept de la "grande femme" n'a pas été exploré. De plus, la théorie indique que le leader apparaît lorsque le besoin de la société émerge, d'où les exemples de la théorie des grands hommes qui apparaissent en fonction des circonstances et des besoins :

  • Militaires comme Dwight D Eisenhower, George S Patton
  • de résistance comme Jean Moulin
  • d'Empire comme Jules César, Hannibal, Alexandre le Grand, Genghis Khan, Napoléon,
  • Spirituels comme Bouddha, Jésus,
  • Politiques comme Abraham Lincoln, Winston Churchill, Mahatma Gandhi

La littérature américaine abonde d'exemples de sociétés qui notoirement secourus et qui ont gagné leur renaissance grâce à des leaders héroïque. Cela est vrai Holmes chez "Marks and Spencer", mais surtout dans l'industrie automobile comme Lee Iacocca chez Chrysler, Henry Ford chez Ford, Alfred Sload chez General Motors. Les exemples de réussites dans l'informatique comptent aussi de nombreux succès de leader héroïque dont l'emblème est Bill Gates. Ce style de leadership est décrit par J. Collins (1998)[3] comme un leadership de niveau 5. Le cas arrive en période de crise lorsque les grands individus (Churchill, Roosevelt) surgissent pour orienter les personnes, des sociétés ou des nations pour leur sécurité.

Les limites de la théorie du "Grand Homme"

Dans de nombreux exemples, il semble que l'homme idéal pour une situation semble émerger, comme par magie, pour prendre le contrôle d'une situation et pour diriger un groupe de personnes afin d'assurer la sécurité militaire ou civile ou la réussite économique. L'inconvénient est que lorsque la crise est passée, les qualités d'héroïsme ne sont plus nécessaires et peuvent même provoquer des dysfonctions pour l'organisation ou la société. Cette théorie du leadership héroïque porte principalement sur les individus indépendants et elle cadre une influence unidirectionnelle entre le leader et le suiveur. Cette vision est contredite par les théorie du leadership serviteur, de l'échange entre le leader et les suiveurs ou par la théorie du followership.

Le sociologue, Herbert Spencer, s'est porté critique de la théorie du grand homme. Il a suggéré que les dirigeants étaient des produits de la société dans laquelle ils vivaient. Dans son livre, "l'étude de la sociologie", Herbert Spencer a écrit, «il faut admettre que la genèse d'un grand homme dépend d'une longue série d'influences complexes qui a produit la course dans laquelle il apparaît, et l'état social dans lequel cette course a lentement grandi. ... Avant qu'il ne puisse refaire sa société, sa société doit le faire. "

Que la théorie soit dénommée théorie du Grand Homme n'est pas un hasard puisque la gente masculine, forte de sa force physique et s'exprimant par son ambition belliqueuse et militaire, incarne la vision occidentale du leader parfait jusqu'à la moitié du 20ème siècle[4]. L'autre voie de reconnaissance du leader fut son affirmation religieuse (Jésus, Moïse, Mahomet ou Bouddha).

La théorie libertarienne du leadership d'inspiration autrichienne, [5], est critique vis à vis de ce biais androcentrique. L'idée du grand homme dans la symbolique populaire s'est aussi égarée dans le domaine mythique, avec cette superstition qu'en cas de besoin, un grand homme apparaitrait nécessairement, presque par magie ou par dotation divine, pour sauver le reste du peuple.

D'un certain point de vue, le leader héroïque peut être considéré comme une construction sociale bénéfique pour certains adeptes, car cette théorie met l'accent sur ​​un seul individu (le leader) permettant aux autres de se libérer d'une contrainte inhibitrice. Cela leur permet d'échapper à la responsabilité d'améliorer une situation ainsi que de subir les souffrances des conséquences fâcheuses si les efforts échouent. Dans de nombreux cas, c'est la croyance presque romantique dans la capacité surhumaine des leaders qui semble jouer un rôle principal dans la façon dont les gens donnent du sens aux événements et aux phénomènes organisationnels. Le leadership ou le manque de leadership devient alors un moyen facile pour expliquer les raisons des dysfonctionnements. En réalité, les comportements réels de leadership ne peuvent pas jouer autant ce rôle dans les résultats de la performance. Le leader héroïque du petit groupe est autant fondé sur une croyance qu'il ne l'est dans la grande société. Et, l'évolution historique du petit groupe fermé vers la grande société ouverte n'a aucune signification précise, pour exiger par certaines règles démocratiques, la présence de ce leader héroïque.

Un contraste frappant de la vision du leadership, par rapport à celle de Thomas Carlyle, peut être trouvé dans les écrits de Léon Tolstoï, qui croyait que l'histoire forme et détermine les leaders. Dans son épilogue de "Guerre et Paix", Léon Tolstoï prétend que les rois et les généraux sont des esclaves de l'histoire. Il précisait que les dirigeants surfent simplement sur la crête des vagues historiques qui ont été mises en mouvement par des myriades de forces hors du contrôle ou de la compréhension de ces leaders. «Tous leurs actes, qui leur apparaissent comme des actes de leur propre volonté», écrit Tolstoï, «est involontaire dans un sens historique et ils sont liés à la cause de toute l'histoire et sont prédestinés de toute l'éternité".

Bryan Caplan survolant rapidement les arguments philosophiques (prédestination de l'humanité. Selon Tolstoï; les faits devaient arriver ainsi) et tautologiques (Napoléon n'a pas gagné la guerre car il n'a pas tiré sur les soldats ennemis. Ce sont ses soldats qui ont gagné la guerre) de Tolstoï s'applique à étudier plutôt la motivation microéconomique des acteurs. Selon Tolstoï, la bataille de Borodino s'est produite à une période particulière où l'armée française affamée, en lambeaux, frigorifiée et lasse de la campagne s'est retrouvée en face d'une armée ennemie lui bloquant la route de Moscou. Si Napoléon avait donné l'ordre à ses troupes de ne pas tirer sur l'ennemi, ils l'aurait fait quand même, avance Tolstoï et se seraient peut être mutinés. Le combat était inévitable. Napoléon n'a pas donné l'ordre de combattre. Il a soutenu le combat désirés par ses soldats. En d'autres termes, la causalité ne va pas du grand homme aux masses, mais dans l'autre sens. Un leader ne peut pas obliger la masse à faire quelque chose qu'elle ne veut pas faire sans perdre son leadership. Le leader ne donne qu'une condition à la mise en action. Ils ne modifient pas les motivations profondes des individus. Lorsque Tolstoï annonce que ce n'est pas Charles IX qui a effectué le massacre de la Saint-Barthélemy ou ce n'est pas Napoléon qui a massacré quatre-vingt mille hommes à la bataille de Borodino. Ils n'ont fait qu'ordonné le commencement de la bataille ou du sanglant meurtre de masse.

Bryan Caplan admet qu'il existe des moments dans l'histoire où des événements particuliers forcent la main d'un leader. Mais, reprenant l'exemple de Napoléon, c'est lui qui a donné l'ordre initial d'envahir la Russie, et non pas ses troupes. Bryan Caplan utilise la technique de la théorie des jeux. Les "Grands Hommes", précise-t-il, servent de points focaux dans des jeux de coordination. Dans de nombreuses circonstances, les gens veulent faire ce que font les autres. Si personne ne veut envahir la Russie, aucun soldat ne voudra suivre le leader. Mais, si tous les soldats de la me^me troupe choisissent d'envahir la Russie, alors un soldat, en particulier, ne veut pas être abandonné à l'arrière. Le résultat final d'ensemble tient dans la croyance de ce que tous les autres vont faire. Les gens ne suivent pas le leader parce qu'il leur demande de le suivre mais chacun fait comme il pense ce que les autres vont faire. Ce n'est qu'une fois que le leadership est bien établi, que les suiveurs suivent le leader. Et Bryan Caplan ajoute tout de même : "Mais comme toute l'histoire de la monarchie héréditaire le montre, être au bon endroit et au bon moment compte beaucoup aussi".

Le retour du leadership héroïque appris

Depuis quelques années, on assiste à un retour de la théorie du leadership héroïque. Les capacités et les compétences principales de leadership peuvent être apprises, et nous sommes tous éducables, du moins si le désir fondamental d'apprendre est présent en nous, et que nous ne souffrons pas pas de troubles d'apprentissage. Par ailleurs, quelle que soit les dotations naturelle dont nous disposons dans ce rôle de leadership, elles peuvent être améliorés. Nourrir note capacité de leadership héroïque est beaucoup plus importante que ce que la nature a déterminée pour que nous devenions tous des leaders efficaces.

Cependant, il semble évident que les humains ne peuvent pas développer des talents qu'ils n'ont pas. Si le désir d'apprendre est fort mais qu'il n'y a pas de dons extraordinaires, alors aucun talent ne peut être entretenu et développé. Autrement dit, celui qui est né avec des semelles de plomb ne peut pas gagner le 100 Mètres olympique contre d'autres personnes n'ayant pas ce handicap.

La représentation du leadership héroïque est importante pour les suiveurs qui s'en forgent une image positive. Le leader héroïque est imaginé disposer de principes élevés, d'un comportement noble et se singularise par des actes d'abnégation. Même aujourd'hui, à travers ses histoires triomphales et de tragédie humaine, le modèle du leadership héroïque offre aux individus des moments instantanée de s'évader de la routine de la vie quotidienne et, à l'occasion, de trouver l'inspiration nécessaire pour transcender les circonstances et accomplir des actes inattendus qualifiables de grand.

Notes et références

  1. "Les XVIIe et XVIIIe siècles connurent un grand débat à propos de l'hérédité des qualités. Les gentilhommes tenaient pour la race noble, pour le sang bleu véhicule des vertus, mais Loyseau, porte-parole des robins, écrivait au début du XVIIe : « L'âme raisonnable des hommes venant immédiatement de Dieu qui la crée exprès lorsqu'il l'envoie au corps humain n'a point de participation naturelle aux qualités de la semence générative du corps où elle est colloquée... si parfois leurs meurs (des enfants) se rencontrent à estre conformes à ceux de leurs pères, cela ne provient pas de la génération, qui ne contribue rien aux âmes, mais seulement de l'éducation »" Yves Durand, 1987, "Solidarité et Révolution individuelle, In: Henri Lepage et Serge Schweitzer, dir., "De l'ancienne économie à la nouvelle économie", Librairie de l'Université, Aix-en-Provence, p87
  2. * Thomas Carlyle, 1902, "The hero as king", In: J. T. Wren, dir., "The Leaders Companion: Insights on Leadership Through the Ages", New York, NY: The Free Press, pp53-54
  3. J. Collins, "Level Five Leadership: The Triumph of Humility and Fierce Resolve", Harvard Business Review, January, pp66-79
  4. Les exceptions féminines comme Jeanne d'Arc ne viennent que confirmer la règle.
  5. dont Murray Rothbard

Publications

  • 1849, Thomas Carlyle, "On Heroes, Hero-Worship and the Heroic in History", Boston: Houghton-Mifflin
    • Nouvelle édition en 1888, New York: Fredrick A. Stokes & Brother
  • 1869, F. Galton, "Hereditary genius", New York: Appleton
  • 1913, F. A. Woods, "The influence of monarchs", New York: Macmillan
  • 1954, E. Borgatta, R. Bales et A. Couch, "Some findings relevant to the great man theory of leadership", American Sociological Review, 19(6), pp755-759
  • 1963, Arthur Schlesinger, Jr., "On heroic leadership and the dilemma of strong men and weak peoples”, In: Arthur Schlesinger, Jr., "The Politics of Hope", Boston: Houghton-Mifflin, pp1-22
  • 1986, Peter A. Bly, "On Heroes: Galdós and The Ideal of Military Leadership", Revista Canadiense de Estudios Hispánicos, Vol 10, n°3, Primavera, pp339-351
  • 1988, Jerome T. Murphy, "The Unheroic Side of Leadership: Notes from the Swamp", The Phi Delta Kappan, Vol 69, n°9, May, pp654-659
  • 1989, J. Adair, "Great Leaders", Talbot Adair Press, Guildford
  • 1991, P. Henry et C. C. Manz, "Superleadership: Beyond the Myth of Heroic Leadership", Organizational Dynamics, Vol 19, n°4, Spring, pp18-35
    • Repris en 1995, In: J. T. Wren, dir., "The leaders companion: Insights on leadership through the ages", New York: The Free Press, pp212-221
  • 1993, Kenneth E. Morris, Barry Schwartz, "Why They liked Ike: Tradition, Crisis, and Heroic Leadership", The Sociological Quarterly, Vol 34, n°1, Spring, pp133-151
  • 2001,
    • J. L. Badaracco, "We Don’t Need Another Hero", Harvard Business Review, 79, pp120–126
    • Diana J. Mason, "Editorial: Tales of Leadership, Heroism, and Caring", The American Journal of Nursing, Vol 101, n°11, Nov., p7
  • 2004,
    • J. L. Badaracco, ‘Beyond Heroic Moral Leadership’, Conversations on Leadership of the Center for Public Leadership, Harvard College Publications, Boston, MA.
    • J. K. Fletcher, "The paradox of postheroic leadership: An essay on gender, power, and transformational change", The Leadership Quarterly, 15(5), pp647-661
    • Jon Roper, "'The Contemporary Presidency': George W. Bush and the Myth of Heroic Presidential Leadership", Presidential Studies Quarterly, Vol 34, n°1, Going to War, Mar., pp132-142
  • 2005,
    • D. Alder, H. Dayan-Horesh, B. Shamir, 2005, “Leading by Biography: Towards a life-story to the study of leadership”, Leadership, 1:1, pp13-29
    • Bryan Caplan, "Tolstoy and the Great Man Theory", Library of economics and Liberty, 12 août
    • Thomas J. Napierkowski, "Beowulf: The Heroic, The Monstrous, and Anglo-Saxon Concepts of Leadership", International Journal of Public Administration, Vol 28, n°5-6, May, pp503-516
  • 2009, T. Clark, E. Guthey, B. Jackson, "Demystifying Business Celebrity", London: Routledge