Dictature

De Wikiberal

Dans la Rome antique, la dictature est l'institution politique qui consiste à accorder les pleins pouvoirs à un magistrat suprême. La dictature est alors caractérisée par la temporalité (six mois), la légalité et la légitimité[1].

De nos jours le mot dictature s'est galvaudé et correspond à ce que les anciens nommaient tyrannie : le pouvoir arbitraire d'une personne ou d'un groupe qui s'impose et se maintient par la force. On en trouve l'expression, à des degrés divers, dans le bonapartisme, le fascisme, le nazisme, le communisme. La démocratie totalitaire est aussi une forme de dictature.

La dictature, dans un sens plus galvaudé encore, peut désigner tout régime néfaste encore que le pouvoir serait populaire et ne reposerait pas sur la force, ou bien tout régime gouverné par la force, quand bien même le pouvoir absolu serait employé vers des fins de salut public plutôt que de bénéfice personnel.

B0.jpg Discussions sur le forum
Dictature libérale, Dérivé des borborygmes sur la BCE (for)

Articulation entre notions

La dictature est un régime politique qui s'impose et se maintient par la force. C'est en général le pouvoir absolu d'un homme, parfois d'un groupe d'hommes plus ou moins étendu (parti, caste, armée, groupe religieux...). La dictature s'oppose à la démocratie, en particulier par l'absence d'élections libres ou représentatives - encore que la démocratie puisse être considérée comme la tyrannie de la majorité (Tocqueville)[2].

Ayn Rand indique quatre critères qui caractérisent une dictature :

  1. domination d'un seul parti politique ;
  2. exécution des opposants politiques sans procès, ou avec une parodie de procès ;
  3. nationalisation ou expropriation de la propriété privée ;
  4. censure.

Il convient de distinguer les notions de libéralisme et de démocratie. La démocratie s'oppose au gouvernement autoritaire ; le libéralisme au totalitarisme[3]. Est donc concevable la démocratie qui n'est pas libérale et un régime autoritaire qui se conforme aux préceptes libéraux.

Néanmoins les régimes qui ont voulu la démocratie sans le libéralisme n'ont eu ni l'une ni l'autre. Pendant la guerre froide, on opposait les démocraties libérales aux démocraties populaires, qui n'avaient de démocratiques que le nom.

Inefficacité de la dictature

Hayek relève, dans Droit, législation et liberté, le paradoxe du dictateur : sa position est dans une certaine mesure contradictoire, car en réduisant les hommes au statut d'instruments de sa volonté, il atteint plus difficilement ses buts, car il se prive d’une connaissance qui aurait été atteinte s'il les avait laissés libres d’explorer le réel comme ils l'entendaient.

Citations

  • Le trône est du goût de tout le monde, et ce n'est pas le trône qu'on déteste, c'est celui qui s'y assoit. (Marquis de Sade)
  • On n’établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture. Le pouvoir a pour objet le pouvoir. (George Orwell, 1984)
  • Les dictatures sont des nations hors-la-loi. Toute nation libre avait le droit d'envahir l'Allemagne nazie et, aujourd'hui, a le droit d'envahir la Russie soviétique, Cuba ou n'importe quel autre enclos d'esclaves. (Ayn Rand, La vertu d'égoïsme)
  • Les marxistes prétendent que la dictature, seule - leur dictature bien évidemment - permettrait d'exprimer la volonté populaire. Notre réponse est celle-ci : nulle dictature n'a d'autre objectif que sa perpétuation et elle ne peut conduire qu'à l'esclavage du peuple la tolérant ; la liberté ne peut résulter que de la liberté, c'est-à-dire de la rébellion du peuple laborieux et de sa libre organisation. (Michel Bakounine, Étatisme et Anarchisme)
  • Les despotes eux-mêmes ne nient pas que la liberté ne soit excellente ; seulement, ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils soutiennent que tous les autres en sont tout à fait indignes. Ainsi, ce n’est pas sur l’opinion qu’on doit avoir de la liberté qu’on diffère, mais sur l’estime plus ou moins grande qu’on fait des hommes ; et c’est ainsi qu’on peut dire d’une façon rigoureuse que le goût qu’on montre pour le gouvernement absolu est dans le rapport exact du mépris qu’on professe pour son pays. (Alexis de Tocqueville)
  • Je dirai que, comme institutions pour le long terme, je suis complètement contre les dictatures. Mais une dictature peut être un système nécessaire pour une période transitoire. Parfois il est nécessaire pour un pays d’avoir, pour un temps, une forme ou une autre de pouvoir dictatorial. [...] Personnellement je préfère un dictateur libéral plutôt qu’un gouvernement démocratique manquant de libéralisme. Mon impression personnelle est que [...] au Chili par exemple, nous assisterons à la transition d’un gouvernement dictatorial vers un gouvernement libéral. (Friedrich Hayek, Entretien avec le quotidien chilien El Mercurio, 12 avril 1981)
  • Dictateur : Chef d'une nation qui préfère la peste du despotisme au choléra de l'anarchie. (Ambrose Bierce)
  • Les masses sont de plus en plus faites non pas d’hommes unis par la conscience de leurs droits et la volonté de les défendre, mais d’hommes de masse faits pour subsister en masse dans une civilisation de masse où le moindre petit groupe d’hommes dissidents libres serait considéré comme une grave rupture d’équilibre, une menace de catastrophe, une espèce de lézarde, de fissure capable d’entraîner brusquement la chute de tout l’édifice. La dictature des masses n’est nullement la libération des masses. On imagine très bien, au contraire, une dictature des masses asservies et cette dictature sera d’autant plus lourde que les masses seront plus « masses », c’est-à-dire plus asservies. (Georges Bernanos, La liberté pour quoi faire ?, 1946-1947)

Références

  1. cf Raymond Aron
  2. "Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu'on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu'on l'exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis: là est le germe de la tyrannie" (Tocqueville, De la Démocratie en Amérique)
  3. Hayek, La Constitution de la liberté, chapitre 7

Bibliographie

  • Authoritarian Regimes and Pro-Democracy Semi-Oppositions: The End of the Portuguese Dictatorship (1968–1974) in Comparative Perspective, Tiago Fernandes Democratization, Volume 14, Issue 4, August 2007, pages 686-705
  • Libya, Social Origins of Dictatorship, and the Challenge for Democracy, Ali Abdullatif Ahmida, The Journal of the Middle East and Africa, Volume 3, Issue 1, January 2012, pages 70-81
  • Outsourcing the Inquisition: ‘Mass Dictatorship’ in China’s Cultural Revolution, Michael Schoenhals, Totalitarian Movements and Political Religions, Volume 9, Issue 1, March 2008, pages 3-19
  • Remembering Stalin: Mythopoetic Elements in Memories of the Soviet Dictator, Natalia Skradol, Totalitarian Movements and Political Religions, Volume 10, Issue 1, March 2009, pages 19-41
  • The Search of an Elusive Consensus: Democracy, Dictatorship and “Apertura” in Chile, 1983–1986, J.D. Livermore, Canadian Journal of Latin American and Caribbean Studies/Revue canadienne des études latino-américaines et caraïbes, Volume 13, Issue 25, January 1988, pages 29-43
  • Writing dictatorship and misrule in Uganda: Susan N. Kiguli’s The African Saga, Danson S. Kahyana, Social Dynamics, Volume 41, Issue 3, September 2015, pages 502-515

Liens externes

3835-22604.png Accédez d'un seul coup d’œil au portail consacré au libéralisme politique.