Droit animal

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Le droit animal est la discipline qui se concentre sur l’étude du statut juridique de l’animal dans le droit positif. L'éthique animale, c'est l'étude de la responsabilité morale des hommes à l'égard des animaux pris individuellement. L'approche de l'éthique animale est individualiste - car seuls les individus souffrent - au contraire d'autres approches éthiques holistes.


La question animale en philosophie

Le problème de la question animale remonte à l'antiquité et a été abordée par les philosophes grecs. Soit il était question de relever les différentes formes d'intelligence chez les animaux, soit de leur statut moral et de la relation de justice entre les animaux et les hommes. Afin de comprendre la nature des animaux, les philosophes ont exprimé des comparaisons, comme l'atteste la formule d'Aristote pour qui l’homme est le seul des animaux à posséder le langage et le logos.

Au moyen-âge, Thomas d'Aquin reprend les enseignements de son maître Albert le Grand, et considère que les animaux ne sont pas soumis à des préceptes moraux et ils n'ont pas la vocation à la justice.

Pour René Descartes, les animaux sont dépourvus d'âme et de raison, et ne voit dans l'animal qu'un automate (théorie de l'animal-machine). La thèse cartésienne selon laquelle l'esprit s'identifie à la conscience a fortement contribué au développement de notre pensée contemporaine.

La conception mécaniste du corps vivant représente l'héritage matérialiste de Descartes. Cette vision a bien sûr évolué, notamment avec Emmanuel Kant, pour qui il n'était pas concevable de réduire les êtres vivants à un fonctionnement purement mécanique.

L'éthique déontologique de Kant met l'accent sur les notions de devoir, d'obligation et l'impératif moral de traiter autrui non pas comme une chose ou un objet.

Le fondement impératif sur lequel Kant a établi la morale pour fonder une théorie des devoirs a été critiqué par Arthur Schopenhauer dans son essai Le Fondement de la morale. Voir à ce sujet plus bas l'Argument kantien. En effet, pour Schopenhauer, « l’homme et l’animal sont, et pour le moral et pour le physique, identiques en espèce ».[1]

Schopenhauer critique également Descartes d'avoir bâti une psychologie rationnelle et construit une anima rationalis immortelle, dans le but de décerner un monopole exclusif à l'homme seul, et de creuser entre l’homme et l'animal un abîme énorme.

« On prétend que les bêtes n’ont pas de droit ; on se persuade que notre conduite à leur égard n’importe en rien à la morale, ou pour parler le langage de cette morale-là, qu’on n’a pas de devoirs envers les bêtes. » - Schopenhauer.

De la même manière, Rousseau écrit : « Les modernes ne reconnaissant sous le nom de loi qu'une règle prescrite à un être moral, c'est à-dire intelligent, libre, et considéré dans ses rapports avec d'autres êtres, bornent conséquemment au seul animal doué de raison, c'est-à-dire à l'homme, la compétence de la loi naturelle ». [2]

Les animaux selon les religions

Selon la plupart des religions, il convient de respecter les animaux (par exemple Noé avec son Arche remplie d'animaux). Mais, du fait des conceptions cultuelles et culturelles, lorsque des périodes de rites sont indiquées par les calendriers, on sacrifie des animaux dans certaines religions.

En fait, le problème pourrait être de savoir si on peut attribuer une âme aux animaux ou s'ils sont de simples machines (vision cartésienne). Les religions diffèrent grandement sur ce point. Les religions monothéistes n'attribuent pas une âme aux animaux et affirment la domination absolue de l'homme sur les animaux, tandis que les religions orientales (hindouisme, bouddhisme, jaïnisme...) ne voient pas de différence d'essence entre l'homme et l'animal (soit que ni l'un ni l'autre n'aient d'âme, comme dans le bouddhisme, soit que tous deux participent à une même "âme universelle", comme dans l'hindouisme ou le jaïnisme).

Dans le jaïnisme, le végétarisme est une pratique liée à une éthique de non-violence envers les animaux. Ainsi, cette doctrine insiste sur le respect de tous les êtres vivants, et le refus de consommation de chair animale.

Position Utilitariste

D'après l'utilitarisme, en reprenant le principe de Bentham selon laquelle « la nature a placé l’humanité sous le gouvernement de deux maîtres souverains, la douleur et le plaisir », la liberté n’est qu’un moyen pour atteindre l’objectif du plus grand bonheur du plus grand nombre. Le bonheur étant défini par la maximisation des joies et la minimisation des peines, la prise en compte des intérêts des animaux s’est imposée d’elle-même dans la mesure où ils sont considérés comme des êtres sensibles. Ainsi le fondateur de l’école utilitariste moderne, Jeremy Bentham, évoque explicitement le cas des animaux.

Le livre Animal liberation de Peter Singer, qui a servi de fer de lance aux mouvements de défense du droit animal, se base ainsi sur des prémisses explicitement utilitaristes. L'utilitarisme de Peter Singer se cadre plutôt dans la question du bien-être animal (animal welfare).

Toutefois l'utilitarisme de Peter Singer se démarque de l'utilitarisme classique dans le mesure où celui-ci introduit également une éthique normative des préférences, à savoir que tous les êtres vivants sensibles peuvent démontrer et mettre en œuvre des stratégies pour éviter la souffrance et avoir une préférence pour la vie. Ceci implique une considération morale qui ne dépend plus du fait que les êtres vivants sensibles devraient avoir la qualité d'êtres de raison, mais plutôt que « si un être souffre, il ne peut y avoir aucune justification morale pour refuser de prendre en considération cette souffrance ».[3]

Position Jusnaturaliste

La grande majorité des partisans des droits naturels doutent fortement de l'idée que les animaux puissent réclamer des droits au sens juridique. Malgré cela, toute violence ou maltraitance animale peut être considérée comme illégitime car ne découlant pas de cas où la vie humaine serait menacée par le comportement animal. Faire subir des souffrances aux animaux sans raison légitime est à tout point de vue condamnable.

Argument kantien

Pour Kant les animaux n'étant pas doués d'une valeur intrinsèque qui leur confèrerait une dignité personnelle ne peuvent pas être sujets mais seulement objets du devoir moral, les devoirs envers les animaux. Infliger des cruautés aux animaux serait une manière de porter atteinte à sa propre humanité, et pour cette raison serait illégitime. Kant écrit ainsi, « Relativement à cette partie de la création qui est animée, mais privée de raison, la violence et la cruauté avec lesquelles on traite les animaux sont très-contraires au devoir de l’homme envers lui-même; »[4]

En effet, selon la théorie de Kant, le devoir de l’homme envers lui-même, concerne en premier plan la conservation de soi-même, la conservation de la nature humaine. L'homme est considéré sous un double point de vue : un être sensible et ensuite un être rationnel. Le sujet du devoir qui est l'homme est à la fois un être animal (physique), et à la fois un être moral.

« À en juger d’après la seule raison, l’homme n’a de devoirs qu’envers l’homme », Kant.

Schopenhauer, pourtant partisan convaincu du droit animal, rejette le raisonnement de Kant, car il trouve que celui-ci est inspiré de préjugés et que l'hypothèse est absurde en vertu du principe évident par soi : Volenti non fit injuria (Contre qui consent, pas d’injustice). Car « En effet, ce que je fais ne manque jamais d’être ce à quoi je consens ; donc ce qui m’arrive par mon fait a toujours mon consentement, et n’est jamais une injustice ».[5]

Schopenhauer critique la morale de Kant et la qualifie de morale de théologiens déguisée, et rajoute : « Comme la morale chrétienne n’a pas un regard pour les animaux, dans la morale des philosophes aussi ils demeurent hors la loi : de simples « choses », des moyens bons à tout emploi... »

Le Spécisme

Forme de discrimination envers les êtres n'appartenant pas à la même espèce, notamment à l'égard des animaux non humains. Ainsi, en prétextant un statut moral spécial, une population d'une même espèce serait en mesure de considérer une autre population d'une autre espèce comme inférieure. Ainsi, le comportement méprisant ou violent envers les animaux non humains peut être le résultat de nos jugements envers les êtres considérés comme inférieurs à l'espèce humaine.

L’abolitionnisme

Pratiquement tous les défenseurs du droit animal préconisent l’abolition de toute exploitation animale.

  • capture et emprisonnement de l'animal (zoo, océanarium, parc d'attractions...)
  • exploitation de l'animal et de ses productions (élevage laitier, élevage en batterie, fermes, ruches...)
  • expérimentations sur l'animal (recherche pharmaceutique, vivisection...)
  • mise à mort de l'animal (chasse, pêche, abattoirs, boucherie...)

Arguments en défaveur des droits des animaux

Appartenance à l'espèce humaine

Pour certains c'est la simple appartenance à l’espèce humaine qui est le critère déterminant justifiant à lui seul l’existence de droits. Soit que le droit découle de la nature humaine, soit qu’il ne puisse avoir de sens qu’entre membres d’une même espèce.

Droit fondé sur la raison

Les droits naturels procédant de la raison, les animaux n’en disposant pas, ils ne pourraient donc avoir des droits.

Réciprocité des droits

Un autre argument utilisé est l’idée de réciprocité des droits, particulièrement utilisé par les tenants du contractualisme. Les animaux n’étant pas en mesure de respecter consciemment nos droits, on ne peut donc avoir aucune obligation légale à leur encontre. Cet argument rejoint le précédant, et ferait aussi de la raison le critère distinctif.

Argument des cas marginaux : enfants, handicapés et aliénés

Cet argument cherche à contrecarrer l'argument rationnel : enfants, handicapés et aliénés disposent d'un droit à la vie qui n'est pas contesté, bien qu'ils ne soient pas des adultes raisonnables à même de porter des jugements moraux sur leurs actions. De la même façon, le fait que les animaux ne soient pas rationnels ne devrait pas les empêcher de jouir d'un droit à la vie identique. Bentham écarte ainsi l'argument du manque de rationalité, pour invoquer celui de la sensibilité à la souffrance.

Positionnement des libertariens

Dans les pays anglo-saxons le libéralisme/libertarianisme et la question du droit animal ont tous les deux une place plus importante, et l’on peut retrouver le même genre de polémique que dans la problématique de l’avortement, bien qu’une majorité importante se dégage pour dénier tout droit aux animaux. Ainsi selon une étude, à valeur non scientifique, faite à partir du forum Usenet du parti libertarien américain, 67,5% des personnes qui se sont exprimées considèrent que les animaux n’ont aucun droit, 13,5% pensent le contraire, 11% n’ont pas d’avis clair sur la question et enfin 5,5 % considèrent que, bien qu’il soit possible que les animaux aient des droits, cette question ne pourra se poser qu’une fois que l’intégralité des droits humains seront globalement respectés. (Voir la page)

Citations

  • « Ainsi est-elle à peu près juste, cette boutade selon laquelle "nous reconnaîtrons les Droits des animaux quand ils les réclameront". Le fait que, de toute évidence, les animaux sont incapables de pétitionner pour leurs “Droits” relève de leur nature et constitue une partie de l’explication du fait qu’ils ne sont pas équivalents à l’être humain et ne possèdent pas ses Droits. Et à l’objection que les bébés ne peuvent pétitionner davantage, la réponse est que les bébés sont de futurs adultes humains, ce que les animaux ne sont certes pas. »
        — Murray Rothbard, L’Éthique de la liberté
  • « Si les animaux avaient vraiment des droits, alors le lion serait coupable de tuer l'antilope. »
        — Walter Block
  • « Les français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison pour abandonner sans recours un être humain aux caprices d'un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l'extrémité de l'os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au même sort. […] La question n'est pas: "Peuvent-ils raisonner ?" ni "Peuvent-ils parler ?" mais "Peuvent-ils souffrir ?" »
        — Jeremy Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation
  • « Les choses inanimées sont entièrement soumises à notre arbitre, et il ne peut y avoir de devoirs envers les animaux qu'en relation avec nous-mêmes. »
        — Emmanuel Kant, Leçons d'éthique
  • « C'est une imperfection importante et essentielle pour la morale chrétienne que de borner ses prescriptions à l'homme et de n'accorder aucun droit aux animaux. Aussi, pour les protéger contre les masses brutales et insensibles, souvent même plus que bestiales, la police doit remplir le rôle de la religion ; et comme elle n'y réussit pas, se forment partout aujourd'hui, en Europe et en Amérique, des sociétés protectrices des animaux. […] Le protection des animaux échoit donc aux sociétés qui se la proposent comme but, et à la police ; mais celles-là et celle-ci sont impuissantes contre cette infamie universelle de la populace à l'égard d'êtres qui ne peuvent se plaindre, et quand sur cent actes de barbarie, à peine un seul est sanctionné, et les punitions sont trop douces. En Angleterre, le châtiment corporel a été récemment proposé contre les délinquants, ce qui me paraît tout à fait adéquat. Mais que peut-on attendre de la populace, quand on trouve des savants et même des zoologistes qui, au lieu d'avouer franchement cette identité essentielle de l'homme et de l'animal qu'ils connaissent de façon si intime, sont assez bigots et bornés pour polémiquer et se comporter en fanatiques avec des confrères honnêtes et raisonnables qui rangent l'homme dans la classe animale, ou indiquent sa grande ressemblance avec le chimpanzé ou l'orang-outan ? »
        — Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena, Sur la religion
  • « La simple raison n’élève pas l'homme au-dessus de la bête ; elle n'est dans son principe qu'une faculté ou une aptitude, par laquelle l'homme peut acquérir les connaissances qui lui sont nécessaires, et par laquelle il peut, avec ces connaissances, se procurer les biens physiques et les biens moraux essentiels à la nature de son être. »
        — François Quesnay Observations sur le Droit naturel des hommes réunis en société
  • «Nous pouvons détruire les animaux plus facilement qu’ils ne peuvent nous détruire : c’est la seule base solide de notre prétention de supériorité. Nous valorisons l’art, la science et la littérature, parce que ce sont des choses dans lesquelles nous excellons. Mais les baleines pourraient valoriser le fait de souffler et les ânes pourraient considérer qu’un bon braiement est plus exquis que la musique de Bach. Nous ne pouvons prouver qu'ils ont tort, sauf par l’exercice de notre pouvoir arbitraire. Tous les systèmes éthiques, en dernière analyse, dépendent des armes de guerre. »
        — Bertrand Russell, Mortals and others: American essays,1931-1935
  • «On reconnait le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite les animaux. »
        — Gandhi
  • «Le droit naturel est ce que la nature a enseigné à tous les animaux. »
        — Ulpien

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Notes et références

  1. Le Fondement de la morale, Chapitre III, § 19
  2. Préface du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.
  3. P. Singer, La libération animale
  4. Doctrine de la vertuEmmanuel Kant, Doctrine de la vertu, (1797)
  5. Arthur Schopenhauer, Le Fondement de la morale. (1840).

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