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Droit de l'animal

De Wikiberal

Le droit de l'animal, ou droit des animaux, est considéré comme la discipline qui se concentre sur l’étude du statut juridique de l’animal dans le droit positif. Les aspects d'ordre éthique, concernant nos rapports avec les animaux non-humains, se concentrent sur une approche non anthropocentrique ou comme un élargissement de nos considérations éthiques à d'autres êtres vivants. L'approche de cette éthique est individualiste - car seuls les individus souffrent - au contraire d'autres approches éthiques holistes.

Dans les pays anglo-saxons, le terme animal rights se distingue de l'expression animal law, le premier désigne l'approche éthique et philosophique sur les rapports entre l'homme et les animaux, tandis que l'expression animal law possède une connotation juridique portant sur le droit positif. Les deux approches bien que distinctes peuvent se croiser, le terme en lui-même peut être employé de façon polysémique par certains auteurs, d'autres se concentrent sur une approche plutôt philosophique tout en s'appropriant du terme.

Animalisme et droits des animaux

L'animalisme est un courant recouvrant diverses formes d'activisme prenant parti pour la « cause animale ». Ce mouvement conteste la légitimité de l’Homme à utiliser les animaux à des fins exclusivement utilitaires, l'exploitation abusive ou l'élevage industrielle et commerciale. Le mouvement dénonce certaines pratiques et conditions, comme l'élevage intensif et industriel, où la cruauté envers les animaux peut être constatée. Pour le mouvement animaliste c'est un fait établi qu'aucune considération est faite sur la souffrance animale là où les animaux entrent en jeu dans une bonne partie des activités humaines. De ce constat et préoccupation sont nés les principaux sujets de réflexion au sein du mouvement animaliste.

Selon l'animalisme, nos comportements cruels envers les animaux non-humains découlent principalement de préjugés et de discrimination arbitraire, un peu comme s'il existait un désir de conserver un privilège de domination et exploitation octroyant à l'Homme sa supériorité sur les autres espèces.

Depuis Darwin, les scientifiques ont convenu qu’il n’existe pas de différence essentielle entre l’Homme et les autres animaux, biologiquement parlant. Suivant ce constant la théorie animaliste a identifié toute une problématique basée sur les questions suivantes : jusqu’à quel point le fait d’appartenir à une espèce donnée peut être pertinent pour déterminer le statut moral d’un individu ? Qu'est ce qui justifie, pour notre propre espèce, les mauvais traitements infligés aux autres espèces ? Pourquoi traçons-nous une différence morale entre les hommes et les animaux ?

En réponse à ces question il découle plusieurs principes dont celui d'égalité : le fait qu'un être sensible appartienne à une espèce donnée ne constitue pas un critère justifiant la discrimination. Par conséquent, les animaux doivent recevoir une considération morale de la part des agents moraux que nous sommes, ils sont patients moraux. Les animaux non-humains n'ont pas les mêmes exigences morales que nous, mais nous pouvons leur causer des torts, l'humanisme ne doit pas être confondu avec le suprémacisme ni avec le spécisme.

La critique de l’exploitation animale n'est pas propre aux contemporains, elle remonte à l’Antiquité.

La question du statut des animaux en philosophie

« Si nous voulons savoir ce qu’est l’homme, nous devrons savoir d’abord ce qu’est l’animal. » - Sextus Empiricus (M, VIII, 87)

La question animale est un sujet qui remonte à l'antiquité et a été abordée par les philosophes grecs. Soit il était question de relever les différentes formes d'intelligence chez les animaux, soit de leur statut moral et de la relation de justice entre les animaux et les hommes. Afin de comprendre la nature des animaux, les philosophes ont exprimé des comparaisons, comme l'atteste la formule d'Aristote pour qui l’homme est le seul des animaux à posséder le langage et le logos. Toutefois, la communication n'est pas une caractéristique exclusivement humaine, les animaux ont aussi un mode de communication spécifique.

Au moyen-âge, Thomas d'Aquin reprenant les enseignements de son maître Albert le Grand, considère que les animaux ne sont pas soumis à des préceptes moraux et n'ont pas la vocation à la justice, car pour Albert le Grand, le droit naturel et la raison vont de pair.

René Descartes, pour qui l'âme, identifiée à la conscience et raison, est entièrement distincte du corps, considère que les animaux sont dépourvus d'âme et de raison, au point de les comparer à des machines mouvantes composées de rouages, ressorts et fluides divers. Bien que le concept d'animal-machine soit généralement attribué à Descartes, les idées de l'automatisme des animaux était courante au XVIIe siècle, époque marquée par une vision mécaniste du monde.

Descartes poursuit donc la vision ou conception mécaniste du corps vivant de son époque, vision matérialiste qui a connu un vif succès.

Cette vision a bien sûr évolué, notamment avec Emmanuel Kant, pour qui il n'était pas concevable de réduire les êtres vivants à un fonctionnement purement mécanique.

L'éthique déontologique de Kant met l'accent sur les notions de devoir, d'obligation et l'impératif moral de traiter autrui non pas comme une chose ou un objet.

Le fondement impératif sur lequel Kant a établi la morale pour fonder une théorie des devoirs a été critiqué par Arthur Schopenhauer dans son essai Le Fondement de la morale. Voir à ce sujet plus bas l'Argument kantien. En effet, pour Schopenhauer, « l’homme et l’animal sont, et pour le moral et pour le physique, identiques en espèce ».[1]

Schopenhauer critique également Descartes d'avoir bâti une psychologie rationnelle et construit une anima rationalis immortelle, dans le but de décerner un monopole exclusif à l'homme seul, et de creuser entre l’homme et l'animal un abîme énorme.

« On prétend que les bêtes n’ont pas de droit ; on se persuade que notre conduite à leur égard n’importe en rien à la morale, ou pour parler le langage de cette morale-là, qu’on n’a pas de devoirs envers les bêtes. » - Schopenhauer.

De la même manière, Rousseau écrit : « Les modernes ne reconnaissant sous le nom de loi qu'une règle prescrite à un être moral, c'est à-dire intelligent, libre, et considéré dans ses rapports avec d'autres êtres, bornent conséquemment au seul animal doué de raison, c'est-à-dire à l'homme, la compétence de la loi naturelle ». [2]

Dans le Traité de la nature humaine, David Hume affirme « aucune vérité ne me paraît plus évidente que de dire que les bêtes sont douées de pensée et de raison tout comme les hommes. Les arguments sont dans ce cas si manifestes qu'ils ne peuvent échapper à l'homme le plus stupide et le plus ignorant ». Pour Hume, il semble évident que les animaux, aussi bien que les hommes, apprennent de nombreuses choses par l'expérience, l'animal infère un fait au-delà de ce qui frappe immédiatement ses sens, et que cette inférence est entièrement fondée sur l'expérience[3].

Les animaux selon les religions

Dans la culture et religions judéo-chrétienne, le récit de la création divine place les hommes devant une mission, celle de gérer la création, y compris les animaux. Pour autant, le gestionnaire n'est pas le propriétaire, car tous les êtres vivants appartiennent à Dieu. Le jardin d’Éden est symbolique de l'harmonie entre tous les êtres vivants, même si seul l'homme a reçu une mission de Dieu celui d'être son délégué. Bien que dans le judaïsme il est interdit toute personnification visible de Dieu, dans la religion de l'ancien Égypte, en revanche, le culte des animaux était très répandu, l'animal sacré était associé à un dieu vivant.

Le rituel des sacrifices prend une place importante dans les cultes religieux, il est à la fois un don irrévocable et à la fois le symbole de l’union avec le Dieu. Le sacrifice d'animaux peut signifier un acte de reconnaissance, Dieu est le créateur de toutes les créatures, c'est à lui qui revient sa création, celui qui fait le sacrifice se prive de ce qu'il donne, l'animal est sacrifié et tué non parce que Dieu serait honoré par la destruction de la vie mais parce que seul Dieu est propriétaire des vivants.

Les religions monothéistes considèrent, en général, que les animaux sont des êtres sensibles, ils font partie de l'ordre de création divine. Tout acte de violence, torture ou meurtre envers les animaux, en dehors des raisons de légitime-défense ou nourriture, sont condamnés. Dans les religions orientales (hindouisme, bouddhisme, jaïnisme...) il n'existe pas de différence essentielle entre l'homme et l'animal (soit que ni l'un ni l'autre n'aient d'âme, comme dans le bouddhisme, soit que tous deux participent à une même "âme universelle", comme dans l'hindouisme ou le jaïnisme). Cependant, le meurtre ou l'agression sont toujours considérés comme plus graves à l'encontre d'un homme que d'un animal.

Dans le jaïnisme, l’une des trois grandes religions historiques de l’Inde, le végétarisme est une pratique liée à une éthique de non-violence envers les animaux. Ainsi, cette doctrine insiste sur le respect de tous les êtres vivants, et le refus de consommation de chair animale. Pour un jaïniste le soin porté aux animaux ne signifie pas seulement laisser vivre mais surtout aider à vivre, c'est un respect actif et pas simplement passif.

Position Utilitariste

D'après l'utilitarisme, en reprenant le principe de Bentham selon laquelle « la nature a placé l’humanité sous le gouvernement de deux maîtres souverains, la douleur et le plaisir », la liberté n’est qu’un moyen pour atteindre l’objectif du plus grand bonheur du plus grand nombre. Le bonheur étant défini par la maximisation des joies et la minimisation des peines, la prise en compte des intérêts des animaux s’est imposée d’elle-même dans la mesure où ils sont considérés comme des êtres sensibles. Ainsi le fondateur de l’école utilitariste moderne, Jeremy Bentham, évoque explicitement le cas des animaux.

Le livre Animal liberation de Peter Singer, qui a servi de fer de lance aux mouvements de défense du droit des animaux, se base ainsi sur des prémisses explicitement utilitaristes. L'utilitarisme de Peter Singer se cadre plutôt dans la question du bien-être animal (animal welfare).

Toutefois l'utilitarisme de Peter Singer se démarque de l'utilitarisme classique dans le mesure où celui-ci introduit également une éthique normative des préférences, à savoir que tous les êtres vivants sensibles peuvent démontrer et mettre en œuvre des stratégies pour éviter la souffrance et avoir une préférence pour la vie. Ceci implique une considération morale qui ne dépend plus du fait que les êtres vivants sensibles devraient avoir la qualité d'êtres de raison, mais plutôt que « si un être souffre, il ne peut y avoir aucune justification morale pour refuser de prendre en considération cette souffrance ».[4]

Position Jusnaturaliste

La grande majorité des partisans des droits naturels doutent fortement de l'idée que les animaux puissent réclamer des droits au sens juridique. Malgré cela, toute violence ou maltraitance animale peut être considérée comme illégitime car ne découlant pas de cas où la vie humaine serait menacée par le comportement animal. Faire subir des souffrances aux animaux sans raison légitime est à tout point de vue condamnable.

Argument kantien

Pour Kant les animaux n'étant pas doués d'une valeur intrinsèque qui leur confèrerait une dignité personnelle ne peuvent pas être sujets mais seulement objets du devoir moral, les devoirs envers les animaux. Infliger des cruautés aux animaux serait une manière de porter atteinte à sa propre humanité, et pour cette raison serait illégitime. Kant écrit ainsi, « Relativement à cette partie de la création qui est animée, mais privée de raison, la violence et la cruauté avec lesquelles on traite les animaux sont très-contraires au devoir de l’homme envers lui-même; »[5]

En effet, selon la théorie de Kant, le devoir de l’homme envers lui-même, concerne en premier plan la conservation de soi-même, la conservation de la nature humaine. L'homme est considéré sous un double point de vue : un être sensible et ensuite un être rationnel. Le sujet du devoir qui est l'homme est à la fois un être animal (physique), et à la fois un être moral.

« À en juger d’après la seule raison, l’homme n’a de devoirs qu’envers l’homme », Kant.

Pour Kant, même s'il estimait la violence et la cruauté envers les animaux comme une expérience douloureuse, l'homme n'a de devoirs envers d’autres êtres que l’homme même. Tout au moins, relativement aux animaux nous n'avons que des devoirs indirects.

Schopenhauer, pourtant partisan convaincu du droit des animaux, critique le raisonnement de Kant, car si nous devons compatir de la souffrance des animaux c'est pour nous exercer à éprouver de la compassion. Cette compassion ne cause du dommage à personne, certes, mais elle ne délivre personne de la souffrance. Selon Schopenhauer, Kant est inspiré de préjugés et que l'hypothèse est absurde en vertu du principe évident par soi : Volenti non fit injuria (Contre qui consent, pas d’injustice). Car « En effet, ce que je fais ne manque jamais d’être ce à quoi je consens ; donc ce qui m’arrive par mon fait a toujours mon consentement, et n’est jamais une injustice ».[6]

Schopenhauer critique la morale de Kant et la qualifie de morale de théologiens déguisée, et rajoute : « Comme la morale chrétienne n’a pas un regard pour les animaux, dans la morale des philosophes aussi ils demeurent hors la loi : de simples « choses », des moyens bons à tout emploi... »

Spécisme et antispécisme

Le spécisme (mot formé par analogie avec le "racisme") est une forme de discrimination envers les êtres n'appartenant pas à la même espèce, notamment à l'égard des animaux non humains. Le spécisme est donc un parti pris en faveur de sa propre espèce au détriment de toute autre.

Ainsi, en prétextant un statut moral spécial et exclusif, une population d'une même espèce serait en mesure de considérer une autre population d'une autre espèce comme inférieure. La manière dont sont traités les animaux non-humains, exploitation méprisable ou mauvais traitements, serait une des conséquences du critère de discrimination arbitraire que représente le spécisme. L'exclusion des animaux de toute considération morale, par le moyen du principe de distinction des espèces, viole un autre principe pourtant partagé par tous les êtres humains, celui d'égal traitement et considération des intérêts, c'est notamment pour cela qu'il est condamné par l'antispécisme.

L'antispécisme est considéré comme absurde et contradictoire par la plupart des théoriciens libéraux :

  • il prône l'absence de discrimination entre espèces mais, pour ce faire, il est contraint de discriminer l'espèce humaine, la seule qui devrait nécessairement renoncer à la loi de la nature qui veut que chaque espèce vit aux dépens des autres ; l'espèce humaine devient ainsi "plus morale" que les autres espèces ;
  • le concept d'agent moral ne peut s'étendre aux animaux, sauf à diviniser la nature : la morale n'a de sens que pour l'homme, seul être disposant de la capacité de porter un jugement moral sur ses actions et d'être ainsi responsable de ses actes ;
  • il y a une différence entre respecter la vie animale et la mettre sur le même plan que la vie humaine, ce que veulent faire les antispécistes.

L’abolitionnisme

Pratiquement tous les défenseurs du droit animal préconisent l’abolition de toute exploitation animale.

  • capture et emprisonnement de l'animal (zoo, océanarium, parc d'attractions...)
  • exploitation de l'animal et de ses productions (élevage laitier, élevage en batterie, fermes, ruches...)
  • expérimentations sur l'animal (recherche pharmaceutique, vivisection...)
  • mise à mort de l'animal (chasse, pêche, abattoirs, boucherie...)

Objections et critiques

Appartenance à l'espèce humaine

Objection : le critère déterminant qui justifie l’existence de droits est celui d'appartenance à l’espèce humaine. Soit que le droit découle de la nature humaine, dans ce cas il est indispensable de déterminer qu'est ce que la nature humaine, soit qu’il ne puisse avoir de sens qu’entre membres d’une seule et même espèce.

Il est à remarquer que cette position peut être qualifiée comme particulièrement spéciste.

Il est remarquable que cet argument de l'« espèce » fondant le droit est en lui-même intenable à terme. Le droit animal ne considère d'aucune façon l'idée que le « royaume animal » pourrait constituer à lui seul un système de droit distinct et indépendant de celui connu et partagé par les humains. C'est évidemment contradictoire et irréaliste. Si nous tenons jusqu'au bout l'idée que seule l'espèce humaine est en mesure de s'arroger le droit de considérer les animaux non-humains comme une simple propriété du domaine humain, en les considérant uniquement comme des créatures utiles ou instrumentales, nous tombons certainement dans une cible d'accusation spéciste.

Droit fondé sur la raison

Objection : les droits ne peuvent découler que de la raison, les animaux n’en disposant pas, ils ne pourraient donc avoir des droits.

Cette affirmation soulève quelques remarques et questions, la première est celle d'ordre vocabulaire : fonder peut signifier « donner existence à », dans ce cas est ce bien la raison, comprise comme une faculté intellectuelle, qui créé le droit ? est-ce bien le fait d'utiliser les facultés de raisonnement qui institue le droit ? Ce ne sera pas la même chose si nous considérons que le droit se découvre de façon rationnelle. Il est bien évident que la faculté de juger les actions, appelons raison, à elle seule ne peut fonder le droit, car la fondation de quelque chose ne se confond pas avec les moyens employés pour la connaître. Le fondement est ce qui permet de justifier, or le droit ne se justifie pas avec le moyen de le découvrir. Il ne serait pas logique d’asseoir la raison d'être du droit dans le fait de pouvoir être connu et reconnu par la raison.

Dans un autre sens, faut-il conclure que pour avoir des droits il faut absolument connaître ses fondements ? Jusqu'à preuve du contraire le droit n'est pas exclusivement destiné aux juristes et aux experts juridiques.

Par ailleurs, l'argument que seul les êtres dotés de raison ont des droits semble aussi aller à l'encontre de l'idée que les personnes souffrant d'un handicap mental ou d'une déficience intellectuelle ne pourraient pas avoir des droits.

Toutefois cette idée que ce seraient les animaux qui détiendraient des droits et corrélativement des devoirs semble initialement contestée et sans fondement, car elle se base sur une méconnaissance de la signification du droit animal. En effet, mettre en accusation des animaux et leur intenter un procès dans le but de leur infliger une peine est une pratique qui a eu effectivement lieu au Moyen-âge[7], néanmoins même si ce genre de pratique ne manque pas d'un certain intérêt historique, elle ne fait aucunement pas partie d'une revendication en droit animal.

A ce propos soulignons Jeremy Bentham : La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? ni : peuvent-ils parler ? mais : peuvent-ils souffrir ?

Réciprocité des droits

Objection : les animaux n’étant pas en capacité de répondre de leurs droits et devoirs, on ne peut donc avoir aucune obligation légale à leur encontre. C'est notamment dans l'idée de réciprocité des droits, particulièrement utilisé par les tenants du contractualisme, que se base l'impossibilité des animaux à avoir des droits.

Malgré l'intérêt légitime que cet argument puisse avoir il reste fragile, en effet, le fait que les droits puissent s'appliquer d'une façon égale et universelle n'implique pas que tous les individus aient effectivement passé un contrat entre eux, la doctrine du « contrat social » est de ce fait critiquée sur les bases de ce malentendu.

Ethique minimale

Objection : il est inconcevable de mettre sur le même plan humains et animaux, cela relève d'un choix métaphysique contestable — respectable d'un point de vue strictement personnel, mais on n'a aucune raison d'imposer ce choix à autrui.

A supposer qu'on veuille lutter contre la souffrance animale, la législation n'est pas une solution libérale, car rien dans la théorie libérale — qui n'est qu'une éthique minimale appliquée aux relations interpersonnelles — ne va dans ce sens. C'est en outre suffisamment prouvé par l'impossibilité pratique de faire appliquer ce type de législation.

La loi de la jungle

Objection : « regardez ce que font les animaux dans la nature, ils pratiquent la prédation, le plus fort mange le plus faible ! ».

Selon cet argument, la loi de la jungle est prédominante dans le monde animal, la loi de la survie est une question de dents et de griffes. Les animaux sont sauvages et notre regard sur eux, aussi bienveillant qu'il soit, ne peut pas nous empêcher de croire que leur comportement est incompatible avec n'importe quel système de droits. Le fondement du droit est de s'opposer à cette loi de la jungle. Pourquoi donner des droits au carnivore alors qu'il est prêt à nous sauter dessus ?

Si cet argument semble correct c'est justement parce que notre intuition nous indique que nous devons condamner les crimes d'anthropophagie, pareil pour les tortures et actes de barbarie. Notre intuition nous dit aussi que l'homicide est un crime, donc nous devons fortement le condamner. Dans le cas de lois de la jungle tout semble indiquer, toujours selon notre intuition et selon le droit que nous concevons, que nous ne devons pas nous occuper, tant que notre propre survie n'est pas menacée. Nous disons que les animaux non-humains sont prédateurs par nature, cela nous suffit pour ne pas nous opposer à leur prédation tant que cela reste limité au monde animal non-humain.

Les cas dits marginaux : enfants, handicapés et aliénés

Objection : « seuls les êtres raisonnables et autonomes peuvent répondre de leurs actions, c'est pour cela que les droits et devoirs ne peuvent s'appliquer qu'aux êtres pouvant exercer pleinement ces facultés ».

Cet argument cherche à contrecarrer l'argument rationnel : enfants, handicapés et aliénés disposent d'un droit à la vie qui n'est pas contesté, bien qu'ils ne soient pas des adultes raisonnables à même de porter des jugements moraux sur leurs actions. De la même façon, le fait que les animaux ne soient pas rationnels ne devrait pas les empêcher de jouir d'un droit à la vie identique. Bentham écarte ainsi l'argument du manque de rationalité, pour invoquer celui de la sensibilité à la souffrance.

Positionnement des libertariens

La position libertarienne au sujet de la question animale, en particulier sur le droit animal, est un peu partagée. La question se concentre en grande partie sur la notion de droits. Beaucoup avancent l'idée que les animaux ne peuvent pas comprendre le principe de non-agression et qu'à partir de là nous ne pouvons pas prétendre à l'idée que les animaux ont des droits. D'autres soutiennent l'idée que la notion de droits est corrélative à la notion de droits naturels, c'est à dire des droits inhérents aux individus, basés sur les capacités des individus à faire des choix conscients, sur la capacité à raisonner. Pour d'autres libertariens les droits ne peuvent être attribués qu'aux seuls sujets capables de respecter ces mêmes droits, chose que les animaux sont incapables de respecter.

Pour résumer, il n'existe pas une position unique et tout dépend de la façon de voir les choses, la façon dont les questions sont posées et la façon d'envisager un hypothétique transfert au monde animal notre façon de concevoir le droit. Par conséquent il est important de comprendre que la question du droit animal n'est pas de savoir si le cochon peut avoir le droit de vote ou si la vache a droit de vendre son lait, ce qui porterait certains à croire, non sans une certaine ironie, que les cochons ne voteraient que pour un candidat cochon ou que la vente de lait serait monopolisée uniquement par des vaches. Effectivement il peut exister un certain biais dans l'abordage de la question, par exemple. Bien évidemment, il existe une certaine tendance à ramener la question des droits à l'aspect que nous connaissons le mieux, celui qui est placé dans le contexte des relations humaines.

Dans les pays anglo-saxons le libéralisme/libertarianisme et la question du droit animal ont tous les deux une place plus importante, et l’on peut retrouver le même genre de polémique que dans la problématique de l’avortement, bien qu’une majorité importante se dégage pour dénier tout droit aux animaux. Ainsi selon un sondage, à valeur non scientifique, faite à partir du forum Usenet du parti libertarien américain, 67,5% des personnes qui se sont exprimées considèrent que les animaux n’ont aucun droit, 13,5% pensent le contraire, 11% n’ont pas d’avis clair sur la question et enfin 5,5 % considèrent que, bien qu’il soit possible que les animaux aient des droits, cette question ne pourra se poser qu’une fois que l’intégralité des droits humains seront globalement respectés. (Voir la page)

Citations

  • « Ainsi est-elle à peu près juste, cette boutade selon laquelle "nous reconnaîtrons les Droits des animaux quand ils les réclameront". Le fait que, de toute évidence, les animaux sont incapables de pétitionner pour leurs “Droits” relève de leur nature et constitue une partie de l’explication du fait qu’ils ne sont pas équivalents à l’être humain et ne possèdent pas ses Droits. Et à l’objection que les bébés ne peuvent pétitionner davantage, la réponse est que les bébés sont de futurs adultes humains, ce que les animaux ne sont certes pas. »
        — Murray Rothbard, L’Éthique de la liberté
  • « Si les animaux avaient vraiment des droits, alors le lion serait coupable de tuer l'antilope. »
        — Walter Block
  • « Les français ont déjà réalisé que la peau foncée n'est pas une raison pour abandonner sans recours un être humain aux caprices d'un persécuteur. Peut-être finira-t-on un jour par s'apercevoir que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou l'extrémité de l'os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d'abandonner une créature sensible au même sort. […] La question n'est pas: "Peuvent-ils raisonner ?" ni "Peuvent-ils parler ?" mais "Peuvent-ils souffrir ?" »
        — Jeremy Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation
  • « Les choses inanimées sont entièrement soumises à notre arbitre, et il ne peut y avoir de devoirs envers les animaux qu'en relation avec nous-mêmes. »
        — Emmanuel Kant, Leçons d'éthique
  • « C'est une imperfection importante et essentielle pour la morale chrétienne que de borner ses prescriptions à l'homme et de n'accorder aucun droit aux animaux. Aussi, pour les protéger contre les masses brutales et insensibles, souvent même plus que bestiales, la police doit remplir le rôle de la religion ; et comme elle n'y réussit pas, se forment partout aujourd'hui, en Europe et en Amérique, des sociétés protectrices des animaux. […] Le protection des animaux échoit donc aux sociétés qui se la proposent comme but, et à la police ; mais celles-là et celle-ci sont impuissantes contre cette infamie universelle de la populace à l'égard d'êtres qui ne peuvent se plaindre, et quand sur cent actes de barbarie, à peine un seul est sanctionné, et les punitions sont trop douces. En Angleterre, le châtiment corporel a été récemment proposé contre les délinquants, ce qui me paraît tout à fait adéquat. Mais que peut-on attendre de la populace, quand on trouve des savants et même des zoologistes qui, au lieu d'avouer franchement cette identité essentielle de l'homme et de l'animal qu'ils connaissent de façon si intime, sont assez bigots et bornés pour polémiquer et se comporter en fanatiques avec des confrères honnêtes et raisonnables qui rangent l'homme dans la classe animale, ou indiquent sa grande ressemblance avec le chimpanzé ou l'orang-outan ? »
        — Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena, Sur la religion
  • « La simple raison n’élève pas l'homme au-dessus de la bête ; elle n'est dans son principe qu'une faculté ou une aptitude, par laquelle l'homme peut acquérir les connaissances qui lui sont nécessaires, et par laquelle il peut, avec ces connaissances, se procurer les biens physiques et les biens moraux essentiels à la nature de son être. »
        — François Quesnay Observations sur le Droit naturel des hommes réunis en société
  • « Nous pouvons détruire les animaux plus facilement qu’ils ne peuvent nous détruire : c’est la seule base solide de notre prétention de supériorité. Nous valorisons l’art, la science et la littérature, parce que ce sont des choses dans lesquelles nous excellons. Mais les baleines pourraient valoriser le fait de souffler et les ânes pourraient considérer qu’un bon braiement est plus exquis que la musique de Bach. Nous ne pouvons prouver qu'ils ont tort, sauf par l’exercice de notre pouvoir arbitraire. Tous les systèmes éthiques, en dernière analyse, dépendent des armes de guerre. »
        — Bertrand Russell, Mortals and others: American essays,1931-1935
  • « On reconnait le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite les animaux. »
        — Gandhi
  • « Le droit naturel est ce que la nature a enseigné à tous les animaux. »
        — Ulpien
  • « A mon avis, aucune loi ne devrait être impliquée dans ce domaine. Ceux qui sont opposés à l'usage de la fourrure devraient persuader les autres plutôt que de les contraindre à ne pas vendre, acheter et porter de la fourrure. Les animaux autres que les êtres humains n'ont pas de droits fondamentaux. Cela relève de l'éthique et non des lois des sociétés humaines que de traiter les animaux avec compassion et bienveillance - parce que les gens peuvent ressentir de l'empathie à leur égard - mais pas parce qu'ils ont les mêmes droits que les êtres humains. S'ils avaient de tels droits, ils devraient, entre autres, être tenus pour responsables de la mort ou des blessures qu'ils infligent aux autres animaux dans la nature. »
        — Tibor Machan, Animals Do Not Have Basic Rights

Bibliographie

  • 1975, La Libération animale de Peter Singer
  • 2011, Zoopolis – A Political Theory of Animal Rights de Sue Donaldson et Will Kymlicka

Liens

B0.jpg Discussions sur le forum
Droit des animaux et des irresponsables (for)
Droits des animaux ? (for)

En français


En anglais

Notes et références

  1. Le Fondement de la morale, Chapitre III, § 19
  2. Préface du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.
  3. David Hume, “Enquête sur l’entendement humain” (1748)
  4. P. Singer, La libération animale
  5. Doctrine de la vertuEmmanuel Kant, Doctrine de la vertu, (1797)
  6. Arthur Schopenhauer, Le Fondement de la morale. (1840).
  7. The Criminal Prosecution and Capital Punishment of Animals, Edmund P. Evans

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