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L’économie de la communauté socialiste

De Wikiberal
Le socialisme, Étude économique et sociologique
Die Gemeinwirtschaft: Untersuchungen über den Sozialismus
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Auteur : Ludwig von Mises
Genre
économie, sociologie
Année de parution
1922
la société est le produit de la volonté et de l'action, pas d'une planification collectiviste.
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L’économie de la communauté socialiste constitue la seconde partie de l'ouvrage Le socialisme de Ludwig von Mises.

Section I - L’État socialiste isolé

CH I : Nature de l’économie

Le principe d’économie est un principe général qui s’applique à toute action rationnelle. L’activité rationnelle ne connaît qu’un seul but : le plaisir le plus parfait de l’individu agissant. L’homme n’agit que parce qu’il n’est pas pleinement satisfait. Toute action rationnelle est d’abord individuelle. Toute action humaine rationnelle apparaît comme l’échange d’un certain état contre un autre. On renonce à satisfaire des besoins moins pressants pour satisfaire des besoins plus pressants. C’est cela l’économie. Le jugement de valeur ne mesure pas, il différencie. Dans une économie d’échange la valeur subjective d’usage est remplacée par la valeur objective des biens. La valeur n’est pas mesuré en argent, elle est exprimée en argent. Le calcul monétaire n’a de sens que dans le calcul économique. Il est impuissant pour évaluer la fortune et le revenu des nations ou les pertes qui résultent de l’émigration. Sans lui toute production exigeant des processus à longue échéance se développerait à tâtons dans la nuit. Pour calculer la valeur en argent, il faut : que les biens de premier ordre comme les biens d’ordre supérieur soient compris dans le cycle des échanges ; qu’un instrument d’échange universellement utilisable, une monnaie, soit employé.

Une économie sans monnaie n’est possible qu’à l’état rudimentaire. C’est une illusion de croire qu’on peut remplacer le calcul en monnaie par le calcul en nature, qui ne peut s’appliquer qu’aux biens prêts à être consommés. Dès qu’on abandonne la libre formation des prix en argent des biens d’ordre supérieur on rend absolument impossible toute production rationnelle. Dans les entreprises étatisés et municipalisées on peut apporter certaines améliorations techniques parce qu’on a pu en observer les effets dans les entreprises privées analogues. Sans calcul économique, il ne peut y avoir d’économie. Comment savoir si telle méthode de production est plus avantageuse ? Pour trouver la voie économique pour atteindre les buts qu’elle s’est proposée, la communauté socialiste doit faire un calcul de valeur. Ce calcul est effectuée par tous les membres indépendants de la société dans l’organisation économique fondée sur la propriété privée des moyens de production. Seule une économie statique pourrait se passer du calcul économique. Capitalisme et mode de production capitaliste sont des mots de propagande créés par des écrivains socialistes. Le capital provient du calcul économique. L’économique pur se confond avec l’action humaine rationnelle et son domaine est celui où le calcul monétaire peut être réalisé.

CH II : Les caractéristiques du mode de production socialiste.

Dans la collectivité socialiste, la communauté produit, récupère le rendement de la production et détermine l’utilisation des produits. L’utilisation de société et de socialisation des moyens de production visent à masquer la réalité étatique du marxisme. La communauté ne peut agir autrement que par l’intermédiaire d’un organe unique. Là où il n’y a pas de marché, il ne peut pas se former de prix et donc le calcul économique est impossible. Pour le théoricien socialiste avec sa théorie de la valeur-travail, la question est simple. Or le calcul en travail ne tient pas compte de l’importance plus ou moins grande de la matière première dans la fabrication. Il ne tient pas compte non plus des différentes qualités du travail. De toute façon, la valeur d’échange ne découle pas du travail. C’est donc prouver que le socialisme n’est pas réalisable.

Dans le bolchevisme russe, un système de prix a dû être établi pour faire fonctionner le plan quinquennal. Sans la base de calcul que le capitalisme met à la disposition du socialisme sous forme des prix du marché, la direction socialiste de l’économie serait impraticable. Certains socialistes évoquent l’idée de la création d’un marché artificiel des moyens de production mais les prix et les salaires résultent du désir des chefs d’entreprise et des capitalistes de gagner le plus d’argent possible en satisfaisant les vœux des consommateurs. C’est la perspective du gain qui guide la production sur ces voies où elle cherche à répondre le mieux, et aux moindres frais, aux besoins des consommateurs. Le marché ne peut donc être imité artificiellement. Dans un monde en changement, il faut amener du capital dans certaines branches en le retirant d’autres branches, et ce sont les capitalistes qui s’en chargent. La spéculation joue ainsi un rôle que les socialistes refusent de voir. Le capitaliste décide à qui il veut confier son capital. Il ne suffit pas donc pas d’assurer l’autonomie des directeurs entreprises pour créer un marché.

Aux yeux des socialistes, la production capitaliste est une économie du profit tandis que la production socialiste serait une économie ayant pour but la satisfaction des besoins. Or on ne peut obtenir de gain que si la production va au-devant d’un besoin relativement pressant. La spéculation permet l’adaptation de l’offre et de la demande. On critique le fait que l’économie capitaliste ait en vue le produit net maximum alors que la société aurait intérêt à un produit brut maximum. Or cela aurait pour conséquence de ne pas satisfaire des besoins importants pour en satisfaire de moins importants : même dans une économie socialiste, il serait nécessaire d’interrompre une production du moment où la dépense ne vaudra plus d’être faite.


CH III : La répartition des revenus

Le socialisme n’est que la théorie d’une juste répartition des revenus. Ce problème ne se pose que dans le socialisme car dans le capitalisme les revenus ont leur source dans le résultat des trafics du marché. Dans l’idée fondamental du socialisme, seuls les biens mûrs pour la jouissance (biens de premier ordre) peuvent entrer en ligne de compte pour la répartition. Les biens d’ordre supérieur qui ont été produits restent propriété de la collectivité, en vue d’une production ultérieure. Dans le capitalisme, une partie cependant est retenue comme frais publics au profit de l’État, quelque soit le nom qu’on donne à l’appareil coercitif. Cela inclut aussi les équipements et infrastructures publics (musées, routes), et la répartition directe de biens de consommation (nourriture aux malades) et de services personnels (traitement médical). Dans le socialisme, il ne s’agit pas d’une retenue sur le dividende social mais d’une partie de ce dividende social.

Ce qui caractérise le socialisme est l’absence de liaison entre l’économie et la répartition. La part assignée à chaque associé est indépendante de la valeur attribuée à son travail. De toute façon dans le socialisme il est impossible de calculer l’écart entre ce que coûte et ce que rapporte la production. La répartition peut être égale par tête d’habitant : il faudrait donc ne tenir compte ni de l’âge, ni de l’état de santé, ni des qualités personnelles, on voit tout de suite l’absurdité. On doit donc nécessairement tenir compte de trois autres principes. La répartition peut être proportionnée aux services rendus. La répartition peut se faire suivant les besoins. La répartition peut se faire suivant que l’individu est plus ou moins digne (travailleurs et paresseux). Mais l’importance pour la société d’un travail ne se mesure pas à la durée des heures de travail. Un même travail n’a pas le même rendement selon qu’il a été fourni au bon endroit, là où le besoin s’en faisait le plus sentir. La valeur du travail dépend aussi de sa qualité, des aptitudes de l’ouvrier, de son zèle. Et comment répartir selon les besoins ? Chacun est forcé de renoncer à satisfaire entièrement tous ses besoins. Quant à la dignité de l’individu, qui en déciderait ? La rémunération ne peut être qu’arbitraire. Il n’est pas indispensable que chacun consomme la part qui lui est attribuée, il peut la mettre en réserve, la donner ou l’échanger. En tout cas, le total du salaire ne pourra pas dépasser le revenu social, ainsi la communauté socialiste ne pourra fixer à sa guise le salaire ouvrier.

On se figure que le socialisme permettra de faire l’économie des frais des dépenses étatiques et ceux que la libre concurrence impose. Si les ouvriers sont armés, ils ne peuvent pas travailler et si des fils d’ouvriers sont habillés en gendarmes cela ne change rien aux frais de la répression. Le socialisme ne peut se passer d’un pouvoir de contrainte. Quant aux frais du commerce et à la concurrence, ils garantissent une très haute productivité du travail social et si la méthode de production socialiste devait diminuer la productivité, peu importe qu’elle économise ce type de dépenses.

CH IV : L’économie collective à l’état statique

Toutes les théories et utopies socialistes ont toujours en vue un état des choses immuables. La communauté est dépeinte comme un pays de Cocagne peuplé de surhommes. Pour le marxisme, les facteurs naturels de production n’ont pas besoin d’être économisés. En réalité, les facteurs naturels de production ne sont disponibles qu’en quantité restreinte et le travail n’est disponible qu’en quantité restreinte. Même celui qui ne vit que pour son plaisir et n’a pas besoin d’économiser son argent est forcé de répartir son temps, de choisir entre plusieurs possibilités de l’opérer. Un travail qui tend vers un but procure une jouissance mais au-delà d’une certaine limite il devient une peine. Le travail est interrompu seulement au point où sa continuation créerait une peine plus grande que le plaisir résultant de l’accroissement des biens. C’est la longueur du travail qui le rend pénible et seul l’accroissement de la productivité permet de raccourcir la durée de la journée du travail sans nuire au rendement.

Pour Engels, dans la communauté socialiste, le travail deviendra un plaisir mais aucune preuve n’est jamais apportée à ce type d’affirmation. Les socialistes s’accrochent à l’idée que par nature les hommes ont un penchant inné au travail mais pourquoi alors a-t-on besoin de la payer pour travailler ? La joie du travail repose sur trois sentiments différents. La joie que le travailleur éprouve à faire mauvais usage de son travail (en abusant de sa position). La joie qui résulte de l’achèvement du travail (et donc de délivrance du travail). Enfin la satisfaction de bien réussir dans son travail, source de fierté professionnelle, et donc de gagner ce qui est nécessaire à sa subsistance. Si la première source de joie ne manquera pas dans la communauté socialiste, les deux autres seront entièrement taries. Faute de liaison entre le résultat du travail et le revenu, l’individu aura le sentiment qu’on l’a trop chargé de travail et développera cette antipathie contre le travail qui se manifeste dans les emplois publics. Il ne suffit pas que les camarades arrivent à l’heure et y passent le nombre d’heures prescrites, il faut qu’ils travaillent réellement.

Dans la société capitaliste, l’ouvrier a intérêt à ce que le rendement de son travail soit le plus fort possible : le salaire à la tâche est plus efficace que le salaire au temps mais cependant plus le minimum de rendement exigé est élevé et plus est élevé le salaire. Le salaire est donc lié au rendement. Le travailleur ne fait d’effort sérieux que lorsqu’il en attend un profit personnel. Dans une société socialiste, chacun cherchera à faire diminuer la tâche qui lui a été imposée. Comment établir si c’est par paresse ou incapacité qu’un ouvrier est restée en deçà du rendement minimum ? Une chose certaine, la quantité du travail effectué diminuera de plus en plus. Dans la société capitaliste, l’entrepreneur qui congédie un ouvrier méritant son salaire se nuit à lui-même. L’idée que dans la communauté socialiste, chacun travaille pour lui-même ne tient pas car il ne pourra garder qu’un demi-milliardième de l’effort plus grand qu’il aura fourni. L’homme nouveau est toujours présenté comme noble et soucieux de l’intérêt général. Un système de récompenses et de châtiments n’aboutit pour sa part qu’à un accomplissement du devoir de pure forme. En supprimant la propriété privée des moyens de production, on supprime la rémunération de l’ouvrier par le produit de son travail.

Comme le partage égal des biens n’assure aucunement le bien-être pour tous, les écrivains socialistes prétendent que le socialisme va permettre l’accroissement de la productivité. D’abord par la concentration de la production dans les entreprises les plus parfaites mais c’est justement ce qu’on reproche à la concurrence. Mais un État socialiste ne continuera-t-il pas une exploitation déficitaire pour en pas provoquer de dommages locaux ? D’autre part, la production peut s’accroître par une politique d’économies or c’est dans les services publics et les entreprises publiques qu’il y a le plus de gaspillage en travailleurs et en matériel.

CH V : L’insertion de l’individu dans la communauté sociale du travail

La communauté socialiste est une grande association autoritaire dans laquelle on ordonne et on obéit, une organisation de type militaire. Le ou les directeurs suprêmes sont désignés par la grâce divine. Le bolchevisme sous un vêtement nouveau est la réincarnation de l’idéologie théocratico-aristocratique. Ou bien ils sont placés à la tête de la collectivité par la majorité et là la grâce s’étend à tous, la voix du peuple est la voix de Dieu. Dès lors, la fonction fait l’homme. Comment choisir les auxiliaires si ce n’est par les examens qui ne donnent aucune aptitude à administrer les affaires.

La société socialiste étant une société de fonctionnaires, le fonctionnariat est étendue au domaine de la production intellectuelle. Quiconque ne plaît pas aux maîtres souverains n’a pas le droit d’être artiste. Dans la société capitaliste, le génie doit trouver en lui-même le moyen de lutter et de parvenir au grand air. L’étatisation de la vie intellectuelle rend impossible tout progrès intellectuel (les novateurs qui ont rallié le pouvoir soviétique existaient avant lui). Chaque homme est dans la dépendance de ses semblables et soumis aux lois naturelles.

Dans la société capitaliste, le patron a, semble-t-il, un grand pouvoir sur l’ouvrier mais l’ouvrier ne dépend pas du patron autrement que tout citoyen dépend de son voisin. En réalité, la dépendance est réciproque. Là où l’argent prévaut, l’arbitraire et le favoritisme ne jouent plus qu’un rôle effacé. Les relations entre individus devenant concrètes et impersonnelles, la liberté individuelle a pu progresser. La liberté c’est le droit et non la faveur d’où la nécessité de réduire la puissance dont l’État dispose vis-à-vis de l’individu. Pour les socialistes, la liberté n’existe que pour les possédants or que ceux-ci puissent vivre sans travailler ne nuit à personne. Le prolétaire doit travailler pour gagner sa vie mais dans une société socialiste qui entraîne la diminution de la productivité, l’homme serait encore moins libre.


CH VI : L’économie collective dynamique

Dans la vie, il n’y a rien de permanent. Les influences qui maintiennent l’économie en mouvement : les changements qui affectent le milieu naturel, les changements démographiques, l’importance et les éléments du capital, les techniques de production, l’organisation sociale du travail et les changements dans les besoins de la population. Même la communauté socialiste devra tenir compte des variations naturelles.

Dans la conception naïve du socialisme, il y a sur terre assez de biens pour que chaque homme soit heureux et satisfait. Du fait de la loi du rendement décroissant, au-delà d’une certaine mesure, l’accroissement de la population entraîne une diminution du contingent de ressources en biens pour chaque individu. Or l’accroissement inouï de la production ne peut être attendu dans une communauté socialiste. Sans règlementation par la contrainte du mouvement démographique une communauté socialiste est impossible. Elle peut instaurer l’amour libre mais non l’enfantement libre. Le socialisme ne peut laisser cours non plus au développement des besoins. Faute de calcul économique, la détermination des besoins dépend du gouvernement. Dans le capitalisme, c’est la fonction du luxe de promouvoir le progrès, la nouveauté étant le caprice d’une élite qui devient le besoin de demain. Pour que le capital s’accroisse, il faut toujours de nouvelles interventions de ceux qui dirigent la production : il ne s’agit pas de renouveler l’existant mais de le remplacer par quelque chose de meilleur ou qui corresponde mieux à la nouvelle tendance des besoins. Ou bien il faut investir dans de nouvelles branches de production. Sans calcul économique, cela est impossible.

De plus il s’agit de choisir entre produire plus de biens de jouissance (processus plus court procurant un moindre bénéfice) ou plus de biens de production (processus plus lents mais plus importants bénéfices). Dans l’économie capitaliste, l’épargne est une affaire qui intéresse les plus industrieux et les plus riches mais dans une économie socialiste, le gaspillage est le plus probable. Changement économique et progrès économique ne sont pas synonymes : le progrès est de pourvoir les hommes de biens aussi abondants que possible. Toute action économique inclut un risque, est spéculation. Littérateurs et fonctionnaires sont remplis de jalousie et de colère à, l’égard des spéculateurs. Mais tout est spéculation en économie. Plus il est heureux dans ses spéculations, plus le spéculateur dispose de moyens de production mais ses mauvaises spéculations peuvent le ruiner. Dans une économie socialiste, le directeur de l’économie n’est intéressé au gain et à la perte qu’en tant que citoyen : il faudrait qu’il soit un dieu. Le socialisme serait réalisable si un dieu omniscient et tout-puissant descendait en ce bas monde pour régir les affaires humaines. Si la direction de l’économie n’est pas confié à un seul, elle dépend alors de commissions ou d’assemblées d’où paralysie de l’initiative et de la responsabilité. L’appareil de l’économie socialiste est une bureaucratie affairée qui offre un remarquable exemple de paresse. Dans une société par actions, les actionnaires ne sont pas les chefs de l’entreprise. Elle ne peut prospérer que si le directeur de la société a un intérêt personnel à la prospérité de la société et donc si son intérêt coïncide avec celui des propriétaires. Le directeur général, pseudo-fonctionnaire ne joue pas un grand rôle dans les succès d’une société par actions. L’étatiste se figure que les bénéfices des sociétés naissent par génération spontanée. On veut donner aux administrateurs une position qui rende leur pouvoir indépendant de la volonté des propriétaires du capital.


CH VII : L’impraticabilité du socialisme

Non seulement en raison de l’impossibilité de calculer le coût et le rendement d’une action économique mais aussi en raison de la question de la responsabilité personnelle dans l’activité économique. Pour les socialistes, l’entrepreneur est un parasite qu’il suffit d’exproprier, comparable au seigneur féodal mais ce dernier n’exerçait aucune influence sur la production. Les socialistes ne comprennent rien à l’économie qui est changement perpétuel, ni au rôle du chef d’entreprise. Ils voient bien la nécessité d’un esprit commercial mais s’imagine, en bons fonctionnaires, qu’il suffit de donner une instruction commerciale aux fonctionnaires placés à la tête des exploitations socialistes. Or, le sens commercial n’est pas innée ni susceptible d’être enseigné : ce n’est pas faire un stage, maîtriser la comptabilité et parler des langues étrangères. Ce n’est pas une question de rémunération, ni de participation aux bénéfices mais de participation aux pertes causées par sa gestion (cela s’applique donc aussi aux entreprises privées dont les dirigeants sont dans la même situation). Le capitalisme est donc la seule forme possible d’une économie sociale avec division du travail.

Section II – La communauté socialiste et les échanges extérieurs

CH I : Socialisme mondial et socialisme national

L’ancien socialisme prône le retour au village autarcique et le commerce extérieur apparaît nuisible. Peut-on avoir un socialisme limité dans l’espace ou toute la terre doit-elle former une communauté socialiste homogène ? Le capitalisme étant cosmopolite, pour les marxistes le socialisme est nécessairement international mais la question de l’existence de communautés socialistes indépendantes dans un monde capitaliste se pose néanmoins. Et le marxisme n’avait pas du tout pris conscience du problème national.


CH II : Le problème des migrations et le socialisme

Dans l’organisation économique capitaliste, capital et travail émigrent vers les places les plus favorisés. Mais les migrations créent des minorités nationales et favorisent l’impérialisme. D’un autre côté, la tentation protectionniste est grande. Le syndicalisme est la réalisation du principe décentralisateur du socialisme.

CH III : La politique commerciale étrangère des communautés socialistes

Il est plus avantageux pour une communauté socialiste de commercer avec les autres pays que de pratiquer l’autarcie. Dans le monde capitaliste, les frontières nationales sont sans importance dans le cadre du libre-échange. Mais une communauté socialiste ne peut posséder en propre des moyens de production en dehors des frontières de l’État ni placer des capitaux à l’étranger pour obtenir le plus haut rendement possible. Ainsi des communautés socialistes indépendantes ne peuvent guère exister.

Section III – Les diverses conceptions de l’idéal socialiste et les conceptions pseudo-socialistes

CH I : Les diverses conceptions de l’idéal socialiste

Dans le socialisme, tous les moyens de production sont à la disposition exclusive de la communauté organisée. Les marxistes s’efforcent de distinguer la socialisation de l’étatisation des moyens de production, alors que la socialisation ne peut que renforcer l’État et non l’affaiblir. L’étatisation des moyens de production amène donc le socialisme.

Le socialisme étatiste est un socialisme conservateur, le socialisme du césarisme et de l’impérialisme qui vise à conserver la hiérarchie sociale des nobles et des fonctionnaires dans une économie essentiellement agricole. Le socialisme militariste est celui d’un État qui se prépare à la guerre. C’est un État de brigands qui vit de butins et de tributs comme en ont connu l’Antiquité et le Moyen-Âge. Le socialisme d’Église repose sur l’idée que l’économie serait immuable si la course au profit et l’égoïsme des hommes ne venaient en troubler le cours paisible. Agriculture et artisanat sont les seules occupations légitimes, le commerce et l’industrie étant superflus ou nuisibles. La justice des salaires et des prix ne peut se faire sans socialisation de la société. L’économie planifiée ou capitalisme d’État est une nuance récente du socialisme d’État mis en place pendant la Grande Guerre. L’économie dirigée est l’esquisse d’une communauté socialiste qui cherche à résoudre l’insoluble problème de la responsabilité des organes dirigeants. Le socialisme corporatif en Angleterre repose sur l’autogestion des différentes branches de la production (self-government in Industry). En face des corporations, il y a l’État, qui représente l’organisation des consommateurs. En fait l’État par sa politique fiscale décide des conditions de travail.


CH II : Les conceptions pseudo-socialistes

Le solidarisme a été la philosophie politique de la IIIe République. Il faut inciter les individus à remplir leur devoir social. C’est une troisième voix entre le libéralisme et le socialisme mais qui limite la propriété et veut régler la concurrence. Les projets d’expropriation comme le socialisme agraire ne peuvent qu’éliminer les entrepreneurs les plus actifs et les plus dynamiques. La participation aux bénéfices des ouvriers relève de la théorie de l’exploitation capitaliste : on croit que cela stimulera le zèle des ouvriers. C’est créer entre ouvriers des différences de revenus que rien ne justifie. Le syndicalisme cherche à amener un état social où les ouvriers possèdent les moyens de production. C’est une idée plus répandue dans le monde ouvrier que le socialisme : les mines aux mineurs, etc. En réalité, une répartition des bénéfices ne procurerait qu’une augmentation insignifiante de revenu et ces bénéfices ne peuvent que diminuer. De plus, la valeur des parts revenant à chaque ouvrier différera beaucoup en raison de la diversité des branches d’activité. Cela suppose que chaque ouvrier n’a qu’un seul enfant qui prend sa place (il doit donc mourir à ce moment là) ou doit avoir nécessairement un enfant pour le remplacer. C’est introduire un système de castes rigoureux et un arrêt complet de la vie économique. Comment faire si l’on doit transférer des ouvriers d’une branche de production à une autre ? En fait le syndicalisme empêcherait tout progrès économique. Le semi-socialisme ne peut qu’être un compromis absurde.

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