Mafia

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Définition

La mafia est une association secrète sicilienne dont les membres entendent se faire justice eux-mêmes et n'obéir ni aux lois ni aux tribunaux. Le mot serait un acronyme de "Mort à la France est le cri de l'Italie" (Morte Alla Francia Italia Anela), l'organisation s'étant formée en réaction à l'occupation par les armées napoléoniennes. L'étymologie la plus probable est cependant celle du sicilien mafia, « hardiesse, vantardise », et mafiusu, « vantard, arrogant, sans peur ».

Le terme désigne aujourd'hui un réseau occulte qui agit à l'encontre de la loi officielle, dans des buts soit illégaux (trafic de drogue, d'armes, prostitution, jeux d'argent, blanchiment d'argent, contrebande, plus généralement tout commerce jugé "illégal" par l'État), soit illégitimes et criminels (racket, vol, proxénétisme, crime, contrefaçon, délinquance en tout genre).

Point de vue libertarien

Les libertariens assimilent souvent l'État à une mafia. En effet, l'État, comme la mafia, est une organisation fortement hiérarchisée, qui impose sa loi sur un territoire et vit du racket des habitants (l'impôt) au bénéfice du pouvoir en place et de ses serviteurs (les fonctionnaires et tous les stipendiés du pouvoir). La démocratie ne change rien à cet état de choses, si ce n'est que les chefs de la mafia changent lors des élections. Que l'État rende des services (les « biens publics ») en échange des impôts ne le rend pas plus légitime et n'abolit pas la violence qui est faite aux citoyens (comme la Mafia, l'État assure le citoyen de sa « protection » en échange du tribut qu'il prélève).

L'économiste américain Mancur Olson, dans son livre Power and Prosperity, développe une théorie du « bandit stationnaire » : ce bandit (qui désigne une mafia telle que l'État) joue sur le long terme, et pour cela il prend en charge la fonction primordiale du gouvernement : la sécurité et la protection des citoyens, ceci dans l'espoir d'encourager le développement économique et d'y prélever sa part. D'après Olson, le passage du « bandit maraudeur » au « bandit stationnaire » est à la source de la civilisation.

La mafia elle-même existe, pour une bonne part, non pas en dépit, mais en raison de la coercition étatique, qui rend illégales un certain nombre d'activités légitimes (commerces illégaux, jeux, prostitution). Un de ses rôles est de constituer un État dans l'État avec sa propre justice qui tranche les différends entre les criminels de sa « juridiction », tout comme peut le faire un État centralisé pour ses propres justiciables (souligné par David Friedman).

Peter Leeson a montré que certaines organisations hors-la-loi, telles que celles des pirates, avaient inventé la séparation des pouvoirs et disposaient de constitutions écrites et d'une forme de démocratie (An-arrgh-chy: The Law and Economics of Pirate Organizations). De même, David Skarbek montre que des ensembles de règles régissent la vie des détenus dans les prisons et qu'un ordre social y émerge.

Les activités de la mafia sont les suivantes (avec entre parenthèses l'appréciation libertarienne sur chacune de ces activités, ordinairement jugées « illégales ») :

  • la vente d'armes (légitime)
  • la contrefaçon (légitime tant qu'on ne prétend pas vendre de l'authentique, ce qui serait une tromperie)
  • le trafic de drogue (légitime)
  • le trafic d'êtres humains (illégitime)
  • le trafic d'organes (la vente d'organes est légitime tant qu'il y a consentement du donneur)
  • le blanchiment d'argent (légitime s'il ne provient ni du vol ni du crime)
  • la contrebande (légitime)
  • les jeux d'argent (paris, casinos…) (légitime)
  • le proxénétisme (légitime tant qu'il y a consentement du/de la professionel/le)
  • le racket (illégitime, tout autant que le racket fiscal légal)
  • le vol (illégitime)
  • corruption électorale telle que le voto di scambio, achat de consensus électoral contre les "faveurs" accordées à sa partie d'électorat (illégitime, mais pas plus que les élections elles-mêmes, qui sont un vol institutionnalisé)

Le point de vue courant, qui condamne toutes ces activités, n'est en fait conforme qu'au point de vue des hommes de l'État, qui ont décidé de rendre illégales un certain nombre d'activités économiques légitimes — certaines relevant d'ailleurs souvent du monopole ou du privilège étatique (ventes d'armes, jeux d'argent) ou politique (corruption).

Il est objectivement impossible de distinguer l'action d'une mafia de celle d'un État. Comme un État, la mafia se caractérise par :

  • le contrôle d'un territoire ;
  • une organisation hiérarchisée, oligarchique ;
  • la disparition d'un chef n'entraîne pas celle de l'organisation ; il y a une solidarité de type familial entre les membres ;
  • un certain nombre de règles sont appliquées, la justice est régie par une espèce de « droit positif » qui découle d'un mélange de traditions et de droit naturel (par exemple, le Kanun des Albanais).

Il convient donc de se méfier quand les hommes de l'État qualifient une organisation de « mafieuse », simplement parce qu'elle fait concurrence à l'État dans son monopole de la force ou qu'elle entend contourner des lois arbitraires.

Citations

  • L'État, qui subsiste par l'impôt, est une vaste organisation criminelle, bien plus considérable et efficace que n'importe quelle mafia « privée » ne le fut jamais. (Murray Rothbard)
  • C’est la Mafia au-dessus de toutes les Mafias, le Gang surpassant tous les Gangs, c’est la Conspiration dépassant toutes les conspirations. C’est ce qui a massacré plus de gens en quelques dizaines d’années que tous les morts de l’Histoire humaine jusque là ; c’est ce qui a volé plus de richesse en quelques décennies que toute la richesse produite jusque là ; c’est ce que a tordu et corrompu plus d’esprits - pour exister et survivre - en quelques décennies, que toute l’irrationalité de l’Histoire toute entière jusque là. C’est Notre Ennemi: l’Etat. (Samuel Edward Konkin III)
  • Mancur Olson écrit que « toutes choses égales par ailleurs, un criminel se trouve mieux dans une société riche que dans une société pauvre : il y a plus de choses à voler ». Mais, par ailleurs, chaque crime réduit la prospérité de la société et donc aussi le montant susceptible d’être volé. Point dont le voleur ne se soucie bien sûr pas du tout, qui continuera à voler tout ce qu’il peut, là où il peut, en escomptant qu’il ne sera pas pris la main dans le sac. La mafia, elle, a une attitude plus « conséquente » : elle a intérêt à ce que la population qu’elle rackette s’enrichisse, car, plus riche celle-ci sera, plus haut sera le prix auquel elle pourra vendre sa protection. En conséquence (le racket étant mis à part), le monopole exercé par une mafia aboutit à peu de crime ou à pas de crime du tout. Autrement dit, tandis que le bandit individuel prend 100% de la somme qu’il trouve dans la poche de sa victime, la « taxe » que le mafieux prélève sur la population sera toujours inférieure à ce pourcentage, car elle veut être sûre que les gens vont continuer à produire. (Philippe Simonnot, l'Invention de l'état)
  • L'épouvantail du "Crime Organisé" (...) est une tentative de manipuler la vérité et d'effrayer le plus possible les gens dans le seul but d'accorder à certaines agences gouvernementales davantage de crédits et davantage de pouvoir sur nos vies. Le danger que pose la "mafia" est aussi douteux que les politiciens ou les flics-bureaucrates qui l'agitent. (Emil Franzi, "The Libertarian Forum", Who is the Real Mafia?, 1984)
  • La différence entre l'État et la mafia ? Une question de taille. (bumper sticker américain)
  • La seule différence entre l'État et la mafia est que la mafia fait des profits. (Anonyme)
  • Non seulement nous voyons [la mafia] appliquer une justice anarcho-capitaliste, mais il est clair aussi que son code comporte une théorie bien construite de justice proportionnée. Dans un monde où l'idée que la punition doit correspondre au crime a été abandonnée, idée pour laquelle combattent toujours les théoriciens libéraux, il est réconfortant de voir la mafia appliquer en pratique la proportionnalité des peines. (Murray Rothbard)

Bibliographie

  • The Sicilian Mafia: The Business of Private Protection, by Diego Gambetta [Cambridge: Harvard University Press, 1993), vi + 335 pages]

Liens externes

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