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Sharon A. Alvarez

De Wikiberal

Sharon A. Alvarez est professeur adjoint d'entrepreneuriat au Département de la gestion et des ressources humaines au Fisher College of Business, à l'université d'Etat de l'Ohio State. Elle a obtenu son doctorat à l'Université du Colorado à Boulder. Sharon Alvarez examine les différentes conditions théoriques dans lesquelles l'entrepreneuriat peut exister.

La réunion de la théorie des opportunités : découverte et création

Sharon A. Alvarez a lancé un débat[1] animé en remettant en question le statut ontologique des opportunités entrepreneuriales, en argumentant que les opportunités doivent être mieux comprises comme étant subjectivement créées, plutôt qu'existant en dehors de l'action entrepreneuriale. Elle s'interroge donc s'il existe des opportunités entrepreneuriales, indépendantes des perceptions des entrepreneurs, qui attendent d'être découvertes ou si les opportunités sont créées par les actions des entrepreneurs. Ces deux aspects de la théorie des opportunités sont toutes les deux des théories internes sur la façon dont les opportunités entrepreneuriales se forment : la théorie de la découverte et la théorie de la création. Les implications de ces deux approches fournissent une variété d'actions entrepreneuriales dans différents contextes de la vie sociale et économique.

Du point de vue de la théorie de la découverte, des opportunités existent, et il y a certaines personnes qui sont plus perspicaces ou intelligentes que d'autres pour reconnaître et exploiter les opportunités. La motivation peut provenir d'une perspective de profits économiques ou dans un sens plus général, une recherche de satisfaction comme la renommée ou la gloire.

Dans la théorie de la création, les entrepreneurs créent des opportunités en s'engageant dans une démarche itérative d'apprentissage les menant finalement à la formation d'une opportunité. Dans ce cas, les entrepreneurs constatent que les plans d'affaires (business plan) peuvent être écrits qu'après la création d'une opportunité. Car, une planification rigoureuse trop hâtive dans ce processus constitue sans doute un gaspillage de ressources et peut aussi se révéler fondamentalement trompeur à la fois pour les entrepreneurs et pour ceux qui investissent dans les entreprises naissantes. Cette présentation est conforme à celle qu'établit la théorie de l'effectuation.

Sharon A. Alvarez s'appuie sur une théorie téléologique de l'action entrepreneuriale en précisant la spécificité de la théorie des opportunités (découverte et création) par rapport à d'autres théories de l'action entrepreneuriale qui ne sont pas téléologiques. Par exemple, les théories évolutionnaires de l'action entrepreneuriale comme la théorie des routines (Nelson et Winter : 1982)[2] ou la théorie de l'écologie des organisations (Hannan et Freeman : 1977)[3] sont développées sans présenter les entrepreneurs s'engageant dans des actions visant à produire de nouveaux produits ou services.

Principales hypothèses sur les théories de découverte et de création d'opportunités[4]
Théorie de la découverte Théorie de la création
Nature des opportunités Opportunités existantes, indépendantes des entrepreneurs. Une épistémologie du réalisme s'applique Les opportunités n'existent pas indépendamment des entrepreneurs. Une épistémologie du réalisme évolutionnaire s'applique
Nature des entrepreneurs Ils différent de façons importantes avec les Non entrepreneurs, ex ante. Ils peuvent ou non différer des Non entrepreneurs, ex ante. Les différences peuvent émerger, ex post.
Nature du contexte décisionnel Risqué incertain

Sharon A. Alvarez assimile les opportunités économiques à la présence d'imperfections concurrentielles sur les marchés. Dans la théorie de la découverte, les imperfections concurrentielles sont présumées exogènes. Les changements suivants sont des exemples de types d'événements susceptibles de perturber l'équilibre concurrentiel. Des changements :

  • dans la technologie,
  • dans les préférences des consommateurs,
  • dans les changements politiques et réglementaires,
  • dans la situation sociale et démographique
  • dans certains autres attributs du contexte dans lequel existe une industrie ou un marché

Une typologie d'entreprises

Sharon Alvarez et Jay Barney[5] développent une typologie d'entreprises qui va des organisations "basées sur les clans" aux organisations "basées sur des experts" et celles "basées sur le charisme".

La prise de décision dans les entreprises claniques n'est pas hiérarchique. Il n'y a pas de patron disant aux autres ce qu'il faut faire mais les relations sont démocratiques. Les dirigeants ont tendance à rechercher un consensus parmi tous ceux qui ont fait des investissements spécifiques dans l'entreprise. En conséquence, les entreprises entrepreneuriales claniques se caractérisent par un degré élevé de confiance de la part de ceux qui sont impliqués dans les investissements spécifiques.

Les entreprises basées sur des experts emploient une hiérarchie quelque peu traditionnelle, mais le patron est choisi sur la base de son coût d'opportunité de rejoindre l'entreprise plutôt que sur la base de sa capacité de suivi et de contrôle. Ce patron est probablement une personne possédant des connaissances spécialisées essentielles au succès de l’entreprise. Les droits de décision sont centrés sur cet expert, qui peut prendre ou déléguer des décisions critiques.

Les entreprises basées sur le charisme sont également hiérarchiques, mais le patron, qui exerce le contrôle, agit sur la base de son leadership charismatique et visionnaire plutôt que sur son expertise spécifique ou sa capacité à surveiller et à ajuster les incitations. Si d'autres membres de l'entreprise partagent la vision de l'entrepreneur, ils lui donnent un pouvoir de décision. Ce patron négocie les revendications résiduelles dans l'organisation.

La distinction entre risque et incertitude aide à catégoriser le comportement entrepreneurial. Selon les théories fondées sur le risque, il peut être raisonnable de considérer les opportunités comme des phénomènes objectifs qui attendent d'être découverts par les entrepreneurs. Mais selon les théories fondées sur l'incertitude, les entrepreneurs ne découvrent pas tant les opportunités de profit qu'ils ne les créent, souvent par le biais de leurs efforts d'organisation. La décision d’investir dans une opportunité de marché est risquée ou incertaine en fonction des propriétés objectives de cet investissement, et non de la perception des décideurs. Peu importe ce que ressent un décideur ou ce que un décideur croit ou perçoit les résultats d'une décision, si les résultats d'une décision ne sont pas certains, ils sont soit risqués, soit incertains. Si l'expérience antérieure de cette décision permet d'estimer une distribution de probabilité associée à une décision, alors cette décision est risquée. S'il n'est pas possible d'estimer une telle distribution de probabilité, cette décision est incertaine. Sharon Alvarez et Jay Barney reconnaissent que la condition d'incertitude n'est pas souvent stable dans le temps, alors les bases de l'organisation des entreprises ne sont pas susceptibles d'être stables également dans le temps. En particulier, les entreprises fondées sur l'incertitude peuvent devenir des entreprises fondées sur le risque une fois que la distribution de probabilité des résultats associés à des échanges incertains est apprise par l'expérience. En d'autres termes, les organisations entrepreneuriales peuvent être temporaires, mais leur persistance est néanmoins une condition préalable au développement économique.

Annexes

Notes et références

  1. Sharon A. Alvarez, Jay B. Barney, 2007, "Discovery and Creation: Alternative Theories of Entrepreneurial Action", Strategic Entrepreneurship Journal, 1(1–2), pp11–26
  2. Richard Nelson, Sidney Winter, 1982, "An Evolutionary Theory of Economic Change", Belknap Press: Cambridge, MA
  3. M. T. Hannan, J. Freeman, 1977, "The population ecology of oganizations", American Journal of Sociology, Vol 82, pp50–73
  4. Sharon A. Alvarez, Jay B. Barney, 2007, "Discovery and Creation: Alternative Theories of Entrepreneurial Action", Strategic Entrepreneurship Journal, 1(1–2), p13
  5. Sharon Alvarez, Jay B. Barney, 2005, "How Entrepreneurs Organize Firms under Conditions of Uncertainty", Journal of Management, Vol 31, n°5, pp776–793

Publications

  • 2000, avec Jay B. Barney, "Entrepreneurial capabilities: A resource-based view", In: G. D. Meyer et K. Heppard, dir., "Entrepreneurship as Strategy: Competing on the Entrepreneurial Edge", Thousand Oaks, CA: Sage Publications, pp63-81
  • 2001, avec Lowell Busenitz, "The entrepreneurship of resource-based theory", Journal of Management, Vol 27, n°6, pp755-775
  • 2002, avec Jay B. Barney, "Resource-based theory and the entrepreneurial firm", In: M. A. Hitt, R. D. Ireland, S. M. Camp, D. L. Sexton, dir., "Strategic Entrepreneurship: Creating a New Mindset", Oxford, UK: Basil Blackwell, pp89-105
  • 2004, avec Jay B. Barney, "Organizing Rent Generation and Appropriation: Toward a Theory of the Entrepreneurial Firm", Journal of Business Venturing, Vol 19, n°5, pp621-635
  • 2005,
    • a. avec Rashjree Agarwal, Olaf Sorenson, dir., "Handbook of Entrepreneurship Research: Disciplinary Perspectives", Dordrecht: Springer et Norwell, Mass: Kluwer
    • b. avec Jay B. Barney, "How Entrepreneurs Organize Firms under Conditions of Uncertainty", Journal of Management, Vol 31, n°5, pp776–793
  • 2008, avec Jay B. Barney, "Opportunities, organizations, and entrepreneurship: Theory and debate", Strategic Entrepreneurship Journal, Vol 2, n°3, pp171–173
  • 2009, avec S. Parker, "New firm organization and the emergence of control rights: A Bayesian approach", Academy of Management Review, 34(2), pp209–227
  • 2013, avec Philip Anderson, Jay B. Barney, "Forming and Exploiting Opportunities: The Implications of Discovery and Creation Processes for Entrepreneurial and Organizational Research", Organization Science, 24(1), pp301–317
  • 2014, avec Jay B. Barney, R. McBride, R. Wuebker, "Realism in the Study of Entrepreneurship", Academy of Management Review, Vol 39, pp227-233
  • 2015
    • a. avec Chris Welter, "The state of opportunities: clarifying the transitions between opportunity types", Management Decision, Vol 53, n°7, pp1398-1411
    • b. avec S. L. Young, J. L. Woolley, "Opportunities and institutions: a co-creation story of the king crab industry", Journal of Business Venturing, 30(1), pp95–112