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Mencius Moldbug

De Wikiberal
Mencius Moldbug
Blogueur

Dates
Mencius Moldbug
Tendance formalisme antidémocratique
Origine États-Unis États-Unis
Articles internes Liste de tous les articles

Citation De mon point de vue, le problème pratique que pose le fait de fonder le libertarisme sur les idéaux de la Révolution américaine est que les Américains eux-mêmes n’ont plus ces idéaux, tandis que les Européens ne les ont jamais eus. Aujourd’hui, Américains et Européens suivent un code moral essentiellement socialiste. Il est vrai que c’est la conséquence naturelle d’une « éducation » aux mains d’un gouvernement essentiellement socialiste. Mais l’important n’est pas là, car cette conséquence est une réalité. Vous ne pouvez expliquer aux gens qu’ils devraient croire, par exemple, à la liberté contractuelle comme droit de l’homme fondamental, quand en fait ils n’y croient pas. Comme Hume l’a indiqué, les axiomes éthiques ne sont pas sujets à débat.
inter lib.org sur Mencius Moldbug

Mencius Moldbug est un blogueur américain qui a relancé la pensée réactionnaire. Mencius Moldbug vit à San Francisco et travaille dans l’industrie logicielle. Son pseudonyme est inspiré du philosophe chinois Mencius, et, avec un zeste d'humour, des amateurs de monnaie basée sur l'or (goldbugs).

Familier avec les idées libertariennes qu'il a embrassé un temps, Mencius Moldbug s'en démarque notablement, mais partage avec elles une méthode individualiste d'analyse des comportements humains, et une approche résolument réaliste de ce qu'est le pouvoir politique, plutôt que ce que chacun aimerait qu'il soit, ou faire croire qu'il est.

Sommaire

Le formalisme

Mencius Moldbug se décrit lui-même comme un libertarien qui aurait bizarrement évolué de Ludwig von Mises à Thomas Carlyle[1]. Il définit sa propre idéologie, le formalisme, son "hérésie libertarienne personnelle", inspirée de Bertrand de Jouvenel, Erik von Kuehnelt-Leddihn, Bruno Leoni, James Burnham, Albert Jay Nock, etc. (outre Thomas Carlyle, il a également une grande admiration pour Hippolyte Taine). Ce formalisme (un meilleur terme en français serait plutôt selon lui "légitimisme") entend traiter du problème de la violence (définie comme le conflit plus l'incertitude) dans les relations humaines non à partir d'une base morale, mais comme un simple problème d'ingénierie.

Le formalisme ignore la distinction public/privé : les États peuvent être considérés comme des "entreprises souveraines" (comme toutes les entreprises, ils ont des actionnaires, des actifs, des dettes), bien qu'à la différence d'une entreprise privée ils n'aient pas de finalité claire, et que le "propriétaire" théorique de l’État n'ait pas de réel pouvoir (sauf dans le cas d'une monarchie, qui est une entreprise familiale). La forme démocratique d'un État n'est pas un gage de prospérité, au contraire (Mencius Moldbug cite en contre-exemple les cités-états de Singapour, Hong-Kong, Dubai, qui sont prospères en l'absence de démocratie, alors que nazisme et communisme se réclamaient de la démocratie) :

Une conclusion du formalisme est que la démocratie - comme l'affirmaient la plupart des auteurs avant le XIXe siècle - est un système de gouvernement inefficace et destructeur. La démocratie sans la politique n'a pas de sens, et comme nous l'avons vu, la politique et la guerre vont de pair. La politique démocratique doit être comprise comme une forme de violence symbolique, où l'on décide du vainqueur de la bataille à partir de l'importance des troupes qu'il a rassemblées.

La démocratie ne peut donc fonctionner, et dans les pays où elle paraît fonctionner, c'est en réalité une caste de fonctionnaires qui détient le pouvoir réel, et qui, par son rôle stabilisateur, permet d'avoir une société plus ou moins pacifique. On retrouve ainsi la bien connue "loi d'airain de l'oligarchie".

Mencius Moldbug rappelle le principe de droit international uti possidetis qui prévalait avant le XXe siècle[2] :

L'idée de uti possidetis est le principe que tout gouvernement est légitime et souverain. Tous les gouvernements existent de facto. Les frontières sont définies par le pouvoir de leurs forces militaires. S'il y a un désaccord entre deux États à ce sujet, c'est à eux de régler la dispute, et leur décision devrait être respectée par tous.

Ce principe, qui implique que chaque État soit neutre (comme l'est la Suisse), aboutirait à des États réellement indépendants, et non à des protectorats comme à partir du XXe siècle. Si l'on s'est écarté de ces principes, la faute en est selon Mencius Moldbug au progressisme, sous l'influence des Whigs.

Théorie de la monnaie

Sa théorie de la monnaie, pompeusement appelée "Moldbug Monetary Theory" (MoMT), est une théorie "post-autrichienne" selon laquelle la monnaie tire sa valeur non pas de la demande d'un moyen d'échange standard, mais de la demande d'un moyen d'épargne standard. Certes, les utilisateurs courants de la monnaie contribuent directement à sa vitesse de circulation, mais la majeure partie de la demande de monnaie provient des spéculateurs à long terme : ce sont eux qui ont une influence majeure sur le marché monétaire.

Cela explique par exemple la fin du bimétallisme : l'épargnant rationnel pratique une "restandardisation" de la monnaie en se hâtant de convertir ses avoirs dans la monnaie dont la valeur monte (l'or) en se débarrassant de ses avoirs dans la monnaie dont la valeur baisse (l'argent), ce qui a pour effet de faire disparaître de la circulation le métal argent.

Sa théorie explique aussi pourquoi une monnaie virtuelle comme Bitcoin est condamnée à disparaître : en effet cette monnaie est utilisée d'une part comme moyen d'échange, d'autre part - et pour la plus grande part - comme moyen d'épargne (ou de spéculation, ce qui revient au même) ; il suffit au gouvernement américain d'empêcher l'échange de Bitcoins contre des dollars (en fermant les sites de change existants) pour que les "spéculateurs" veuillent tous se débarrasser de Bitcoin et que sa valeur tombe à zéro.

Son blog

L'ambition du blog de Mencius Moldbug est de "soigner les cerveaux" en les faisant sortir de l'illusion, tout comme la pilule rouge permet de sortir de la matrice. Ainsi, pour lui tous les gouvernements actuels sont de type orwellien, c'est-à-dire que leur existence repose uniquement sur leur capacité à tromper le public :

Tous les systèmes de gouvernement concurrents du XXe siècle, y compris les démocraties occidentales qui ont pris le dessus sur les autres, et qui nous régissent à ce jour, doivent être classés comme orwelliens. Ils maintiennent leur légitimité grâce à l'opinion publique. Ils façonnent l'opinion publique en adaptant l'information qu'on lui présente. Dans ce cadre, vous voyez le monde à travers une lentille préparée par votre gouvernement. C'est-à-dire qu'il vous a complètement parasité l'esprit (you are pwned).

Mencius Moldbug développe dans son blog une pensée qu'il qualifie de "passiviste" (antonyme d'activiste) et réactionnaire (c'est-à-dire partisane de l'ordre, quel que soit cet ordre) :

L'ordre que le réactionnaire rationnel cherche à préserver et/ou restaurer est arbitraire. Peut-être peut-il être justifié sur une base morale. Mais probablement que non. Cet ordre est bon simplement parce que c'est un ordre, et que l'alternative à l'ordre est la violence au pire et la politique au mieux. Si ce ne sont pas les Bourbons qui règnent sur la France, quelqu'un d'autre le fera : Robespierre, ou Napoléon, ou la Canaille du Coin.

Critique du libertarisme

Mencius Moldbug critique le libertarisme comme inefficace politiquement ; en outre, le concept de « gouvernement limité » lui semble absurde, puisque l’histoire montre que rien ne peut empêcher un gouvernement de dépasser ses limites (et les libertariens tombent dans le travers démocratique en croyant que le pouvoir du peuple peut suffire à préserver la liberté). Il rappelle qu'une constitution, historiquement, n'est pas prescriptive, mais seulement descriptive : comme son nom l'indique, elle décrit l'organisation du gouvernement. Pour lui, le libertarisme commet l'erreur de se placer dans l'alternative liberté / tyrannie, alors que la vraie alternative est entre l'ordre et le chaos, l'ordre étant un préalable à la liberté.

La propriété, dans l’optique formaliste, est destinée à prévenir la violence, et non à répondre à une quelconque légitimité morale (comme chez Locke). Alors que pour les libertariens la souveraineté étatique et les droits de propriété renforcés par l’État sont illégitimes, pour le formalisme cette propriété est légitimée par le contrôle militaire stable et exclusif qu’exerce l’État, et les taxes correspondent à un « coût de location » de cette propriété. L’État rend un très mauvais service parce qu’en réalité il est au service des fonctionnaires (c’est une entreprise dont les employés ont le contrôle) ; pour être efficace, l’État doit redevenir la propriété de ses actionnaires, ce que Mencius Moldbug appelle « néocaméralisme » (neocameralism), une sorte d'anarchisme étatique, de panarchie territoriale d’États-entreprises, sur le modèle des États-cités (comme Singapour), modèle de gouvernement non démocratique qui pour lui a l'avantage énorme d'avoir été validé historiquement. Un "patchwork" de milliers de tels États en concurrence entre eux, monarchies absolues ultrasécurisées gérées comme des entreprises (plus précisément des Sociétés Anonymes), pourrait se former après la dislocation des grandes démocraties[3]. L'illusion de la "responsabilité morale" qui règne en démocratie est abandonnée et remplacée par une "responsabilité financière" bien plus concrète.

Concernant les États-Unis, son point de vue est qu'ils sont irréformables et que même l'élection d'un libertarien comme Ron Paul n'aurait aucun effet. Il faut liquider les États-Unis de la même façon que l'URSS a été liquidée, en restaurant la souveraineté des 50 différents États.

Son point de vue est en fait une position libertarienne marquée par le pragmatisme. Tout État est ipso facto légitime, mais c'est un "prestataire de service" qui ne représente que lui même. Il faut abandonner l'illusion de la représentation démocratique (qui instaure la violence via la politique) pour juger l’État uniquement en fonction de la qualité des services qu'il rend (ses fonctions régaliennes) et la prospérité qu'il permet de créer. Qu'il s'agisse d'une dictature, d'une monarchie ou d'une oligarchie a peu d'importance. Ce n'est pas la légitimité de l’État, quel qu'il soit, qui est contestée, c'est la manière dont il accomplit ses fonctions et les résultats qui en découlent.

Critique libertarienne

François-René Rideau[4] note que Mencius Moldbug s'écarte fréquemment de l'individualisme méthodologique qui reste au cœur de sa démarche, pour tomber dans le constructivisme et l’ingénierie sociale. Sa thèse de l'irréductibilité du pouvoir politique et sa vénération d'une autorité supérieure censée apporter l'ordre lui font oublier le principal problème de la politique : l'irresponsabilité institutionnelle, la négation du droit de propriété.

Citations

  • Le gouvernement n'est rien d'autre qu'une entreprise souveraine. Tout ce dont il a besoin est d'un personnel de qualité et d'un bon directeur.
  • Les gouvernements occidentaux d'aujourd'hui sont des clones du régime quasi-démocratique de Franklin Roosevelt, Roosevelt que l'on peut comparer à des leaders tels que Moubarak, Poutine ou Suharto. Ce régime provient du mouvement progressiste, qui a brisé le libéralisme classique, puis s'est plaint que le libéralisme ne marchait pas.
  • Le gouvernement des fonctionnaires marche bien au début, mais il se dégrade ensuite. Sa limite quand le temps approche l'infini est le brejnévisme sclérosé. Sa justification pour détenir le pouvoir est inséparable de la démocratie, ce qui est une absurdité mystique qui disparaît rapidement. Il ne peut survivre sans des médias captifs et un système scolaire, qu'Internet permet de contourner. Son système financier est également une catastrophe et peut s'effondrer à tout instant. L'ensemble aura bien de la chance s'il perdure encore dix ans.
  • Pour moi, les carburateurs à 1 litre aux cent, les pilules pour l'agrandissement du pénis et les constitutions écrites qui limitent le pouvoir de l’État entrent dans la même catégorie. Ce serait formidable d'avoir ça, mais je croirai que ça existe non seulement quand je les verrai fonctionner, mais aussi quand je comprendrai comment cela peut fonctionner.
  • Si vous espérez restaurer la vieille Amérique libertarienne, vous arrivez un peu tard. Élire Ron Paul reviendrait à se présenter à une autopsie avec un foie prêt à être transplanté : c'est exact, le patient a bien eu un problème au foie, mais il y a une semaine qu'il est mort. La transplantation ne peut pas faire de mal, mais je doute qu'elle puisse faire du bien.
  • Apparemment un gouvernement peut indéfiniment s'empêcher lui-même et empêcher ses successeurs de mal agir en se contentant de noter pour lui-même de "ne pas mal agir". Mais si l'on avale la pilule rouge, quitte la Matrice et chausse les lunettes détectrices d'aliens, on comprend tout de suite qu'aucun gouvernement ne peut se limiter lui-même. Le gouvernement limité est comme la machine à mouvement perpétuel : un produit qui par définition est axiomatiquement frauduleux. Dans toute organisation humaine, l'autorité finale repose sur une ou plusieurs personnes, pas sur une règle, un processus ou une procédure.
  • Le progressisme est devenu la véritable religion du gouvernement charlatan. Ses politiques sont toujours contre-intuitives : il prêche la clémence comme remède à la criminalité, la timidité comme génie militaire, la débauche comme summum de l'économie, « l'éducation spéciale » comme cœur de la pédagogie, l'indulgence comme moyen de surveillance, l'apaisement comme diplomatie. Passant d'une catastrophe à une autre, le progressisme ne considère jamais la possibilité que soit bon ce qui est évident, plutôt que son contraire. Le couteau à beurre d'Occam est le seul outil de sa cuisine.
  • Aujourd'hui, la différence principale entre les États-Unis et l'ancienne Union soviétique tient au fait que cette dernière était davantage russe, et donc faisait preuve d'un mélange d'incompétence et de brutalité difficile à copier à l'ouest de l'Elbe. Mais attendez quelques années...
  • Tout comme la pornographie peut stimuler la libido sans procurer réellement de sexe, la démocratie peut stimuler la pulsion humaine vers le pouvoir sans réellement fournir de pouvoir.
  • On peut définir le communisme comme un altruisme sans empathie. Ou plus péjorativement, comme un altruisme sans cœur.

Notes et références

  1. From Mises to Carlyle: my sick journey to the dark side of the force.
  2. OL5: the shortest way to world peace
  3. Patchwork: a positive vision (part 1)
  4. Qualified Reservations (08/01/2014).

Liens externes

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