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Totalitarisme

De Wikiberal.

Le totalitarisme désigne un système politique dans lesquel l'Etat et la société sont considérés comme un tout indissociable.

Le terme de totalitaire commence à être utilisé en 1933 pour qualifier l'Allemagne nazie, et Jacques Maritain parle de "totalitarisme fasciste ou raciste" dans son œuvre Humanisme intégral en 1936.

Sommaire

Présentation

Le concept d'Etat totalitaire a été forgé par le théoricien du fascisme italien, Giovanni Gentile, qui écrivait les textes de Mussolini ayant un contenu théorique. L'Etat totalitaire doit prendre le contrôle de la société toute entière et de tous ses secteurs, jusqu'à faire disparaître celle-ci, englobée dans l'Etat, devenu « total ».

Le gouvernement a donc toute légitimité pour faire tout ce qui concerne les relations sociales, c'est-à-dire en pratique contrôler la vie des individus, ne leur laissant aucune liberté individuelle et surtout aucune liberté d'expression, ni par conséquent de pensée.

Les régimes totalitaires apparaissent muni d'un « parti unique » qui contrôle l'Etat, qui lui-même contrôlerait la société et plus généralement tous les individus. D'un point de vue totalitaire, cette vision est erronée : il n'y a qu'un parti parce qu'il n'y a qu'un tout, qu'un seul pays, vouloir un autre parti c'est déjà de la trahison ou de la maladie mentale (schizophrénie : se croire plusieurs alors qu'on est un). Le totalitarisme tel qu'il est ainsi décrit par Hannah Arendt n'est pas tant un régime politique qu'une dynamique auto-destructive reposant sur une dissolution des structures sociales et une terreur permanente. Edgar H. Schein montre comment le totalitarisme moderne utilise les techniques de brainwashing [lavage de cerveau]. Ce phénomène a été analysé par Gustave Le Bon, dans La psychologie des foules et par C.G Jung, dans l'analyse de la conception de la psychologie collective. Plus généralement, le film I comme Icare montre aussi le degré d’assujettissement des individus à l'autorité ou au pouvoir, qu'il soit totalitaire ou démocratique, au travers de la célèbre expérience de Stanley Milgram, dans le mécanisme de la dilution des responsabilités, lors de prises de décisions et d'exécutions et dans les processus, la façon, dont les ordres sont appliqués, avec, à chaque fois, une radicalisation de ces ordres, devenant de plus en plus brutaux.

L'identité sociale des individus laisse place au sentiment d'appartenance à une masse informe, sans valeur aux yeux du pouvoir, ni même à ses propres yeux. La dévotion au chef et à la nation devient le seul moyen d'exister d'une existence qui déborde au-delà de la forme individuelle pour un résultat allant du fanatisme psychotique à la neurasthénie.

Les sociétés totalitaires se distinguent par la promesse d'un « paradis », la « fin de l'histoire » ou la « pureté de la race », ou la « pureté de la classe sociale » par exemple, et fédèrent la masse contre un « ennemi objectif ». A un moment donné, ces totalitarismes s'allient entre eux, montrant leur opposition commune aux notions de Liberté, de Démocratie parlementaire et de Propriété privée, comme ce fut le cas pour le Pacte Germano-Soviétique établi le 23 août 1939[1]. Celui-ci est autant extérieur qu'intérieur et sera susceptible de changer. Les sociétés totalitaires créent un mouvement perpétuel et paranoïaque de surveillance, de délation et de retournement. Les polices et les unités spéciales se multiplient et se concurrencent dans la plus grande confusion. Des purges régulières ordonnées par le chef de l'État, seul point fixe, donnent le tempo d'une société qui élimine par millions sa propre population, se nourrissant en quelque sorte de sa propre chair. Ce programme est appliqué jusqu'à l'absurde, les trains de déportés vers les camps de l'Allemagne nazie restèrent toujours prioritaires sur les trains de ravitaillement du front alors même que l'armée allemande perdait la guerre.

Le terme est souvent utilisé à tort pour désigner des régimes autoritaires de droite ou de gauche, ce qui est en toute rigueur impropre. Par exemple, on considère généralement que l'URSS déstalinisée ou les dictatures militaires d'Amérique du Sud n'étaient pas totalitaires car, bien que généralement impitoyables, en pratique elles ne cherchaient pas à contrôler toutes les facettes de l'activité humaine et n'entretenait pas cette dynamique de pouvoir autodestructive. Elles pouvaient s'accommoder d'une dissidence intellectuelle tant que leur pouvoir restait solide. Le régime totalitaire se caractérise par des moyens de terreur violents ou sophistiqués, un système de contrôle de la pensée et de flicage des citoyens, une société civile interdite et l'isolement de chaque individu.

Caractéristiques

Le totalitarisme repose essentiellement sur les cinq principes suivants :

  • constructivisme : volonté de construire un certain type de société ; « les connaissances et les croyances des hommes doivent servir d'instrument pour la réalisation d'un but unique » (Hayek) ;
  • collectivisme : le collectif (nation, peuple, prolétariat...) est une entité supérieure à l'individu ; le totalitarisme repose sur « une conception d'ensemble du tout » (Hayek) ;
  • esprit monopoleur (protection contre l'étranger, l'ennemi interne ou externe désigné, etc.) ;
  • une idéologie, soit sociale, soit politique, soit religieuse, soit pseudo-mystique (dans le cas du communisme, c'est la conception de la lutte des classes, dans le cas du nazisme, c'est la conception de la supériorité d'une race) ;
  • l'utilisation de motvirus, afin de conditionner les esprits et de les sidérer.

Lorsqu'une société admet l'un ou les deux ou les trois ou les quatre ou la totalité de ces principes, alors elle devient pré-totalitaire ou totalitaire à part entière, irrévocablement. En revanche, lorsqu'une société ne souhaite plus ces principes, elle peut devenir libérale.

Une des caractéristiques du totalitarisme est une volonté politique de "régner en maître à l'intérieur des consciences" (comme l'écrivait Jean-François Revel), ce qui se traduit par un éventail de procédés qui vont du terrorisme intellectuel, jusqu'à l'autocritique obligatoire pour les adeptes de l'idéologie, la méfiance et la surveillance mutuelle et la répression violente de la dissidence.

On peut remarquer que la social-démocratie présente tous les symptômes du totalitarisme, par exemple à partir d'un emploi outrancier du motvirus "solidarité" et l'utilisation du terrorisme intellectuel par les milieux dits "progressistes".

Points de vue libéraux

Pour Hayek, le totalitarisme n'est pas un accident historique qui proviendrait uniquement de mauvais choix politiques. C'est la conséquence logique de l’ordre institutionnel imposé par la planification socialiste.

Pour Philippe Nemo, la Première République française (proclamée par la Convention nationale en 1792) est le premier régime totalitaire connu[2].

Les libéraux soulignent souvent que la démocratie elle-même, minée par la démagogie et l'extension indéfinie des pouvoirs et de l'interventionnisme de l'Etat, devient une démocratie totalitaire.

Totalitarisme et maladie mentale

Dans Le fou et le prolétaire (1979), le sociologue Emmanuel Todd avance la thèse selon laquelle la tentation totalitaire serait l'expression d'une maladie mentale frappant une partie de la société. L'adhésion au totalitarisme présente une parenté psychique très proche de la psychose, et notamment de la schizophrénie. Cette folie se reflète au plus haut niveau : "Les États deviennent fous parce que les hommes qui les constituent, les dominent ou les construisent, sont largement psychotiques."

Cette thèse pourrait être confirmée par le traitement des dissidents dans les régimes totalitaires, que l'on interne précisément pour maladie mentale, tant il est vrai qu'on projette aisément sur autrui ses propres turpitudes.

Certains historiens, comme Jacob Talmon, soulignent les tendances paranoïaques de Rousseau, "théoricien de la démocratie totalitaire", de Robespierre, Saint-Just ou Babeuf.

Citations

  • « Le totalitarisme veut atteindre la racine même de la pensée et de la sensibilité, tuer la source de l'indépendance intellectuelle et morale en chaque individu. (...) Il veut se substituer à nous en chacun de nous, régner en maître à l'intérieur des consciences. » (Jean-François Revel)
  • « À la base de toutes les doctrines totalitaires se trouve la croyance que les gouvernants sont plus sages et d'un esprit plus élevé que leurs sujets, qu'ils savent donc mieux qu'eux ce qui leur est profitable. » (Ludwig von Mises)
  • « Il n'y a fondamentalement que deux manières de coordonner les activités économiques de millions de personnes. La première est la direction centralisée, qui implique l'usage de la coercition : c'est la technique de l'armée et de l'Etat totalitaire moderne. La seconde est la coopération volontaire des individus : c'est la technique du marché. » (Milton Friedman)
  • « Le totalitarisme est bien autre chose que la simple bureaucratie. C'est la soumission totale de l'individu, dans le travail et dans le loisir, aux ordres des dirigeants et des fonctionnaires. Il réduit l'homme à n'être qu'un rouage dans un mécanisme de contrainte et de coercition qui embrasse tous les aspects de la vie individuelle. Il oblige l'individu à renoncer à toute activité que l'État n'approuve pas. Il transforme la société en une armée du travail admirablement disciplinée, disent les défenseurs du socialisme, en un bagne, répliquent ses adversaires. En tout cas, il rompt de façon radicale avec le mode de vie auquel les nations civilisées étaient traditionnellement attachées. » (Ludwig von Mises)
  • « Depuis Machiavel et Luther, l'État n’a cessé de s'acheminer vers la divinisation. Aujourd’hui, l'État totalitaire est la forme la plus claire et la plus explicite de l'État panthéiste. » (Luigi Sturzo)

Notes et références

Bibliographie

  • P.P. Portinaro, 2002, Il totalitarismo rivisitato, “Teoria politica”, XVIII, 2002, 1, pp. 107-122

Voir aussi

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Le libéralisme est il viable face au totalitarisme ? (for)
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